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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

Problème de personnel

ACHILLE #moi

Aujourd'hui, il va sans doute neiger. Et je n'aurais pas trouvé le bonheur dans mes promenades hagardes. Je ne rencontre que des hommes qui fuient, hommes au sens humains bien entendu.

Ma secrétaire a donné sa démission, après une dizaine de bons et loyaux services. Je suis abasourdi et triste, je ne comprends pas pourquoi et le prend pour moi.

Je sais que c'est parce que je déprime trop et voit toujours tout du côté négatif. Elle est jeune, elle a l'avenir devant elle. Je regarde trop par dessus mon épaule.

Cependant, à toute chose malheur est bon, elle part à L pour rejoindre son ami. Ils vont faire un bébé, et vivre ensemble, enfin c'est ce que j'ai compris. Elle n'a pas envie de se marier avec tous les dossiers comme un torrent de tristesses et de ranqueurs qu'elle a vu couler entre ses mains.

Nous lui avons offert une superbe valise gris métallisé, et avons mis tous nos encouragements dedans pour la suite de son métier.

C'est comme les pots de départ à la retraite, c'est moche, on n'a rien à dire, on a juste envie que cela finisse vite.

Elle avait acheté du cidre, c'est bon le cidre, on n'en boit jamais.

 

 

 

 

Jouer, pourquoi ?

ACHILLE #moi

Deux frères marchent ensemble dans la rue. Ce sont bien deux frères, ils se ressemblent et je les connais. Ce sont des collègues. Le costume ne leur va pas autant qu'à moi. En fait, il ne va bien qu'aux élégants ou aux hommes qui attendent toute la semaine pour le seul plaisir de porter le costume le week end. Enfin ! Pouvoir se montrer propre, beau, classe !

Ce n'est bien entendu pas mon cas. Mes clients portent le costume pour venir me voir.  Parfois aussi, de plus en plus, ils s'habillent "cool" disent-ils, parce qu'ils ont dû prendre une demi journée de RTT ou de congés pour me voir.

Mes clients ne me voient pas bailler le week end, bailler à m'en décrocher la mâchoire, pour toutes les fois où j'ai dû me retenir en semaine. Non que je m'ennuyais. Je ne comprends pas pourquoi bailler serait synonyme d'ennui ou de désintérêt.

Je baille parce que je suis fatigué, épuisé, parce que je dors de plus en plus mal, hanté par les problèmes des autres. Parfois, fréquemment même, je les vois jouer aux cartes. Non, pas ensemble, pas encore ! Mais seuls, une patience ou une réussite face à l'écran de leur Iphone ou de leur Blackbarry. Mes clients s'ennuient, eux. Alors, dans la salle d'attente, ils jouent, ils passent le temps. Aux toilettes ils jouent, dens les transports ils jouent, chez eux, ils jouent, même en voiture... En fait ils jouent pour s'abrutir, pour s'endormir, pous se rassurer, ne plus avoir à faire face à leurs idées, ne plus avoir à discuter et négocier avec eux mêmes, pour se perdre.

Pour s'oublier et oublier.

Ils arrivent encore à se créer un stress de plus, perdre aux jeux ! Perdre contre la machine, contre plus fort, plus efficace qu'eux mêmes, mais également perdre contre eux mêmes.

Ils n'entretiennent plus leurs connaissances. Ils ne testent plus que l'agilité de leurs pouces.

 

 

Aujourd'hui... égoïste, et engoncé

ACHILLE #moi

J'ai mis une veste pour faire sérieux. Pourtant on est dimanche. Mais je sors en ville. Je vais m'encanailler dans les bars. 

De ouvriers travaillent, les étincelles fusent de la scie à métaux. Je maraude. Je tente de reprendre flot. Je finis par être un peu toc, beaucoup bipolaire, passionnément schizo, à la folie parano, pas du tout zen... 

Est ce ma fonction ? Ma clientèle ? Ma solitude ? Ma gentillesse ? Leurs cris ? Trop bon trop con? Je ressasse. Est il la peine que je m'abime les nerfs, la patience et la santé pour mes clients qui ne s'en rendent absolument pas compte, que je passe mes nuits à faire et refaire les courriers, les actes, à imaginer des solutions que je trouve foireuses au matin, ou qu'ils me détricotent en un caprice, même si elles étaient géniales.

Je croise : un roux à queue de cheval qui met son pouce dans sa bouche, un brun aux cheveux gominés qui passe sa main sur ses crans et me fait un sourire enjoleur. Je ne pense pas les avoirs un jour comme clients dans mes divorces. Peut être dans une donation ou une succession. Peut être dans un "dépacsage". Quel à priori ! Pourquoi ne seraient-ils pas mariés ? Quel élément me gêne en eux ? Ce côté enfantin, précieux, irresponsable. Comment me voient ils ? Un vieux barge qui mate sans doute. Un mec qui cherche compagnie ? Un pervers pépère ? Pourquoi ai-je mis cette veste, ce dimanche ? Pourquoi ai-je choisi ce quartier ? Qu'est ce que je cherche ?

Le dépaysement m'étais-je dit.

En quoi le fait de mettre une veste comme tous les jours de la semaine m'aurait dépaysé ?

Les costumes, c'est bon pour les pingouins. Les cravates qui servent de bavettes j'ai passé l'âge....

 

 

 

Le rap des notaires trouvé sur la toile

ACHILLE #actualité et autres blogs

Vie moderne" - Le rap des notaires

 

Le Monde   | 20.10.10

 

 

 

 

 

Dans un bureau vieillot, une secrétaire très BCBG tape une lettre sur une machine à écrire d'un autre siècle. Un peu plus loin, un notable en costume cravate, installé à son vaste bureau, égoutte un sachet de thé et tamponne un courrier. Il semble désoeuvré et se met soudain... à chanter du rap :

 

 

"J'ai pas l'look d'un trader, encore moins d'un dealer, Moi ma priorité c'est ta sécurité, Je suis notaire, un métier d'enfer Je suis notaire, je m'occupe de tes affaires. J'vis pas dans un palace, avec une super-blonde, J'ai peut-être pas la tchatch' des mecs en robe longue, Mais mes conseils sont fiables, je suis incontestable. Je suis notaire, un métier d'enfer, pour que t'aies pas de galère".

  

 

 

Un gag ? Un remake du clip de 1992 "Auteuil-Neuilly-Passy, tel est notre ghetto", le rap BCBG des Inconnus ? Non. C'est la nouvelle campagne de communication du très officiel Conseil supérieur du notariat lancée, depuis plusieurs jours, sur Internet.

Justin Conseil (quel jeu de mot !) et sa secrétaire "rappent" en paroles et en gestes pour tenter de dépoussiérer ou de ridiculiser - au choix - la profession.

 

Le clip a fait le tour du Web (www.justinconseil.fr), amuse beaucoup les ados mais consterne une partie de la profession. "En le visionnant, j'ai eu honte", lâche une notaire, affligée.

 

 

"Ce ton inattendu et décalé permet de se différencier, explique, très sérieusement, le communiqué du Conseil supérieur du notariat. La profession souhaite créer un engouement autour de ce personnage de Justin Conseil, notamment chez les plus jeunes qui entrent dans la vie active, ne connaissent pas le rôle du notaire et ne s'y intéressent pas vraiment, faute de se sentir concernés par les services qu'ils peuvent rendre."

 

 

 

Justin Conseil ou comment être prêt à tout pour faire du "buzz". Je vous laisse apprécier les paroles :

 

 

"Tu supportes plus ton p'tit job à la con,T'en as plus qu'assez d'bosser pour pas un rond, Tu rêves de monter ta propre société, Mais les formalités, c'est pas ta tasse de thé... T'as trimé des années pour t'faire un peu d'blé, T'aimerais bien en faire don à tes futurs rejetons, Appelle-moi, j'sais y faire, j'suis notaire. Un jour tu pourrais bien tomber sur un escroc, Qui voudra t'arnaquer, fouiner dans tes dossiers, Alors un conseil, mon frère : assure tes arrières ! J'peux t'aider, j'suis notaire."

  

 

 

A quand le slam des huissiers ?

 

 

 


 

Courriel : blanchard@lemonde.fr.

 

 

 

Sandrine Blanchard (Chronique "Vie moderne")

INVENTAIRE - EPISODE 1

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

Grande, blonde, des yeux bleus perçants, un bronzage raffiné, elle évoque avec un accent anglais et un humour glaçant, son testament.

 

A 50 ans, lorsqu'on a vu de nombreux parents et amis mourir, lorsque l'on est à son tour en premièe ligne dit-elle, il est temps de tester.

 

Que veut -elle dire ? Qu'il est temps de partir, pour elle aussi ?

Je la rassure, elle a encore de beaux jours devant elle. Mais effectivement, un accident est si vite arrivé.

Célibataire, sans enfant, psychanalyste, je lui propose de léguer ses biens à diverses associations   ou fondations prêtes à recueillir sa succession et aptes à respecter ses volontés.

Mais non, elle tient à léguer à ses frères et soeurs, les biens qu'elle laissera lorsque le temps sera venu.

Je me permets de rétorquer qu'ils devront régler, étant donné la fiscalité française en vigueur, des droits de succession au taux de 35 % jusqu'à 23.000 euros et 45 % au delà.

Une association pourrait délivrer des legs particuliers et régler lesdroits.

Je ne peux la convaincre. Elle souhaite très fermement exhéréder certains de ses frères et  soeurs, et  en instituer deux pour ses légataires universels.

Je lui confie donc un modèle à sa demande, Elle recopie, me laisse son manuscrit et s'enfuit comme une enfant, son devoir rendu à sa maitresse, non sans avoir préalablement discouru de l'âme humaine.

 

Trois mois plus tard, j'apprends de ses légatairesuniversels qu'elle a lutté bravement contre la maladie qui la rongeait, mais que lassée, elle s'est jetée du 23ème étage d'un immeuble londonien.

Je voyais cette dame saine, propre , pas coquette, mais naturellement élégante. Je n'ai su que penser en pénétrant en son domicile pour faire l'inventaire du mobilier.

Le local était étonnant, un ancien immeuble construit au bord d'une voie ferrée, en matériaux de troisième choix, au 19ème siècle, pour héberger les ouvriers batisseurs le temps de la construction de la voie ferrée, destiné à être démoli après usage, mais toujours en place plus de 100 ans après.

Les termites rongeaient tant l'immeuble que le parquet et les meubles de la défunte. Les trois pièces qui constituaient le logement étaient exigües, étroites, aérées de petites fenêtres qui peinaient à se fermer.

De nombreux livres sur des étagères de bois, ou empilés par terre recouvraient la majeure partie du logement. La moquette grise, tachée, usée, décollée, arrachée par endroit, couvrait à peine les dégâts des insectes xylophages.

Quelques objets africains vaudous, australiens, et indiens étaient regroupés, sur de petites tables basses improvisées, fabriquées à l'aide de bobines, ou de caisses de vin.

Le salon était la chambre ou le contraire. Il n'y avait pas véritablement de lit, mais un canapé qui faisait office, une simple couverture, et de nombreux livres autour, comme pour enfermer le canapé, ou agrandir le lit.

La pièce humide, surtout, m'a choqué. l'une des soeurs m'indiquait que nous ne pouvions pénétrer dans cette pièce aveugle étant donné l'obscurité, je saisis une ampoule, d'une main, de l'autre, la lampe et j'allumais.

Quelle ne fut pas ma surprise : cette pièce de 4 mètres carrés constituait d'un côté la salle de bain au moyen d'une petite baignoire sabot et de l'autre la cuisine, au moyen d'un évier ancien, une pierre, et d'un miro onde sur une étagère accrochée au mur.

Le ketchup figurait parmi les produits de toilettes et vice et versa.

 

La cave aussi nous étonna,creusée à même le roc, elle aurait pu conserver le vin à merveille, mais elle était  chaude, couverte de salpêtre, de mousses et de champignons.

 

Nous fûmes bien contents, tous, de rentrer chez nous ce soir là, et de dormir dans notre petit lit douillet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IL VAUT MIEUX VIVRE RICHE ET BIEN PORTANT QUE MOURIR PAUVRE ET SOUFFRANT

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Il savait de quelle maladie il était atteint. Mais quitte à mourir, mourons heureux, disait-il. Ayant longtemps soigné sa mère puis sa tante pendant leurs dernières années, il n’avait pas fait clôturer leurs comptes de pensions et retraites, n’avait pas non plus informé les banques des décès. Titulaire d’une procuration, il puisait dans les retraites allégrement. Lui-même titulaire d’une confortable retraite, il prit plusieurs cartes de crédit, plusieurs prêts à la consommation. Ses dépenses n’avaient qu’un seul but : prendre son pied jusqu’à la fin rapide de ses jours, avoir sa place réservée dans un très grand restaurant, sortir dans les boîtes de nuit sélectes, et changer de gigolos presque tous les soirs. 

Lorsqu’il mourut, son frère ne put se résoudre à renoncer à la succession. Non pas par espoir de gain, les dettes étaient innombrables. Il fallait rembourser les caisses de retraites, les banques, les organismes de crédit, les loyers restant à courir. Non, mais la honte pesait trop sur ses épaules. Il fallait accepter, payer, nettoyer, emplir des sacs entiers poubelles de revues pornographiques en tout genre, de seringues, préservatifs, usagés, médicaments et substances douteuses. Bouteilles vides. Il fallait faire place nette pour que personne ne sache que l’opprobre ne soit pas jetée sur toute la famille. Le frère ignorait totalement la situation et l’abîme dans lequel s’était plongé son jumeau défunt depuis le décès de sa mère et de la tante. Il paraissait dépressif, sans plus.  Puis il pensa à un cancer quand il le vit dépérir, maigrir, Mais le sida ne pouvant parvenir à sa bouche, ni mêle à ses pensées. C’était une époque où la maladie était diabolisée, et avec elle ses victimes. C'étaient les années 80.

Je négociais tant bien que mal avec les banques qui avaient leur part de responsabilité dans l’affaire. Jamais il n’avait demandé de prouver ses revenus. Ni même s’il avait d’autres prêts en cours. Sur le principe du "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras", je proposais à tous une répartition au marc le franc et réussissais tant bien que mal à éviter que ce frère sorte beaucoup de fonds de sa poche. La chance que nous avions est que le défunt avait souscrit avant de se savoir malade des contrats d’assurance vie pour des montants significatifs eu égard aux dettes, et qu’il n’avait pas encore attaqué les capitaux. Il avait également souscrit une assurance décès pour régler les frais d’obsèques. Dans son malheur ces contrats furent une aubaine, bien qu’en y regardant de plus près, seuls 60 % des sommes versées furent restituées pour leur destination. J’en déduis que pour la souscription de tels contrats, pourtant fort utiles, il y a lieu d’être très prudents sur les clauses et conditions financières.

Je ne revis pas le frère, sans doute n’avait-il plus besoin d’un notaire. Sans doute n’aurait-il plus envie de me rencontrer, ma tête lui rappelant ce traumatisme

LA RELIGION

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Elle avait voulu être religieuse. Après avoir soigné son, père, sa mère, ses frères et sœurs ; se sentant vide d’utilité mais emplie de Dieu ; elle fait le pas et entre dans un couvent à petits pas. Elle assume des fonctions simples mais vitales. .Elle épluche les légumes, fait la vaisselle. Soigne les vieilles religieuses. Rien de bien différent des tâches quotidiennes de son jeune temps. Elle n’a pas d’argent, ayant même dû demander à ses neveux l’aumône pour acquérir une paire de lunettes pour soigner sa presbytie. vers la fin de sa vie,  elle se plaint de n’avoir plus d’argent pour vivre. Mais quel besoin d’argent ? En fait le couvent était une maison de retraite, elle devait régler sa chambre.

Lorsqu’elle disparut, se révéla sur ses contrats d’assurance vie un montant très important. En effet, n’ayant plus la notion de l’argent, et confiante en les conseils avisés de la conseillère financière de la poste et de l’intendant de la maison de retraite. Tout était placé sur des comptes bloqués avec pour bénéficiaire, le couvent et la paroisse.

Les petits neveux dans le besoin n’attendaient pas après l’héritage de leur tante qu’ils croyaient pauvre. Mais ils ont tout de même été déçus. La défunte s’étant toujours occupé d’eux, les ayant presque élevés, ils auraient pensé qu’un petit mot en leur faveur eut été sympathique. 

 

Monsieur est diacre. Il a perdu son épouse. Ses deux enfants sont l’un prêtre et l’autre père de famille nombreuse. La vie n’est pas facile pour eux. Monsieur est obligé de vendre son domicile. Il ne peut plus entretenir cette maison, régler les impôts, le coût des travaux qui viendraient immanquablement à devenir nécessaire.

Il demande que le prix de vente soit partagé entre ses enfants et lui, ce qui est fait et bienvenu pur le père de famille qui pourra enfin aider ses enfants à poursuivre leurs études, et pour le père qui pourra tout donner à sa congrégation.

Madame a légué tous ses biens à un culte qui se trouve sur la liste officielle des sectes. Mais la préfecture a accepté la délivrance du legs. Son neveu ne verra pas la couleur des biens. Il était pourtant dans un grand dénuement. Il réclame si possible au moins des photos, des souvenirs, en vain.

 

Que veulent dire ces expressions ?

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

Manger les pissenlits par la racine.

Reposer à six pieds sous terre.

Il n’est pas si méchant pot qui ne trouve son couvercle.

Payer en monnaie de singe.

Le bureau des pleurs est fermé.

Déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Douze métiers treize misères.

Un cercueil à deux places.

Il est aux abonnés absents.

Le mariage de la carpe et du lapin.

Noms d’oiseaux.

Celui qui avait avalé son bulletin de naissance.

Celui qui avait avalé le goujon, celui qui avait avalé sa langue, sa cuillère, sa fourchette.

Celui qui avait passé l’arme à gauche.

LE GARAGISTE

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

On guérit comme on se console : on n'a pas dans le coeur de quoi toujours pleurer et toujours aimer.

Jean de La Bruyère, Les Caractères.

 

- J’en ai bavé, croyez-moi, pour construire mon garage. Et mes employés aussi, j’ai même réussi à me convertir pour hériter du père de ma femme. Vous devriez faire comme moi, Maître, les femmes étrangères sont bien plus dociles et gentilles que les hystériques occidentales. Tous les jours à six heures jusqu’à minuit parfois, je réparais les voitures. Maintenant cela roule tout seul si je puis dire, mais c’était du travail, croyez-moi, j’ai même dû être opéré du dos, et j’ai perdu un doigt dans l’histoire. Vous comprendrez que ces histoires d’héritage, pour moi, c’est une broutille. Ne me mettez pas des bâtons dans les roues, Maître, je toucherai mon héritage tout de suite, quoi que vous me disiez. 

- Monsieur, je n’ai rien d’autre à vous dire que ce que je vous ai dit maintes fois, votre mère bénéficie, par la volonté de votre père, d’une donation entre époux. Elle a choisi d’opter pour que les dispositions prises par son époux à son profit s’exécutent pour la pleine propriété du quart et l’usufruit des trois quarts de surplus. Vous recevrez donc la quote part de la succession de votre père vous revenant lorsque votre mère fermera les yeux. 

- Si ce devait être le cas, Maître, vous fermeriez les yeux tous les deux ensemble.

- Dois-je tenir compte de cette menace.

- Ce n’est pas une menace, juste une constatation. Ce ne peut être comme vous le dites. J’ai le droit d’hériter de mon père même si ce n’est pas mon père biologique, même s’il ne m’aimait pas.

- Mais votre père vous aimait, il ne vous a pas déshérité. Soit, vous êtes un enfant adoptif, mais vous héritez exactement de la même façon. Monsieur, je vous ai déjà dit que la plupart des enfants qui perdent leur premier parent doivent attendre le décès du second pour recevoir en pleine propriété leur héritage.

- Vous ne me connaissez pas, vous ne savez pas de quoi je suis capable. Je vous ai dit, je me suis converti pour hériter. Je suis capable de tout, de tout, je ne serai pas spolié. Ils ont déjà enlevé des chaises.

- Mais pas du tout, votre mère a prêté des chaises à des voisins pour un anniversaire. Les chaises lui ont été rendues.

- Vous n’étiez pas là. Vous ne pouvez rien dire. Les voisins eux, m’ont dit qu’ils avaient vu ma sœur prendre ces chaises.

- Mais c’était pour aider au déménagement.

- Déménagement ! Vous avez connaissance d’un déménagement !

- Non, je parlais juste de ce transfert momentané de chaises entre une maison et une autre dans la rue.

- Ce sont mes chaises. On ne m’a pas demandé mon autorisation. Je vais porter plainte.

- Mais on vous rira au nez Monsieur, pour quatre chaises.

- Comment savez-vous qu’il se s’agit que de quatre chaises, et que savez vous de la valeur de ces chaises.

- À ma connaissance, ce sont de simples chaises de bistro qui ont une simple valeur d’usage.

- Qu’importe, cent euros ou deux cents euros, c’est une somme. Vous savez combien d’heures on met au garage pour être payé deux cents euros. J’ai besoin qu’on me rende mes chaises et plus généralement mon héritage. C’est votre travail Maître, vous ne faites pas votre travail. Je vais porter plainte contre vous.

- Soit, portez plainte. Je n’ai absolument rien à me reprocher. Vous avez toujours refusé de signer les actes. Nous avons dû vous adresser un huissier pour vous signifier l’option choisie par votre mère.

- Je vous écraserai. Vous avez déshonoré votre fonction. Votre travail est de faire hériter vos clients, pas de les en empêcher. Qu’avez-vous contre moi ?

- Je n’ai rien contre vous Monsieur, absolument rien. Mon travail comprend le respect des volontés des défunts. Or, la volonté de votre père était claire, c’est la protection de votre mère jusqu’à la fin de ces jours. Votre mère mérite de pouvoir rester jusqu’à la fin de ses jours dans la maison que vos parents ont construite, qu’elle considère comme sa maison, ce que je comprends parfaitement. Elle a besoin des fonds sur les comptes pour l’entretenir et compléter sa retraite. Votre sœur trouve cela tout à fait normal et plus généralement mes autres clients aussi. Pourquoi voulez vous la mettre dans une maison de retraite, alors qu’elle est encore alerte ?

- Elle est vieille, mes enfants me mettront aussi en maison de retraite quand je ne pourrai plus produire quelque chose, c’est normal, elle sera mieux, elle sera tranquille, entourée, avec du personnel approprié et des corésidents avec qui elle pourra parler. Pourquoi ne pas voir les choses en face.

- C’est vous qui ne voyez pas les choses en face. Nous ne sommes pas sur terre pour hériter. Dans d’autres pays, vous n’auriez pas hérité…

- Mais je n’ai pas hérité.

- Si Monsieur, vous avez hérité trois seizièmes des biens de la communauté, mais en nue propriété seulement, c'est-à-dire que vous recevrez votre héritage selon votre expression, au décès de Madame votre mère.

- Vous dites n’importe quoi Maître, je ne comprends rien à vos fractions. J’ai hérité de la moitié du patrimoine de mes parents. Ce n’est pas le petit salaire de femme de ménage de ma mère qui a permis la construction, c’est mon père qui a toujours tout financé. 

- Mais vos parents sont mariés sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts, ce qui signifie que les revenus, gains et salaires sont communs. Votre mère a donc la moitié des biens du couple. Vos parents se sont faits tous seuls, ils n’ont pas hérité de leurs parents, contrairement à vous.

Monsieur, qui jusqu’ici dialoguait en marchant de long en large dans mon bureau, de la fenêtre à la porte ouverte et de la porte à la fenêtre, s’avance, menaçant, pose bruyamment les poings sur mon bureau, me regarde droit dans les yeux. Un collègue, qui faisait les cent pas devant ma porte sent la tension qui monte et passe la tête par l’entrebâillement de la porte. Ces menaces ne riment à rien, c’est son barrout d’honneur, Monsieur a tout tenté, mais il ne peut rien empêcher juridiquement. Il passe à l’action, d’abord contre moi, mais je sais qu’il s’en prendra à sa mère après. 

Monsieur est le fils adoptif d’un couple d’ouvriers très gentils, simples, qui ne pouvaient pas avoir d’enfant et qui au bout de sept ans de mariage, ont décidé d’adopter. Ils ont été tellement heureux que deux ans plus tard, naissait une petite fille. Un bonheur ne vient jamais seul disait Madame, elle était si heureuse, le choix du roi. Pour ne pas mentir à l’enfant, les parents lui ont annoncé la nouvelle dès qu’il était en âge de comprendre, les parents s’appliquant à ne pas faire de différences. Mais à force de s’appliquer, le garçon en a conçu des doutes, et en a déduit qu’il n’était pas aimé, il s’est mis systématiquement à vouloir plus que sa sœur, et les parents cédaient, pour ne pas le choquer, pour ne pas créer de conflit, mais cela n’empêcha pas le conflit, l’enfant conçut une haine de sa sœur et de ses parents. Et plus ils essayaient de réparer les choses, plus cette haine croissait ; à tel point qu’il fallut mettre l’enfant en pension car il tenta d’intenter à la vie de sa sœur. Il nia farouchement avoir posé un oreiller sur la tête de sa sœur, mais celle-ci fut retrouvée inanimée, sur son lit, l’oreiller à côté d’elle. Elle ne le dénonça pas, consciente sans doute que ne ferait qu’empirer les choses. À quatorze ans, il partit en province, travailler dans un garage, et son cap en main, il fit ce qu’il fallut pour que son patron lui abandonne petit à petit la gestion de ce petit garage qui devint à la force du poignet un grand garage sur une route nationale.

Lorsque son père mourut, il mit un point d’honneur à « hériter de sa part légitime et naturelle ».

Son raisonnement était celui évoqué ci-dessus. Mais à cela s’ajoutait sa peur de se voir déshérité par sa mère. Celle-ci ayant en effet opté pour recueillir notamment un quart en pleine propriété de son époux, il était envisageable que sa mère fasse un testament en faveur de sa fille, ce qui réduirait sa part, mais de toute manière, son acharnement n’aurait pu qu’inciter s mère à le faire, mais comme il le disait l’hypocrisie n’était pas sa tasse de thé, il était franc et sûr de ses opinions. Sa mère ne l’avait pas aimé, il avait juste été le vecteur lui ayant permis de faire un enfant, un vrai. Il s’imaginait parfois en fils de gangster, de repris de justice, ou d’homme politique corrompu et voulait laver cette salissure. Il n’avait pu s’avouer simple fils d’ouvrier, ayant brillamment réussi à la force du poignet. Devant mon entêtement à respecter les dispositions légales, il avait porté plainte auprès de la Chambre des Notaires qui n’avait bien entendu rien trouvé à redire à la position de l’étude et aux actes établis. Mécontent de cette décision qui le spoliait, disait-il, il cherchait d’autres menaces.

Sa main droite se soulève, se tend vers moi, va-t-il me donner une claque ou un coup de poing. Non, sa main se repose, il reprend ses esprits, des gouttes de sueur affleurent à ses tempes.  

- Vous y avez cru, hein, vous avez cru que je me laisserai aller, j’en ai mis plus d’un sur le carreau, je suis respecté et connu dans tout le département, pas comme ma sœur qui n’a fait qu’épouser un bon à rien, un intello qui ne fait que profiter d’elle et de ma mère, en habitant à deux pas. Elle n’a pas coupé le cordon, moi je n’ai jamais eu ce genre de soucis, par la force des choses. Je ne lèverai pas la main sur vous, Maître, mais je vous roulerai dans la farine, je vais de ce pas porter plainte au procureur de la république et croyez bien que cette fois ci vus ne serez pas couvert par des notables de votre race.

- Monsieur, qu’en pense votre épouse, vos enfants, vos amis, leur avez-vous parlé, leur avez-vous expliqué les faits ? Ne vous jugent-ils pas extrême sur vos positions, trop obstiné ? Votre épouse a-t-elle vraiment envie d’aller en maison de retraite dès qu’elle ne sera plus productive ? Vos enfants voient-ils la chose de cette façon ?

- Mon épouse fait ce que je lui dis, et quand elle sera trop vieille, je la remplacerai par sa sœur si je veux. Mes enfants n’ont pas leur mot à dire, ils ne sont au courant d’aucune de mes affaires. Je n’ai pas d’amis, pas besoin de m’encombrer l’esprit et la vie de politesses surfaites, mes clients me suffisent et je suis sûr qu’ils m’approuveraient. Pourquoi voulez-vous absolument me donner tort ?  Que ma mère me donne mon dû et nous serons quittes, je serai alors un bon fils adoptif, gentil et généreux, je viendrai la voir toutes les semaines, elle sera juste à trois kilomètres de mon garage. Ainsi elle sera débarrassée enfin de ma sœur qui lui colle aux jupons et ne peut se débrouiller par elle-même. J’ai essayé de lui proposer de venir chez moi, ma femme s’occuperait d’elle, mais elle ne veut pas, elle veut sa liberté dit-elle. De quelle liberté peut-il bien s’agir lorsqu’on est vieux et seul. J’avais pensé à tout pour son bien. Je fais toujours comme cela, des budgets provisionnels, des plans, l’organisation est la clé du succès. Je ne comprends pas pourquoi elle ne veut pas suivre mes conseils, c’est son salut, la seule possibilité qu’elle ait de survivre. 

- Mais que dites vous ? 

- Statistiquement, tout le monde sait que lorsqu’un époux décède, l’autre le suit assez rapidement, là, je la préservais. Vous ne comprenez rien ; elle ne sera plus phagocytée par la bande de vautours qu’est la famille de ma sœur.

- Ceci sort du cadre notarial, je ne peux pas aller à l’encontre de la volonté de votre mère, et je ne suis pas sûr qu’un déménagement soit utile pour elle en ce moment. Les actes sont signés, pour moi le dossier est clos Monsieur, je vous raccompagne.

- Vous ne l’emporterez pas au paradis, j’aurai justice, justice sera faite et vous en serez marri, faites bien réviser votre voiture, de peur d’avoir un accident, je suis à votre service, voici la carte du garage !

Monsieur porta plainte auprès du procureur. Je déposai une copie du dossier et des actes signés et reçu quelques mois plus tard une lettre de congratulations de la part du procureur de la république lui-même, remerciant l’étude de toutes les diligences prises pour œuvrer dans le sens de l’intérêt de la famille c'est-à-dire de l’épouse survivante, en préservant son cadre de vie. J’eus peur quelque temps en prenant ma voiture, puis, plus rien, l’oubli s’installa, et la satisfaction d’avoir aidé l’épouse, le regret toutefois de n’avoir pu expliquer à ce Monsieur qu’une psychothérapie l’aurait aidé à surmonter le chagrin d’avoir perdu son père et de n’avoir pas sa mère à ses côtés.

 

LE BOULEVARD DES ALLONGES (LE CIMETIERE).

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

 

Ils sont venus, ils sont tous là, la cérémonie fut très froide dans le funérarium. Monsieur n’était pas croyant, pas de fleurs ni couronnes, quelques pleurs discrets lorsque’uon la mis en boite, et nous voici tous, derrière le corbillard, à suivre. Ce n’est pas loin, quelques dizaines de mètres, c’est pour cette raison que les véhicules sont abandonnés. Je suis en queue de cortège. Je regarde les pieds, tout le monde n’a pas ciré ses chaussures. Tout le monde n’a pas de chaussures noires. J’entends quelques réflexions. Bé, on n’aurait pas pensé qu’il aurait avalé son bulletin de naissance si tôt, c’était qu’il était tout gaillard avant sa mort. Eh arrête, tu ne vas pas nous faire une La Palissade. Une palissade, pourquoi tu dis ça ? Oh ça va, je n'ai rien dit, va… Plus haut, certains se causent : et les enfants, ça va ? Ça va. Tu ne les a pas emmené ? Ils avaient école. Ah oui, c’est vrai, les miens ils sont grands maintenant, et j’ai même une petite fille. C’est vrai que tu te fais grande mère maintenant. Ah bon, tu me trouve un coup de vieux ? Encore plus loin. Demain, il faut aller voir le banquier, c’est déjà fait. Ah bon, tu as fait vite. ben je ne voulais pas qu’il bloque tout. Alors j’ai vidé les comptes. Il a dû pensé à quelque chose. S’il a pensé il a rien dit. D’ailleurs c’était lui qui l’avait fait prendre la procuration. Sinon on y serait encore. Tu crois que papa aurait si facilement lâché l’oseille toi, si le banquier ne lui avait pas un peu forcé la main. Forcé la main ? je veux dire convaincu qu’il était important s’il y avait un problème de tout faire disparaître. Non ce n’est pas ce qu’il avait dit, il avait dit de pouvoir si papa n’allait plus bien payer les factures. C’est le discours officiel, mais t’en fais pas, ç'est pas grave tout ça, plaie d'argent n'est pas mortelle.

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