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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

DIVORCER OU PAS.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

DIVORCER OU PAS.

Quatre ans après son divorce, Monsieur me rend visite pour une autre affaire. J’en profite pour lui demander des nouvelles de ses enfants qui doivent avoir bien grandi maintenant, je tente d’obtenir également des nouvelles de son ex-épouse.

-         Tout va bien, les relations sont normalisées, cependant dans sa tête, mon épouse n’a pas encore divorcé.

-         Hier, j’ai vu une cliente à la fin d’une âpre discussion de plusieurs heures, prendre la tête de son futur ex-mari entre ses mains, lui déposant deux vigoureux baisers sur les joues. Quand il s’en est allé, je m’étonne qu’elle puisse manifester tant d’amitié pour lui malgré ce qu’ils se disent d’odieux lors des rendez-vous. « Mais c’est mon homme, me rétorque-t-elle, parfois j’oublie qu’il m’a quitté, je l’embrasse sur la bouche ». Une autre cliente, au cours d’une consultation, qui comprend plus de deux fois par phrases l’expression « le mari », pas « mon mari », m’apprend qu’il s’agit en fait de son ex-époux. Lors du règlement d’une succession, Monsieur, ex-mari de Madame l’accompagne soi-disant pour lui traduire en français courant mes arguties juridiques. Tous ces gens n’ont pas réellement divorcé.

-         On panse ses plaies comme on peut, par une fausse amitié, un service qu’on rend ou qu’on demande. On refuse de s’avouer divorcé, comme si, finalement c’était une tare. Tout le monde divorce, c’est la mode, la loi des séries, l’entraînement, les moutons de Panurge, je ne sais. Toujours est-il que le résultat n’est pas nécessairement probant pour tous.

-         Au fait, connaissez-vous le principe des masses critiques ? Vous allez au restaurant, deux personnes sortent rapidement, vous pensez qu’elles ont fini de dîner. Quatre ou cinq personnes aussi, mais dix, cela vous paraît suspect. Même s’il n’y a pas le feu, si tout est comestible, vous vous sentez mal, très mal, de plus en plus mal de ne pas faire comme les autres. Généralement, vous finissez par faire comme tout le monde, quitte à le regretter après.

-         Cela me rappelle ma fille. N’avait-elle pas juré qu’elle ne se percerait jamais le nez ni la paupière, c’est si laid, si laid… Finalement, un petit diamant, c’est assez sympa, « ô, elle est tellement jolie ma copine avec son petit piercing ». Jusqu’à quand a-t-elle résisté ?  À trois copines elle a craqué.

-         Je peux vous dire de même avec les pantalons trop longs. Mon ex-épouse était sûre qu’elle irait toujours les faire retoucher. « C’est tellement laid ces bas de pantalon qui traînent, finissent par se déchirer ». La mode dure un peu plus longtemps que prévu, finalement cela fait économiser le retoucheur, cela évite les feux de planchers, après tout, c’est bien laid un pantalon trop court….Divorcer, pourquoi, j’aime mon conjoint, enfin il y a des hauts et des bas. Cela coûte cher, l’avocat, le notaire, j’irais où, je ferais quoi ? Finalement, en ce moment, ce n’est pas terrible, tous les divorcés autour de moi s’amusent bien plus que moi. C’est vrai, en y pensant, je suis encore jeune, je n’ai pas eu la belle vie que j’attendais, c’est usant, plutôt laminant le mariage. Je suis allé me renseigner, on me le fait pour pas trop cher, je pourrai avoir l’aide au logement, on aura la garde partagée. Au moins une semaine sur deux je pourrai sortir autant que je veux….

-         C’est ce que vous vous étiez dit ?

-         Non, c’est ce que je perçois à mon travail depuis que j’ai divorcé, mon oreille est plus acérée. Ici, je n’ai pas encore entendu parler de ces « divorce parties » à l’américaine, sorte de fêtes où l'on déterre sa vie de célibataire pour faire semblant de ressusciter après le divorce. Mais cela ne tardera pas, à mon avis

-         Selon mon esprit étriqué, l’origine de cette flambée des divorces express est due aux feuilletons américains, aux films, à la télévision, que sais-je, à une certaine mode de la superficialité. Une sorte de fast-love comme je dis toujours, qui pour moi voudrait dire : « Je te prends vite fait, bien fait et au revoir ». Or l’autre fois, un client a évoqué un tout autre aspect de ce divorce rapide. Selon lui, les exigences des personnes se multiplient professionnellement, sociétalement, donc affectivement, on veut absolument le prince charmant, la belle au bois dormant. On choisit son partenaire, beau, intelligent, talentueux, bon amant, ami sincère, fidèle, en tout point bon parent. En tout cas, c’est ce que l’on pense. Les aspirations étant si élevées, si idylliques, que cela ne peut passer au quotidien, car personne n’est parfait, même soi-même. Le paradoxe est que les relations avec les autres sont vécues comme une denrée hautement périssable. Or, la recherche du bonheur, de nos jours, est une recherche de l’amour fusion, d’une fidélité à des principes qui ne sont d'ailleurs pas nécessairement les mêmes pour les deux partenaires, d’une fidélité jusque dans les actes. La mode est au refus, même au dégoût du mensonge, de la tromperie. Hélas, comme le disait mon client, c’est à notre avis une utopie. Nous avons besoin de construire notre monde secret pour exister, que ce soit en fantasmes, virtuellement, ou que ce soit réellement pour certaines personnes, ces personnes-là ont aussi le droit de vivre en couple. D’ailleurs il faut compter sur la durée, car on évolue. Même si on dit que sur tel ou tel point on ne changera pas, c’est à mon avis aussi une utopie de penser cela. On progresse, tant mieux, même si ce n’est pas toujours dans le bon sens. Je ne suis pas pour les relations Kleenex.

-         Vous évoquez par ce terme de « relations Kleenex », des attitudes du style « je te prends, je te jette après usage ». Or, je dois vous arrêter. Ce n’est pas la bonne définition. La relation Kleenex est la relation qu’a une personne avec son partenaire lorsqu’elle lui fait croire qu’elle est avec lui ou elle pour la vie, alors que cette personne n’a pas encore réussi à faire le deuil de sa relation précédente. Le souci, dans cette relation, est que l’autre ne sait pas nécessairement que c’est perdu d’avance. Il y aurait même deux possibilités de « mensonge » : soit l’un sait qu’il lui faut du temps, y croit lui-même car il pense qu’il est peut-être enfin tombé sur la bonne personne ; soit l’autre se comporte en allumeur ou allumeuse sans même voir qu’elle est passée à côté de la bonne personne. Mon psy m’a expliqué qu’il tente désespérément d’expliquer à ses clients qu’il faut fuir le coup de foudre qui finit souvent par être décevant, pour forcer la relation difficile, par l’apprentissage de l’autre.

-         Ce que font les « vieux couples » qui se renouvellent toujours mine de rien, sans qu’on le voie de l’extérieur, qui se surprennent à se dire qu’ils ont l’autre dans la peau.

-         Le couple est un fusible pour la société. On ne s’entend plus parce que l’on n’écoute plus. La société met trop de bruit partout pour que l’on puisse se concentrer sur son être plutôt que sur son avoir. Hop, le couple saute car la société, elle, est en mutation, mais ne saute pas.

-         Le partenaire est l’exutoire de nos insatisfactions sociétales. Nombres de couples battent de l’aile dès que la réussite professionnelle de l’un flanche, dès que les finances baissent, dès que les époux ne se trouvent plus conformes au modèle publicitaire. Cela me rappelle encore une anecdote : Je demande à une cliente son état civil. Elle me décline son identité, affirme être célibataire. Mais sur ses papiers, je m’aperçois qu’elle est divorcée. Je l’interroge, elle me répond qu’aux États-Unis, on n’est pas divorcé, on est juste marié ou célibataire. Je n’ai pas cru bon lui dire que nous étions en France. Peu de temps après cette même cliente revient pour faire un contrat de mariage. Elle se remarie… avec le même.

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