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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

LE DIVORCÉ HEUREUX.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

LE DIVORCÉ HEUREUX.

Être heureux n’est pas nécessairement confortable.

-         Cela semble facile d’être heureux, me dit mon client. Je crois que je n’ai jamais été malheureux.

-         Comment est-ce possible ? N’avez-vous jamais perdu un parent, un ami ? N’êtes-vous pas en train de divorcer ?

-         Bien entendu, j’ai perdu ma mère que j’adorais. Je perds ma femme à laquelle je tiens beaucoup, j’ai eu de très gros chagrins d’amour, mais cela aurait pu être pire. Je me remets vite de chacune de mes peines. Je ne suis pas malheureux car c’est la vie ! C’est humain, je prends les choses comme elles viennent, que voulez-vous que je vous dise ? J’ai de la chance, les événements glissent sur moi comme sur les plumes d’un canard, le bien comme le mal, car tout ce qui m’arrive devait arriver, et si cela ne m’était pas arrivé, quelque chose de pire m’aurait atteint. Je crois à la fatalité ou au destin, je ne sais que dire, je crois que tout ce qui nous arrive est bon pour nous, qu’il suffit de trouver le bon côté.

-         Ça alors, c’est pratique !

-         Oui, c’est vrai, personnellement c’est très pratique, puisque je me satisfais de tout. Mais familialement ou amicalement, c’est dramatique.

-         Pourquoi ?

-         Parce qu’à court terme, je suis quelqu’un de très plaisant, toujours guilleret, facile à vivre, heureux. Quelque chose ne va pas ? Ce n’est pas grave. On ne peut pas faire comme cela ? Pas de problème, on fera autrement ! Il n’y a plus de cela ? On prendra de ceci ! Mais il m’a fallu du temps pour me rendre compte qu’à long terme, on finit toujours par me reprocher la même chose, pas toujours ouvertement : Je me moque de tout, je n’en ai rien à faire, ni des choses, ni des gens. C’est l’impression que je donne puisque rien n’est grave, que tout peut s’arranger selon moi, c’est que la peine des autres n’est pas importante à mes yeux, et que mes bêtises sont pardonnables. Voilà ce que les gens croient que je pense. Voilà ce que mon épouse me reproche. Pourtant je pensais qu’elle savait que je n’étais pas indulgent avec moi-même.

-         Vous ne pensez pas comme cela ?

-         Non, je comprends bien qu’un deuil est une peine grave, une maladie, un choc, mais je ne peux pas compatir pendant cent ans, c’est tout. De ce fait, les gens pensent que c’est du voyeurisme, du je-m’en-foutisme, de l’égoïsme. Ce n’en est aucunement le cas. Selon moi, il faut juste aller de l’avant, tenter jusqu’au bout. Or les individus ont besoin de faire des pauses parfois, pour se faire plaindre ou se plaindre, ce que je ne sais pas faire, ni de moi, ni des autres.

-         Vous n’allez pas me dire que c’est pour cette raison que vous divorcez, les femmes doivent rêver de quelqu’un qui va toujours de l’avant comme vous.

-         Je suis quelqu’un de fatigant, d’usant.

Silence.

-         Maître, je vais tout vous dire : je suis tombé amoureux fou d’une jeune femme. Le démon de midi, vous connaissez… J’aurais tout fait pour elle, j’avais justement l’impression que j’allais de l’avant avec elle, sans jamais de pause, ni gémissement, ni reculade. Alors que ma conjointe se plaignait de son sort, me reprochant de ne pas être capable d’émotions, de ne pas m’apitoyer sur sa vie d’épouse, de mère de famille ne travaillant pas, ayant une employée de maison et tout ce qu’elle veut. Mais cette jeune personne, comme les autres, n’a pas tenu le coup. Elle m’a reproché de ne pas m’apitoyer sur ses chagrins, de m’en « foutre ». Je n’ai pas trouvé les mots pour lui expliquer mon inclinaison pour le bonheur. Ma femme a refusé de pardonner ma faute ; et a saisi ce prétexte pour divorcer.

-         Cela vous ôte une épine du pied semble-t-il.

-         Non parce que finalement c’est bien mon épouse la plus endurante des femmes que j’ai rencontrées. Je pense qu’elle aimait bien que je la booste un peu. Maintenant elle objecte que je ne cherchais pas le bonheur mais simplement le plaisir à court terme. C'est vraisemblable. Je suis libre dorénavant. J’ai perdu une soulte conséquente, et je lui dois mensuellement une rente grevant amplement mes revenus, mais je suis seul et heureux de l’être. Je regrette juste que mon fils fasse celui qui ne comprend pas. Je suis sûr qu’il est comme moi, mais qu’il se force à s’apitoyer et prendre le parti de sa mère. Un jour viendra, il comprendra et tout redeviendra comme sur un nuage rose. Don’t worry, be happy.

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