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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

DIVORCE BOURGEOIS

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

Si elle ne l’avait pas épousé pour sa situation, il se trouve qu’il était financièrement très à l’aise. De son côté, des ascendants ruraux lui avaient légué les pieds sur terre, mais pas de fortune en main. Oubli majeur, aucun contrat de mariage ne fut conclu, les tourtereaux étaient unis pour le meilleur et pour le pire sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts.

Le couple devint propriétaire d’un petit château et d’une chasse. Divers emprunts avaient été contractés pour permettre la rénovation de la toiture, des nombreuses fenêtres, des vantaux, des grilles, du chauffage central, des chambres, pour permettre aux princes orientaux de venir chasser, mais ils ne sont jamais venus. Les princes arabes vont en Sologne, pas dans notre région. Il y fait pourtant chaud, mais ils préfèrent le vert qui leur manque tant aux prairies sèches. Les époux finirent pourtant par attirer une autre clientèle, celle de leurs semblables, les bourgeois provinciaux. Monsieur était l’heureux propriétaire d’un beau 4x4 noir, avec des jantes dorées ; Madame se contentait d’un monospace pratique pour aller chercher les enfants à l’école ou faire les courses. Jamais le luxueux véhicule de Monsieur et son contenu, la famille sur son trente et un, ne manquaient l’examen du dimanche matin, la messe. Madame y montrait ses beaux atours, son dernier chapeau, Monsieur avait une double occupation, reluquer et se faire pardonner, si toutefois Dieu existait, quelque péché non mortel. Tout était fait pour montrer l’aisance et la solidité du couple, afin de renforcer l’envie des potentiels clients.

Une incartade, une bêtise, une histoire sans conséquence, un coup de canif, bref une bagatelle fut répandue et amplifiée comme des perles d’un collier cassé sur le parquet du salon. Un malentendu, une bévue, un impair de la part d’une collaboratrice de Monsieur furent à l’origine de la découverte par Madame de ce qu’elle appela une trahison. Monsieur l’entendait tout autrement, ne trouvant rien d’affolant, et pensant naïvement que Madame s’habituerait, au prix de l’achat de beaux et conséquents bijoux, à la perte de la conviction d’être la seule au monde à être aimée de Monsieur.

Personne n’y vu goutte. La semaine, Monsieur partait travailler, Madame vaquait à ses occupations. Le week-end, les chasses occupaient le couple, les hôtes ne devant s’apercevoir de rien. Mais de lourds silences en disaient long sur l’effondrement des certitudes de chacun. Le soir, moment pernicieux du tête-à-tête sur l’oreiller, qui permettait aux époux de se confier ce qu’ils ne pouvaient de se dire dans la journée, devenait la crainte permanente de Monsieur et l’exutoire de Madame. Un jour vint où ces moments ne suffirent plus, Monsieur décida de faire chambre à part, ce qui calma momentanément Madame, mais la cocotte-minute était lancée, elle explosa vite, laissant la vapeur dépasser les chambres à coucher.

Madame osa se mêler aux conversations de son mari avec ses riches clients et amis chasseurs. Tout était prétexte pour évoquer le gibier à touffe, chasse préférée de Monsieur selon Madame. Le repas qu’elle confectionnait d’ordinaire avec amour pâtissait de cette situation. Elle trouvait un petit goût de faisandé à tous les plats, une odeur de bouchon à tous les vins. Les clients ne comprenaient plus ce petit brin de femme encore guilleret quelques mois plus tôt, qui s’égosillait maintenant et s’évertuait à devenir plus vulgaire que la " poule " de Monsieur.

Monsieur envisagea de chasser Madame. " Tu repartiras en petite culotte, comme tu es venue ", criait-il dans mon bureau. " Tu cracheras au bassinet, ma pension, ma prestation et tes dents en or ! " répondait-elle.

Monsieur estimait que tout lui appartenait. Le patrimoine commun se résumait pour lui aux ustensiles de cuisine et aux horribles coussins du salon. Il se serait bien débarrassé du chat également.

L’assignation reçue, il dût se rendre à l évidence, après moult explications des experts-comptables, avocat, conseiller financier, banquier, et enfin notaire. Il fallait bien se résoudre à partager la communauté. Pour le reste, il n’avait pas de dents en or.

La crise se profilait à l’horizon. Ayant déjà connu quelques revers, il fut convenu d’un commun accord de vendre la propriété. Le passage d’une petite annonce pleine page dans une revue très chic, de nombreuses annonces dans les journaux nationaux, permirent de visiter à de nombreux intéressés. Le hasard se fixa sur le rival de toujours, le voisin, qui rêvait, bavant devant le charisme de Monsieur et croyant que la terre d’à côté valait trois fois la sienne. Le château et ses petites douves en étaient la cause. Ce client vint en mon étude signer la promesse de vente du siècle. Mon patron en déboucha une bouteille de champagne, ce qui était bien rare, lui qui préférait l’anisette. Nous savions tous que l’acquéreur assouvissait par là une douce vengeance.

Madame ayant lancé la procédure, n’avait pu qu’accepter pareille offre, pour d’autres raisons encore. Déduction faite des prêts, la somme restait rondelette et elle ne savait à quels saints se vouer pour la faire fructifier. Soudain, les agents d’assurance et banquiers de notre ville lui parurent tels filous et charognards n’en voulant qu’à son capital.

La procédure se poursuivit à l’amiable, exit le notaire, en l’absence de biens immobiliers. Monsieur qui avait enfin appris comment profiter de ce divorce pour défiscaliser partie de ses revenus, proposa de lui-même une belle pension alimentaire pour ses enfants. Il accomplit cependant son devoir de secours au minimum, ce qui mit Madame en colère. Hors de question pour notre épouse de puiser dans le capital pour régler ses factures de coiffeur, habillement, club de gym, théâtres, portable, psy et autres, encore moins la nounou de chacun de ses enfants, leurs professeurs particuliers pour piano, anglais, mathématiques et les vacances au soleil ! Monsieur estimait pourtant qu’il faut bien se serrer la ceinture quand on est une épouse divorcée et que la pension alimentaire était largement suffisante pour couvrir entretien, éducation et petits extras en tous genres des enfants. Il refusa catégoriquement par la voix de son avocat de parler prestation compensatoire. La procédure amiable fit donc long feu.

L’avocat sut parfaitement rétablir la situation en évoquant devant le juge le chèque que l’épouse avait encaissé dans la vente de la propriété et le fait que Monsieur n’avait plus qu’un " simple emploi de cadre supérieur ". Madame eut beau crier à tue tête que ce chèque était le fruit de son labeur auprès de son mari pendant toutes ces longues années de mariage, Monsieur sut rétorquer que l’acquéreur était l’amant de Madame.

C’en fut trop pour le pauvre juge. Même si ceci ne constitue pas une faute, de nombreux zéros sur un chèque ainsi que la confirmation que Madame vit encore dans le bien vendu en ayant séduit l’acquéreur, firent tomber toutes velléités de prestation compensatoire.

La morale de cette histoire est qu’il faut penser droit de partage lorsqu’on reçoit des fonds, car deux ans plus tard, nos époux reçurent une proposition de rectification de la part de l’administration fiscale, fondée sur les chiffres énoncés dans le jugement de divorce qui faisaient clairement apparaître le partage du prix de vente et la somme attribuée à Madame, malgré la classique petite phrase de l’avocat : " Les époux n’ayant aucun bien en commun, il n’y a pas lieu à liquidation et partage de leur régime matrimonial ". Des époux mariés en communauté doivent régler un droit de partage sur l’actif net de leur communauté au jour de leur divorce s’ils établissent le partage de leurs biens. Sinon ils encourent les foudres de l’administration. Et c’est également le cas pour les époux en séparation des biens qui disposent de biens indivis : comptes joints, mobilier, biens immobiliers.

* * *

Est-elle sincère ?

ACHILLE #actualité et autres blogs

OPINION TROUVEE SUR UN FORUM INTERNET - Pardon d'avoir copié, mais vraiment c'est rare de voir ce genre de reflexion sur internet :

"j'ai l'impression que vous êtes nombreux à être mal tombés. L'amour rend t'il aveugle à ce point pour avoir épousé des personnes aussi fourbes ??
Et bien moi, je gagne 2 fois moins que ma moitié et je ne veux rien même si, moi aussi j'ai mis, d'un commun accord, ma vie professionnelle entre parenthèse quelques temps. Puis je me suis remise à travailler et j'estime qu'il est absolument inadmissible de saigner une personne sous prétexte d'un divorce.
Mesdames, messieurs, retroussez vos manches et travaillez que diable. Cela fait du bien de repartir de zéro... de réfléchir et de retrouver les vraies valeurs. Fini les achats à tout va, le dernier modèle de voiture, de chaîne hifi... et alors, on vit très bien sans !!
Mais bon sang comment pouvez-vous dormir la nuit en sachant que vous mettez l'autre en péril et sur la paille.
"l'autre" l'a mérité, travaille dur pour mériter un salaire. Comment peut-on devenir méchant à ce point pour détruire l’autre ? Et pour ceux ou celles qui se sont senti trahi et bien sachez que personne n'est à l’abri de tomber amoureux, rappelez vous lorsque vous vous êtes marié, c'était par amour (j'espère pour vous). Et bien, cela peux arriver une seconde fois..et on y peut rien !!! Cela fait parti des choses de la vie.
Je vous raconte tout cela et pourtant aujourd'hui notre séparation ne s'est pas décidée parce que l'un ou l'autre est amoureux d’une autre personne. Aujourd'hui nous sommes bons amis, nous nous soutenons et partageons même parfois quelques jours de vacances. Personnellement je souhaite à tous de retrouver l’amour si tel est le souhait et de le vivre pleinement.
L’entraide, vous connaissez ???"

Qu'en pensez -vous ? Cette personne est-elle authentiquement altruiste ?

 

j'émets une hypothèse : Cette personne a des enfants, et ne veut pas que ses enfants pensent de mauvaises choses d'elle.
Seconde hypothèse : cette personne n'aimait pas vraiment sa moitié, la considérait plus comme un ami, qui l'ent encore actuellement. Le divorce ne tue pas l'amitié.

 

Troisième hypothèse, cette personne aime encore son ex...

 

Quatrième personne, cette personne gagne bien sa vie, et mieux que son ex...

 

cinquième hypothèse, cette personne a bien eu son ex, elle peut donc maintenant savourer pleinement son amitié, "sans rancune"...

Sixième hypothèse, cette personne est normalement constituée, et pas les autres humains sévissant sur internet.

LE MATRIARCAT.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

“C’est fini. Le charme est rompu.

Et tu ressembles à ta mère.”

Paul Géraldy

 

-         Madame, permettez-moi d’être franc. Votre époux a sa fierté. Vous avez été mariée vingt ans. Vous avez donc une grande expérience. Vous savez que nous, les hommes, sommes orgueilleux, que nous n’entendons pas nous voir rabaisser dans un conflit. Il est donc très important que vous respectiez son statut d’homme si vous tenez à ce que le divorce se passe bien. Il ne faut pas à mon sens, chercher à le mettre en défaut, à l’humilier. Il serait plus utile de le brosser dans le sens du poil. L’ennemi doit être estimé.

-         Je n’ai jamais considéré mon époux comme un homme. Ce sont même les derniers mots que je lui ai dits quand nous nous sommes quittés : « Tu n’es pas un homme ». Comprenez-moi, je suis maintenant attirée par des hommes plus virils. Je ne lui pardonnerai jamais le dernier enfant qu’il m’a fait.

-         Pardon, je ne comprends pas.

-         Lui seul voulait trois enfants, je n’en désirais que deux. Il l’a fait exprès.

-         Il me semblait qu’il fallait être deux pour faire les enfants.

-         Dois-je vous faire un dessin ? Il ne s’est pas retenu…

-         … A votre âge, je pensais que la pilule…

-         Jamais je ne prendrai de saletés chimiques pour le plaisir de Monsieur.

-         Pardonnez-moi, une épouse castratrice, une belle-famille envahissante, vous avez dû rendre votre époux bien malheureux.

-         Sans doute. Qu’importe, maintenant je veux vivre autre chose.

-         J’en suis ravi. J’ai effectivement l’impression que vous avez effacé votre passé et que vous vous projetez dans l’avenir. Gardez vous de reproduire le même schéma avec votre nouveau compagnon.

-         Je ne vois pas ce que le modèle de notre famille a qui puisse déplaire. Au contraire, tout le monde voudrait faire partie d’une telle communion d’amour. Vous ne connaissez pas ce bonheur Maître.

Il me semble cependant que vous ne vous investissez pas beaucoup dans ce divorce, que vous laissez votre mère prendre la parole et agir à votre place. Attention aux enfants, s’ils supportent l’influence d’une mère castratrice mais qui ne s’implique pas dans la vie réelle, la survolant, ils devront lutter contre votre égocentrisme forcené ou se faire happer et devenir de petits eunuques.

Je n’ai pas dit ces dernières phrases. Je les pensais très fortement. Je lui ai juste dit : « Attention aux enfants ». Elle a répondu « oui », d’un air grave, et a fait mine d’écrire sur une feuille de papier cet avertissement. J’ai essayé à mots couverts de lui expliquer que ce n’est pas en cherchant dans les astres, la numérologie, le marc de café, en attendant un dieu, un gourou, en s’inventant une vie antérieure, en buvant, en se droguant, en changeant de partenaire tous les soirs qu’on se trouve ou qu’on se retrouve. On ne fait que se perdre un peu plus chaque jour. Ce n’est qu’une illusion de la liberté. À mon avis, on ne peut se trouver que dans le futur, en se prenant en main, en agissant, en se respectant et en respectant l’autre. En tout cas, c’est ma conclusion en voyant mes clients qui ont réussi à se sortir de ce guêpier.

* * *

-         Maître, comprenez-moi, j’ai cru un moment faire partie intégrante de leur famille, y avoir ma place, mais je me suis vidé, j’ai été annihilé, castré. Je ne voulais pas divorcer. Ç’aurait été un dernier aveu d’impuissance. Il existe encore en quelques coins reculés du monde, des familles matriarcales, gouvernées par des femmes, pour des femmes. Je me suis fait happer par l’une d’elles. Je n’avais pas le droit à la parole. J’ai fini par prendre l’habitude de faire systématiquement le contraire de ce qu’elles décidaient entre elles. Oh, vous allez penser que je suis de mauvaise foi. J’étais effectivement consulté, mais seulement pour la forme ; pas question de penser le contraire, ne serait-ce que tenter d’émettre une opinion personnelle. Voyez-vous, j’étais trop jeune, j’ai mis vingt ans à tâtonner sans savoir comment m’affirmer dans cette famille, et maintenant, je suis rejeté car je me rebelle. Je demande seulement que mon état d’homme soit respecté. Je ne parle pas de mon état d’âme, Maître, j’évoque mon état d’homme. Je suis un homme, j’ai ma fierté et il faut m’en laisser un tout petit peu. Si nous ne trouvons pas un juste arrangement, je ruerai dans les brancards. Je ne peux pas accepter d’être mené à la baguette par des hyènes qui m’ont toujours pris pour une charogne et qui veulent encore maintenant me ronger les os.

-         Je comprends bien votre situation, mais toutes les armes sont en face. Votre épouse n’est pas pressée, elle n’a pas besoin de se reloger, pas d’investissement à faire. Vous savez bien que les épouses ont repris le pouvoir par la faute de leurs pères. Ils leur ont donné les terres côtières, les plus mauvaises, abandonnées aux marais salants et aux moustiques, au paludisme, réservant les terres arables aux mâles de la famille. Les marais ont été asséchés, le paludisme éradiqué, les terres côtières vendues un prix mirobolant pour la construction de superbes villas. Les hommes eux se sont retrouvés propriétaires de terres dont personne ne veut. La culture n’intéresse plus personne et ces champs ou prés à l’intérieur des terres sont inconstructibles. Maintenant, les femmes sont riches. Votre épouse peut rester ainsi sans fin. Sans compromis de part et d’autre, nous n’y arriverons pas. Je me répète mais le dicton « il vaut mieux un mauvais arrangement qu’un bon procès » n’est pas dénué de sens.

-         Je ne veux pas d’un procès qui mêlerait les enfants, les enquêtes sociales, psychologiques, etc. Des amis ont subi ce genre d’inquisition. Cela a duré une année, et ils n’arrivaient plus à s’en débarrasser.

-         Ils avaient sans doute quelque chose à cacher.

-         Non, je vous assure. Cette personne croyait au départ se venger en répandant tous les défauts de la terre sur son époux. Mais l’enquête sociale s’est également retournée contre elle.

-         Ce serait peut-être la même chose cette fois-ci.

-         C’est moi pour le moment qui fait des reproches à mon épouse.

-         Je ne peux me mêler de votre couple, je ne suis pas juge. Je ne peux évoquer que le partage inéquitable qui est demandé. Madame réclame deux tiers du bien, alors que vous faites valoir que vous avez toujours travaillé pour le financer et pas elle.

-         Elle a toujours été instable. Elle était à son compte et c’était bien ainsi. Elle travaillait quand elle allait bien, mais n’a jamais fait l’effort de valoriser sa société. Ce sont ses parents ou plutôt sa mère qui se sont toujours occupés de ses affaires pour elle. Elle dit que c’est grâce à elle si nous avons ce que nous possédons, mais ce n’est pas si simple. Elle visitait les appartements, éliminait les biens qui n’auraient pas convenu. Puis elle m’appelait et nous visitions une seconde fois ensemble. Il est un fait que son premier choix était souvent le bon. Mais elle avait le temps que je n’avais pas, ma charge était de faire bouillir la marmite. Elle l’oublie facilement. Son train de vie était sans commune mesure avec mes salaires. Elle conservait ses revenus pour son propre compte, je ne peux le prouver, les documents sont chez sa mère. C’est moi qui supervisais les travaux, moi qui payais les entrepreneurs. Elle s’occupait de la décoration et du mobilier. Encore, la brocante est ma passion. Je dénichais aussi de petits trésors.

-         Monsieur, rien ne sert de vous torturer ainsi. La séparation des biens a ce tort que chacun au bout du compte recherche toutes les créances qu’il peut avoir contre son conjoint, pour se venger, ou dans le but d’effacer les années de mariage. Il me semble que les époux font œuvre commune, non ? Légalement, il n’est pas possible de se prévaloir du travail manuel effectué par chacun pour générer une créance entre époux. En fait, il est dangereux de laisser s’installer une situation bancale, et pourtant bien banale : Le mari paie les impôts, les factures, les emprunts. L’épouse de son côté ne travaille pas et utilise l’argent de son conjoint. Si cette formule convient au couple pendant le mariage, il faut en accepter la règle du jeu jusqu’au bout, c'est-à-dire jusqu’au divorce et au partage des biens indivis. Le salaire, seule source de revenus du ménage devient alors la contribution aux charges du mariage. La dépendance de l’épouse étant totale, les devoirs de l’époux sont totaux. Seules les économies faites sur les salaires du mari, portées sur des comptes ou placements à son seul nom, lui sont personnelles. Si tout le salaire est dépensé au bénéfice de la vie commune, il ne peut être réclamé de créances par ledit mari. Quand les gens se mariaient sous le régime de la séparation des biens, aux époques passées, c’était pour que chacun puisse utiliser son argent comme il l’entend. Ceci signifie que si seul Monsieur a des revenus, la maison est acquise par lui seul pour son seul profit. Lorsque le mari souhaite faire un cadeau à sa femme, il achète un bien à son nom à elle ou aux deux noms, il sait alors qu’il ne pourra réclamer quoi que ce soit sur la part de Madame. Si son activité est audacieuse, le mari aura tendance à tout mettre au nom de l’épouse. Il sait ce qu’il risque en agissant de la sorte. Mon père connaissait ce genre de problème à régler à ses débuts. Les créances entre époux à déterminer se limitaient souvent à ce genre d’exercice. L’épouse, sentant le vent venir, faisait tout « disparaître » ou partait avec la « caisse ». Parfois en sens inverse, le mari abusait de la compétence professionnelle de sa femme, sans jamais la rémunérer. De nos jours, je ne comprends toujours pas ces gens qui n’auront jamais d’activité à risque, qui souhaitent tout partager, et qui pourtant entendent signer un contrat de mariage de séparation des biens. En communauté, il n’y a pas ce souci. En l’absence de biens ou de deniers propres, la totalité du patrimoine est partagée égalitairement entre les époux. C’est simple. Selon moi, si on choisit la séparation des biens, mais qu’on décide de vivre en mettant tout en commun, on doit liquider son régime matrimonial comme une communauté, mais ne pas compter sur une prestation compensatoire en sus. C’est une question de philosophie, mais aussi de respect de soi et de l’autre. J’ai le sentiment que chacun cherche à récupérer toutes ses « billes », mais également à gagner les billes de l’autre. Les histoires de divorces entre étrangers richissimes y sont à mon avis pour quelque chose, de même que la société de consommation. Chacun à son niveau veut gommer ce qu’il a fabriqué à l’aide de l’autre, ou a contrario le surévaluer s’il a l’intention de ne pas le conserver. Un couple est composé de deux personnes. Chacun a contribué à sa manière à la famille, au patrimoine. Je ne cesse de le répéter à mes clients.

-         Il y en a toujours un qui fait plus que l’autre.

-         Je ne crois pas que ce soit une généralité. Chacun créé, agit à sa manière.

-         Vous savez très bien que professionnellement il y a ceux qui sont toujours dans les couloirs, toujours à côté de la machine à café, toujours à brasser de l’air. On les voit beaucoup, on les entend beaucoup, mais ils ne sont pas très efficaces.

-         Ils participent tout de même à l’entreprise. On s’ennuierait si l’on n’avait pas de bouc émissaire.

-         Je ne tiens pas à être le bouc émissaire.

-         Vous êtes celui qui bat de l’air autour de la machine à café ?

-         Non, alors que c’est bien moi qui ai financé le niveau de vie de la famille, je suis le seul homme à qui on met un tablier, à qui on fait faire la vaisselle après le repas, derrière la machine à café.

-         Je ne trouve pas cela ingrat si le repas était bon.

-         Vous avez toujours toutes les indulgences.

-         Je n’ai pas vécu dans une société matriarcale.

* * *

QUAND LES BEAUX PARENTS S’EN MÊLENT.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Un mari, c’est le gars qui vous soutient dans tous les problèmes que vous n’auriez pas eus si vous ne l’aviez pas épousé ».

Caroline AMMERLAAN

 

Beau-père UN ne voulait pas de Madame pour bru. Rassurez-vous, Belle-mère DEUX ne voulait pas de Monsieur pour gendre.

Les voici tous six réunis dans mon bureau : Madame, Monsieur, Beau-père et Belle-mère UN, parents de Monsieur, Beau-père et Belle-mère DEUX, parents de Madame.

Chacun évoque les qualités de sa descendance, les défauts de l’engeance d’en face. Chacun relate par le menu détail les mouvements de fonds qui ont permis aux époux de se constituer UN PATRIMOINE. Avez-vous remarqué ce mot à la mode ? Vient-il du mot père ? Comme patriarcal ? Que penser du matrimoine ? Nous en avons un exemple cruel devant nous.

C’est exaspérant, si l’on écoute et poursuit le raisonnement jusqu’à son comble, mes clients n’ont rien fait, rien créé, juste mangé le pain de leurs parents, travaillé dans l’entreprise de leurs parents, vécu dans l’appartement de leurs parents, etc. (À ce point, la discussion est vigoureuse afin de déterminer qui a apporté plus de cadeaux que l’autre pour rendre l’habitation des futurs ex-tourtereaux la plus belle possible) …

À première vue, Beau-père UN est fatigué de Belle-mère UN, son épouse, qui elle-même reporte son affection sur mon client, tout en haïssant sa bru de lui avoir soustrait son enfant chéri. Beau-père UN ne supporte pas l’amour sans borne de belle-mère UN sur son fils qu’il pense être un naïf. Il supporte encore moins l’autonomie que son fils a cru bon tenter d’acquérir en épousant ma cliente contre le gré de tous. Beau-père UN pense que Monsieur s’est fait avoir par sa belle-famille. Belle-mère UN entend coûte que coûte récupérer l’appartement, on se demande presque si c’est pour elle-même ou pour son fils.

Belle-mère DEUX de son côté déteste franchement son époux, mais plus encore sa fille, qu’elle jalouse de s’être amourachée d’un fils à papa nanti, alors qu’elle-même a dû trimer sang et eau pour constituer ce qu’elle aurait aimé appeler sa fortune, si ce mot n’avait pas une connotation triviale de nos jours. Belle-mère DEUX n’a aucune envie de laisser transparaître un quelconque signe extérieur de richesse de manière à ce que la prestation compensatoire revenant à sa fille soit la plus élevée possible.

Grand jeu de poker menteur.

Seul, Beau-père DEUX ne dit rien. Un peu trivial parmi tous ces gens qui se disent de bonne compagnie, il aime sa fille, sa femme, son gendre, avait un bon métier qu’il a poursuivi avec constance jusqu’à la retraite, ne voyant pas l’utilité d’accumuler toujours plus. Autant dire que cette discussion animée lui passe au-dessus de la tête, même s’il fait tout pour se sentir impliqué.

Soit, il avait donné un peu d’argent à sa fille unique, à quoi bon chercher plus loin.

Je dois dire que j’ai toujours pensé de même façon.

On relate le patrimoine commun, on relate les sommes recueillies par donation, succession ou legs. Si ces sommes ont servi à l’acquisition ou à l’amélioration du bien commun, on réévalue, pas toujours à la hausse. Voici en accéléré ce que dit le Code civil. Parents et beaux-parents ne l’entendent pas de cette oreille.

-         Maître GASTON, vous ne semblez pas comprendre, de grosses sommes sont en jeu. Ma bru nous a aspirés comme un pastis du bout de sa paille. Elle n’a même pas laissé les glaçons.

Madame a pourtant un salaire, depuis toujours, qui n’est inférieur que de très peu à celui de Monsieur. D’autre part, les époux sont mariés en communauté.

-         La belle affaire, justement, parlons-en, la faute à un notaire encore !

J’aime ce « encore ». Il me semble qu’il signifie que je suis en train de commettre la même faute que ce notaire sans même m’en rendre compte. Soudain, je réalise qu’aucun avocat n’assiste à ce débat. Point n’est encore nécessaire, les époux en sont aux prémisses, me dit-on. Un avocat, c’est très cher, veut-on dire. Peut-être aussi cherche-t-on finalement à trouver un terrain d’entente rapide.

Cependant un autre drame se joue dans le bureau.

On jurerait que c’est Belle-mère UN et Beau-père UN qui divorcent. Les phrases assassines pleuvent.

-         Pourquoi as-tu embauché ta bru ?

-         Elle n’était pas ma belle-fille quand je l’ai employée !

-         Tu n’aurais pas dû la garder.

-         Professionnellement je n’ai rien à dire. 

-         Pourquoi la payes-tu autant !

-         Pas plus qu’une autre.

Mes clients sont tous deux outrés des procédés de la mère de Monsieur. Enfin ils semblent d’accord sur ce point. En fait, ils semblent d’accord sur à peu près tout, remuant du groin comme deux petits porcelets roses en poussant quelques grognements.

Belle-mère DEUX explose lorsque sa progéniture est mise en cause concernant ses compétences professionnelles, c’est comme si on lui disait qu’elle-même est une bonne à rien.

Je tente de revenir au seul sujet du jour, le partage de la communauté de mes clients.

Seul, Beau-père DEUX fait silence, les épaules rentrées, terrassé par on ne sait quelle pensée, dont je doute fort qu’elle soit agréable.

Je parviens à reprendre le contrôle.

-         Permettez-moi maintenant de suspendre ce rendez-vous. Je ne pense pas qu’il fût de bon augure et de bon usage d’inviter au moment du divorce les mêmes convives qu’au repas de noces. Je souhaiterais ne recevoir les époux qu’accompagnés de leurs avocats, ou seuls la prochaine fois !

J’ai réglé en toute sérénité le divorce de mes clients, puis celui de Beau-père et Belle-mère UN, et enfin même celui de Beau-père et Belle-mère DEUX, chacun séparément, refusant tant que possible les entremêlements familiaux.

* * *

LA VENGEANCE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ; la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »

Graham GREEN

 

Monsieur est très curieux, méthodique, calculateur, il saisit tout très vite, sans qu’on puisse le saisir. Monsieur est non violent. Mais pas pour autant dénué de toute perversité.

Quand Madame a réussi à partir, après avoir subi pendant de très longues années toutes les tortures morales imaginables, Monsieur a finalement abandonné le logement familial afin que Madame puisse revenir s’y installer.

Pourquoi ?

Madame a retrouvé ses sous-vêtements découpés aux ciseaux en confettis.

Chaque planche des armoires a été soigneusement dévissée, ou on lui aura consciencieusement ôté les mortaises, un peu, mais pas trop, de manière qu’elle ne s’écroule que sous le poids des affaires ou vêtements de Madame, ou lorsque Madame en ouvre la porte.

Chaque robinet, bonde, d’évier ou lavabo, même les toilettes ont été libérés de leurs joints, de manière que tout fuit, petit à petit, sournoisement.

De plus, Monsieur, ne pouvant permettre à son épouse de récupérer ses archives, a laissé pendant plusieurs heures les robinets de la maison ouverts, en l’absence de Madame, de manière que le sous-sol où se trouvaient les cartons, soit totalement inondé, les classeurs totalement imbibés. Mais ce n’est qu’une fois les documents secs et collés irrémédiablement entre eux, en une pâte à papier feuilletée, que Madame s’en est rendu compte, l’odeur de moisi l’ayant poussé à une inspection en règle du sous-sol.

Madame n’a certainement pas dit son dernier mot, la vengeance est un plat qui se mange froid.

* * *

ACCUSATIONS Dans mon bureau

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         Nous sommes venus tous deux chercher des renseignements.

-         Je ne pourrai vous donner rien de plus. Votre mère en qualité d’épouse commune en biens a choisi le notaire chargé du règlement de la succession.

-         Notre mère peut-elle refuser la succession de son époux ?

-         Bien entendu, cependant elle aurait intérêt à l’accepter.

-         Si elle veut la guerre avec nous.

-         Tout notaire ou avocat normalement constitué lui conseillerait d’accepter la succession de son époux, celle-ci étant bénéficiaire. Il n’y a aucune restriction concernant un époux en instance de divorce, sauf si lui-même a fait un testament privant son conjoint de ses droits dans sa succession.

-         Ce qui n’est pas le cas, n’est-ce pas ?

-         Oui, Mademoiselle.

-         Pourquoi refuserait-elle quelque chose qui lui vient tout cuit alors que papa s’est tué au travail pour constituer ce patrimoine.

-         C’est votre mère. Elle a sûrement participé à la carrière de son époux.

-         Si vous voulez mon avis, ce fut un frein, et particulièrement depuis cinq ans.

-         Précédemment, c’était une hystérique qu’on ne pouvait jamais satisfaire. Puis lorsqu’elle a enfin pu faire sortir de sa gorge, son besoin de prendre du champ, elle n’eut de cesse de demander à mon père d’organiser leur séparation, alors qu’il en était malheureux comme les pierres.

-         Et il l’a fait, ne reviens pas sur le passé. Nous n’en sommes plus là.

-         Nous allons pourtant devoir faire tout ce qu’ils n’ont pas fait.

-         Si je puis me permettre, ce décès brutal est tout aussi lourd pour votre mère que pour vous deux, ne prolongez pas le divorce. Vous êtes trois maintenant, pas deux contre un.

-         Ni un contre deux, Maître.

-         Tu n’en sais rien, tu n’as pas encore eu l’occasion d’en parler avec maman depuis le décès.

-         Si, je lui ai parlé. Elle a réclamé son dû !

-         Et alors, tu n’as pas tué ton père pour hériter, tu ne vas pas tuer ta mère pour qu’elle n’hérite pas !

-         Toi aussi, tu es contre moi. Ce n’est pas grave. Papa aurait voulu que je poursuive le combat.

-         Non, il aurait fait un testament, il t’aurait donné des armes s’il avait voulu que tu poursuives un quelconque combat.

-         Mais il n’en a pas eu le temps, il en a été empêché par maman.

-         Permettez-moi d’insister, votre père de son vivant, souhaitait avec les fonds qu’il toucherait, acheter une maison à la mer, un voilier, vous acheter chacun un appartement et vivre tranquillement avec son épouse. Il pensait, comme nous en connaissons tous des exemples, qu’ils allaient divorcer et qu’ils seraient alors plus proches, puisque libérés de toute contrainte. Il pensait que le juge allait accorder à Madame la moitié de ce que les époux possédaient au jour de leur séparation, et trois cent mille euros à titre de prestation compensatoire, ce qui lui ferait en tout huit cent mille euros, et qu’il pourrait disposer du reste pour faire les acquisitions envisagées, parce que le juge se rendrait bien compte que c’est depuis son départ que votre père avait gagné beaucoup d’argent.

-         Parce qu’elle était un boulet.

-         Preuve qu’il s’est donné plus dans son travail quand les plaisirs familiaux lui étaient refusés.

-         Ne divorcez pas de votre mère.

-         C’est trop tard, je repars en Afrique.

-         Je pars en Inde, justement pour ne plus avoir de conflit avec elle. Elle fait ce qu’elle veut, sans nous.

* * *

ACCUSATIONS. Après l’enterrement.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         C’est toi qui l’as tuée, hein, maintenant tu es heureuse ! Tu t’y attendais, tu savais que son cœur ne tiendrait pas, tu t’es acharnée !

-         Ne dis pas de bêtises, je n’avais aucune idée qu’il avait des problèmes de cœur, absolument aucune idée. Quand nous nous sommes quittés, il n’avait aucun trouble de santé.

-         Voyons ne dis pas le contraire, plutôt que de divorcer tranquillement, lors de votre séparation, il y a quatre ans, tu as attendu exprès qu’il fasse fortune pour réclamer ton dû ! Mais mon frère et moi, nous ne te laisserons pas faire …

-         Bien entendu c’est ma part ! Tu ne crois tout de même pas que de vivre avec ton père était une sinécure ! J’en ai bavé, ma fille, et plus que tu ne peux le croire ou le comprendre. Je ne vois pas pourquoi, j’aurais tiré les marrons du feu sans en profiter ! C’est bien grâce à moi qu’il a eu cette carrière !

-         Ah oui, c’est toi qui as fait ces hautes écoles, toi qui as passé tous ses diplômes, toi qui lui as trouvé ses emplois, toi qui rentrais tard et ne prenais pas de vacances !

-         Non c’est moi qui me suis écrasée, qui ai élevé, toute seule, les enfants, fait les courses, le ménage, qui ai sacrifié ma carrière pour être présente quand il ne l’était pas.

-         Oui, c’est vrai que la femme de ménage n’avait plus qu’à se faire un thé… et que tes études approfondies des fonds de classe t’auraient sans souci permise d’être Président Directeur Général si tu avais voulu !

-         C’est facile pour toi d’en rendre compte maintenant, mais tu oublies les débuts difficiles, tu oublies les soirées gâchées, les vacances gâchées, ses absences à répétition et son ton dictatorial lorsqu’il rentrait. J’ai toujours raison, je suis le plus fort, les autres ne valent rien. Mon épouse non plus, pas capable de faire autre chose que des enfants… Tu n’as pas tout connu et tu as bien vite oublié, on dirait.

-         Tu parles comme une petite fille, des soirées gâchées, des vacances gâchées, et les ouvriers qui n’ont pas deux sous pour mettre dans une soirée, ou dans des vacances, tu y penses ? Tu avais un train de vie de luxe, tu te payais ce que tu voulais. C’est toi qui as arrêté en te séparant de lui, alors pourquoi vouloir lui pomper son argent. Papa avait dit un quart chacun, et tu n’as pas voulu, tu voulais quoi encore ?

-         Je voulais la moitié, tout simplement, ce qui me revient de droit dans la communauté comme me l’avait expliqué mon avocat, et une prestation compensatoire en plus, pour vivre bien, malgré la séparation, tout simplement, mon dû, comme tu dis si bien. Mon dû. Un point c’est tout.

-         Que tu reçoives la moitié du patrimoine au jour de votre séparation, pas de soucis, d’ailleurs c’est ce que tu avais conclu avec papa sur un coin de table, sur ce papier que tu as conservé et que tu refuses de montrer.

-         Je ne l’ai pas conservé, ou plutôt il n’y a jamais eu de papier en ce sens, je n’aurais jamais accepté.

-         Si maman, tu as signé comme lui ce papier, il ne nous aurait pas menti sur ce point, et papa t’a acheté un appartement pour que tu vives en paix avec ton gigolo suite à cette signature, il t’a fait confiance et tu as trahi sa confiance.

-         Je ne te permets pas de parler en ces termes.

-         N’empêche, tu as laissé papa tout seul.

-         Mais je n’en pouvais plus de lui, de ses humeurs, j’avais envie de fraîcheur, de vitalité, mais aussi de calme, j’étais lassé des excitations, des excès en tout genre.

-         C’est pourtant ce qui t’avait séduite, son infatigabilité.

-         Peut-être, mais maintenant il me fatigue.

-         Tu t’écoutes un peu, tu parles comme s’il était vivant, tu n’as aucun respect pour sa mémoire, tu es ravie qu’il ait cassé sa pipe, à toi le tiroir-caisse bien rempli ! Vénale, tu me dégoûtes, tu as le sang aux commissures des lèvres. Comment as-tu pu faire cela à papa ?

-         Ma fille, tu parles de moi, mais regarde-toi, la perspective de cette perte financière t’enlaidit. Tu n’auras pas ton quart tant convoité.

-         Si bien sûr, de quoi parles-tu ? J’aurais ma part dans la succession, mais toi tu ne l’emporteras pas au paradis.

-         Tu n’auras que de la nue-propriété.

-         J’ai bien compris que tu me ferais un coup bas mais peut-être que papa a laissé un testament.

-         Non, il n’en a pas fait si tu veux le savoir. Il a dit au notaire que s’il décédait avant le divorce, il trouvait normal que j’hérite de lui car il considérait que j’étais encore sa femme, que je reviendrais puisqu’il m’aimait et qu’il saurait me le démontrer.

-         Je rêve… Tu t’en vantes, comment a-t-il pu dire ou penser une chose pareille !

-         Demande-lui.

-         Tu veux ma mort ?

-         Ce n’est pas ce que je voulais dire.

-         Il doit se retourner dans sa tombe maintenant qu’il voit à quel point tu n’en avais rien à faire de lui, de ses états d’âme, de ses bleus au cœur. Il doit se mordre les doigts.

-         C’est plutôt toi qui te mords les doigts de ne pas avoir tout, tout de suite, ma belle.

-         Tu dis n’importe quoi, je n’attendais pas après la mort de papa moi.

-         Je n’ai jamais attendu après non plus, son décès me fait beaucoup de peine contrairement à ce que tu as l’air de penser. J’éprouvais encore une grande admiration et de l’amitié pour ton père. Je t’ai dit que je croyais même que c’était un coup monté quand tous ses avocats et fiscalistes se sont précipités sur moi et qu’il n’était même pas là.

-         Il était en train de lutter en vain contre la mort par ta faute.

-         Arrête de tenter de me culpabiliser, tu n’y arriveras pas.

-         Avoue que c’est troublant, tu joues l’abjecte, tu deviens vulgaire devant ses avocats, criant au guet-apens, alors qu’il se meurt d’une crise cardiaque, dans l’entrée de l’appartement, sa sacoche à la main, et l'on met trois jours à le retrouver. Tu ne t’es même pas demandée s’il avait un malaise. Peut-être était-ce du cinéma ?

-         Je te dis que je pensais qu’il se moquait de moi, me laissant face à ses charognards.

-         C’est bien ce que je comprends, tu n’as même pas eu une seconde d’inquiétude, de pitié.

-         Qu’est-ce que tu racontes, pourquoi aurais-je éprouvé de la pitié ? Toi aussi, tu aurais pu y penser.

-         Oui, c’est sûr, à cinq mille kilomètres de là, j’aurais dû sentir le malaise de mon père. Désolée, maman, je n’ai pas le don d’ubiquité.

-         Tu ne comprends pas, quand j'ai téléphoné pour t’informer qu’il avait disparu, toi non plus, tu n’as pas pensé tout de suite qu’il avait pu mourir chez lui.

-         À cette distance, un père de cinquante ans, une histoire aussi étrange, non, effectivement, ce n’est pas la première chose qui m’est venue à l’idée. D’autant que je n’imaginais pas que tu aies pu me dire qu’il avait disparu avant d’avoir visité son appartement. La première pensée qui me vint fut pourtant le suicide.

-         Ton père n’aurait jamais fait cela.

-         Maman, tu n’as pas idée de la profonde dépression dans laquelle ton indifférence l’a plongée. Il aurait préféré que tu le détestes. Il aurait eu au moins un sentiment à combattre. Mais une personne indifférente qui se révèle de plus uniquement intéressée par l’argent, comme s’il était devenu ton banquier, cela fait gerber comme il disait.

-         Je ne te permets pas. Il n’aurait jamais parlé ainsi de moi.

-         Tu devrais renoncer à la succession si tu avais un peu d’amour propre.

-         Je n’en ai pas. Là, tu es contente ? Je veux être autonome financièrement et son décès est une opportunité pour moi.

-         De là à penser que tu y as gravement contribué, il n’y a qu’un pas.

-         Contribué à quoi ?

-         TU L’AS TUE. Ou tu l’as fait mourir, si tu préfères.

-         Tu peux tout tenter, tu n’y arriveras pas. Je ne suis pas coupable, je ne suis pour rien dans son décès et il le sait très bien. Sinon, il aurait fait un testament et il n’aurait pas dit ce qu’il a dit au Notaire.

-         Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd. Tu as toujours vécu à ses crochets. Tu vas hériter des fruits de son labeur, de son sacrifice pour sa famille. Et sa famille, ce n’était plus TOI !

-         Arrête enfin. Cette discussion n’a que trop duré. C’est clos. Je ne veux plus entendre cela, plus jamais.

-         Pourtant ce n’est qu’un début, on aura ta peau.

-         Tu deviens folle ! La rage t’égare !

-         Mon frère et moi, on n’oubliera pas le mal que tu as fait à papa.

-         Ne mêle pas ton frère à tes obsessions. Il n’a sûrement pas la même opinion que toi. Il n’était pas sans cesse à l’autre bout du monde à aider ses semblables plutôt que sa famille, lui…

-         Comme tu voudras, mais je pense que tu seras déçue.

* * *

COURRIER.

ACHILLE #moi

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun.

Boris VIAN.

Méditant sur les énigmes de mes dossiers, tout en traversant le couloir pour rejoindre mon bureau, mon attention est attirée par de petits cris. Je passe la tête dans toutes les pièces, cherchant la cause de ces plaintes. Derrière son écran, une collègue, la goutte au nez, les yeux de lapin albinos, se cache, faisant semblant d’écrire. Je m’approche, la saluant et m’enquiers de sa santé morale et physique.

-         Ce n’est rien, ce n’est rien – tente-t-elle d’articuler entre deux sanglots – ne vous inquiétez pas.

-         Je ne m’inquiète pas. Pensez-vous néanmoins que je puisse vous être d’une quelconque utilité ? Je sais bien qu’au début, c’est difficile : les dossiers complexes, les implications graves et précises, les recherches éperdues dans les manuels. Avez-vous oublié l’intervention d’un conjoint dans un acte de vente de la résidence principale ?

-         Non ce n’est pas cela.

-         Une erreur dans une déclaration fiscale ?

-         Non, non plus.

-         Un collègue s’est moqué ?

-         Jamais ! Ils sont tous très gentils.

-         Le patron vous a rabroué ?

-         Encore moins ! Enfin, pas encore…

-         Un client vous a manqué de respect ?

-         Ma foi, non, Monsieur GASTON, regardez ce qu’on m’écrit !

Elle me tend une enveloppe blanche, portant son nom et l’adresse de l’Étude, en écriture calligraphiée, arborant au coin supérieur droit un timbre de collection estampé d’une élégante oblitération. Je l’ouvre, et en sort une carte double, très jolie quoiqu’un peu désuète, figurant deux angelots grassouillets de couleur vieux rose découpés dans un papier vélin, sonnant une petite cloche dont le battant est une perle de verre collée sur le support, entourés de petits myosotis en couronnes accrochés à une languette permettant un effet de relief, et de mouvement. Le tout est agrémenté de mille paillettes nacrées dont les plus téméraires se sont nichées sur mes doigts. L’intérieur est une page de calque double, collée au volet du dessous, couverte de signes cabalistiques. J’enfourche mes lunettes et parmi de multiples idéogrammes qu’on pourrait presque qualifier d’émoticônes, tant l’émotion se lit dans le trait : petits cœurs, marguerites, soleils, je parviens à déchiffrer ceci :

« Ma très chère amie,

 Permettez-moi de vous appeler ainsi, plutôt que Maître qui vous va si mal.

Les heures que j’ai passées avec vous m’ont apportées tant de jubilations, nos conversations sont si poignantes.

Je songe journellement à vous, cependant, je ne vous dérangerai pas, vous œuvrez tant à faire le bien autour de vous.

Toutefois, n’oubliez pas votre amie sincère. Entretenez notre attachement naissant.

Peut-être à bientôt, peut-être à jamais, décidez.

Mon sort est entre vos mains.

Mille baisers amicaux.

Fleur, votre nouvelle vieille amie toute à vous. »

Cette lecture accomplie, je reste en contemplation devant cette écriture enfantine, ce style d’adolescente cocasse. Je n’ose lever les yeux. Pleurait-elle de rire ? Que dire à cette charmante collègue ? Je retourne l’enveloppe et découvre l’adresse de la personne, dans les beaux quartiers de notre vieille ville.

-         Quel âge a votre amie ?

-         Quatre-vingts ans, mais ce n’est pas mon amie.

-         La lecture paraît infirmer votre propos. On dirait même qu’elle est amoureuse de vous. J’en ai sûrement écrit de semblables, néanmoins plus sobres, à mes fiancées lorsque j’étais tout jeune, avant SKYPE[1], MSN[2] et SMS[3]. Je me souviens même avoir envoyé une carte qui disait « devinez qui vous aime et vous saurez qui vous écrit ». Il y avait un poisson d’avril dessus. L’adulée ne s’est, hélas, jamais précipitée dans mes bras. J’en ai déduit qu’elle n’avait même pas imaginé que je pus être l’auteur de cette sottise, j’ai décidé de passer mon chemin. Cependant, le soir en m’endormant, j’ai souvent cru qu’elle avait sauté au cou de quelqu’un d’autre. Parfois, la déconvenue tournait au cauchemar, le garçon étant déjà avec une autre fille, laquelle tuait ma dulcinée. D’autres nuits, nous atteignions le registre de la dérision, lorsqu’elle se roulait dans les bras d’un pauvre garçon qui n’en menait pas large n’osant pas lui dire non, et qui finalement lui criait en se sauvant « Poisson d’avril », la laissant assise dans le caniveau, en pleurs, comme vous. Souvent je dois dire, je l’imaginais mariée avec celui qui n’attendait qu’un geste d’elle, pas moi… l’autre, le beau, le grand, le ténébreux. Quatre-vingts ans, dites-vous ? Je comprends. Fleur, c’est joli comme prénom.

-         En fait, elle s’appelle Germaine, mais elle n’aime pas son prénom, alors elle a pris le nom de sa grand-mère.

-         Fleur est effectivement plus rare. J’ai connu une Fleurie, j’en étais amoureux d’ailleurs. Non, rassurez-vous, ce n’est pas elle qui a reçu le poisson d’avril, bien que nous ayons eu une très longue relation épistolaire, étant donné notre éloignement.

-         Vous savez, dans un dossier, j’ai quatre sœurs qui s’appellent « Marguerite, Violette, Mirabelle et Rose » On dirait les jeux des enfants, cherchez l’intruse.

-         De mon côté, j’ai eu trois frères, Marceau, Kléber et Hoche. Pas terrible, surtout le dernier, leur nom de famille était DISEMME.

-         Hoche DISEMME ? Ah non, j’ai compris : DIS C’EST MOCHE ! Mais c’est une blague là ?

-         Non pas du tout. Le père était enfant d’un lieutenant de Napoléon. Cela remonte à loin, je ne les ai pas connus. J’ai juste vu cela dans une origine de propriété, lors d’une recherche généalogique que j’ai dû approfondir, car le dernier n’avait pas eu d’enfants.

-         Je ne vois pas le rapport. Je suis nulle en histoire.

-         Ne vous inquiétez pas, moi aussi, c’est mon patron qui a fait la relation historique, moi j’avais seulement remarqué le jeu de mots. En fait, c’étaient des généraux de la République[4], le seul souci est que ce sont des noms de famille.

-         Même Marceau ?

-         Oui, HOCHE s’appelait Lazare, MARCEAU François Severin, et KLEBER Jean-Baptiste. Ce sont aussi des avenues autour de l’Arc de Triomphe.

-         À PARIS ? Je ne suis jamais allée à PARIS.

-         Vous n’êtes pas en manque. Vous vous sentez mieux, semble-t-il.

-         Vous me faites penser à autre chose. En attendant, qu’est ce que je vais bien pouvoir lui répondre ? Je ne suis pas digne de recevoir de tels courriers, c’est trop de gentillesse pour moi, je lui ai juste dit deux mots polis, c’est tout.

-         C’est une réflexion étrange, quelqu’un veut votre amitié et vous donne sans condition la sienne, et vous en pleurez ? C’est de bonheur, j’espère !

-         Non, pas du tout, vous ne pouvez pas comprendre.

-         Oui, je sais, on me le dit souvent…[5]

-         Ce n’est pas ce que je veux dire.

-         Moi non plus, mais en attendant, il n’y a pas de quoi pleurer, je comprends que vous ne pouvez pas tout donner à chacun de vos clients, ou à chacune, vous avez votre vie personnelle et elle ne doit pas empiéter, ou en tout cas, le moins possible sur votre vie professionnelle. Prenez cette carte comme une anecdote parmi tant d’autres, faites collection de vos meilleurs compliments, vous aurez grand plaisir à les compulser quand un grincheux vous fera des misères.

-         Oui, mais pour la dame ?

-         Fleur ? Répondez-lui que vous êtes effectivement surchargée, en tant que débutante, vous avez beaucoup à apprendre, et que vous vous ferez un plaisir de vous échapper de ce monde de fous pour déjeuner avec elle un midi, entre deux rendez-vous, au cœur d’une oasis de paix et de complicité.

-         Je ne crois pas que je puisse parler ainsi.

-         Vous avez raison. Soyez plus sobre dans vos propos. Mais répondez, ne la laissez pas se dessécher devant le téléphone à attendre votre appel. Pour vous changer les idées, venez voir, j’ai reçu, moi aussi une belle missive :

« Cher Maître,

Ma tendre épouse et moi-même vous remercions infiniment de la manière dont vous avez mené rondement ce dossier, complexe ô combien, nous l’avons découvert à nos dépends. Nous avons admiré votre agilité à nous soustraire de chacun des abîmes qui s’ouvraient devant nos pieds, sans prétention aucune.

Un détail. Dans ma grande hâte, j’ai omis de reprographier mon titre de propriété. Lors de la cérémonie de nos engagements, je me suis permis d’y faire allusion, en vain. Ma requête a été emportée par le grand vent de l’histoire. Vous nous obligeriez éternellement en acceptant de nous faire parvenir les quelques feuillets qui manquent cruellement à nos archives.

Nous réitérons ainsi qu’il convient notre gratitude.

Croyez, nous vous en prions, Cher Maître, en l’assurance de notre sympathie enthousiaste. »

-         Je préfère la vôtre, elle n’engage à rien.

-         Je comprends que la sympathie enthousiaste soit moins troublante que l’amitié simple et pure. Promettez-moi que vous lui répondrez. Elle vous ennuie ?

-         Non elle est passionnante et elle me fait rire.

-         Alors consommez ce lien sans modération, séduisez-la !

* * *

 

[1] Un logiciel parmi d’autres permettant de téléphoner gratuitement n'importe où dans le monde en quelques minutes.

[2] Microsoft Network

[3] Short Message Service

 

[4] « C'est aux accents de La Carmagnole que les troupes républicaines abordaient les insurgés vendéens. Et ceux de nos contradicteurs qui nous opposent le pur et rayonnant patriotisme de Marceau, de Kléber et de Hoche, oublient précisément que Marceau, Kléber et Hoche terrifiaient la Vendée du chant révolutionnaire de La Carmagnole. » -  Jean Jaurès - Marseillaise et Internationale. 1903.

 

 

[5] Voir infra : « techniques pour tenter de décrédibiliser le clerc qu’on prend infortunément pour l’adversaire ».

copie cachée copier coller II

ACHILLE

(deuxième rendez-vous, Madame et le clerc devant les documents apportés…)

  • Je vous remercie, avez-vous fait les photocopies ou souhaitez-vous que je les fasse ?
  • Je veux bien que vous les fassiez, je n’ai pas de photocopieuse à la maison.
  • Je peux vous les scanner également si vous le souhaitez.
  • Non merci, je n’ai pas d’ordinateur à la maison.
  • Ah, pardonnez moi mais pourtant votre époux est informaticien à l’origine, si j’ai bien compris.
  • Vous avez bien compris, mais je suis nulle là dedans, et cela arrange mon mari de ne pas m’expliquer comment cela fonctionne. A ce propos, je voulais m’excuser pour l’attitude que j’ai eu la semaine dernière.
  • Quelle attitude ? Je ne m’en souviens plus, il ne me semble pas qu’il y ait eu un souci quelconque.
  • Si, mon mari et moi avons étalé notre vie privée devant vous.
  • Ne vous inquiétez pas, je ne m’en souviens plus. J’ai vu tellement pire.
  • Je comprends, mais je ne peux pas ou plutôt je ne peux plus laisser passer que mon mari me traite de mythomane devant tout le monde. Puis -je accéder à ma boite de message par votre ordinateur s’il vous plait ?
  • Oui, si c’est nécessaire au dossier mais vous venez de me dire que vous n’y connaissez rien …
  • Effectivement, mais après avoir trouvé des choses louches sur l’écran de mon mari, je me suis faite expliquer plusieurs choses, regardez.
  • C’est un message de votre mari.
  • Oui, lisez, s’il vous plait.
  • C’est une très jolie lettre d’amour.
  • N’est ce pas ? Mais lisez tout.
  • J’ai tout lu et je ne vois rien qui…
  • Au dessus, les destinataires.
  • Je n’ai pas fait attention, il n’y a pas de destinataires.
  • Et en copie cachée ? Ah oui Cci, il y en plusieurs, je ne connais pas ces adresses, pardonnez-moi.
  • Cela ne vous parait pas étrange ?
  • Si, si, mais je ne vois pas bien où vous voulez en venir.
  • Il y a quelques mois, mon mari et moi nous sommes séparés. Il m’a laissée dans la maison et a pris un studio en ville. Il m’a donné un petit ordinateur et m’a expliqué comment envoyer et recevoir des mails, en me disant que comme cela nous pourrions renouveler notre amour de manière épistolaire comme lorsque nous étions jeune. Je suis bien naïve, j’ai trouvé cela très romantique.
  • Mais c’est romantique.
  • Attendez la suite. La première lettre, disons plutôt le premier message que j’ai reçu m’a éblouie. J’étais aux anges. Je n’ai pas répondu tout de suite, pour laisser du temps au temps, et pour réapprendre à former des mots, des phrases, à formuler mes pensées. Puis, je me suis enfin lancée. La réponse était à la hauteur. Ainsi, presque quotidiennement, je recevais des messages, courts ou longs, très gentils, adorables, parfois j’avais l’impression de retrouver mon amour de jeunesse, je retrouvais son style, il parlait de ses goûts, commentait l’actualité, évoquait l’avenir, un avenir à deux, rien que nous deux. Je devenais « accro » comme on dit. Lorsqu’il m’a proposé de passer quelques jours ensemble, en amoureux, je n’ai pas hésité. Bon, tout de même un bémol. Oui, j’avais ressorti des lettres de jeunesse, pour les relire, quand j’étais en manque de ses petits mots, et j’avais pu constaté qu’il n’avait pas tant d’imagination que cela, car quelques parties de ses lettres étaient purement copiées collées de celles de sa jeunesse. Mais en même temps j’ai pensé qu’il l’avait fait à dessein, pour voir si je me souvenais de notre amour débutant. Pendant les vacances, je lui ai demandé, il me l’a confirmé et nous avons bien ri ensemble. Tout était parfait. Son ordinateur trainait sur la table. Je ne l’avais jamais remarqué avant, car je ne m’y intéressais pas et j’étais loin de m’imaginer tout le potentiel qu’internet procurait. Vous devez me trouver old fashion, mais je suis une intellectuelle, j’ai une formation de professeur de philosophie et je ne voyais ces instruments que comme des empêcheurs de lire et de rêver. Toujours est-il qu’un jour, j’ai fouillé dans sa boite de message. Je n’ai pas été déçue. Ou plutôt, même lors de nos pires disputes, même lors de ses crises de violences les plus fortes, je n’avais pas atteint le fonds à ce point. Figurez-vous qu’il écrivait ses textes et les envoyait en copie cachée à cinq personnes et moi même. C’est là que j’ai appris ce qu’était Cci. Je ne comprenais pas bien pourquoi mon nom n’apparaissait pas dans ses messages, mais je croyais que c’était un « bug » ou une particularité de l’ordinateur de mon époux. Mais j’ai compris, ses maitresses et moi même étions toutes destinataires du même message d’amour !

COPIE CACHEE - COPIER COLLER

ACHILLE

(premier rendez-vous, Madame, Monsieur, et le clerc après une heure de discussions et un accord sur le montant de la prestation compensatoire…)

  • Maître, j’aimerais sincèrement que vous me confirmiez que je suis généreux.
  • généreux ?
  • Mon mari, Maître, vous ayant exposé ce qu’il propose de me laisser après 32 ans de mariage et 4 enfants, souhaiterait que vous lui confirmiez qu’il est un homme bon et généreux, et qu’il fait le grand prince dans le divorce, pas comme les autres époux qui discutent le moindre centime.
  • Ne dit pas n’importe quoi, ne te moque pas, sinon je reviens sur ce que j’ai dit. Il n’est pas question que tu me ridiculises devant le notaire. Maître, je veux juste avoir confirmation que si Madame hésite à intenter une procédure pour faite, elle a parfaitement tort car jamais un tribunal ne lui donnera ce que je lui offre. D’autant plus que je ne voulais pas divorcer.
  • J’ai bien compris, ne t’inquiète pas, j’ai réellement compris, tu es généreux, je te suis redevable, et reconnaissante. Mais je t’en pris, ne me dit pas que tu ne veux pas divorcer ! Tes conquêtes multiples, ta violence sont une preuve que tu ne me supportes plus ! Et si toi cela te suffisait, si cette situation t’amusait, si tu te plaisais à me violenter tandis que tu fais le coq auprès de jeunes vénales, ce n’est pas vivable pour ma part. A cinquante deux ans, je peux avoir un espoir de revivre. Pus tard, je risque d’y passer.
  • N’importe quoi, tu me fais passer pour qui ? pourquoi ? N’en croyez pas un mot Maître, elle est folle ! Effectivement je ne veux pas divorcer, parce que je l’aime encore, et vous croyez que je pourrais ne pas vouloir divorcer et lui faire tout le mal dont elle se vante ? Elle est complètement mythomane. Nous avons fait de nombreuses visites auprès de conseillers conjugaux. Nous sommes même allés jusqu’à la psychanalyse pour voir ce qu’elle avait, ce qui la torture au point qu’elle affabule à ce point. Comme vous le voyez, ce fut inefficace, croyez moi Maître, je suis vraiment gentil de ne pas vouloir divorcer.
  • Pardonnez-moi mais je ne sais plus où nous en sommes. Divorcez-vous ou pas ? Nos discussions sur la prestation compensatoire ont-elles un sens ?
  • Oui, oui Maître, je divorce, je ne peux plus rester avec lui, il n’est pas fiable.
  • Oui Maître, je voulais juste vous démontrer que je suis vraiment généreux, je lui laisse le choix. Elle divorce ? d’accord. Elle veut la maison ? d’accord. Elle conserve ses comptes ? D’accord, mais ne me demandez pas plus. C’est au delà de mes forces.
  • Dites lui Maître, dites lui ce qu’il veut entendre.
  • Bien. Etant donné la valeur de la maison et des comptes, et l’absence de prêts, étant donné l’absence d’autre patrimoine et le salaire conséquent de Monsieur, sans oublier que Madame n’a pas travaillé depuis son mariage, je ne peux que confirmer que vous êtes effectivement généreux. Si vous voulez que je vous dise que vous êtes bon prince, je le dis, à mon sens, un tribunal n’accorderait pas tant à Madame, malgré trente ans de mariage et deux enfants.
  • Tu vois, même le notaire le dit.
  • Oui mais ce n’est pas ce que tu avais dit chez l’avocat. Tu es effectivement pus généreux chez le notaire.
  • J’ai juste réfléchi, je pense à toi, tu es la mère de mes enfants, je ne veux pas que tu sois à la rue. Tu ne me dis même pas merci.
  • Merci, Merci, tu es généreux. Bon, Maître, je réunis les documents qui vous manquent et vous les apportent. Peut-on prendre date pour un prochain rendez-vous ?
  • Tout à fait. La semaine prochaine ?
  • entendu.

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