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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

LA CAPITALE.

ACHILLE #moi

-         GASTON, plus jamais je n’irai. La prochaine fois, c’est vous qui vous déplacerez.

-         Mais vous savez bien que je ne peux pas y aller à votre place pour faire signer des actes, je ne suis que clerc, pas notaire.

-         Eh bien, je vous associe !

-         Vous me le dites à chaque fois et j’attends toujours.

-         Le jour où vous ferez de tout, GASTON, le jour où vous accepterez de ne plus être spécialisé. Un Notaire doit savoir tout faire.

-         Vous voyez bien…

-         Figurez-vous que j’avais pris deux bagages à main, mon baise-en-ville avec mon pyjama et mon rasoir, et l’autre mon attaché-case avec mes dossiers, mes minutes. Deux jours passent, sans problème majeur. Ayant signé chacun des actes, je remballe mes trois minutes, les annexes, les chèques. Je saute dans le train, où je m’endors pour le sommeil du juste. À l’arrivée, mon épouse vient me chercher, nous rentrons à la maison dans l’espoir de passer un bon week-end entre amis. Lorsque je décide de passer à l’Étude pour déposer le tout au coffre, par sécurité, dans l’attente de lundi, plus d’attaché-case. Il a bien fallu que je me rende à l’évidence, j’avais oublié le plus important dans le train. De retour à la gare, on m’annonce que sans aucun doute mon cartable sera détruit à moins qu’il ne l’ait déjà été par les services de déminage. Un froid glacial me tord les côtes. Panique à bord ! Je me voyais demander aux clients de revenir signer les actes, et je les entendais refuser sèchement. Je me voyais être obligé d’intenter une procédure auprès de la Chambre des notaires et du Procureur, etc. ! Sans compter les oppositions sur les chèques, et les clients mécontents qui ne peuvent toucher leur prix ou leur soulte. Bref, la catastrophe ! Je n’ai cependant pas quitté la gare, insistant tant et plus, tant et si bien qu’à la fin quelqu’un appela le conducteur du train qui avait emporté mon cartable loin de moi. Celui-ci fit chercher à ma place, on lui ramena le porte-document, qu’il déposa à la gare de sa destination. Mon cartable prit un omnibus en sens inverse. J’ai attendu dans la salle des pas perdus, que ma sacoche me soit rendue, jusqu’à trois heures du matin. J’étais si content que je suis tout de suite allé jusqu’à l’Étude déposer mes dossiers au coffre. Mais j’ai oublié de passer un bip et faire le code de l’alarme. La société de gardiennage a appelé à mon domicile, où ni mon épouse ni moi-même n’étions, cette dernière ayant eu la gentillesse de m’accompagner dans ma tragique attente. La société a donc appelé les gendarmes. Quelle ne fut pas leur surprise de constater que le notaire et son épouse cambriolaient sa propre étude. Flagrant délit, la main dans le sac, le coffre ouvert. Évidemment aucun de nous n’était grandement éveillé. Peuchère, nous ne nous sommes pas compris tout de suite… J’ai dû lui expliquer que je ne tentais aucune escroquerie à l’assurance, que je n’avais rien dérobé, qu’il n’y avait d’ailleurs rien à dérober, à part des testaments, des documents, et la montre à ressort du père que se disputaient ses trois enfants. Si seulement il avait eu trois montres ! Le jour levé, j’ai dû passer le reste de la matinée à la gendarmerie, pour confirmer mes dires. Quand nos amis sont arrivés, nous n’avions rien préparé, aucune course, nous sommes tous allés au restaurant. Devinez encore… Qui déjeunait à la table d’à côté ? Je vous le donne en mille ! Monsieur l’adjudant-chef et son épouse. Autant dire qu’on n’a pas abusé de pastaga, ni de rosé, et que les bulles, elles se trouvaient dans l’eau pétillante. Et en plus le lendemain, les voisins ont menacé de me dénoncer parce que je tondais ma pelouse un dimanche ! Évidemment, eux, ils ont une cour bétonnée, pas le moindre souci, pas le moindre brin d’herbe. Non, vraiment, je vous le dis, GASTON, la capitale, ce n’est pas fait pour moi.

-         Si je puis me permettre, tous ces mauvais concours de circonstances, n’ont rien à voir avec la capitale, à moins que votre baise-en-ville ait servi à vous monter la tête !

-         GASTON, quand vous piquez avec votre petit accent pointu, je vous apprécie beaucoup moins. Bon ce n’est pas le tout, attendez-moi, je vide les olives et on se venge en allant prendre un petit apéro à la terrasse.

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