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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

L’AMITIÉ.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

Mes clients sont des gens formidables. Tous autant qu’ils sont. Ceux-ci ont un petit quelque chose de particulier. Ils pensaient s’aimer très fort. Ils ont vendu leur appartement pour faire le tour du monde et m’envoient de nombreuses correspondances au gré de leur voyage. 

« Nous sommes partis le lundi huit août très tôt le matin, non sans avoir préparé ravitaillement, sacs à dos, couchages, médicaments anti-paludisme et autres vaccins contre la fièvre jaune, typhoïde, hépatite a et b, etc. Cela nous a permis de faire nos rappels. »

« Il est dix neuf heures presque trente minutes. Le muezzin vient de finir sa prière du soir, les gens au-dessus de nos têtes déjeunent au « barracuda restaurant ». Ce midi nous avons goûté à ce poisson au nom de héros d’un vieux feuilleton télévisé, grillé, avec juste un jus de citron et du riz à la noix de coco en accompagnement, c’est délicieux. Nous pensons bien à vous et à notre petite ville. Le monde est si grand. »

« Ce matin nous prenons le petit-déjeuner sur une terrasse, de laquelle nous voyons les maisons. Je cherche la mer, mais les arbres, fleurs, draps qui sèchent accrochés aux fils sur les terrasses avoisinantes, me cachent l’horizon, parant ma vue de belles couleurs. À notre retour, nous vous emmènerons voir la mer. »

« Nous avons repris le bateau pour aller jusqu’à l’île. C’est une île et une ville en même temps. Une ville grouillante de vie, de chats et d’ânes. Le marché était très coloré. Les fruits, légumes donnaient envie, un peu moins la halle aux viandes où se mélangent volailles, poissons et moutons. Les bateleurs et camelots hâblaient sur la place, tandis que dans un coin, une petite brocante exposait des lits d’enfants et armoires en plus ou moins bon état. La ville a deux voitures, celle de la police et l’ambulance. Il y a quelques années, six mille maisons sont parties en fumée dans un incendie. Depuis, de nombreuses habitations nouvelles se construisent en coraux et bois de mangrove. Il reste peu de huttes avec le toit en paille qui pourtant, dure plus de trente ans d’après notre guide. Nous avons visité le musée et de nombreux artisans qui fabriquent meubles, objets ou bateaux. Les lits sculptés sont réputés. Nous avons vu un de ces chefs-d’œuvre au bord de la plage, si près de la mer, dans une hutte ayant pour seul mur devant le sable, un rideau de tissu. Nous aurions donné tout l’or du monde pour voir l’aube se lever de ce lit aux pieds mouillés par les vagues. Nous avons bu des jus de fruits délicieux dans de grandes chopes et joué aux jeux de billes avec des graines. Nous avons vu des chats manger du pain, des vendeurs à la sauvette de maïs et de patate douce roulée dans du piment, pour dix ou vingt shillings, des femmes belles cachées sous leurs longs voiles noirs ; parfois seules les lunettes dépassaient. Nous avons vu des ânes porter de lourds fardeaux et d’autres manger sur les décharges. Nous avons applaudi aux roulades et cabrioles, sauts périlleux et danses des enfants devant les mosquées. Dans les puits d’eau douce, on met des poissons pour qu’ils mangent les larves des moustiques. La malaria guette la nuit les insouciants. Nous avons vu la lèpre aussi. Le fort portugais, la très longue plage de sable blanc, les gens qui dansent et se battent, les méduses bleues très douloureuses, les guerriers égarés qui veulent vendre leur visage pour vivre, pour survivre, loin de leur village. Ils sont tous grands et beaux ces hommes. Pas d’obésité, pas encore, pas de mollesse dans la musculature, dans l’ossature. »

« Elles sont gaies ces femmes malgré le noir. On vole un regard maquillé, une main baguée, le bas d'une robe décorée, les chaussures légères à talons hauts qui s’enfoncent dans le sable. Elles sont belles et dignes, ces femmes. Elles nous proposent de nous natter nos pauvres cheveux d’européens. Nous refusons poliment. Nous ramassons coquillages, coraux et graines. Le lendemain nous partons. »

« En rentrant le soir, je croise une petite fille qui s’accroche à ma jupe pour me vendre un shilling une rondelle de pomme de terre frite qu’elle tient maladroitement dans la main. Plus loin, un homme me propose des samossas au fond d’un panier. Demain nous partons, j’achète à un artisan un dessin sur tissu de sa création. Sa sœur a fait des études. Pas lui. Il a appris à peindre au hasard des rencontres. J’ai aimé ses couleurs. » 

« Ce matin nous sommes assis sur la banquette en paille et bois sculpté de l’aéroport « international », une hutte sur l’île où l’on ne parvient qu’en bateau. L’avion à hélices nous emporte ; J’ai aimé le sourire de l’enfant qui tenait la barre du bateau. La capitale est une ville nouvelle, pas neuve, pas ancienne. Il y a les gratte-ciels du centre ville, d’autres immeubles contenant commerces ou habitations, plus loin des sortes de camps fermés par des barbelés et des grilles, gardés jour et nuit, contenant des maisons ou appartements où habitent les gens aisés de la capitale, expatriés, gagnant bien leur vie. Des maisons de toutes sortes, des écoles, des crêches, des bidonvilles. Des kiosques courent les trottoirs, des marchands de toutes sortes : bâches, paille, meubles, charbon, nourritures diverses, vêtements. Quelques personnes offrent leurs services, celui qui a une tronçonneuse élaguera les arbres. Celui qui a une dépanneuse dépannera les véhicules. Si la terre est bonne et que l’eau n’est pas loin, des centaines voire des milliers de petits pots de jeunes pousses, confectionnés avec un sac en plastique noir rempli de terre s’alignent sur les trottoirs laissant peu de place aux passants. Certains font de très belles compositions florales. »

« Des enfants en uniformes sillonnent la ville dès l’aube, des gens parcourent des kilomètres pour rejoindre l’usine ou le bureau, le commerce, le travail. Jamais vous ne feriez un trajet si long, Maître. Le soir encore, ils marchent pour s’en retourner dans leurs cités ou leurs bidonvilles, tous impeccablement habillés, élégamment et propres malgré la poussière rouge ou grise, et la pluie à la mousson. Ils sont élégants, ils sont maigres. Ce n’est pas contre vous que je fais cette remarque. Certains ont assez d’argent pour prendre un bus comportant quatorze sièges. Les routes sont couvertes de ces petits bus qui ne démarrent que s’ils sont pleins et ne s’arrêtent que lorsqu’ils le veulent bien. À chaque arrêt, une grappe de femmes et d’hommes proposent aux voyageurs fruits et légumes, lunettes, gadgets, maïs grillé ; et même antenne de télévision ou porte manteau ! »

 Ils reviennent me voir après une année de voyage, pour divorcer ! Je ne comprends pas, ils me racontent toutes les péripéties, les étapes extraordinaires, les ouragans, louant chacun son conjoint sans qui à tel ou tel moment, ils ne seraient plus de ce monde. Je découvre qu’ils ont fini par comprendre leur blocage. Sédentairement, impossible pour eux de se comprendre, de s’aimer. En voyage, à l’aventure, ils ont besoin de s’épauler, confraternellement. En fait, ils ne se sont jamais aimés d’amour, mais ont vécu une amitié très forte, bien réelle, qui subsiste, envers et contre tout, et particulièrement dans l’adversité justement. Mais ce sentiment n’est vraiment qu’une amitié, il n’a jamais été une véritable attraction, un amour durable. Ils se séparent donc en toute amitié, se jurant fidélité « amicale » pour la vie. Le partage ne sera que du prix du bateau qu’ils ont acquis ensemble pour le retour de leur périple.

* * *

 

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Violette Dame mauve 05/06/2010 09:10



Une telle séparation est intelligente mais cela se passe si peu ainsi! La douleur rend si souvant méchants! Et ce, sans penser aux conséquences pour les enfants qui eux, aiment leurs deux
parents. Aimer c'est aussi et surtout vouloir le bonheur de l'autre... Mais c'est très difficile de l'imagniner sans nous mais il n'y a aucune raison de devenir exécrable.


J'ai divorcé il y a 43 ans et ce fut un calvaire, non par moi mais par le belle-famille. A l'époque le divorce était une honte, une calamité, mais j'ai tenu bon calmement. Mon fils
n'avait que six mois et les lois étaient différentes si bien que j'ai eu la garde exclusive. je suis partie parce que mon époux m'avait frappée et ma belle-mère volé mon fils. Une histoire que
j'ai raconté dans un contexte différent dans un de mes livres "C comme quoi".


Je suis remariée depuis 39 ans et tout se passe très bien.


Bonne journée et merci de cet article dans ma communauté


Amicalement


Violette



ACHILLE 11/06/2010 23:19



Parfois l'amitié ne suffit pas à calmer la vague. Parfois trente neuf ans de mariage ne suffisent pas à calmer la succession. Au jour de notre décès, toutes les passions et les envies se
déchainent, on ne reconnait plus les enfants, les parents.



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