Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

LE DIVORCÉ TROP GENTIL.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Monsieur Dermatologue, Madame Orthodontiste, une belle équipe, de beaux enfants avec de belles dents, une belle peau. On ne change pas une équipe qui gagne.

Sauf que Madame s’ennuie avec Monsieur, pas de sel, plus de piment, même pas une pincée de poivre pour donner un peu de piquant à la vie.

Madame est belle, très belle même, une grande classe, une distinction peu ordinaire. Les régimes fades, elle n’en a pas besoin. Madame a envie de s’amuser un peu, Madame se met à sortir, rencontre des gens, qui deviennent des associés, crée une société faite pour gagner, sauf que si personne ne fait rien, rien ne se fait, les employés découragés par le peu de motivation de leurs patrons partent ailleurs, la société tombe en faillite. Madame, (qui a le malheur de s’être portée caution à titre personnel, sinon les banques ne prêtent pas !) perd beaucoup d’argent, doit beaucoup d’argent.

Les avis à tiers détenteur tombent, les hypothèques légales du trésor public, ou judiciaires au profit des créanciers pleuvent à seaux.

Pour cacher sa honte de ne pas avoir réussi professionnellement comme elle l’escomptait, Madame part avec un autre, beaucoup plus jeune, beaucoup plus drôle que Monsieur. Madame préfère les Augustes aux clowns tristes. Elle demande le divorce.

Madame oublie momentanément ses petites misères financières, n’honore pas ses dettes, crée un nouveau cabinet, puis réclame une prestation compensatoire pour lui permettre de régler ces légers détails.

Monsieur aime Madame comme un chien aime sa laisse, sa niche, son os, sa pâtée, son maître, sa maison, son jardin, son trottoir, son réverbère. Monsieur attend Madame comme un chien fidèle, abandonné sur le bord d’une autoroute.

Madame est partie, Madame reviendra, c’est certain, elle ne peut pas faire lui cela.

Monsieur attend. Cinq ans.

Cinq interminables années, où chaque appel téléphonique, puis chaque SMS peuvent dire « c’est moi, je reviens ».

L’avocat de Madame est un méchant, pas Madame. L’avocat de Madame réclame des mille et des cents, pas Madame. Madame sait bien que la fortune du couple vient de Monsieur, que ses revenus à elle, c’était son argent de poche pour s’acheter de la haute couture, des bijoux. Madame sait bien que maintenant qu’elle a retrouvé un cabinet à elle, rien qu’à elle, Madame gagne beaucoup mieux sa vie que lui qui vivote à l’hôpital.

C’est l’avocat de Madame qui ne sait pas. On va le lui dire. On lui fera comprendre qu’il ne faut pas qu’il réclame ce que Madame n’oserait jamais réclamer : la moitié de l’appartement alors que la majorité des fonds proviennent des grands-parents de Monsieur et que le solde a été financé au moyen d’un prêt que Monsieur rembourse seul.

Cependant le compte sur lequel est réglé le prêt est joint donc Madame a participé à ce remboursement.

Non, car bien que joint, ce compte n’est et n’a toujours été alimenté que par Monsieur.

Oui, mais Madame a décoré l’appartement. Madame doit donc récolter le fruit de son travail.

Non car les travaux ont été financés par Monsieur, la jurisprudence est intraitable, la main à la pâte ne compte pas. Sinon, tous les Messieurs de France et de Navarre trouveraient trois bricolages de bric et de broc pour se faire rembourser la main d’œuvre à prix d’or.

Monsieur craque, rachète la part que possède Madame dans l’appartement, ce qui paie ses dettes pour la remettre à flot. Madame y met du sien, négocie avec acharnement les montants à rembourser à ses créanciers. Chacun repart de zéro, le divorce est prononcé à l’amiable, oui à l’amiable. La société liquidée, les avis à tiers détenteur réglés, les hypothèques levées. En plus les honoraires sont moins chers qu’il y a cinq ans sur les mainlevées !

Cette année, c’est sûr, elle reviendra. Monsieur l’a senti dans le ton de son dernier SMS. C’était le premier janvier au matin, Madame avait écrit : « Bonne année à toi et à tous les tiens ». Il m’a appelé pour me le lire.

- Elle parle de nous deux, Maître GASTON, c’est certain.

Devant mon scepticisme, mon client a rétorqué : « Vous ne pouvez pas comprendre… ».

* * *
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Facebook RSS Contact