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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

LA MALHONNÊTETÉ SUR INTERNET - DRAW MY LIFE -...

Achille GASTON

https://t.co/PCpF2BgojC

Achille GASTON

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Achille GASTON

LA PEINE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         Hier nous avons fait l’amour. C’était bien.

Dimanche matin, en rentrant du marché, entre deux tomates cerise :

-         Il faut que je te dise. J’ai mûrement réfléchi. J’ai décidé de te quitter. Tu sais que je n’ai pas l’habitude de raconter mes sentiments et tout le tralala mais il fallait que je te donne le résultat de mes recherches. Je te le devais.

-         Tu rigoles, excuse-moi, mais nous ne sommes pas le premier avril.

-         Non, je suis sérieux.

-         Mais pourquoi ? Pour quelle raison ? Qu’ai-je fait qui ne te convient plus ?

-         Rien du tout, bien au contraire, je t’aime et je ne veux pas te faire de mal alors je m’en vais.

-         Mais qu’est ce que tu racontes, tu n’es pas un espion ou un tueur à gage.

-         Ce n’est pas ça, c’est drôle que tu penses cela, je ne parlais pas de te mettre en danger. Tu m’as dit un jour qu’on était ensemble du début à la fin pareillement, qu’on se devait fidélité etc. Alors je m’en vais.

-         Attends un peu toi, tu me trompes ? Tu en aimes une autre ?

-         Je ne sais pas si je l’aime, je suis tombé amoureux d’elle, elle m’intéresse, elle me plaît.

-         Mais si tu m’aimes, tu n’as pas envie de lutter pour oublier cette envie ? de continuer avec moi ? Qui est cette fille ?

-         Cela fait des mois que cela dure. Elle m’attire et je l’attire aussi, j’ai envie d’en savoir plus, alors je m’en vais.

-         Mais c’est de la lâcheté, juste par curiosité, tu nous quittes ? La maison, les enfants, moi, le chien, cela ne va pas ?

-         Calme-toi. Je suis lâche si tu le vois à ta façon. De mon côté, je trouve que je suis passablement courageux d’avoir attendu des mois malgré ce qui me tenaillait, et de tout quitter sans avoir essayé, juste pour ne pas te tromper, te mentir. Ne pleure pas, cela ne fait que rendre les choses plus difficiles.

-         Plus difficiles pour qui ? Es-tu en train de me faire découvrir ton côté inhumain ?

-         Arrête s’il te plaît. On en reparlera plus tard. Je fais le repas.

-         Mais tu crois que tu vas y échapper comme ça. Qu’est-ce que c’est que cette histoire à dormir debout ?

-         Tu m’as toujours demandé d’être honnête, je le suis et tu hurles. Cela me conforte dans mon opinion, il faut que je parte.

-         Mais as-tu pensé à ton fils ?

-         Oui, bien entendu. C’est à cause de lui aussi que j’ai tant attendu mais je ne peux plus, je lui ferais du mal, je lui en voudrais de me prendre ma liberté, il ne serait pas heureux, il le sentirait. Je comprends que ce n’est pas à toi d’assumer, je te fais assez de mal comme cela. Je peux garder notre fils si tu veux. Dis-moi ce que tu désires.

-         Je te veux, toi.

-         Mais tu m’as. On sera toujours amis, peut-être même qu’on sera encore amoureux si je reviens et que tu veux de moi, mais là, il faut que je parte.

-         Tu as besoin de faire ta crise d’adolescence. Expérimenter une nouvelle vie, sans enfants, sans contraintes, c’est ça.

-         Pas du tout. Peux-tu arrêter de fumer ?

-         Non. Mais pourquoi me demandes-tu cela ? C’est à cause de …

-         Non, ce que je veux dire, c’est que je dois aller vers elle comme toi tu te dois à la cigarette.

-         Ce n’est pas de l’amour !

-         Pour l’instant non, juste de la curiosité, une curiosité insatiable.

-         Tu nous quittes juste pour satisfaire ta curiosité.

-         Si tu veux, tu peux simplifier le débat, la curiosité est un vilain défaut.

-         Mais tu n’as jamais été curieux de moi.

-         C’est l’idée que tu t’en fais. Je connais tout de toi, c’est vrai, je n’éprouve plus cette curiosité, mais j’ai mis quelques années pour faire ta découverte et je t’en remercie, même si je ne partage pas tous tes goûts. Dorénavant, c’est d’elle que je suis curieux. Je veux connaître le poids de sa chevelure, le grain de sa peau, son parfum, ses dessous, la lourdeur de ses paupières, ses meubles, ses idées, ses lectures…

-         Arrête. Ne dis pas que tu ne connais pas déjà le goût de ses lèvres.

-         Je te jure que non. J’ai lutté, je t’assure. Car je t’aime, toi je te connais par cœur, je connais ton rire, tes clins d’œil, la réaction tactile de tes seins, les sons gutturaux de ton plaisir, ta musique, c’est agréable aussi, surtout confortable. C’est extraordinairement doux de savoir qu’on peut compter sur quelqu’un qui nous aime et qu’on aime, sur son âme, son corps, ses pensées. Je te remercie mille fois. Et je ne te remercierai jamais assez de tout ce qu’on s’est donné et de tout ce que l’on a reçu, justement je ne veux pas salir cela. Je ne vais pas me mettre au bromure comme les moines ou m’enfermer dans l’atelier tout le reste de ma vie. Comment faire ? J’ai retourné le problème dans tous les sens, je ne vois pas d’autres solutions. Qu’en penses-tu ?

-         Déménageons, change de travail.

-         Je n’ai pas envie du tout, j’aime mon travail, ma vie ici, je n’ai rien à fuir. Et elle ne déménagera pas.

-         Mais si, tu peux la fuir. Je t’y aiderai.

-         J’ai bien peur de penser à elle jusqu’à la folie si j’en suis privé.

-         Je vais la tuer !

-         Ne te fais pas plus méchante que tu n’es. Ne donne pas cette moue aigrie à ta jolie bouche.

-         Prends encore un peu de temps, réfléchis encore, on ne sait jamais, elle n’est peut-être pas si bien que cela.

-         Te rends-tu compte que tu me pousses à l’adultère !

-         Tu ne me trompes pas puisque tu me dis que tu m’aimes et que l’on ne se cache rien.

-         Tu en seras malade et je te dégoûterai.

-         Non je ne crois pas, et si cela arrivait, ce serait un bon moyen pour que finalement, je vois d’un bon œil cette séparation.

-         Je pense qu’en plus tu deviendrais jalouse.

-         Non.

-         Si bien entendu.

-         Mais comment s’en sortir alors !

-         J’ai vu une psy qui m’a dit de te tromper. Un autre m’a dit de te quitter. Une autre m’a donné des médicaments qui n’ont fait aucun effet. Une dernière m’a dit de tout te dire. Finalement, je te dis tout et je te quitte. J’ai terriblement peur que tout ceci soit irréversible. Mais je me sens déjà mieux de te parler, de ne plus te mentir.

-         Tu veux dire que tu restes, attends un peu, cela va changer encore dans tes pensées, maintenant que tu t’es ouvert à moi de ton fantasme.

-         Je voulais juste dire que je suis un peu moins malheureux. En tout cas, ce n’est pas un fantasme, c’est une réalité.

-         Tant que tu n’as pas essayé c’est un fantasme. Vraiment, tu ne veux pas essayer avec cette fille avant de partir ?

-         Tu te rends compte…

-         Oui, je me rends compte et alors ? C’est entre nous, cela ne regarde personne.

-         Essaie d’imaginer, je ne rentre pas lundi soir, et je reviens mardi à l’heure du dîner. Tu me feras l’amour comme si de rien n’était ? Tu iras vers moi spontanément ? Et puis cela la regarde aussi, je n’ai pas non plus envie de la tromper elle, et je n’ai pas envie de paraître un lourdaud qui veut tirer un coup. Tu imagines, notre peine à tous les trois ?

-         Mon dieu, mon dieu, laisse-moi un peu de temps s’il te plaît ! Il y a sûrement une solution.

-         Cela fait des mois que je cherche. Il n’y en a pas d’autres.

-         Mais c’est enfantin de réagir comme cela, selon ses pulsions.

-         Enfantin ? Soit. Cependant, la critique est aisée, l’art est difficile. Essaie s’il te plaît quelques minutes de te mettre à ma place. Que ferais-tu ?

-         Je ne sais pas ce que je ferais si j’étais toi, mais ce que je sais c’est que là tout de suite, j’ai envie de casser quelque chose.

* * *

FRANCHISE OU HYPOCRISIE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Madame me rend visite accompagnée de sa mère. Une ancienne expérience me rend cette accompagnatrice suspecte. Mes réticences ne sont pas confirmées. Madame m’expose dans un premier temps qu’elle ne veut pas divorcer, ce serait un échec qu’elle ne veut pas assumer, elle aime ses enfants, et respecte le père de ses enfants, mais plus rien ne les réunit intellectuellement et spirituellement. Monsieur souhaiterait vivre à la campagne alors qu’elle rêve de PARIS, de créer son entreprise. Pour réaliser ce vœu, il est nécessaire de vendre la maison commune et partager le prix de vente entre les deux époux. Or, lui ne veut pas vendre ce qu’il considère être la résidence de la famille. Il pense que le désir officiel de son épouse cache la volonté de divorcer. Situation très courante. Souvent les époux sont d’accord pour vendre et acheter ailleurs, puis, entre la promesse de vente et la vente tout dégénère et le Notaire finit par remettre sa part sur le prix à chacun dans le cadre d’une procédure de divorce. Monsieur semble plus fin, refusant la vente, pour avoir les moyens de refuser le divorce, criant à qui veut l’entendre, surtout à ses enfants qu’il est amoureux de leur mère, ce qui les ravit. Les enfants ne se lassent pas de l’entendre. Que faire ? Je m’enquiers de diverses informations pour compléter le tableau. Ne peut-elle interroger son époux sur ses désirs profonds ?

Il veut me conserver pour lui, nous irons vivre à la campagne et j’arrêterai de travailler. C’est hors de question.

J’ai bien compris.

Ne peut-elle convaincre son époux que si chacun passe la semaine sur les lieux de son travail et retrouve un nid douillet à la campagne pour tous les quatre, parents et enfants, ce serait le meilleur des mondes ?

Je lui ai toujours dit, ajoute sa mère.

Le souci est que Madame a déjà fait un lourd travail de sape depuis plusieurs années. Les époux font chambre à part. Elle dort dans la chambre de sa fille car son époux ronfle et qu’elle ne peut dormir auprès de lui. J’insiste cependant.

Je suis bien d’accord avec vous, appuie sa mère.

Mais c’est très difficile, je lui ai dit qu’il me détruisait à force de refuser que je prenne mon élan professionnel.

Bien évidemment, mais vous focalisez votre vie sur ce point professionnel, de ce fait, Monsieur n’a plus que cela pour vous atteindre. Il n’a pas de meilleure arme.

Je lui dis aussi…

Alors que faire ?

Reprendre à zéro, prendre du temps pendant les vacances pour s’expliquer, remettre à plat, et le séduire, le convaincre que vraiment vous ne souhaitez pas divorcer, car il est actuellement plus que convaincu que c’est votre désir le plus cher.

C’est ce que je n’arrête pas de lui dire…

Mais je suis trop franche, je ne peux pas louvoyer.

Donc vous souhaitez divorcer ?

Non, je voulais juste me séparer, mais évidemment sur la durée, cette rupture aurait dégénéré en divorce.

Si vous avez cette idée dans la tête, soit vous exécutez votre décision franchement et c’est la guerre, qu’il ne veut pas. Soit vous continuez comme avant, mais avec le cœur.

Vous avez raison de lui dire…

Je n’ai pas le cœur à cela, pourtant je ne ressens plus rien pour mon mari.

Dans ce cas divorcez.

Non je ne peux pas, je suis malade à l’idée de lui faire du mal.

Donc vous avez encore de l’affection pour lui.

Je n’y avais pas pensé ainsi.

Je me trompe peut-être, Madame, je ne suis pas psy.

C’est peut-être un psy qu’il nous aurait fallu.

Effectivement. Réfléchissez.

Je ne peux lui dire que je veux divorcer, j’ai peur qu’il ait une crise cardiaque quand il emmène ma fille en voiture à la campagne.

Seulement à ce moment-là ?

Non bien entendu, j’ai peur qu’il lui arrive malheur. Je disais cela comme ça…

* * *

Deux ans plus tard, ma cliente revient me conter ses difficultés pour faire comprendre à son mari ses desideratas.

Elle est accompagnée d’un homme qui m’est présenté comme étant un ami de la famille. Mais je finis bien involontairement par comprendre qu’il s’agit de l’amant de Madame. Celui-ci me semble partagé. En effet, il souhaiterait que sa maîtresse divorce, peut-être pour l’avoir tout à lui, mais sûrement pour qu’elle ne lui casse plus les oreilles avec ses histoires de scènes de ménage abominables. D’un autre côté, je sens qu’il n’est pas si pressé, pour deux raisons : Madame divorcée serait à entretenir, et pire encore, pourrait devenir un poids encombrant pour lui.

* * *

Il existe des gens qui sont heureux, des gens qui ne divorcent pas.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Il y a des gens qui sont heureux, des gens qui ne divorcent pas. C'est d'eux dont je voudrais parler. Parler de ceux qui n'ont pas assez de mots pour s'exprimer ou qui n'ont pas réussi à former des phrases pour l'expliquer. D'ailleurs ont-ils envie de l'expliquer. Peut-être même veulent-ils conserver le secret, garder la formule magique. C'est sûrement cela d'ailleurs. Ils sont heureux et ne veulent pas partager la recette sinon tout le monde serait heureux et la vie serait trop triste, trop mièvre. Alors je viens, je m'immisce, je m'insère et. .. Je dérobe la clé, la formule, la recette. Je prends, je copie. Cela ne fonctionne  pas. 

Je recommence avec d'autres. Cela ne fonctionne toujours pas.  
 
Finalement, faute de pouvoir mettre en pratique, je décide de raconter ce que je vois des gens heureux.
 
L'alchimie n'est pas dans le paraitre, pas dans l'attitude. Elle est ailleurs, là où justement je ne puis entrer. Dans la tête, l'âme, dans l'intimité du couple. Je raconte ce que je sais, je vous le fais partager. Si cela vous convient, merci de me le dire en retour. J'aurai eu l'impression que mes observations ne sont pas inutiles.
Le premier couple se vouvoie. Il a quatre-vingt ans. Elle en a soixante-dix. Ils sont bavards tous les deux. Elle ne comprend pas toutes ses inventions. Il invente, il n'arrête pas. Il dit qu'elle n'a pas de matière grise si elle ne comprend pas les tenants et aboutissants de ses recherches. Mais elle ne le prend pas mal. Elle lui répond qu'elle comprend d'autres choses que lui ne saisit pas. Il acquiesce, il regrette ses mots, pense avoir été trop dur dans l'expression mais il l'aime, il veut donc qu'elle soit au coeur de ses découvertes, qu'elle saisisse la substantifique moelle de tout, jusque le fin fond de sa pensée. 
Il n'a plus un sou. Il a tout dépensé pour ses inventions. Elle lui a prêté ses maigres économies. Il les a toutes mangées. Mais ce n'est pas grave. Ils vivent au jour le jour, trouvent toujours une solution, l'argent ne semble pouvoir être un élément de discorde. J'ai vraiment du mal à comprendre cela. D'habitude l'argent, le train de vie de la famille sont des éléments moteur de la dégradation du couple. 
 Elle a élevé les enfants de son compagnon. Sa première femme les ayant abandonnés pour vivre avec son amant. Les enfants sont adultes et parents à leur tour depuis bien longtemps. Pourtant, ils essaient de lui pomper de l'argent. ils ne se rendent absolument pas compte des graves problèmes des parents qui ne les montrent pas. Ils ne voient pas les huissiers, les recommandés des créanciers. 
Ensemble, ils ont eu un enfant handicapé. Ils l'ont élevé de leur mieux, et tentent de lui permettre une certaine autonomie car ils savent qu'il ne pourra compter sur ses frères et sœurs lorsque les parents seront décédés.
Mais ce n'est pas grave, ce sont des enfants. A leur âge, ils pourraient un peu ouvrir les yeux, mais le papa dit que ce n'est pas grave. Et l'épouse dit qu'on verra bien. " Ils ne peuvent pas être si méchants, ils ne peuvent nous manger la laine sur le dos. On va vendre notre maison, pour payer les dettes, les impôts, on verra bien. Ce dont j'ai le plus peur c'est qu'il lui arrive malheur" dit l'épouse en regardant tendrement son vieil époux. "J'ai si peur, je n'y survivrai pas, je veux que ses inventions soient reconnues de son vivant. Il le mérite, il est si intelligent, je l'aime. " C'est si beau de pouvoir se dire je vous aime, toujours et encore. Je vous aime. 
Il est aussi laid qu'elle est belle, aussi petit qu'elle est grande., aussi négligé qu'elle est soignée. Je veux dire propre, lavée, avec un bon savon de Marseille. Lui ne sait plus se raser, mais quand il parle, il n'arrête pas, il saoule, il enivre, il est entêtant, comme un alcool fort, un parfum envoutant. Est-ce cela sa recette? Je ne sais... Ce que je sais, c'est qu'elle l'aime.
Ce n'est ni pour l'argent ni pour la bagatelle, ni pour le pouvoir, ni pour la situation qui est cauchemardesque, alors pourquoi ?
 
Dites moi ce que vous en pensez...

MEURTRE OU DIVORCE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 Un instant, j’ai troqué le costume cravate contre le maillot, baskets du touriste, me voici dans un bar, accoudé au comptoir, tentant de recueillir, quelques brèves en buvant une bière bien froide. Il fait chaud, je n’en crois pas mes oreilles.

Dans le pays de Monsieur, on ne divorce pas. Le divorce est interdit par la loi.

Dans le pays de Monsieur, on meurt d’amour, on meurt de ne pas être aimé.

Monsieur me jure que dans son pays, on ne tue pas.

Le fait est pourtant là. Madame a été tuée par Monsieur, de plusieurs coups de couteau, dans sa cuisine, la veille de l’audience.

Monsieur qui s’est livré, a été condamné et emprisonné. Monsieur a fait son temps, sorti avant la fin de la peine pour bonne conduite, c’est courant en matière de crime passionnel. J’apprends.

Monsieur me raconte son histoire sans fin, sa femme qu’il croyait amoureuse, soumise, qui se révèle hypocrite, intéressée et infidèle.

Monsieur qui lui fait des crises se doutant de quelque chose.

Madame qui lui fait boire des breuvages pour l’endormir.

Madame qui l’ensorcelle au lieu de le calmer.

Et Monsieur qui la tue par les armes qu’elle emploie, par le poison qu’il a dans le sang, qui le fait agir contre son gré.

Le jury aurait pu comprendre.

Monsieur me dit qu’il ne voulait pas divorcer, partager les biens, se séparer d’elle.

C’est fait.

Monsieur relate. Il n’aurait jamais tué Madame, s’il n’avait pas été empoisonné, petit à petit, comme Napoléon Ier à l’arsenic, sauf que lui, il en est sûr, c’étaient des philtres d’amour, pas d’endormissement.

La preuve, me dit Monsieur, cette cure de désintoxication qu’il a dû entamer en prison pour éviter de se taper la tête contre les murs.

Un avocat, premier avocat pénaliste que je rencontre, m’explique qu’il n’y a rien de plus banal que le crime passionnel. Que nombreux sont les hommes, les femmes qui tuent leur conjoint ou tentent de le tuer, apprenant leur demande en divorce. Que nombreux sont les hommes, les femmes qui empoisonnent leur conjoint, mais que ce n’est pas toujours réussi, et que nombreux sont ceux qui croient à toutes les balivernes des marabouts, gourous ou autres sorciers en tout genre pour tenter de sauver leur couple.

La violence conjugale est un fait de société qui va jusqu’à la mise à mort. Le domicile conjugal est une arène.

* * *

 

il faut être plus fort que sa libido pour rester ensemble

ACHILLE #moi

S'il vous plait, privilégiez un divorce par consentement mutuel si vous êtes décidé, et pesez bien le pour et le contre, encore et encore. Comprenez bien :

 que vous repartez à zéro,

que vous perdez la moitié de vos biens si vous êtes en communauté,

que vous ne pourrez jamais obtenir le même prêt tout seuls pour acheter un nouveau bien

que peut être vous ne pourrez plus jamais racheter un bien

que votre seul salaire ne vous permettra plus jamais d'avoir le même train de vie que quand vous en aviez deux

que vos enfants ne vous verront plus de la même façon

que même vos assurances vie devront être incluses dans le partage

que vous devrez liste tous vos biens et toutes vos dettes, le bilan patrimonial de votre vie

que les mouvements de fonds entre les donations que l'autre aura reçu et la communauté devront être comptabilisés, de sorte que vous devrez rendre à l'autre toutes les donations qu'il a perçu, et parfois réévaluées si cela vous a servi pour acheter un bien immobilier

que vous n'aurez plus d'épaule pour vos vieux jours

que vous n'aurez pas la totalité de la pension de réversion

que cela va vous coûter un bras en frais et taxes et honoraires

que vous ne retrouverez pas forcément l'âme soeur

que l'âme soeur que vous avez trouvée ne restera probablement pas une fois qu'elle aura découvert le pot aux roses

que l'amour dure deux ans

qu'après, c'est une affaire de sentiments, de vrais sentiments, et que c'est un vrai travail de les créer, les renouveler et les entretenir. 

L’INCARTADE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

L’INCARTADE.

Un scandinave me dit qu’il ne comprend pas les Français se vantant de leurs cachotteries, leurs jeux de dupes, leurs tromperies. Il ne comprend d’autant pas les Françaises prenant la mouche à la moindre incartade.

Il ajoute que pour les scandinaves, qu'importe ce qui a pu se passer, peut importe la façon dont c’est dit, si c’est dit, ce n’est plus une tromperie.

Il évoque les liaisons extraconjugales comme si de rien n’était, avec une facilité déconcertante : Une liaison pour un couple, c’est dangereux, car c’est peut-être sérieux, mais dix, vingt, trente, c'est bien moins important, c’est même bon pour la santé !

Le conjoint sait qu’il a la priorité, qu’il est aimé, puisque l’autre revient toujours, ou plus précisément, ne part jamais.

Avouer qu’on a eu une liaison, n’est pas une incartade. Tout dévoiler gomme le fait même de tromperie. Si chacun des conjoints consent, tout dépend des accords réels ou tacites du couple, il n’y a plus que vie harmonieuse et équilibrée.

J’aimerais bien que mes clients pensent la même chose, même si cela me donnerait moins de travail.

Cependant, si je suis enclin au pardon, il y a tout de même des limites, une incartade n’est pas une liaison qui dure des années, une incartade n’est pas non plus trente liaisons, je ne sais si mon petit amour-propre ne serait pas atteint.

* * *

LA VIOLENCE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« La violence sucrée de l'imaginaire console tant bien que mal de la violence amère du réel. »

Roland TOPOR

 

Aujourd’hui, c’est le silence. Dans l’Étude, on n’entend plus que le feulement de la photocopieuse.

Même pour converser, nous murmurons.

C’est étrange cette connivence entre nous lorsqu'une chose importante se dessine.

Cet après-midi, mon patron signe un partage après divorce.

Non pas que le montant soit élevé, ou que l’affaire soit compliquée.

La difficulté de ce dossier tient uniquement à la personnalité des protagonistes.

Le rendez-vous est fixé depuis longtemps, à un quart d’heure de différence pour l’une et l’autre des parties.

Cela fait quinze ans que mon patron a le dossier en main. Cette fois-ci, il y croit.

C’est sûr, on tient le bon bout. Ils vont signer, impossible d’imaginer un nouvel obstacle si ce n'est les sautes d’humeur de nos clients.

Chacun définit son rôle dans la pièce.

Il y a ceux qui restent en coulisse et ceux qui apparaîtront sur le devant de la scène.

On a préparé le décor également : Un bureau en bas, juste à côté de l’accueil, l’autre au premier étage. L’un est chargé de guetter l’arrivée du premier, qu’il accompagnera immédiatement, sans un mot dans l’escalier, jusqu’au bureau du haut. Quelqu'un fera le guet pour qu’il n’en sorte pas. Un autre attend l’arrivée du second pour l’installer dans le bureau du bas. Aucun autre rendez-vous n’a été pris pendant le même temps, pour ne pas risquer des perturbations intempestives, ne pas gêner les acteurs.

Mon patron reçoit Madame en bas. De mon côté, je suis en haut avec Monsieur.

L’arrivée d’une secrétaire avec une bouteille d’eau et des verres signifie : Ils négocient encore.

L’arrivée de la secrétaire avec un sous dossier : elle refuse de signer.

L’arrivée de la même secrétaire sans rien dans les mains : elle a signé.

Les secrétaires veulent bien toutes entrer dans le bureau du haut, aucune ne veut attendre devant le bureau du bas. Finalement on la joua à la courte paille et le sort tomba sur la plus jeune.

On a même prévu les commodités. Elles seront gardées par le petit clerc, ne pourront y pénétrer qu’une personne à la fois. On pense que sa stature est assez convaincante pour qu’il soit renoncé à toute tentative.

À l’entrée du sous-sol, où se situent les archives, un clerc aussi a été choisi pour son gabarit.

À la caisse, taxateur, aide-comptable se tiennent prêts à parer à toute éventualité.

Le souci est que la porte les séparant de l’accueil est en verre. On ne va tout de même pas en venir à mettre devant des sacs de sables comme à la guerre !

Nous avons hésité à fermer le standard, tout de même, il ne faut pas exagérer.

La standardiste a seulement ordre de ne passer aucun appel aux acteurs pour quelque raison que ce soit, afin de ne pas les déconcentrer.

Ier acte : Tout se passe comme prévu.

Madame entre en premier. Mon patron pourtant pas un nain, semble fluet à côté de cette "matrone hystérique".

IIème acte : Je fais vite monter Monsieur dans le bureau, chaque marche me semble une éternité devant son pas pesant. Il entre finalement. Je le prie de s’asseoir. Il s’affaisse dans le fauteuil.

Je n’en crois pas mes yeux. Je ne l’avais jamais vu de près, c’est toujours mon patron qui s’occupait d’eux. Je suis trop jeune pour m’occuper de dossiers sensibles me dit-il toujours. Il ne parle que de ce dossier-là. Dans notre jargon, les vieux dossiers insolubles sont appelés les dinosaures. On sabre le champagne quand on en résout un.

Il tremble de tous ses membres. De joie me dit-il. C’est un homme usé, abîmé, éteint. Des traces de brûlure de cigarette, d’autres cicatrices que je sais être des morsures, un bras cassé, un œil de verre, sont les souvenirs physiques qui lui resteront de son union ou plutôt de sa désunion. Je ne connais pas le quart des violences orales. Les procès verbaux ne retracent pas la guerre des mots, des gestes, le chantage aux enfants, les moqueries sordides, l’humiliation.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait dans la peau pour accepter tout cela pendant si longtemps.

Je n’ai jamais rien compris aux relations sadomasochistes. Je suis bien trop douillet pour cela, à la limite de la sensiblerie même.

De grands éclats de voix se font entendre, puis s’apaisent.

Je fais la énième lecture de l’acte à Monsieur.

Pendant cette procédure, avant, après le divorce, des dizaines d’avocats se sont épuisés de part et d’autre.

Il fallait oser défendre Madame sans risquer sa peau, défendre Monsieur contre lui-même.

Plus personne finalement ne s’est présenté, les frais d’avocats ont été si élevés que les quelques liquidités communes ont fondu comme peau de chagrin.

Mon patron a écouté Monsieur lui dire qu’il voulait tout abandonner pour avoir enfin la paix, partir au loin dans un pays étranger, disparaître, changer d’identité.

Puis mon patron a entendu Monsieur affirmer qu’une fois dans sa vie, il fallait qu’il ne fût point un lâche.

Madame de son côté jouait également à la girouette, tenant tête à tous, contredisant chacun, même lorsque la parole prononcée allait dans son sens.

Reprochant à Monsieur des sévices qu’elle lui infligeait. Demandant force procès verbaux de difficultés, allant, revenant maintes fois du Tribunal, ou de la Cour d’Appel, même, on ne sait jamais, de la Cour de Cassation. Tant sur le prononcé du divorce, que sur le partage, tantôt sur la maison, tantôt sur un soit-disant lingot qui n’a sûrement existé que dans sa tête. Parfois sur la garde des enfants, même majeurs, qui ne tente rien n’a rien.

Madame refusait même chaque chose qui aurait pu être faite pour son bien.

Le bien de Madame, c’était Monsieur.

Elle avait trouvé le punching-ball idéal. Celui qui dit « frappe-moi », qui aime cela.

La tête de turc formidable, une vraie pâte à modeler qu’elle pouvait malaxer selon ses goûts.

Le souffre-douleur qui dit « non je ne souffre pas, c’est ma femme qui est malheureuse. »

La secrétaire entre sans même frapper, les larmes aux yeux. Je pense aussitôt à un drame. Heureusement, elle est suivie de mon patron qui entre en courant dans le bureau, la minute en main, pour la faire signer à notre client.

Vite, je descends dans le bureau du bas pour ne pas laisser plus d’une minute Madame toute seule. Les transferts de fonds s’effectuent avec la rapidité de l’éclair. Longtemps encore après, je rappelais à notre comptable combien il pouvait aller vite quand il fallait pour établir un mouvement comptable et deux chèques. S’il avait pu faire pareil dans tous les dossiers, nous n’attendrions pas trois heures pour délivrer les prix de vente à nos clients.

IIIème acte : Madame sort très vite de l’Étude, sans mot dire.

Nous pensons qu’elle est lassée, qu’elle capitule enfin.

La standardiste regarde par la fenêtre, cachée par les rideaux, regarde traverser Madame, la voit fouiller dans son grand sac. Elle est de dos. Que fait-elle ? Elle reste plantée là.

Le troisième acte semble compromis.

Enfin, l’impatience aidant, elle se met à bouger un peu, se tourne de côté, laissant apparaître l’instrument de torture qu’elle a dans les mains.

« Une chaîne de vélo ! » Crie-t-elle à la cantonade !

La cantonade m’appelle.

Je me charge de Monsieur qui descend avec moi à la cave. Je me fais accompagner du guetteur des sous-sols. Nous traversons les archives, aboutissons dans le garage.

Là, nous prenons la porte de derrière, destinée plus habituellement aux poubelles, que nous avons affublé pourtant de ce nom pompeux, ô combien exact aujourd’hui, de « porte de secours ».

Monsieur se traîne avec nous au commissariat pour la énième fois.

Les agents de police, dix minutes plus tard, l’air de rien, accostent Madame, l’interrogeant sur la destination de l’instrument qu’elle a dans les mains.

Madame rétorque tout simplement qu’elle attend Monsieur pour lui demander s’il peut l’aider à graisser la magnifique chaîne de la bicyclette de son fils…

* * *

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