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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

MANIPULATIONS.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

- Cher Maître, que pensez-vous de l’image du couple de nos jours ? Quelle impression retirez-vous de vos vingt ans d’expérience ?

- C’est pour me demander cela que vous m’avez invité à déjeuner, cher Monsieur ?

- Pas spécialement, n’aviez-vous pas envie de discuter un peu ? Vous avez accepté de partager ce repas, c’est bien pour échanger des idées, non ?

- Le couple de nos jours… Qu’attendez-vous de moi, un jugement de valeur, des anecdotes, une morale, une théorie psy quelconque ?

- Je n’attends rien, j’ai moi-même ma petite idée, peut-être souhaiterais-je que nous collationnions ensemble nos théories sur le couple.

- Je suis pour la paix des ménages.

- Moi aussi.

- Soit, essayons. Vous avez connaissance que je suis divorcé et vis seul. Je ne m’occupe que de la rupture de mes semblables, et de leurs divisions patrimoniales, la plupart de mes clients n’abordent pas dans mon bureau leurs problèmes affectifs. Je n’ai connaissance des causes profondes de la séparation, qu’une fois sur dix en moyenne. Toutefois, selon ma modeste expérience, la manipulation est le désastre du couple et de la société.

- Manipulation ? Vous y allez fort, Maître !

- Non, regardez vous par exemple ! Votre couple supportait la loi du pouvoir. Lequel de vous deux avait choisi la maison, les meubles, les tapis, la décoration ; lequel avait choisi les lieux de vacances, les dates mêmes ? Lequel cherchait à imposer sa marque sur les enfants ?

- Si cela peut vous rassurer ce n’est pas moi. J’ai toujours mis un point d’honneur à ce que toute décision soit collective.

- Je me souviens de votre élégance en la matière lorsque vous m’écriviez : « Je vous propose une réunion de préparation de notre rendez-vous final qui décidera de la résolution à adopter. Nous pourrons à cette occasion explorer de vastes champs d'investigations qui nous permettrons, au regard de la diversité des opinions susceptibles de s'exprimer, d'établir un document de synthèse permettant de fournir une base de réflexion aux parties et à leurs conseils. Notre décision, et, paradoxalement, votre réponse, n'en sera que plus riche. »

- Quelle mémoire, vous n’aviez pas apprécié mon humour. Mais n’est-ce pas le vrai déroulement de la démocratie ?

- La démocratie à l’intérieur d’un couple, c’est de la manipulation.

- Mais que voulez-vous dire ?

- Comment obtenir une majorité quand on est deux ? Comment décider ? Trois choix seulement s’offrent à vous : aucun des deux n’est pas d’accord, chacun est d’accord, l’un n’a pas la même opinion que l’autre.

- Oui mais cette dernière branche se subdivise en de nombreuses possibilités.

- Je n’en vois que deux, l’un convainc l’autre ou l’un est convaincu par l’autre.

- Pas du tout, vous avez aussi : L’un et l’autre optent pour une troisième alternative. L’un et l’autre ne prennent pas de décision. L’un et l’autre décident de faire les deux choses ensemble. L’un et l’autre décident de faire ce qu’ils ont chacun décidé, séparément.

- Ce ne sont encore que des subdivisions, et il existe de toute façon une déception dans toutes ces ramifications.

- Peut-être, mais cela n’a rien à voir avec la manipulation.

- Cela dépend de la manière dont cette décision soi-disant collective a été induite.

- Que voulez-vous dire ?

- Imaginons que vous émettez une proposition en culpabilisant l’autre préventivement, sur son choix. Au nom du lien familial, de l'amour par exemple, vous vous démettez de votre propre responsabilité au cas d’un choix différent du vôtre, en faisant croire à l’autre qu'il doit être parfait, jusque dans cette réponse anodine. Vous insinuez que d’habitude il répond immédiatement aux demandes et aux questions de manière remarquable et que là vous ne comprendriez pas pourquoi il changerait. Vous mettez en doute la compétence ou la personnalité de l’autre en le critiquant, ou en dévalorisant sa réponse, mais très finement, bien entendu. Vous le menacez, mais ce chantage est à peine perceptible, car la victime est consentante, elle-même se reproche déjà ce que vous accentuez juste. Les psychologues diront que votre conjoint s’étant engagé de multiples manières, il ne peut plus reculer. En se mariant, il a épousé vos idées, vos volontés. Vous êtes censé en avoir fait de même, mais à ce jeu vous avez été le plus fort, toujours en manipulant, jamais ouvertement. Vous évitez le face-à-face, utilisez un intermédiaire. Par exemple dans le divorce, vous faites passer vos messages par l’avocat ou le notaire, ou vous téléphonez ou laissez un courriel, un sms, une note écrite. Le notaire et l’avocat deviennent des acteurs inconscients de votre jeu. Ils sont ravis de servir, pensent que l’intermédiaire évitera le feu, mais en fait, l’avocat ou le notaire a alors le rôle que vous leur assignez, d’amplificateur de votre proposition, en vue de culpabiliser l’autre dans son déni. Vous créez parfois la suspicion, quitte à vous contredire en niant la parole antérieure. Vous utilisez tout le répertoire des bons sentiments, la menace d’être ou non un bon parent, l’appel à la générosité, et par là même la critique d’être mesquin. Lorsque vous sentez le vent tourner, vous êtes soudain aux petits soins, tant avec l’avocat et le notaire qu’avec le conjoint, lâchant un peu de lest, mais juste ce qu’il faut. Pour cela vous allez jusqu’à être de mauvaise foi, hypocrite, voire menteur. S’il le faut, vous devenez la victime du bourreau que vous cherchez à atteindre. Vous utilisez une technique de diversion, qu’on appelle technique de la crainte puis soulagement, vous attendez le dernier moment pour faire agir votre conjoint selon votre décision préalable.

- Mais de qui parlez-vous ?

- Le seul moyen de dépister la manipulation, est de vous contrer sur vos défauts. En effet, vous changez souvent de sujet, coupez court à une conversation qui sans doute devient gênante, vous ne supportez pas la critique, cherchez par tous moyens à faire preuve de votre supériorité, soit intellectuelle, soit professionnelle, soit affective, soit physique, et même si vous êtes mis en échec, vous allez jusqu’à ignorer l’évidence. Car votre égocentricité vous cache parfois à vous-même vos agissements. Certes, votre discours paraît logique, ce qui convient parfaitement à un avocat ou un notaire normalement constitués, mais rapidement, avec un peu d’attention on s’aperçoit que vos actes ou votre refus obstiné d’une proposition parfaitement correcte répondent au schéma opposé à celui que vous nous avez énoncé. Ceci génère chez nous un état de malaise, comme si nous étions enferrés dans un piège posé par vous à notre insu. À ce moment, souvent, le professionnel du droit devient mauvais selon votre regard, et vous le quittez. On vous retrouve plus tard avec un autre avocat, un autre notaire, vous valsez parmi les professionnels, incapable de fidélité car n’ayant foi qu’en vous-même, et n’ayant besoin que d’esclaves à votre service.

- Vous êtes fou, je ne suis pas comme cela.

- Vous me demandiez l’image que j’avais du couple, je vous la transcris.

- Non, vous me transcrivez l’image de quelqu’un qui manipule l’autre. Ce n’est pas le cas à chaque fois tout de même. 

- Dans votre couple, qui manipule qui ? 

- Cela dépend des moments.

- Tiens, vous avez changé d’avis, au début vous me parliez de démocratie.

- Je ne pensais pas que ce déjeuner allât vous délier la langue à ce point Maître. Ce qui me déconcerte c’est que vous semblez penser que cette attitude n’est qu’un des travers de la vie en couple, mais c’est la caractéristique de toute relation humaine. Il y a toujours un dominant et un dominé. Je le vis complètement dans mon travail.

- Si vous me permettez, je le vis également dans mon travail, je ne suis pas en train de vous raconter mon couple, je vous relate mes relations professionnelles avec les couples, dont le vôtre. Dominer peut signifier imposer son point de vue à l’autre, mais aussi plus rusé, amener l’autre à adopter en pleine liberté le choix du dominant sans même avoir l’impression d’avoir été guidé vers ce choix. Le dominant n’agit jamais, il est même capable de dire que la situation qu’il vit, lui a toujours été imposée. J’ajouterais, à la défense du dominant que ce n’est pas toujours celui que l'on croit et qu’il ne sait parfois même pas lui-même qu’il est un prédateur.

- Un prédateur ?

- Vous avez vos cibles, vos proies, et parfois vous les utilisez comme des marionnettes contre d’autres proies, pour faire d’autres victimes.

- Vraiment ?

- Vous n’aimez pas l’avocat de votre conjoint. Vous ne le lui dites pas ouvertement, si vous êtes un bon manipulateur, vous le suggérez doucement, sournoisement, et vous vous débrouillez auprès de votre avocat, pour que celui-ci le rende ridicule aux yeux de sa cliente. Le tour est joué.

- Tout cela est très rare.

- Cet exemple n’est pas rare. Celui qui a été manipulé pendant des années est encore sous influence au moment de son divorce, et même après. Si vous dites ouvertement, ton avocat est nul, vous renforcez à coup sûr la crédibilité de ce défenseur auprès de votre conjoint. La persuasion franche, brutale, a des effets négatifs, inverses. L’homme est délicat. Son cerveau biodégradable et son esprit modelable sont emplis de failles, toujours en quête de modèles à suivre, pas toujours les meilleurs. Monsieur dit : « Si nous allions voir tel match de football. Cela me ferait tellement plaisir. Tu fais comme tu veux, tu es libre de ne pas m’accompagner Chérie. » Madame se sentira coupable de ne pas accompagner son époux. Elle l’accompagne donc. Là-bas, plusieurs anciens camarades proposent à Monsieur de boire une bière, Monsieur refuse poliment, devant Madame, précisant que celle-ci, qui a eu l’extrême gentillesse de sortir avec lui, ne souhaite pas le voir rentrer pochtron. Madame, interloquée, en rougit. Les camarades insistent bien entendu, mais pas auprès de Monsieur, uniquement auprès de Madame, qui se laisse convaincre, et sera seule à supporter l’haleine fétide et la gueule de bois de son cher et tendre époux.

- Vous appelez cela de la manipulation ?

- Madame se vengera. Elle utilisera pour cela le porte-monnaie du ménage, sujet sensible s’il en est. Plusieurs fois, elle regrettera, particulièrement en présence de la famille ou des amis de Monsieur, et pourquoi pas, de ses camarades de match, de n’avoir plus rien à se mettre, ou de n’être jamais partie en vacances à l’étranger, la faute à qui ? À Monsieur, toujours empêtré dans les aléas de sa carrière nébuleuse, qui ne songe pas à sa douce épouse. Elle aurait ainsi fait passer son mari pour un pingre et un raté.

- Tout cela n’est en rien prémédité.

- Heureusement. En cas de préméditation, cela devient une manipulation destructrice. En effet, mais le résultat n’est-il pas le même ? Comment le couple tiendra-t-il à coup d’argumentaires de ce genre ? Les enfants apprennent très vite la leçon auprès des parents. L’enfant qui a vu que le caprice dans le magasin ne fonctionnait pas, saura dès le lendemain, rétorquer de manière plus efficace : « Dommage que vous ne gagniez pas assez bien votre vie pour nous élever correctement, sinon vous auriez pu nous acheter telle ou telle chose comme l’ont fait tels parents de nos copains, mais c’est trop cher pour vous ». Vous serez sans doute outré par ce qui sera dit, vous nierez en bloc ces allégations. Pourtant, tôt ou tard, vous achèterez lesdites babioles.

- Vous me coupez l’appétit.

« Vous avez érigé la manipulation au rang de sport national. » J’aurais bien voulu prononcer cette dernière phrase, mais je me suis tu. Cet homme, face à moi, est le portrait craché du manipulateur que j’expose depuis tout à l’heure. Va-t-il lâcher deux mots, continuera-t-il à se taire, ou ne le fait-il pas exprès, ne s’en rend-il absolument pas compte ? Silence. Nous mastiquons quelques feuilles de salade.

- Je m’interroge sur la perception que vous avez de votre métier.

- Quant à moi, je m’interroge sur la perception que les gens ont de leur attitude, notamment lors de la séparation. Se maquillent-ils tous la vérité, sont-ils sûrs au fond d’eux, qu’ils ont raison de continuer à s’entretuer, ou à pressuriser l’autre ? Vous concernant par exemple, tout le monde en ville parle de votre divorce. Chacun de nos concitoyens prend parti pour l’un ou l’autre, ou feint outrancièrement de n’être d’aucun bord. Était-ce bien nécessaire de tout raconter à tout le monde, de chercher l’approbation de tiers sur votre point de vue ?

- Mon épouse a fait de même. Elle me fait passer pour un monstre auprès de ses amies, alors que j’ai toujours été correct, la laissant décider de ce qui était bien pour elle, la laissant prendre en main son destin. Mal m’en a pris d’ailleurs, elle a trompé ma confiance.

- Les personnes faibles ne peuvent se révolter seules, elles n’ont de force que collective, un compagnon d’infortune leur permet de soulever des montagnes.

- Vous prenez parti pour elle.

- Que nenni… Vous la pensez faible, influençable.

- Je n’ai pas dit cela. Qu'importe l’inclination du moment, notre dossier est maintenant fini, et j’ai gagné.

- Vous n’avez pas nié mon affirmation. Votre influence sur elle a été tangible pendant plusieurs années, il me semble.

- Je ne vous le fais pas dire. Je ne comprends pas qu’elle n’ait pas compris que sans moi elle n’est rien.

- Je constate que vous avez été victime de votre propre piège. 

- Je ne comprends pas ce que vous insinuez. Notre divorce a été franc, efficace. Vous ne m’impressionnez pas, vous n’avez d’ailleurs pas été très énergique. Lent, tatillon, trouvant toujours quelque chose à redire à mes décisions, ne les défendant pas auprès de mon épouse, je n’ai pas vu en vous le trait de génie que j’attendais d’un bon notaire. Maître GASTON sur un arbre perché, vous feriez bien d’en descendre pour affronter le monde et augmenter votre compétitivité.

- Le manipulateur manie l’ironie et la suspicion comme deux coutelas. Il s’arroge le droit de tout savoir mieux que les professionnels, puisqu’il choisit des craintifs, des personnes en échec pour ses proies. Mis lui-même en échec, il affiche une assurance à toute épreuve, tente d’écraser l’adversaire à tout prix, même en transgressant la loi s’il le faut. S’élevant en victime de l’incompétence, s’appropriant l’efficacité et les idées des autres, le manipulateur a toujours raison.

- Je ne sais pas pourquoi vous dites cela.

- Je ne sais pas pourquoi vous m’avez invité.

- Cela me faisait plaisir.

- Cela me fait également plaisir.

- Bon, restons en là, voulez-vous ? Un café ?

- Volontiers.

Le sucre fond dans ma tasse, je regarde le rectangle devenir une masse brunâtre puis disparaître petit à petit, se rappelant par un crissement de la cuillère dans le liquide.

- Maître, vous sentez-vous manipulé parfois, l’avez-vous ressenti lors de nos entretiens ? N’avez-vous jamais été accusé de manipulation alors que vous en étiez la proie comme vous le prétendez ? Qu'en pensez-vous ? Selon moi, chacun tente de manipuler l'autre dès qu'il le peut, c'est humain.

- Pourquoi accuser ? Pourquoi humilier ? Je vous entends : « Sans moi tu n’es plus rien, tu ne pourras jamais faire cela… Crois-tu en être capable ? Non, tu vois bien, je te l’avais dit. » Pourquoi douter des autres ? « Ton amie, ah oui, celle qui a raté sa vie. Veux-tu devenir comme elle en restant amie avec elle ? Mais comment peux-tu supporter ses jérémiades ? Et l’autre, elles se valent bien toutes les deux »… Pourquoi toujours voir le côté vide du verre ? Ma tante un jour était très fière d’avoir tout nettoyé dans sa maison. Le soir, elle met au défi mon oncle de trouver de la poussière. Il soulève un tableau et pose le doigt sur la rainure intérieure, qui ressort tout gris. N’aurait-il pu s’extasier avec son épouse sur sa dextérité plutôt que de s’offrir le plaisir de la dévaloriser et de gâcher leur soirée, pour ne pas dire leur vie ? Chaque effort est réduit à néant, chaque désir, nié.

- Mon épouse me reprochait souvent de ne pas écurer la lame de la tondeuse après usage. Mais elle n’avait pas un mot de remerciement d’avoir tondu notre pelouse. Quelque chose n’allait pas dans notre relation. Elle cherchait tout le temps à me rabaisser, et comme mon amour propre était au plus bas, je n’avais pas la force de répondre. Je prenais tout à cœur et ne pouvais faire la part des choses. Pourtant nous nous aimions très fort. Elle savait si bien préparer la choucroute. Elle la faisait avec un vin blanc fruité, un peu sucré, genre muscat, et c'était délicieux, le chou avait un petit goût de caramel. Vous savez comme l’Alsace me manque. Elle pouvait me faire oublier toutes mes frustrations, notre relation était si intense.

- Je croyais que vous vous plaigniez de sa faiblesse de caractère. 

- Je ne le ressentais pas, c’est depuis qu’elle se laisse influencer par son loulou qu’elle ne va plus bien dans sa tête. Mais pourquoi donc dois-je vous raconter tout cela ?

Tentative de réconciliation initiée par le manipulateur. Monsieur essaie de rattraper son faux pas de tout à l’heure. Il vient peut-être de réaliser qu’il peut avoir encore besoin de moi.

- Maître, je sens bien que vous pensiez que je me servais de mon épouse, mais elle se servait tout autant de moi, nous étions chacun le faire-valoir de l’autre. Parfois, je me demandais, suis-je vraiment l’homme merveilleux qu’elle dit aimer ou le fainéant qui ne s’occupe de rien ? Je sais qu’elle m’a accusé de violence conjugale. Vous l’avez lu dans les attendus du jugement. Mais j’essayais juste de me défendre. Ce n’était que des paroles violentes, soit, mais en réponse à sa violence. Je me suis retenu souvent, je vous assure. Elle me disait : « Frappe, frappe si tu l’oses, j’en ferai un certificat médical pour le dossier. Et si tu ne frappes pas, je me cognerai le visage sur le mur et je dirai que c’est toi qui m’a battu. Frappe, frappe, vas-y, pas de témoins, qu’est-ce qui t’embête ! » j’étais dépassé. Je ne savais plus comment lui montrer son amour.

- Vous évoquez la fin de votre relation, c’était trop tard. Une femme ne part pas sur un coup de tête. Lorsqu’elle décide que c’est fini, rien ne peut la faire revenir sur sa décision. Les agressions physiques ou les menaces dans le couple n'arrivent pas soudainement. Quel événement, quel changement est à l’origine de cette escalade de violence, quel est le fait générateur de cette dégradation ?

- Je ne sais pas, j’ai tout donné à mon épouse, mon amour, mon aide morale, physique et financière, même avant notre mariage. Je la protégeais. Puis, je ne sais pas pourquoi, elle n’a plus été aussi aimante. Elle ne faisait plus attention à elle. Elle n’aimait plus faire la cuisine comme avant. Elle avait des idées idiotes. Elle croyait qu’elle pourrait gagner sa vie en fabriquant des bijoux, je l’en ai naturellement découragée. Elle fréquentait des gens idiots, sans intérêt, j’ai réussi à la changer de milieu. Elle ne peut que me remercier. Elle n’était pas sûre d’elle-même, très influençable. Je lui ai donné de bonnes bases de réflexion. Nous avions les mêmes pensées. Je lui proposais quelque chose, elle acceptait en toute liberté, parce qu’elle savait que c’était pour son bien. Nous étions heureux, sauf lorsque son passé remontait à la surface. Je n’ai pas compris qu’elle ait pu me tromper ainsi. Elle nous a tous trompés Maître GASTON, en se faisant passer pour une victime. C’est elle qui nous tyrannisait !

- Permettez-moi d’élever de sérieux doutes sur ce point, Monsieur ! Ce repas était délicieux, et je vous souhaite de rencontrer l’âme sœur, avec laquelle vous pourrez avoir enfin une relation d’égal à égale.

- Maître GASTON, vous avez le biais pour dire des choses aimables. Entre nous, vous n’y connaissez rien, mais on ne vous en veut pas, du moment que vous ne faites que le partage de nos biens.

En alternant la séduction puis la menace, le manipulateur parvient à ses fins, la confusion mentale de son partenaire, et l’état de dépendance dans lequel va se trouver le manipulé envers le manipulateur. Dans le couple, instinctivement, l’un culpabilise l'autre, il arrive que le plus sensible en perde son esprit critique et cherche tout le temps l’assentiment de l’autre pour se permettre d’avoir une opinion. Pourtant il se sent encore libre, puisque cette gymnastique ne lui a pas été imposée, il se l’est imposé lui-même. Il s’est engagé à toujours solliciter l’avis de l’autre, ne vivre que par l’autre. Cette relation peut prospérer si la dépendance est parallèle, on le remarque parfois dans les vieux couples notamment. Il peut y avoir aussi une relation de conflit permanent, gênante pour les tiers, mais qui ne vise dans le couple qu’à combattre cette addiction à l’autre, ou à créer un changement, un intérêt à poursuivre la relation de couple.

Le manipulateur a besoin d’une cour, qui peut se réduire néanmoins au manipulé s’il faut en passer par la phase d’isolement pour bien canaliser la dépendance du soumis. Le manipulateur est extrêmement adaptable. Il se sert d’ailleurs de la société et des autres pour forger ses armes. Étant séducteur dans tous les domaines, généralement, il est très aimé et apprécié par son entourage. On ne croirait pas un mot de ce qui se passe à l’intérieur du couple. Le manipulateur connaît les points faibles de ses interlocuteurs, il est très psychologue, sauf pour lui-même, car il se voile la face.

 Il est important que les parents apprennent à leurs enfants à avoir confiance en eux, afin d’éviter d’être vulnérable aux stratégies des bidouilleurs. Il faut apprendre aux enfants à dire non, à ne pas chercher toujours à faire plaisir à l’autre si cela ne leur plaît pas, pour ne pas tomber dans le piège de cette perversité.

Je rentre chez moi, dépité, fatigué. Qu’ai-je réussi pendant ce déjeuner, à part me faire un ennemi ? Je voulais lui donner une leçon, mais je n’ai ni ce droit, ni ce devoir. Pour qui osais-je me prendre ? Après tout, je suis moi-même totalement manipulateur, mon client a raison. Comment faire autrement, pour convaincre les époux de cesser leur guerre inutile. Vivement demain soir, j’ai un rendez-vous autrement important.

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