Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

LA JALOUSIE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

LA JALOUSIE.

 

« La jalousie.

Te crèvera le cœur.

Tu attends

Tu guettes

Tu épies

Tu pleures

À ta merci. »

…/…

Catherine RINGER.

 

Ils se sont rencontrés à l’université. Elle était très jolie et lui très beau. Je l’ai remarqué sur la photographie de leur carte d’identité. Maintenant, ils sont si différents. La jalousie les a rongés. Sa jalousie à elle. Ç’aurait pu être le contraire, mais cette maladie dégénérescente est tombée sur elle bien avant de le rencontrer. D’ailleurs personne ne s’était attardé longtemps auprès d’elle à cause de cela. Elle lui a tout de suite avoué, enfin, dès qu’il a émis le vœu de vivre avec elle. Mais il n’a pas vu le piège, ou plutôt il a cru qu’il arriverait à surmonter ce handicap. Il pensait l’aimer tellement qu’elle oublierait sa jalousie, qu’elle n’aurait aucun motif de se plaindre. Le bonheur les a unis dans l’adversité. Ils ont vécu dans un cocon, ayant chacun abandonné ses amis, sa famille, pour éviter toute interférence, tout risque inutile.

Peu à peu, la vie, la ville, la rue, le lieu de travail, les transports en commun, mais aussi les congés, les plages, les campings, hôtels, commerces, la télévision, tous devinrent des ennemis pervers. Chaque regard devenait une accusation, chaque sourire un engagement, chaque repas d’affaire une affaire d’État. Plus aucune sortie, plus de vacances. Il a fini par craquer. Elle l’attendait à la sortie de son travail, elle l’accompagnait le matin. Elle souffrait le martyre, s’en voulait, mais ne pouvait faire autrement, les mots, les reproches fusaient, avant même qu’elle puisse se rendre compte de ce qu’elle disait. Elle lui reprochait de s’habiller, de se mettre du déodorant, d’aller faire les courses, mais également de ne pas le faire, de se laisser aller, de la délaisser. Aucune solution, l’impasse.

Impossible dans ces conditions de continuer à vivre avec elle, ni hélas, de divorcer par consentement mutuel. Pourtant nous avons bien essayé. Mais à chaque rendez-vous, le même constat, Madame jurait que Monsieur ne voulait pas divorcer, qu’il l’aimait, qu’il ne fallait pas divorcer, qu’elle changerait, qu’elle était en train de changer, qu’elle avait changé. Les premières fois, Monsieur y croyait et la vie repartait pendant quelque temps, quelques mois. Puis le naturel revenait au galop, et le retour chez l’avocat puis chez le notaire servait juste de thérapie momentanée. Néanmoins, notaire et avocat ne peuvent se transformer en psychiatres. Nous avons donc proposé un traitement médical. Cela n’allait pas assez vite pour Monsieur, car cette simple piqûre de rappel n’avait plus l’effet escompté. Monsieur ne savait pas où il avait mal. Il avait peur de divorcer, de la quitter, la laisser seule avec sa folie, il s’était promis d’être assez fort pour la combattre et il ne pouvait s’avouer vaincu. Il était également terrorisé. Que ferait-elle ? Le suivrait-elle encore, le jour, la nuit ? Le laisserait-elle refaire sa vie, faire une nouvelle rencontre ? Pourrait-il lui-même, qui a échoué, après tant d’efforts, poursuivre une relation avec une autre personne ? Réussirait-il à retrouver des amis, une famille, lui qui avait tout perdu dans la bataille ? Il voulait fuir Madame, disparaître en une contrée lointaine, non, dans un trou de souris. Il voulait aussi divorcer, pour qu’elle comprenne que c’est fini, qu’il a tout essayé, qu’elle n’a pas fait les efforts escomptés, qu’il est le seul à s’être battu contre la maladie, l’enfer. Elle en jouait, en abusait finalement. Mais ce n’était pas de sa faute, elle ne pouvait lutter, c’est lui qui s’était engagé, qui avait promis de savoir l’aimer. Il avait montré sa défaillance.

Monsieur perdait pied, autant que Madame, qui avait perdu bien des années auparavant tout sens à sa vie, résumant son existence à une lutte contre la liberté de son époux.

Dans un dernier élan, Madame n’accepta pas le divorce. Elle le préféra veuf que divorcé.

 

…/…

« Maintenant n’est-elle pas

Juste en train de te trahir ?

Est-elle encore à toi ? »

Catherine RINGER.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Facebook RSS Contact