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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

QUAND LES BEAUX PARENTS S’EN MÊLENT.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Un mari, c’est le gars qui vous soutient dans tous les problèmes que vous n’auriez pas eus si vous ne l’aviez pas épousé ».

Caroline AMMERLAAN

 

Beau-père UN ne voulait pas de Madame pour bru. Rassurez-vous, Belle-mère DEUX ne voulait pas de Monsieur pour gendre.

Les voici tous six réunis dans mon bureau : Madame, Monsieur, Beau-père et Belle-mère UN, parents de Monsieur, Beau-père et Belle-mère DEUX, parents de Madame.

Chacun évoque les qualités de sa descendance, les défauts de l’engeance d’en face. Chacun relate par le menu détail les mouvements de fonds qui ont permis aux époux de se constituer UN PATRIMOINE. Avez-vous remarqué ce mot à la mode ? Vient-il du mot père ? Comme patriarcal ? Que penser du matrimoine ? Nous en avons un exemple cruel devant nous.

C’est exaspérant, si l’on écoute et poursuit le raisonnement jusqu’à son comble, mes clients n’ont rien fait, rien créé, juste mangé le pain de leurs parents, travaillé dans l’entreprise de leurs parents, vécu dans l’appartement de leurs parents, etc. (À ce point, la discussion est vigoureuse afin de déterminer qui a apporté plus de cadeaux que l’autre pour rendre l’habitation des futurs ex-tourtereaux la plus belle possible) …

À première vue, Beau-père UN est fatigué de Belle-mère UN, son épouse, qui elle-même reporte son affection sur mon client, tout en haïssant sa bru de lui avoir soustrait son enfant chéri. Beau-père UN ne supporte pas l’amour sans borne de belle-mère UN sur son fils qu’il pense être un naïf. Il supporte encore moins l’autonomie que son fils a cru bon tenter d’acquérir en épousant ma cliente contre le gré de tous. Beau-père UN pense que Monsieur s’est fait avoir par sa belle-famille. Belle-mère UN entend coûte que coûte récupérer l’appartement, on se demande presque si c’est pour elle-même ou pour son fils.

Belle-mère DEUX de son côté déteste franchement son époux, mais plus encore sa fille, qu’elle jalouse de s’être amourachée d’un fils à papa nanti, alors qu’elle-même a dû trimer sang et eau pour constituer ce qu’elle aurait aimé appeler sa fortune, si ce mot n’avait pas une connotation triviale de nos jours. Belle-mère DEUX n’a aucune envie de laisser transparaître un quelconque signe extérieur de richesse de manière à ce que la prestation compensatoire revenant à sa fille soit la plus élevée possible.

Grand jeu de poker menteur.

Seul, Beau-père DEUX ne dit rien. Un peu trivial parmi tous ces gens qui se disent de bonne compagnie, il aime sa fille, sa femme, son gendre, avait un bon métier qu’il a poursuivi avec constance jusqu’à la retraite, ne voyant pas l’utilité d’accumuler toujours plus. Autant dire que cette discussion animée lui passe au-dessus de la tête, même s’il fait tout pour se sentir impliqué.

Soit, il avait donné un peu d’argent à sa fille unique, à quoi bon chercher plus loin.

Je dois dire que j’ai toujours pensé de même façon.

On relate le patrimoine commun, on relate les sommes recueillies par donation, succession ou legs. Si ces sommes ont servi à l’acquisition ou à l’amélioration du bien commun, on réévalue, pas toujours à la hausse. Voici en accéléré ce que dit le Code civil. Parents et beaux-parents ne l’entendent pas de cette oreille.

-         Maître GASTON, vous ne semblez pas comprendre, de grosses sommes sont en jeu. Ma bru nous a aspirés comme un pastis du bout de sa paille. Elle n’a même pas laissé les glaçons.

Madame a pourtant un salaire, depuis toujours, qui n’est inférieur que de très peu à celui de Monsieur. D’autre part, les époux sont mariés en communauté.

-         La belle affaire, justement, parlons-en, la faute à un notaire encore !

J’aime ce « encore ». Il me semble qu’il signifie que je suis en train de commettre la même faute que ce notaire sans même m’en rendre compte. Soudain, je réalise qu’aucun avocat n’assiste à ce débat. Point n’est encore nécessaire, les époux en sont aux prémisses, me dit-on. Un avocat, c’est très cher, veut-on dire. Peut-être aussi cherche-t-on finalement à trouver un terrain d’entente rapide.

Cependant un autre drame se joue dans le bureau.

On jurerait que c’est Belle-mère UN et Beau-père UN qui divorcent. Les phrases assassines pleuvent.

-         Pourquoi as-tu embauché ta bru ?

-         Elle n’était pas ma belle-fille quand je l’ai employée !

-         Tu n’aurais pas dû la garder.

-         Professionnellement je n’ai rien à dire. 

-         Pourquoi la payes-tu autant !

-         Pas plus qu’une autre.

Mes clients sont tous deux outrés des procédés de la mère de Monsieur. Enfin ils semblent d’accord sur ce point. En fait, ils semblent d’accord sur à peu près tout, remuant du groin comme deux petits porcelets roses en poussant quelques grognements.

Belle-mère DEUX explose lorsque sa progéniture est mise en cause concernant ses compétences professionnelles, c’est comme si on lui disait qu’elle-même est une bonne à rien.

Je tente de revenir au seul sujet du jour, le partage de la communauté de mes clients.

Seul, Beau-père DEUX fait silence, les épaules rentrées, terrassé par on ne sait quelle pensée, dont je doute fort qu’elle soit agréable.

Je parviens à reprendre le contrôle.

-         Permettez-moi maintenant de suspendre ce rendez-vous. Je ne pense pas qu’il fût de bon augure et de bon usage d’inviter au moment du divorce les mêmes convives qu’au repas de noces. Je souhaiterais ne recevoir les époux qu’accompagnés de leurs avocats, ou seuls la prochaine fois !

J’ai réglé en toute sérénité le divorce de mes clients, puis celui de Beau-père et Belle-mère UN, et enfin même celui de Beau-père et Belle-mère DEUX, chacun séparément, refusant tant que possible les entremêlements familiaux.

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