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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

ANNÉES SOIXANTE-DIX.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

Mon patron étant commis en qualité d’expert par la Cour d’Appel, a tout lu dans ce dossier, les conclusions, les jugements, arrêts d’appel, même de cassation. D’un ton grivois, il me dit, « de beaux salauds ceux-là, vous allez bien vous amuser ».

 Je n’ai pas lu les « attendus », juste la décision. J’hésite, d’habitude je ne lis pas, pour ne pas me faire polluer par les incriminations plus ou moins justifiées de chacun des contradicteurs. 

Cette petite phrase : « Vous allez bien vous amuser », m’étonne de la part de mon patron, peu enclin à l’humour, si ce n’est au cynisme.

Je rencontre Monsieur tout d’abord. Grand, vieux beau, grisonnant, calculateur, il connaît son patrimoine par cœur, tous les chiffres, les récompenses, les mouvements de fonds, il tente de m’étourdir par tant de dextérité verbale. 

Blasé, j’acquiesce car il a parfaitement raison dans sa démonstration, que j’avais déjà moi-même faite sur un tableur.

Puis vient Madame, petite ronde, pour ne pas dire très enveloppée, les cheveux à la Colette un jour de grand vent, les yeux noyés de noir charbonneux, les lèvres pincées, le teint très pâle. 

Elle acquiesce aussi. Cependant, elle n’est pas d’accord sur la répartition des biens. 

Ouf, me dis-je, si les comptes sont acceptés entre époux, qu’il ne reste plus qu’à se mettre d’accord sur les attributions, nous n’en avons pas pour longtemps.

Que nenni, errare humanum est. 

Deux ans plus tard, rien n’a changé, j’ai proposé dans tous les sens, diverses attributions. Rien n’y fait, si Monsieur veut un bien, Madame le veut, si Madame veut un bien, Monsieur le veut également. Ni Monsieur ni Madame ne s’adressent la parole. Silence complet, entrecoupés de chuchotements que les avocats recrachent tout haut. On croirait un championnat d’échec.

À ma demande les avocats me présentent un jugement rectificatif me permettant de procéder à un tirage au sort.

Je débarque donc un matin dans la salle de signature, avec mon chapeau haut de forme (trouvé dans une brocante pour un anniversaire déguisé quand j’étais jeune et dont je ne me suis jamais séparé) et mes petits papiers.

- C’est bien sûr, pas de changement de position, pas d’accord possible ?

- Bien certain.

Je procède donc.

À peine le tirage au sort effectué, Monsieur et Madame se regardent, se parlent même !

Un flot continu coule entre leurs lèvres qui remuent, nous n’entendons pas tout, retenons notre souffle. Puis vient le dénouement :

- Madame prend tels et tels biens. De mon côté je prends ceux-ci. 

Je regarde mes papiers, j’écoute. Exactement l’opposé du tirage au sort. Il fallait le deviner. Bien entendu, j’avais déjà fait cette proposition, comme toutes les autres, mais il fallait bien contredire, une dernière fois, le vilain sort.

Madame me dit en aparté que Monsieur est insupportable, qu’il lui a tout fait, tant moralement que physiquement, qu’elle était belle avant, que si elle est comme cela maintenant, c’est de sa faute à lui et à personne d’autre car si tous les jeunes des années soixante-dix lui sont passés dessus, elle n’a jamais aimé personne que lui. Je me demande si elle n’aimerait pas commencer à parler un peu au présent. Je crois comprendre qu’il lui faisait des choses que les autres ne savent pas faire.

Monsieur ne parle que calculs, taxes foncières et charges réglées pendant dix ans pour rien, etc.… Mais il sourit. Il a gagné, sur son terrain. Il gagnera toujours, il en est sûr.

Le lendemain je lis les « attendus » des jugements et des arrêts. 

Toute personne ayant été jeune pendant les années soixante-dix évoque une période extraordinaire, l’avènement des libertés, un délire de luxe, luxure, sophistication, monde en mouvement, création, un espace-temps psychédélique où toutes les expériences étaient poussées au bout, où toutes les sensations étaient permises.

Madame et Monsieur faisaient partie de cette mouvance, en bons jeunes enfants de bourgeois, Madame et Monsieur jouaient au poker la nuit, poursuivaient leurs études dans les cafés universitaires le jour, fumaient la moquette la nuit, essayaient l’échangisme, l’homosexualité, la partouze, les séances photos, les films super huit, puis Monsieur finit par reprendre la société de papa, tout en continuant les expériences multiples.

Vingt-cinq ans plus tard, Madame demande le divorce pour faute. Elle énonce viols, violences, séances de sadomasochismes forcées, photos pornos en compagnie de leur fille alors âgée de seize ans.

Monsieur demande reconventionnellement que soit prononcé le divorce pour faute de Madame, celle-ci ayant participé activement à chacune des séances en cause, non par la force, ayant elle-même entraîné des tiers, notamment des amis de sa fille, ainsi que sa propre fille dans cette « débauche » que réprouvent maintenant les époux.

Un point partout.

* * *

 

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PRINPRENELLE 15/07/2010 20:32







ACHILLE 20/07/2010 00:04



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