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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

Les enfants sont notre point faible.

ACHILLE #moi

Les enfants sont notre point faible. J’ai fini par comprendre pourquoi mon père m’avait affublé de ce prénom affreux. J’ai même fini par m’habituer et trouver un certain honneur de me prénommer Achille.

C’est incroyable, le malin plaisir qu’ont les parents à rechercher les prénoms les plus absurdes pour leur progéniture, juste pour arborer et se donner l’assurance que leur ponte est unique et qu’il faut donc la distinguer dans la foule des anonymes. Les parents signent ainsi leurs œuvres en pensant lui donner la parole. Mais parfois, ils la condamnent par cet acte de vandalisme sur autrui. Les modes changent, les prénoms aussi. Oubliés les Fernand, Gontran, Ernest au profit des Kevin, Enzo, Selim. Adieu Cunégonde, Adélaïde, fêtons l’arrivée des Léa, Chloé ou Mégane.

Ma mère râlait après les parents de ses tantes qui les avaient appelées Zoé à cause de la première fusée, et Hippolyte, parce que le grand-père se prénommait ainsi. Les parents ont beaucoup évolué, de nos jours, ils donnent à leurs enfants des noms de marques, de personnages de feuilletons, ou de héros .

Plus personne aujourd’hui ne sait qu’une fusée s’appelait Zoé, mais mes grand-tantes détestèrent toute leur vie leur prénom ; et supportaient amèrement tous les quolibets qui n’ont eu le mérite que de leur forger le caractère, leur rendant la vie encore plus pénible qu’elle ne l’était. Je conservais longtemps cette opinion. Moqué à l’école, à l’université, professionnellement ; même dans la famille, je partageais ce supplice avec une Camélia et un Igor. L’une était rongée par la honte d’être couverte de boutons, et, allergique à la craie des tableaux, elle toussait à s’en époumoner. Pour tenter d’éviter l’inévitable, elle se retenait tant qu’elle prenait alors une couleur pourpre, qui ne faisait qu’empirer le tableau, au grand plaisir des spectateurs. L’autre était immanquablement appelé à chaque tache, pour « nettoyer tout du sol au plafond ». Mais qui se souvient de la Dame aux Camélias et des slogans pour produits de nettoyage. De mon prénom, mes coreligionnaires ont tout fait : Agile (ce que je n’étais évidemment pas). « Ah chie… dans la colle », pour le côté grossier. Achille et mon talon ! Je n’évoque pas les péripéties burlesques qui me furent imposées, parmi lesquelles quelques mauvaises interprétations de la bande dessinée du même nom. Le monde enfantin a beaucoup d’imagination. Mais les adultes ne sont pas en reste. Certains clients me disent encore que j’ai du talon !

J’étais la faiblesse de mon père. Son talon d’Achille. Je pense que c’est bien la raison pour laquelle il m’avait prénommé ainsi. Il n’a pas volontairement voulu me meurtrir. Lui, n’avait pas de nom. Il ne savait peut-être pas qu’il montait une usine à victime. Il a voulu se rappeler sans cesse qu’orphelin, sans toit, il avait appris le droit, puis fondé une famille, dans une maison fort confortable. Il voulait un enfant, pas deux. Une seule faiblesse lui suffisait. À moi la charge de repeupler l’humanité, il m’avait créé, partant de rien, pour que je perpétue. Il eut le choix du roi. La fille tant attendue par ma mère, me suivit de peu.

Nous n’avons, tous deux, pas réussi à compter plus que deux, mais en accroissant ce nombre à chaque génération, nous arriverons peut-être à répandre le nom de GASTON à la surface du globe. Je me gausse. Mes enfants sont également ma faiblesse. Sans eux, je n’aurais jamais laissé ce droit d’usage et d’habitation à mon épouse. Sans eux, je ne sais pas ce que je serais devenu. Leur présence me fait cruellement défaut.

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