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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

ACCUSATIONS. Après l’enterrement.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         C’est toi qui l’as tuée, hein, maintenant tu es heureuse ! Tu t’y attendais, tu savais que son cœur ne tiendrait pas, tu t’es acharnée !

-         Ne dis pas de bêtises, je n’avais aucune idée qu’il avait des problèmes de cœur, absolument aucune idée. Quand nous nous sommes quittés, il n’avait aucun trouble de santé.

-         Voyons ne dis pas le contraire, plutôt que de divorcer tranquillement, lors de votre séparation, il y a quatre ans, tu as attendu exprès qu’il fasse fortune pour réclamer ton dû ! Mais mon frère et moi, nous ne te laisserons pas faire …

-         Bien entendu c’est ma part ! Tu ne crois tout de même pas que de vivre avec ton père était une sinécure ! J’en ai bavé, ma fille, et plus que tu ne peux le croire ou le comprendre. Je ne vois pas pourquoi, j’aurais tiré les marrons du feu sans en profiter ! C’est bien grâce à moi qu’il a eu cette carrière !

-         Ah oui, c’est toi qui as fait ces hautes écoles, toi qui as passé tous ses diplômes, toi qui lui as trouvé ses emplois, toi qui rentrais tard et ne prenais pas de vacances !

-         Non c’est moi qui me suis écrasée, qui ai élevé, toute seule, les enfants, fait les courses, le ménage, qui ai sacrifié ma carrière pour être présente quand il ne l’était pas.

-         Oui, c’est vrai que la femme de ménage n’avait plus qu’à se faire un thé… et que tes études approfondies des fonds de classe t’auraient sans souci permise d’être Président Directeur Général si tu avais voulu !

-         C’est facile pour toi d’en rendre compte maintenant, mais tu oublies les débuts difficiles, tu oublies les soirées gâchées, les vacances gâchées, ses absences à répétition et son ton dictatorial lorsqu’il rentrait. J’ai toujours raison, je suis le plus fort, les autres ne valent rien. Mon épouse non plus, pas capable de faire autre chose que des enfants… Tu n’as pas tout connu et tu as bien vite oublié, on dirait.

-         Tu parles comme une petite fille, des soirées gâchées, des vacances gâchées, et les ouvriers qui n’ont pas deux sous pour mettre dans une soirée, ou dans des vacances, tu y penses ? Tu avais un train de vie de luxe, tu te payais ce que tu voulais. C’est toi qui as arrêté en te séparant de lui, alors pourquoi vouloir lui pomper son argent. Papa avait dit un quart chacun, et tu n’as pas voulu, tu voulais quoi encore ?

-         Je voulais la moitié, tout simplement, ce qui me revient de droit dans la communauté comme me l’avait expliqué mon avocat, et une prestation compensatoire en plus, pour vivre bien, malgré la séparation, tout simplement, mon dû, comme tu dis si bien. Mon dû. Un point c’est tout.

-         Que tu reçoives la moitié du patrimoine au jour de votre séparation, pas de soucis, d’ailleurs c’est ce que tu avais conclu avec papa sur un coin de table, sur ce papier que tu as conservé et que tu refuses de montrer.

-         Je ne l’ai pas conservé, ou plutôt il n’y a jamais eu de papier en ce sens, je n’aurais jamais accepté.

-         Si maman, tu as signé comme lui ce papier, il ne nous aurait pas menti sur ce point, et papa t’a acheté un appartement pour que tu vives en paix avec ton gigolo suite à cette signature, il t’a fait confiance et tu as trahi sa confiance.

-         Je ne te permets pas de parler en ces termes.

-         N’empêche, tu as laissé papa tout seul.

-         Mais je n’en pouvais plus de lui, de ses humeurs, j’avais envie de fraîcheur, de vitalité, mais aussi de calme, j’étais lassé des excitations, des excès en tout genre.

-         C’est pourtant ce qui t’avait séduite, son infatigabilité.

-         Peut-être, mais maintenant il me fatigue.

-         Tu t’écoutes un peu, tu parles comme s’il était vivant, tu n’as aucun respect pour sa mémoire, tu es ravie qu’il ait cassé sa pipe, à toi le tiroir-caisse bien rempli ! Vénale, tu me dégoûtes, tu as le sang aux commissures des lèvres. Comment as-tu pu faire cela à papa ?

-         Ma fille, tu parles de moi, mais regarde-toi, la perspective de cette perte financière t’enlaidit. Tu n’auras pas ton quart tant convoité.

-         Si bien sûr, de quoi parles-tu ? J’aurais ma part dans la succession, mais toi tu ne l’emporteras pas au paradis.

-         Tu n’auras que de la nue-propriété.

-         J’ai bien compris que tu me ferais un coup bas mais peut-être que papa a laissé un testament.

-         Non, il n’en a pas fait si tu veux le savoir. Il a dit au notaire que s’il décédait avant le divorce, il trouvait normal que j’hérite de lui car il considérait que j’étais encore sa femme, que je reviendrais puisqu’il m’aimait et qu’il saurait me le démontrer.

-         Je rêve… Tu t’en vantes, comment a-t-il pu dire ou penser une chose pareille !

-         Demande-lui.

-         Tu veux ma mort ?

-         Ce n’est pas ce que je voulais dire.

-         Il doit se retourner dans sa tombe maintenant qu’il voit à quel point tu n’en avais rien à faire de lui, de ses états d’âme, de ses bleus au cœur. Il doit se mordre les doigts.

-         C’est plutôt toi qui te mords les doigts de ne pas avoir tout, tout de suite, ma belle.

-         Tu dis n’importe quoi, je n’attendais pas après la mort de papa moi.

-         Je n’ai jamais attendu après non plus, son décès me fait beaucoup de peine contrairement à ce que tu as l’air de penser. J’éprouvais encore une grande admiration et de l’amitié pour ton père. Je t’ai dit que je croyais même que c’était un coup monté quand tous ses avocats et fiscalistes se sont précipités sur moi et qu’il n’était même pas là.

-         Il était en train de lutter en vain contre la mort par ta faute.

-         Arrête de tenter de me culpabiliser, tu n’y arriveras pas.

-         Avoue que c’est troublant, tu joues l’abjecte, tu deviens vulgaire devant ses avocats, criant au guet-apens, alors qu’il se meurt d’une crise cardiaque, dans l’entrée de l’appartement, sa sacoche à la main, et l'on met trois jours à le retrouver. Tu ne t’es même pas demandée s’il avait un malaise. Peut-être était-ce du cinéma ?

-         Je te dis que je pensais qu’il se moquait de moi, me laissant face à ses charognards.

-         C’est bien ce que je comprends, tu n’as même pas eu une seconde d’inquiétude, de pitié.

-         Qu’est-ce que tu racontes, pourquoi aurais-je éprouvé de la pitié ? Toi aussi, tu aurais pu y penser.

-         Oui, c’est sûr, à cinq mille kilomètres de là, j’aurais dû sentir le malaise de mon père. Désolée, maman, je n’ai pas le don d’ubiquité.

-         Tu ne comprends pas, quand j'ai téléphoné pour t’informer qu’il avait disparu, toi non plus, tu n’as pas pensé tout de suite qu’il avait pu mourir chez lui.

-         À cette distance, un père de cinquante ans, une histoire aussi étrange, non, effectivement, ce n’est pas la première chose qui m’est venue à l’idée. D’autant que je n’imaginais pas que tu aies pu me dire qu’il avait disparu avant d’avoir visité son appartement. La première pensée qui me vint fut pourtant le suicide.

-         Ton père n’aurait jamais fait cela.

-         Maman, tu n’as pas idée de la profonde dépression dans laquelle ton indifférence l’a plongée. Il aurait préféré que tu le détestes. Il aurait eu au moins un sentiment à combattre. Mais une personne indifférente qui se révèle de plus uniquement intéressée par l’argent, comme s’il était devenu ton banquier, cela fait gerber comme il disait.

-         Je ne te permets pas. Il n’aurait jamais parlé ainsi de moi.

-         Tu devrais renoncer à la succession si tu avais un peu d’amour propre.

-         Je n’en ai pas. Là, tu es contente ? Je veux être autonome financièrement et son décès est une opportunité pour moi.

-         De là à penser que tu y as gravement contribué, il n’y a qu’un pas.

-         Contribué à quoi ?

-         TU L’AS TUE. Ou tu l’as fait mourir, si tu préfères.

-         Tu peux tout tenter, tu n’y arriveras pas. Je ne suis pas coupable, je ne suis pour rien dans son décès et il le sait très bien. Sinon, il aurait fait un testament et il n’aurait pas dit ce qu’il a dit au Notaire.

-         Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd. Tu as toujours vécu à ses crochets. Tu vas hériter des fruits de son labeur, de son sacrifice pour sa famille. Et sa famille, ce n’était plus TOI !

-         Arrête enfin. Cette discussion n’a que trop duré. C’est clos. Je ne veux plus entendre cela, plus jamais.

-         Pourtant ce n’est qu’un début, on aura ta peau.

-         Tu deviens folle ! La rage t’égare !

-         Mon frère et moi, on n’oubliera pas le mal que tu as fait à papa.

-         Ne mêle pas ton frère à tes obsessions. Il n’a sûrement pas la même opinion que toi. Il n’était pas sans cesse à l’autre bout du monde à aider ses semblables plutôt que sa famille, lui…

-         Comme tu voudras, mais je pense que tu seras déçue.

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