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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

L'ANCIEN DIVORCE

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Madame me présente son acte de naissance sans les mentions marginales. Hélas, ce document ne me convient pas, ne pouvant vérifier ni sa capacité (les tutelles, curatelles sont portées en marge par un signe cabalistique appelé « inscription R.C.[1] n°….), ni sa situation matrimoniale (mariage, divorce, changement de régime matrimonial). Je demande donc un acte de naissance de mon côté, à la mairie, portant toutes mentions marginales. À réception de ce document, je constate que Madame a déjà été mariée, il y a fort longtemps, se trouvant divorcée en premières et secondes noces.

Indépendamment, je règle un dossier d’un Monsieur m’informant de son premier mariage avec une personne qui s’est enfuie au bout de quelques mois, qu’il n’a jamais revue, dont il a divorcé six mois plus tard, un mariage de « guerre » m’explique-t-il. Monsieur est donc divorcé en premières noces et veuf en secondes noces. Il me semble que les noms des deux dossiers correspondent. Je vérifie, effectivement, c’est bien cela, ce Monsieur veuf est le premier mari de Madame divorcée. Grand cas de conscience : le dire, le taire, être allusif. Ne pas s’en occuper. Je suis tenu au secret professionnel, après tout, ce n’est qu’une coïncidence pas trop étonnante, nous sommes la seule étude notariale dans un rayon de vingt kilomètres. Pour des gens qui n’ont jamais bougé, pas étonnant que le notaire ait à connaître des deux histoires. Les protagonistes, eux, ne perçoivent pas la coïncidence et ne se sont jamais revus, me semble-t-il. Par une curieuse coïncidence, les deux rendez-vous ont lieu l’un à la suite de l’autre. Totalement par hasard, les deux personnes se retrouvent dans la salle d’attente, ne se reconnaissant pas. Lorsque j’entre pour quérir Monsieur, Madame, entendant le nom de son ex-époux, peu courant, sursaute, se lève, hésite, se rassied, le regarde fixement. Il la dévisage aussi, le front plissé, cherchant sûrement dans ses souvenirs, finit par dire : « Pardon Madame, ne nous serions-nous pas rencontrés quelque part ? » Madame sourit, lui répond : « Si, mon cher mari, dans votre lit. Comment allez-vous ? » Un petit goût suranné de madeleine de Proust me vient à la bouche, rappelant mes débuts, lorsque je m’occupais de quelques nobles demeurant encore dans notre vieille ville, qui se vouvoyaient entre époux et enfants.

* * *

 



[1] inscription au répertoire civil sous le numéro xxx.

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