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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

MON MÉTIER.

ACHILLE #un peu de technique

Le clerc de notaire est un technicien du droit. Sa mission consiste à ouvrir et suivre les dossiers que lui confient les clients du notaire, mission qui comprend des recherches juridiques, parfois du secrétariat, le rassemblement des pièces administratives, la rédaction des actes et souvent la réception de la clientèle. Le clerc expérimenté aura plus de responsabilité et d’indépendance dans la gestion de ses dossiers. Auparavant, les clercs qui ne possédaient pas tous leur diplôme de notaire visaient le statut de « principal clerc » ou « sous-principal clerc ». De nos jours, les grades dans la profession sont différents, les jeunes sont souvent diplômés notaires même s’ils n’achètent pas la charge. Dans nos études de province, quelques sous-principaux, comme moi, survivent, comme une espèce en voie d’extinction. Les patrons recherchent du personnel jeune et dynamique, peu payé, qui possède un sens aigu de l’organisation, de la méthodologie, un bon contact avec la clientèle, une bonne présentation, et de solides connaissances juridiques, ne serait-ce pas une utopie ?

Pour ma part, je pense avoir acquis une certaine facilité de contacts, cependant la méthodologie reste pour moi une inconnue, je travaille à l’instinct si je puis dire. Mon métier est le notariat. Mon métier tient à l’argent. En grossissant le trait, je comble un deuil ou une perte par une somme d’argent. A-t-on remarqué ? Nous vendons notre maison ou notre appartement, nous sommes fort heureux d’emménager la plupart du temps. Cependant, nous avons tout de même un creux au cœur de quitter cet endroit où nous avions tant de souvenirs. Lorsque nous perdons nos parents, c’est très clair. La période de deuil est également la période de calcul de ce qui nous revient, de combien nous allons devoir verser à l’État, au notaire, aux autres héritiers. Le moins possible, pour avoir le plus possible. Jamais la peine ne pourra s’éteindre complètement. L’on sera tout au plus consolé par une satisfaction d’ordre patrimonial ou plus trivialement pécuniaire. Nous divorçons, autre deuil, autre perte, autre problème patrimonial : le partage. Tenter de combler le vide au moyen d’une somme la plus forte possible attribuée, voire volée, empruntée ou généreusement abandonnée par l’autre. Tenter à l’inverse pour certains de combler le vide en ne lâchant rien, pour ne rien perdre, ce qui veut aussi dire gagner contre l’autre. Même le contrat de mariage est le prélude à un abandon de la vie de patachon que sont supposés avoir les célibataires. Ce deuil est un passage vers une hypothétique vie plus rangée, plus cadrée, bref plus monotone, également plus confortable, à l’aide de deux revenus, ou avec le soutien du revenu de Monsieur pour Madame qui n’a plus à travailler, ou l’assistance des mains de Madame pour s’occuper du ménage et des enfants ou tout autre combinaison inventée par les deux époux. Bien entendu je caricature, car le notaire a bien d’autres activités. N’y a-t-il pas tout de même un fond de vérité ? C’est une des raisons pour laquelle le notaire n’est pas beaucoup aimé. Il touche à l’argent, à notre argent et nous en prend un morceau au passage !

Nous ne cherchons pas toujours à comprendre ce qu’il dit, ni ce qu’il fait. Quand tout va bien, nous n’écoutons pas, le nez en l’air, bayant aux corneilles pendant les rendez-vous, comme sur les bancs de l’école, et l’on est content si l’on n’est pas interrogé. Quand un souci se présente, le notaire est l’accusé, comme le proviseur qui nous en veut c’est sûr, il l’a sûrement fait sciemment, pour nous nuire. Nous avons été sourds à ses conseils et recommandations. Maintenant, nous ne nous souvenons que d’une chose, il ne nous a rien dit, en tout cas concernant ce point qui ne va pas. Il y a bien quelque chose écrit à ce sujet dans l’acte… Oh, il y avait tant de choses à lire et à écouter, franchement nous avions bien autre chose à faire ce jour-là. De plus, si l’on s’en souvient, le jour de la promesse de vente, il avait osé déformer notre second prénom et mis un neuf au lieu d’un zéro dans notre date de naissance, coquilles insupportables. C’est vrai que ce n’était pas très lisible sur la photocopie que nous lui avions confiée, c’était un mauvais présage, nous aurions dû nous douter qu’il fût aussi incompétent qu’il en avait l’air.

Pourtant, il nous a bien expliqué les clauses de l’acte, de son air supérieur de professeur de droit. Clauses qui nous ont paru bien inutiles sur le moment. Il a aussi encore parlé d’argent : « Vous savez, je suis percepteur, les frais que je vous réclame, ne constituent pas en totalité les honoraires du notaire ». Il a peut-être même écrit un autre mot « émoluments[1] » sur le décompte et l’on a dû consulter un dictionnaire pour en découvrir la signification. Il y avait bien longtemps que cela nous était arrivé. Bref, ce notaire s’en met plein les poches et nous prend pour un imbécile. Et puis cette façon de toujours nous prendre trop de frais, et nous le rendre des mois voire des années après. Cela ne peut pas se passer comme ça. Dire que certains hauts placés ont pensé une seconde le voir s’occuper des divorces et remplacer les avocats, inadmissible ! À bas les notables. Je pense à la chanson de Jacques Brel :

Au bar de l'hôtel des "Trois Faisans"

Avec maître Jojo

Et avec maître Pierre

Entre notaires on passe le temps

…/…

Les bourgeois c'est comme les cochons

Plus ça devient vieux plus ça devient bête

Les bourgeois c'est comme les cochons

Plus ça devient vieux plus ça devient c...



[1] Honoraires accordés, par tarifs fixés, aux officiers ministériels, en plus des débours et des droits d’enregistrement ou autres taxes.

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