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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

IL VAUT MIEUX VIVRE RICHE ET BIEN PORTANT QUE MOURIR PAUVRE ET SOUFFRANT

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Il savait de quelle maladie il était atteint. Mais quitte à mourir, mourons heureux, disait-il. Ayant longtemps soigné sa mère puis sa tante pendant leurs dernières années, il n’avait pas fait clôturer leurs comptes de pensions et retraites, n’avait pas non plus informé les banques des décès. Titulaire d’une procuration, il puisait dans les retraites allégrement. Lui-même titulaire d’une confortable retraite, il prit plusieurs cartes de crédit, plusieurs prêts à la consommation. Ses dépenses n’avaient qu’un seul but : prendre son pied jusqu’à la fin rapide de ses jours, avoir sa place réservée dans un très grand restaurant, sortir dans les boîtes de nuit sélectes, et changer de gigolos presque tous les soirs. 

Lorsqu’il mourut, son frère ne put se résoudre à renoncer à la succession. Non pas par espoir de gain, les dettes étaient innombrables. Il fallait rembourser les caisses de retraites, les banques, les organismes de crédit, les loyers restant à courir. Non, mais la honte pesait trop sur ses épaules. Il fallait accepter, payer, nettoyer, emplir des sacs entiers poubelles de revues pornographiques en tout genre, de seringues, préservatifs, usagés, médicaments et substances douteuses. Bouteilles vides. Il fallait faire place nette pour que personne ne sache que l’opprobre ne soit pas jetée sur toute la famille. Le frère ignorait totalement la situation et l’abîme dans lequel s’était plongé son jumeau défunt depuis le décès de sa mère et de la tante. Il paraissait dépressif, sans plus.  Puis il pensa à un cancer quand il le vit dépérir, maigrir, Mais le sida ne pouvant parvenir à sa bouche, ni mêle à ses pensées. C’était une époque où la maladie était diabolisée, et avec elle ses victimes. C'étaient les années 80.

Je négociais tant bien que mal avec les banques qui avaient leur part de responsabilité dans l’affaire. Jamais il n’avait demandé de prouver ses revenus. Ni même s’il avait d’autres prêts en cours. Sur le principe du "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras", je proposais à tous une répartition au marc le franc et réussissais tant bien que mal à éviter que ce frère sorte beaucoup de fonds de sa poche. La chance que nous avions est que le défunt avait souscrit avant de se savoir malade des contrats d’assurance vie pour des montants significatifs eu égard aux dettes, et qu’il n’avait pas encore attaqué les capitaux. Il avait également souscrit une assurance décès pour régler les frais d’obsèques. Dans son malheur ces contrats furent une aubaine, bien qu’en y regardant de plus près, seuls 60 % des sommes versées furent restituées pour leur destination. J’en déduis que pour la souscription de tels contrats, pourtant fort utiles, il y a lieu d’être très prudents sur les clauses et conditions financières.

Je ne revis pas le frère, sans doute n’avait-il plus besoin d’un notaire. Sans doute n’aurait-il plus envie de me rencontrer, ma tête lui rappelant ce traumatisme

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