Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

DIVORCE RADIN.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

" La peste soit de l’avarice et des avaricieux. "

MOLIÈRE.

Cher Maître,

Je sais bien que vous devez être impartial, qu’il ne faut donc pas que je vous livre mon témoignage, qu’il faut que je garde cela pour mon avocat et les plaidoiries, soit.

Maître, je n’en peux plus.

L’avez-vous entendu hier vous dire que vous coûtiez la peau des fesses ? Qu’il ne divorcerait pas si c’est comme cela, que je n’ai qu’à payer si je veux jeter de l’argent par les fenêtres ? Que toute ma vie, j’étais une fille entêtée, idiote et prodigue. Qu’il aurait fallu me mettre sous tutelle, qu’il regrette bien de ne pas avoir osé le faire, car il m’aimait ?

L’avez-vous entendu discuter le moindre centime ? Vous avez eu beaucoup de patience Maître, vraiment, je vous admire.

Nous n’en sommes pas à la fin Maître, car mon mari me cachait ses comptes en banque, je suis sûre qu’il n’a pas que ce compte chèque à la Poste qu’il revendique tout le temps. Je suis sûre qu’il a de l’argent en Suisse. Il voulait tout le temps y aller en week-end prolongé. Il est trop radin pour avoir caché là une maîtresse. Connaissez-vous l’avarice, Maître ? Mon mari est avare. Avare concernant son travail, nos loisirs, les enfants, la maison, même son propre plaisir. Mon mari est avare aussi concernant le rire ou les sentiments.

La Saint-Valentin ? " Une fête commerciale ! " La fête des mères ? " Une fête commerciale ! " Noël ! " Une fête commerciale ! " Un anniversaire ? " Prendre une année, ce n’est pas agréable, je ne vais pas te le rappeler avec un cadeau en plus. " Il n’a même jamais accepté que je lui dise que justement c’était pour me consoler de prendre une année ou une ride que j’avais besoin d’un présent, d’un geste quoi. " Le romantisme, la sensiblerie ne passeront pas par moi. "

Peste soit de l’avarice et des avaricieux. Vous avez vu sa manière de faire les additions avant même que votre calculette n’ait donné le résultat. Je pense qu’il n’est pas architecte pour rien, je ne voudrais pas acheter les maisons qu’il construit. Si j’ai bien compris, il risque chaque jour de vendre quelque chose qui ne tient pas sur la durée, faute d’avoir mis autant de matériaux de qualité qu’il faut.

Je pense très sincèrement que c’est lui qui a un trouble pathologique, pas moi. Vous devez croire que je vous écris pour cela, pour tordre le cou à cette phrase assassine, vouloir me mettre sous tutelle, remettre en cause ma capacité à gérer ma propre vie. Je vous assure qu’il n’y en a qu’un comme lui :

Il n’achète jamais de cerises, trop chères, il les vole sur les arbres.

Il se fait inviter partout où il peut, mange comme quatre, demande des doggy bags.

Il entre dans une boutique, en ressort après avoir vu le prix des articles qui l’intéressent en hurlant " bande de voleurs, rigolos ".

Quand il se perd en voiture, il pousse des hurlements à cause, non du temps perdu mais de l’argent perdu. Oui, bien entendu, l’essence qui aurait pu servir à aller ailleurs.

Il nous demande à tous de ne pas utiliser plus de trois feuillets de papier toilette de marque minimarge, qui fait mal quand on s’essuie.

Quand par hasard dans la campagne, on voit des pommes tombées sur la route, on s’arrête, l'on ramasse tout, on secoue l’arbre et l’on fait des horribles compotes acides qu’on mange jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. Il ne faut pas mettre trop de sucre parce que c’est mauvais pour les dents, après il faut payer le dentiste…

Il fait croire à nos voisins qui sont si gentils, qu’il a une panne d’électricité pour mettre une rallonge chez lui quand il a un gros appareil à utiliser (qu’il se fait prêter sur un chantier).

Son père est pareil, il a un potager pour ne plus acheter de légumes. Sa mère me disait que les années qui " donnent ", elle doit inventer toutes les recettes du monde pour varier les plaisirs car on ne mange que cela pour ne pas perdre. Sans compter que c’est inimaginable d’en donner aux voisins, c’est si bon, si naturel, qu’il faut en profiter pour soi. Les années qui ne donnent pas, on ne mange pas de légumes, juste des pâtes ou les légumes que sa mère se fait donner des voisins quand ils en ont un peu.

Revenons à mon mari. Il adore pourtant faire les courses, car c’est là que s’exerce son remarquable talent de calculateur. Il revient avec des trucs immangeables, ou même périmés, achetés à prix cassés, que nous devons tout de même déguster en disant : c’est sûr, ce n’était pas cher !

Au tout début de notre vie ensemble, il m’a offert une robe : "  Soldée soixante-dix pour cent, trente francs, tu t’imagines ? J’ai fait une bonne affaire non ? "

Et moi je trouvais cela merveilleux, car il n’avait pas mauvais goût à l’époque.

Devant ma mère, il m’a offert pour nos fiançailles un parfum qu’il avait pu avoir sur le marché. " Tu sais c’est " Truc ", le parfum si cher ! Eh bien je l’ai eu quinze francs. C’est normal que ce ne soit pas le même emballage ni la même bouteille tu sais, ce sont des ersatz, cela sent pareil, pourtant c’est moins cher, formidable, non ? "

J’étais époustouflée, ravie. Ma mère m’a regardé en pleurant, elle me dit qu’elle regrette maintenant de ne pas m’avoir mise en garde. Je le trouvais tellement malin, intelligent. Il est rusé, mesquin, calculateur.

Défendez-moi jusqu’au bout Maître GASTON, je sais bien que ce n’est pas vous, mais j’ai besoin de soutien. Même si je préfère laisser des plumes plutôt que continuer ce cauchemar.

Savez-vous Maître, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Monsieur mon époux a emprunté le costume de son père pour mettre le jour de notre mariage, puis s’en est vanté récemment auprès de nos meilleurs amis. Au même moment, mon alliance a laissé une trace verte tout autour de mon doigt. Je suis allée chez le bijoutier. Je pensais à une malfaçon. J’ai découvert que c’est du plaqué or, du toc ! Notre mariage est-il du plaqué, Maître ? Je suis une femme au rabais pour qu’il m’ait épousée. Aidez-moi ! Quand pourrez-vous écrire aux banques pour tout savoir ?

Je vous prie d’agréer, Maître, l’expression de ma plus haute considération.

Signé : Madame.

* * *

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Facebook RSS Contact