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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

LA TROMPERIE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

LA TROMPERIE.

Les ambassades, consulats, autres enclaves européennes en terre étrangère, fourmillent de beaux parleurs, de belles épouses ou maîtresses exotiques. Mais ici c’est une denrée plutôt rare.

Madame est entrée dans mon bureau, qui s’est soudain éclairé. Madame respire le soleil. Nous évoquons son dossier. Elle me dit qu’elle ne comprend pas la tromperie de son époux, pendant tant d’années, cet enfant qu’il lui a caché. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle ne lui aurait jamais fait ce qu’il lui a fait, elle ne lâchera rien dans le partage ni sur la prestation compensatoire. Elle me dit que mentir est inadmissible. Qu’elle n’a jamais menti.

-         Pensez-vous réellement pouvoir jeter la première pierre ? Lui répondis-je, innocemment.

Madame se tait, le soleil se cache. Madame réfléchit, je n’ose rien dire, je n’ose à peine respirer. Je sens une sueur froide dans mon dos, sensation inconnue dans mon bureau.

-         « Il était une de ces nuits, où bien que le soleil fût couché depuis longtemps, le jour ne se décidait pas à disparaître.

 Nous étions dehors, sous les ombrées, où le feuillage nous distillait un peu de fraîcheur.

Le temps était lourd, nous le sentions peser sur nos tempes, nos nuques.

Les nuages au loin nous annonçaient un orage qui tardait à venir.

L’alcool aiguisait nos facultés tout en nous trempant dans une langueur peu ordinaire.

Les corps blancs qui se gardaient du soleil sortaient à ces heures sous leurs ombrelles, flottant dans de blanches robes de mousseline.

Et les chemises légères, les pantalons de toile avaient du vague à l’âme.

Pourtant, la mer était loin.

Je me croyais à l’époque de ces paquebots, je voulais prendre le large.

L’air ne voulait plus entrer à nos poumons. « Rentrons » disait-il.

Comment avait-il encore la force de prononcer une parole. L’intérieur des maisons était en feu, moite comme nos corps engoncés dans nos vêtements.

Dans la chambre où il m’entraînait, j’attendais l’orage.

Suffoquant, il s’assit dans le fauteuil qui se mit à balancer dans un grincement lugubre.

Il allait parler.

Je n’avais pas la force ni l’envie de l’écouter.

La chaleur accablait maintenant mes sens.

Ne pensant plus à ces yeux boussoles rivés sur moi, pôle lassé, je me déshabillais, d’un geste me glissais sous les draps blancs.

Un instant de fraîcheur, un bref instant.

Déjà les draps se froissèrent, prirent la moiteur de ma peau.

Il faisait de plus en plus sombre, le fauteuil ne grinçait plus ;

Son corps alangui s’était abandonné, lui aussi à la nudité, à l’enveloppe de tissu blanche déjà échauffée.

Nulle envie d’esquisser un geste.

Nul courage de dormir.

La fenêtre ouverte laissait voir de beaux nuages noirs qui s’en voulaient d’obscurcir le ciel si vif.

Enfin le tonnerre.

Une traînée blanche et blafarde.

Soudain, la chambre prit des allures de brasier parcouru par une cascade.

Comme électrisés, les corps sursautèrent.

Par la fenêtre, les robes de mousseline collaient aux peaux blanches laissant apparaître des suggestions exquises.

Les cheveux en bandeaux tombaient sur les paupières, les mains battaient l’air.

De grosses gouttes claquaient sur le sol.

Puis la pluie s’abattit en rideau.

Les corps mouillés se précipitèrent sous la véranda, dans les serres, applaudissaient aux éclairs et à l’eau qui rafraîchissaient enfin l’atmosphère.

La pluie miraculeuse entrait par la fenêtre, le vent s’était levé, lançait une poignée de perles d’eau sur le lit aux barreaux de métal, les draps de coton aspergés de fraîcheur se faisaient caresses.

Deux voiles fantômes attachées au mat de la fenêtre naviguaient en l’air, nous frôlant de leurs broderies.

Les corps luisants s’attiraient. Le ciel entrait dans la chambre peignant au plafond des éclats de platine que remplaçaient aussitôt des tentures d’argent.

Le bruit incessant nous rapprochait de l’enfer.

Le grondement toujours renouvelé du tonnerre nous poussait au centre de la terre. Nos étreintes redoublaient alors que la chambre n’était plus que le champ de bataille des éléments. La colère du ciel et des corps se mêlait aux sanglots des arbres dont les branches touchaient presque le sol en pleurant la pluie amère.

Les désirs enfouis par la chaleur se décuplaient avec le typhon. L’amertume et le plaisir mêlés étouffaient mes cris dans ma gorge.

L’orage passé, ce lourd corps endormi sur moi à la fin du naufrage me pesait comme une chaleur étrangère, comme une autre moiteur qui m’écœurait maintenant.

Ses paupières restaient désespérément closes, je me dégageais, sortis en courant, m’habillant à demi d’une étoffe encore mouillée.

La rue n’avait plus le même visage. Les robes et les pantalons avaient rejoint les maisons, dormaient d’un sommeil profond.

Le soleil peignait un miroir rosé sur les trottoirs. Courant dans les flaques, je respirais l’air, avide de cette pureté du matin quand la vie vous est offerte à nouveau.

Au coin de la rue, je traversais un jardin. L’herbe était verte, rose de rosée, bleue des restes de pluie passée.

Les élytres se séchaient aux doux rayons.

Je franchis la barrière, quittait ce quartier inconnu, cette maison inconnue, ce corps étranger et mort avec lequel j’avais joué cette nuit.

Je rentrais dans mon île où les orages ne sont pas meurtriers.

Je n’ai jamais plus trompé mon mari Maître, que vous me croyez ou pas. Même quand nous sommes venus à Paris, malgré les occasions nombreuses et flatteuses. J’ajoute que les enfants que j’ai eus sont de lui, et que je n’ai jamais prononcé un mot de ce que vous avez cru entendre. »

Je n’ai jamais osé lui demander si ce Monsieur était vraiment mort ou si c’était une image.

Quel gros lourdaud je fais à me poser ce genre de questions.

* * *

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