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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

S’ENTENDRE COMME CHIEN ET CHAT.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

Monsieur jure :

- Je ne divorcerai pas tant que je n’aurai pas la garde partagée d’Arthur. Elle habite à trois kilomètres, dans le village d’à côté, le juge peut bien m’accorder cela. 

Je comprends, enfin je fais comme si je comprenais. Je crois comprendre. 

- Effectivement – dis-je – si cela peut vous éviter une pension alimentaire. Avez-vous tous deux la place suffisante ? Madame conserve la maison ; Serez-vous dans un appartement assez grand ou dans une maison ? 

- Arthur ne peut rester enfermé dans un appartement. Il ne supporterait pas, me ferait une dépression. Il a besoin de sortir souvent, il a toujours chaud. 

- Madame a-t-elle demandé officiellement la garde d’Arthur, ou n’est-ce pas encore évoqué entre vous ? 

- Madame croit se débarrasser de moi en prenant Arthur. C’est vrai que je lui criais tout le temps dessus, je suis assez maniaque. Comprenez-vous, les poils partout, je n’aime pas cela, les pattes sales sur le carrelage, j’en avais marre car c’était toujours moi qui passais la serpillière. 

- Oui, je comprends. Arthur est difficile à éduquer. 

- Bien trop vieux, presque trois ans, on ne peut plus rien en tirer maintenant. Elle lui a tout permis, c'est trop tard pour essayer de le dresser.

- J’ai déjà entendu dire que des couples s’étaient réconciliés grâce à leur animal de compagnie.  

Monsieur bougonne.

- …. Risque pas de m’arriver demain ça….

Une petite digression s’impose.

- Savez-vous comment les statistiques sont faites ? Il paraît qu’en France vivent soixante-huit millions d’animaux domestiques pour soixante-deux millions de Français. Les premiers de la liste seraient trente-six millions de poissons. De mon côté, j’en ai bien eu une centaine, entre les poissons rouges gagnés dans des foires que mes gamins me confiaient pour ne pas déplaire à leur mère, et les poissons que moi-même j’achetais quand je me croyais aquariophile. Tous sont morts, sauf le dernier combattant qui tourne tout seul dans son bocal, me rappelant l’absurdité de ma triste existence. Je n’ai jamais déclaré leur décès à un organisme quel qu’il soit. Si mes poissons défunts comptent pour les statistiques, elles sont bien faussées. 

- Les poissons ne m’intéressent pas, ni les chats d’ailleurs. Il paraît cependant qu’ils sont deuxièmes en nombre, presque un million de plus que les chiens. Je ne comprends pas ce qu’on peut trouver à ces félins dégénérés, ces bêtes félonnes et couardes. 

- Je vous trouve dur avec les chats, ils sont fort gracieux, ce sont les oiseaux que je n’aime pas, et tous les rongeurs et autres reptiles. Les maisons qui hébergent cette gent animale sentent mauvais. 

- Maître, je pense à ces trente-quatre millions d’animaux martyrisés.

- Que dites-vous ?

- Si les membres d'un foyer sur deux divorcent en France, c’est un animal sur deux qui souffre en moyenne. Je pense surtout aux chiens, regardez Arthur, il le sentait, c’est lui qui me l’a dit quand elle est partie. Je l’ai entendu à sa voix. Son aboiement n’était plus le même. Je l’expliquerai au juge, il a sûrement un animal, il comprendra. 

- Ne vous inquiétez pas, les juges et avocats ont de plus en plus à connaître d’affaires de ce genre. Un avocat a même réussi à plaider la garde partagée du chat de son client. 

En droit français, l’animal est un bien « meuble », au même titre que la voiture, les meubles, objets mobiliers, ou les valeurs mobilières. On a prétendu qu’il appartient à celui qui l’a acheté ou s’est déclaré comme son propriétaire auprès des fichiers du Ministère de l’Agriculture. Ma position est que l’animal fait partie de la communauté si le couple est marié sous ce régime, sauf présent d’usage, ce qui ne peut pas toujours se déduire facilement du discours des conjoints. 

Mes clients me soucient, considérant le chien ou le chat comme un enfant. Le chien ou le chat deviennent rivaux des enfants, les mordent ou griffent croyant gagner l’amour de leurs maîtres.

- Les décisions rendues par les juges sont très pragmatiques sur le sujet, se fondant sur le confort de l’animal. Celui qui aura le plus de temps et d’espace à consacrer à son animal de compagnie sera l’attributaire de l’animal. 

- Oui, je me suis renseigné. Aux États-Unis, des avocats se sont même spécialisés dans le genre. Vous savez quel serait leur slogan ? «  You get the car, I get the cat ». Moi, je ne veux pas d’un chat, je veux Arthur, fox à poil dur, et je veux aussi la voiture.

- D’ailleurs, vous ne m’avez pas encore donné la copie de la carte grise, ni sa cote. 

- Il faut le demander à ma femme, elle est partie avec et ne veut plus me la rendre. 

- Vous en rachèterez une.

- Jamais, c’est celle-là que je veux. 

* * *

 

 

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