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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

L’HUMILIATION.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

telJe n’aime pas me déplacer chez des confrères, encore moins chez des avocats, je ne me sens pas à l’aise en dehors de mon bureau. Ce jour pourtant, j’ai pris ma voiture pour me rendre chez l’avocat de ma cliente. Nous sommes six autour de cette table inconnue. Nous dégustons un café entre gens de bonne compagnie. La fumée fait de jolis nuages au-dessus de l’halogène. Je sais que le clash approche. C’est moi qui le déclenche, vite relayé par les avocats et les époux.

-         Cher Monsieur, Madame vient d’apprendre que vous avez un troisième enfant, félicitations. N’en étant pas la mère, Madame aurait sans doute préféré l’apprendre autrement que par un courrier de la CAISSE PRIMAIRE D’ASSURANCE MALADIE, la félicitant pour l’heureux événement, l’engageant à mettre à jour sa carte vitale. Ce que ma cliente s’est empressée de faire, pour finalement découvrir qu’un petit Paul s’était ajouté à ses propres enfants.

Monsieur devient rouge, passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, me tend sa grosse main, comme pour m’étrangler. Finalement, c’est pour m’implorer que ce geste est esquissé.

Maître, comprenez-moi, je me suis fait violer par une arnaqueuse. Je ne savais pas qu’elle voulait faire un enfant pour avoir de l’argent. Elle avait déjà fait le coup à quelqu’un. Je ne savais pas, elle a profité de moi.

Madame s’étouffe à côté de moi.

-         Honte à toi, qui n’as pas pensé une seconde à résister ! Avais-tu besoin de courir tous les jupons de la terre ? Ne te suffisais-je pas ? Il me semble bien que j’étais bonne au lit d’après ce que tu me disais. Ce qui n’est pas le cas de ta nouvelle compagne. Nos enfants me disent que vous avez une toute petite libido, tant ils ne t’ont jamais vus l’embrasser. Moi, je t’aimais, je t’aime, tu es mon homme. 

Monsieur à son tour s’exaspère.

-         Qu’est ce que cela peut te faire ? Tu ne peux pas comprendre, tu ne m’as jamais compris. Mes parents m’avaient bien mis en garde. Tu es folle à lier. Toi aussi tu étais intéressée finalement. Tu ne me ferais pas toutes ces misères.

-         Je ne veux que mon dû ! Une prestation compensatoire digne de ce nom ! Nous habitions la plus belle maison du village, nous aurions même pu être expropriés, lorsque le maire a décidé d’en faire la Mairie ! Nous avions : employée de maison, jardinier, cours particulier pour les enfants, camps de vacances, etc. 

-         Ce n’est pas moi qui payais, ce sont mes parents ! Comprenez-vous, je suis non imposable, je n’ai pas les moyens de payer tout cela, je n’ai pas le salaire assorti, vous cherchez tous à m’humilier.

-         Tu es non imposable grâce à la déduction de la pension alimentaire, du devoir de secours, tes magouilles de financier.

-         Ne croyez-vous pas que c’est Madame qui a été humiliée, par la survenance inopinée de cet enfant adultérin ? 

-         Madame doit être relogée, c’est un fait, elle ne peut vivre éternellement dans un bien propre de Monsieur, aux frais de Monsieur, avec les parents de Monsieur qui assurent le train de vie du couple. Nous allons donc demander aux parents de Monsieur un petit capital pour permettre à Madame de se reloger.

-         Hors de question ! Je cède un droit d’usage à Madame sur un appartement que mes parents m’ont donné, je ne peux pas plus.

-         Nous irons donc demander au juge ce qu’il en pense. Nous lui montrerons le virement mensuel de dix mille euros des parents de Monsieur sur le compte joint entre Monsieur et Madame.  

-         De toute façon, légalement, vous ne pouvez utiliser mes parents. Ils ne sont pas morts, leur fortune n’a rien à voir avec moi et mon épouse.

-         Vous en jouissiez tous deux. Vos parents auraient pu effectivement se dispenser de ces virements et dons manuels. Car chaque bien acquis pendant la communauté est en fait un bien propre à vous grâce aux emprunts faits par le couple à vos parents.  

-         Maître, les biens sont communs, mais la dette du couple est égale à la valeur du bien, ce qui transforme effectivement chaque bien en une coquille vide. 

Après plusieurs heures de discussions, aucun accord ne sera trouvé. Madame regagnera sa belle maison, Monsieur, la demeure de ses parents qu’il dit officiellement habiter depuis qu’il a été « chassé » par la décision du juge.

Il faudra encore de nombreuses discussions de ce genre, de nombreux courriers entre notaires et avocats pour trouver une solution permettant à chacun des époux de sortir dignement de ce bras-de-fer.

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