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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

Avortement (fin )

ACHILLE #La Comédie du Divorce

(...) Et ma collègue, sans en parler, comme cela, tout doucement, fit comme si de rien n'était et tomba enceinte le mois d'après, trop rapidement à mon goût. je le compris quand je la vis traumatisée par mon eau de cologne.

 

Elle n'osa pas me le dire de suite, et n'osa semble-t-il pas le dire à son époux. Toujours est-il que nous ne parlions pas de cela. Au restaurant, elle s'éclipsait de temps en temps, revenait tranquillement. - Aucun souci, tout va bien, un peu barbouillée.

Ce sont mes autres collègues qui ont mis les pieds dans le plat. Ils lui ont dit que cela se voyait comme le nez au milieu de la figure.

 

Ils lui ont demandé, question d'usage, si le papa était content. Mais elle ne répondit pas.

Plusieurs jours plus tard, elle revint me voir en me demandant si vraiment cela se voyait. Je voulus la rassurer :

- Si vous ne vomissiez pas tous les matins et tous les midis, nous ne nous en serions pas rendu compte. Dites moi, alors, il s'y fait ? 

 

- Je n'ose pas lui avouer, il croit que j'ai une gastro.

- Faites un test et montrez lui, c'est comme cela qu'a fait ma femme avec moi.

- Oui vous avez raison, c'est une bonne idée, le test parlera pour moi. J'ai la gorge nouée quand je rentre. 

- Vous n'êtes pas contente d'attendre un bébé ? 

- Si, mais comment n'a-t-il pas pu s'en rendre compte ? 

- C'est tout nouveau, et peut être ne vous évanouissez vous pas à  la maison en sentant mon eau de cologne.

- C'est vrai, mon époux ne met pas de parfums et je n'en mets plus.

 

Le lendemain, je m'en suis voulu à mort et je m'en veux toujours.

Ma collègue est entrée dans l'Etude avec des lunettes de soleil, les yeux tellement rouges que je ne savais s'il l'avait battu ou si elle avait pleuré toutes les larmes de son coeur. Sans doute les deux.

- Il a compris que c'était un accident, il ne m'en veut pas m'a-t-il dit, mais il a pris rendez vous lundi prochain en clinique pour un IVG.

- un quoi ?

- une interruption volontaire de grossesse.

- Je n'ai pas bien compris...

- Il ne m'a pas laissé le choix, sinon je dormais sous les platanes cette nuit.

- Mais c'est un monstre ! Et que comptez vous faire ?

- Je ne sais pas.

- Il n'a pas le droit de vous dicter votre vie.

- Je sais, cependant, je lui ai forcé la main, je n'ai pas le droit non plus de contrecarrer ses projets.

- Et quels sont ses projets ?

- Je ne sais pas, je disais cela comme cela.

- Vous voulez que je vous dise moi, quels étaient ses projets ? Vous garder, comme sa mascotte, comme son fantasme préféré, comme son objet sexuel et de luxure, vous garder jusqu'à ce que les corsets ne suffisent plus à contenir la chair et que cela déborde, jusqu'à ce que le rouge à lèvres coule dans les ridules, jusqu'à ce que les seins tombent et que les fesses s'affaissent en goutte d'huile, et après, vous jeter comme une vieille chaussette trouée.

Il ne vous aime pas, il ne vous supporte que comme objet du désir, et vous entretenez ce mythe. Il ne vous aime pas comme femme, épouse, mère, amie, confidente, partenaire, il ne vous aime pas pour vous même, pour ce que vous êtes. Il va jusqu'à vouloir purger vos entrailles de ce qu'il voit comme une souillure. Il ne supporterait pas de voir votre ventre s'arrondir, votre taille s'épaissir, je le savais, ce type est malsain, pervers, je le savais, j'en suis sûr !

 

(silence)

- Vous avez raison, j'ai fini par comprendre cela. Mais je vais avorter. Je ne peux garder en moi un enfant qui est issu de la haine et non plus de l'amour. Je ne l'aime plus. Tout s'est arrêté d'un coup, je l'ai vu en entier, dans son regard, comme décharné par la rancoeur, la haine, le dégoût. Vous aviez raison, ce n'est pas pour cause de risque qu'il ne voulait pas d'enfant. Il ne peut être père. Mais vous ne pouviez me mettre en garde, je n'aurais pas entendue.

Je regrette d'être obligée d'en arriver là.

- C'est de ma faute.

- Non bien entendu.

- Je n'aurais pas du vous conseiller de faire semblant d'avoir vomi votre pilule.

- Si, vous avez bien fait, il ne m'a pas tué. Je ne sais pas s'il n'aurait pas été plus violent s'il avait appris que je voulais vraiment cet enfant; Mais je n'irai pas avec lui, j'irai seule faire cet IVG. Je suis punie, prise à mon propre piège. C'est ma sanction. Et je divorce.

 

Ce n'est pas moi qui l'ai déménagée. Quand elle lui a dit qu'elle divorçait, elle a dû trouver un hébergement d'urgence. une collègue l'a prise chez elle un moment.

Mes collègues l'ont aidé à enlever ses quelques meubles et affaires. Il était au milieu de la pièce, prostré dans un grand fauteuil club, et ne bougeait pas. Il les a laissé prendre les affaires sans faire un geste, sans aider, sans prononcer un mot. Il n'a plus prononcé un mot en notre présence. On ne l'a plus jamais revu dans notre région.

 

Je sais depuis peu qu'elle est mariée, notaire et qu'elle a de beaux enfants.



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