Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

Avortement

ACHILLE #La Comédie du Divorce

C'est une histoire ancienne, de celles dont on ne connait pas la fin.

Cela remonte à quinze ans, peut être plus...

 J'en ai cependant connu l'aboutissement il y a quelques jours. Aussi, après une période de murissement (comme les bananes) c'est sorti tout seul de la plume de mon stylo.

J'avais moins de cinquante ans à l'époque, mais j'étais déjà un vieux clerc, même pour mes collègues.

Son mari travaillait dans un Service avec des initiales qui font penser aux espions, aux kidnappeurs ou aux terroristes. Quelque chose comme CIA, KGB, FBI, CNYS, DST, ou que sais-je encore.

Ses couvertures étaient grillées parce qu'on avait vu sa figure à la télévision, sans sa cagoule, sans doute une bourde d'un journaliste facétieux. Le résultat fut que le couple dut s'éclipser à l'ombre de nos platanes.

Puis, finalement, Madame trouva du travail à l'Etude en qualité de clerc aux ventes. Les jours se passaient sans soucis. Ma collègue était discrète, mais sociable, d'un abord agréable.

Lui travaillait à se faire une nouvelle couverture. Ils dormaient dans le même lit avec une arme sous l'oreiller.

Un matin, elle se plaignit à moi du manque de commerce local. Je lui proposais alors de la transporter dans mon véhicule vers un centre commercial voisin ce qu'elle accepta volontiers. Je me doutais qu'il existait des boutiques de dégriffés qui lui conviendraient et dont certaines, par chance, étaient ouvertes entre midi et deux, notre pose déjeuner.

Nous nous y rendîmes donc.

Ma collègue était locace dans la voiture, et charmante ; de ces femmes un peu secrètes et si finement intelligentes. Elle avait les cheveux blonds presque platine, et un trait d'eye liner noir sur les paupières lui faisait les yeux de la première barbie. Elle portait de jolis tailleurs style Chanel, ou de stricts tailleurs pantalons agrémentés d'un fin sous-pull à col roulé et d'un collier de perle. Elle peignait sa bouche d'un rouge torride et mettait toujours un petit foulard autour de son cou lorsqu'elle sortait, emmitouflée dans  son manteau de tweed. Elle était fidèle à son parfum mais je n'ai jamais osé lui demander son nom.

Nous naviguions dans les allées du Centre, repérant les boutiques, fouinant à la recherche des objets de sa liste de courses. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque ma jolie collègue m'enjoint de force d'entrer dans une boutique de sous-vêtements féminins pour l'y aider à faire son choix ! Je refusai catégoriquement.

Je n'avais jamais mis les pieds dans ces magasins, même au cours de mon mariage pour acheter un soutien gorge d'allaitement. J'avais demandé à la soeur de mon épouse de le faire pour moi.

Je n'allais pas céder maintenant, face aux caprices d'une parisienne !

Elle entra seule finalement, mais ressortit quelque temps plus tard les bras chargés de vêtements affriolants, accrochés à de petits cintres roses ou transparents. Au regard des étiquettes, le prix était inversement proportionnel à la quantité de tissu utilisée. L'alarme s'était déclenchée et le bruit était assourdissant. Elle n'était pas démontée pour autant et me montrait avec douceur et quantité de détails, chacun des modèles, pour que je puisse être en mesure de faire "mon choix".  

- Mais je n'ai rien à choisir, je ne porterai pas ces vêtements !

Elle voulait, dans la galerie, avoir mon avis...

Son époux aurait été mieux placé que moi, mais jamais elle ne faisait ses courses avec lui, répondait-elle, pour des raisons de sécurité.

Rouge de honte, au milieu de l'allée, je finis par m'extirper de ma gêne et entrer à reculons dans la boutique. Elle rentra, vainqueur, et le bruit de l'alarme cessa aussitôt, remplacé par les rires et chuchotements des vendeuses.

J'eus alors droit à un dernier supplice, l'essayage.

Nous choisîmes trois modèles de lingerie, et ma collègue entra dans la cabine pour déterminer celle dans laquelle elle se sentirait le mieux.

J'attendais, sagement assis sur un tabouret mis à ma disposition par les vendeuses, ne pouvant m'empêcher de tenter d'imaginer le corps de ma collègue carapaçonné dans ces guêpières aux tissus soyeux et aux baleines revêches.  

 De longues minutes passaient, lorsque ma collègue sortit, in situ, vêtue d'un seul corset de satin noir, bordé de dentelle rouge, que nous avions trouvé très sexy, et qui avait fait l'objet de notre second choix et d'un string. 

Je m'étouffais. Je suais à grosses gouttes, je mourrais, je suffoquais.

Elle avait accroché ses bas aux jarretières, et remis ses escarpins, "pour bien se rendre compte de l'effet", et tournait, se regardant dans la glace de tous côtés. 

Je me levai, regardai dans la cabine, une glace en pied s'y trouvait. Il n'y avait aucune utilité à ce qu'elle se promène ainsi déshabillée dans la boutique. Les vendeuses se pressèrent autour d'elle, commentant les courbes, les rubans, et les colifichets.

Je tentais de regarder ailleurs, vainement, mon regard étant toujours attiré par ses cheveux brillants, ce satin brillant, cette peau nacrée, cette bouche, ces hanches, cette taille. Mon dieu, je n'avais jamais vu une taille aussi fine, à part la danseuse dans les dessins animés avec le loup de Tex Avery. D'ailleurs, je me sentais un peu comme ce loup. J'aurais aimé être accoudé à un bar, pouvoir hurler à la mort ou à l'amour, et boire cul sec un ou plusieurs verres de wisky. Mais je me trouvais là, dans cette boutique embaumée de son parfum, à minauder et à donner mon avis sur une cambrure, ou un rebondis.

Elle rentra dans la cabine comme si de rien n'était, et en sortit quelques minutes plus tard, cerclée de tendres et vaporeuses dentelles transparentes. J'ignore à combien battait mon pouls, mais cette taille, j'aurais pu l'enserrer de mes deux mains.

Après quelques réflexions, elle entra enfin dans la cabine pour ressortir avec le troisième choix. La guêpière était bordeaux, nous convînmes que la première était plus belle et plus sexy, elle  régla rapidement la note après s'être rhabillée de pied en cape, et nous nous éclipsâmes, de retour dans la voiture, vers l'Etude, pour une après-midi de travail, sans avoir mangé, au cours de laquelle j'eus un mal fou à me concentrer.

Tout redevint normal. Le soir, j'étais naturellement seul dans mon petit appartement, encore essoufflé de la journée passée. Le lendemain,  ma collègue me dit que son mari trouvait que j'avais bon goût. Je rougis jusqu'aux cheveux, puis, plus rien, plus un mot de tout cela. Nous déjeunions ensemble de temps en temps, comme avant, évoquant des points de droit, quelques problème locaux ou des considérations de politique de comptoir, comme nos autres concitoyens.

Je me sentais vaguement soulagé, oui, heureux et soulagé. J'avais fait une bonne oeuvre, c'est cela, je m'étais bien comporté en apportant du peps dans la vie de ce couple, moi qui avait contribué à choisir une lingerie que je n'aurais jamais pu voir porter sur ma propre épouse. Pourquoi ? Aurait-elle été laide dans cet accoutrement ? Non, bien entendu, et cela m'aurait plu, mais j'aurais tout de même été fort gêné de voir mon épouse dans un costume de scène. Ce genre de chose, c'est pour les danseuses du Lido, pensais-je, ou du Crazy horse, oui c'est cela. Ce n'est pas pour les gens ordinaires.

Ma collègue elle-même était bien ordinaire. J'ignorais qu'elle mettait des bas, mais je savais bien qu'elle ne ne portait pas ces sous-vêtements tous les jours. Ce n'était pas pratique selon moi. Je cherchais tout de même vaguement du regard sa taille si fine, mais cela n'apparaissait absolument pas à travers toutes les épaisseurs de tissu, pull, jupe, veste de tailleur.

Un jour cependant, un collègue me bouscula sans le faire exprès (il tenait une imposante machine à écrire qu'il devait porter à réparer)  et je me heurtais à ma collègue qui passait près de la photocopieuse juste à ce moment là. C'est alors que je sentis. Oui, je sentis sa taille, dure, enserrée dans de multiples baleines et renforts. Je n'en cru pas mes doigts. Ma collègue portait matin, midi et soir ces froufrous que nous avions choisi ensemble.

Dès ce jour, je ne pus m'empêcher de scruter ses gestes, ses attitudes, ses mouvements, je tentais de voir la guêpière agrippée à son corps à travers ses vêtements. Ce devint presque un fantasme. Ma collègue à la guêpière.

Que cette lingerie serve à la libido du jeune couple ne m'avait donné aucune idée, mais que cet objet de luxure repose tous les jours sur cette peau délicieuse me donnait des frissons glacés.

 Deux mois plus tard, ma collègue me proposa de faire un nouveau détour vers le centre commercial. Je détournais son regard, changeais de conversation, m'éloignais en titubant mais rien n'y fit, elle insistait à perdre haleine. Je refusai toujours lorsqu'elle me dit qu'elle avait besoin d'un moule à charlotte pour faire un gâteau délicieux pour ses amis ce week-end, et qu'elle ne le trouverait que là. J'aurais droit à une part du gâteau. Vous connaissez ma gourmandise légendaire.

Nous primes donc la voiture. Elle acheta son moule et nous repassions devant le magasin de la tentation lorsqu'elle y entra sans détour.

je m'éloignais et me dirigeais vers le parking lorsque j'entendis l'alarme se déclencher comme la dernière fois. Je revins sur mes pas et choisis avec elle une guêpière adorable (ma préférée), jaune poussin, avec de la dentelle et un peu de duvet d'oie, comme les boas des danseuses du Crazy horse, mais le style aurait plutôt été Folies Bergères, French Cancan, ou quelque chose comme cela. C'était très bien fait, quelques petites pressions discrètes permettaient d'ôter la plume pour mettre au lavage, ou pour porter tous les jours. A cette occasion, j'ai pu contempler la lingerie qu'elle avait mis le matin, un ensemble guêpière et string en satin couleur chair recouvert de dentelle noire sur les côtés, avec balconnets noirs ampliformes à armatures. Ses bas avait une ligne derrière, je n'avais pas remarqué quand elle était en tailleur, mais presque nue, tous les détails me sautaient aux yeux. 

Comme la fois précédente, je respirais mal tout l'après midi, mais les jours suivants, ce fut comme si de rien n'était. Je dirais presque que j'oubliais. Parfois tout de même, je me demandais comment ma jeune collègue me considérait : comme un ami, comme une amie, comme un gay, comme un papa, une maman ? Tout de même pas comme un vieux collègue ! Mais finalement je n'étais peut être qu'un vieux chauffeur de taxi.

Je m'habituais à ce rôle indéterminé, et caché de tous, de conseiller en lingerie. Nous entrâmes souvent dans la boutique, je n'éprouvais plus cette sensation d'étouffement, je pouffais avec les vendeuses qui semblaient m'apprécier, nous formions sûrement un couple étrange, moi qui choisissais et elle qui payait ! Elle ne posèrent jamais aucune question.

Lorsque je dis caché, je n'en suis pas si sûr, car quelques fois je surprenais des regards, ou je croyais percevoir des allusions dans certaines conversations avec mes autres collègues. Mais peut-être que ma situation me rendait un peu paranoïaque.

Un jour cependant, ma collègue, au cours d'un déjeuner entre nous, émis le souhait d'avoir un enfant. (à suivre...) 



  



 


 



 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Facebook RSS Contact