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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

QUERELLE DE BONS SENTIMENTS

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Ils étaient quatre : Prune, Mure, Rose, Clémentine et Olivier.  Cherchez l’intrus. Olivier, parce qu’il s’agit d’un arbre ?  Rose, parce qu’il s’agit d’une Fleur ? Clémentine parce que c’est un agrume ? Mure parce qu’il s’agit d’une baie ? Prune, parce que c’est l’aînée.  Quel inconvénient d’être l’aînée,  les autres doivent être à la hauteur. Les autres doivent suivre à la baguette. Les autres sont chouchoutés. Quel inconvénient d’être l’empêcheur de tourner en rond. Quand les parents marièrent l’aînée, ils lui donnèrent une maison. Quand les parents marièrent la seconde, ils lui donnèrent une maison. Quand les parents marièrent la troisième, ils lui donnèrent une maison. Quand les parents marièrent la quatrième, ils lui donnèrent une maison. Quand les parents marièrent le cinquième, Ils lui donnèrent de l’argent pour s’acheter un appartement. (à  suivre)

LE CODE

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Ce jour-là, à la radio, le journaliste expliquait les méfaits de la fraude fiscale, que ce soit en France ou dans le monde. J’avais rendez vous l’après midi avec deux frère et sœur. Ceux-ci évoquent le décès de leur père, sa fin tragique alors qu’il était encore jeune, la soixantaine, son emploi un peu compliqué, dans l’import export. Je prends les documents qu’ils me confient. J’écris à l’employeur, qui me verse son solde de compte, j’écris à la banque qui me répond par une liste de comptes avec leurs valeurs au jour du décès. Je convoque les deux enfants et leurs deux témoins pour la signature de l’acte de notoriété. Ils signent une autorisation pour encaisser les comptes. La banque les verse à l’étude. Je règle quelques factures, impôts, droits de succession et leur remet le solde avec une copie authentique de l’acte de notoriété. Quelques jours plus tard, ls enfants reviennent tout penauds Ils me demandent d’écrire à une banque luxembourgeoise où leur père avait un compte. Je m’exécute. La banque quelque temps plus tard me répond que le défunt n’avait aucun compte en leurs murs. Les enfants me demandent d’insister, croyant à une erreur de la banque. J’insiste et reçois toujours la même réponse. Je téléphone à leur demande. On me répond qu’il n’y a aucun compte nominatif, qu’il n’y en a jamais eu et que de toutes façons, le banque n’a pas à me répondre à ce sujet. Je demande aux enfants un relevé de compte. Mais ils n’en possèdent aucun. Je leur demande de chercher dans les papiers de leur père ; Ils ont déjà cherché m’assurent-ils. Ils sont même allés au coffre fort de la banque, pensant tout y trouver, mais il était vide, résolument vide. Je leur demande lors comment ils ont appris que leur père avait ce compte. Ils ne savent que me répondre. Je finis par traduire de leurs explications embrouillées que Monsieur leur père était un fraudeur dans toute sa splendeur, un roi du détournement de fonds avant faillite. Et que ce compte était ouvert depuis au moins vingt ans, et fonctionnait à plein, puisque leur père faisait entre un et deux voyages au Luxembourg, pour affaires, par mois. Je leur demande s’ils sont sûr que ce n’est pas pour prendre l’argent u’il alliait au Luxembourg et non pour en mettre puisque son salaire n’était absolument pas dépensé. Monsieur ne payait avec son revenu français que ses impôts et factures diverses. Mais aucune note de restaurant, aucun Hotel, aucune dépense de nourriture, d’habillement. Il m’est répondu que leur père allait encore au Luxembourg quelques Jours avant sa mort, et qu’il est décédé dans un accident, ce qui ne semble pas augurer une cachotterie ou quoi que ce soit. Je finis tout de même par me demander si c’était vraiment un accident. J’appelle de Nouveau la banque luxembourgeoise qui m’explique tranquillement que ce pourrait être tout à fait possible que Monsieur ait été titulaire d’un compte codé. En ce cas, seul le code apparaîtrait sur le relevé de compte. Il suffirait de donner ce code, pour permettre un déblocage. J’enjoins les enfants d’approfondir leurs recherches. Ils vont au Luxembourg avec une liste complète de chiffres qu’ils trouvent, sur quelques publicités, sur l’agenda du défunt, sur quelques notes. Mais ceci sans résultat, la plupart s’avèrent être des numéros de téléphone avec l’initiale du titulaire de la ligne, ou différentes sommes comme un budget. Bref rien de convaincant. Les enfants sont désespérés. Ils font les diverses agences de cette banque, avec une photo pour montrer leur père. Aucun employé ne veut bien le reconnaître. Pourtant ils restent persuadés de l’existence de ce compte anonyme. Je les interroge de nouveau. Leur père avait-il un avocat, un homme de confiance, un gérant. Que sais-je. Les enfants épluchent l’agenda personnel et professionnel de leur père, appellent chaque personne interrogent, ais sans succès. Ils prennent rendez vous avec son meilleur ami, lui expliquent la situation car ils se souviennent soudain que leur père les avait un jour emmenés en vacances au Luxembourg avec cet ami, mais celui ci nie tout lien avec ce compte ;  La banque me confirme que toute personne détentrice de ce code peut percevoir la totalité des avoirs de ce compte. Et que si personne ne vient à réclamer cette somme, elle parviendra à l’état dans une trentaine d’année. Les enfants sont désespérés. Mais que faire ?

En désespoir de cause, la date de naissance de chacun est essayée, et diverses lettres symboliques de la famille. Finalement lors de l’inventaire des biens, du dos d’un tableau que l’on décroche pour vérifier la signature, tombe un papier, j’aurais tendance à dire, un parchemin. Les enfants se précipitent, téléphonent me semble-t-il, dans une autre pièce et reviennent rayonnant. Mais ce sourire dans leur regard s’éteint à l’appel téléphonique suivant qu’ils reçoivent. C’est du Madoff crie l’un d’eux, c’est du Madoff, et il s’écroule en pleurs. La suite de l’inventaire se passe dans le silence le plus complet, entrecoupé parfois de quelques sanglots, étouffés dans un mouchoir.  Cette scène se passe peu de temps après le scandale financier. Il me semble que ce nom propre va passer dans le dictionnaire comme un synonyme de moins value importante,  ou d’escroquerie de gens riches. Se cache toute une philosophie sous ce nom  Le juste retournement des choses ? Toujours est-il que nous avons déclaré au trésor public français, une somme ridicule de quelques milliers d’euros ; là où trônaient sur leur siège de velours, quelques millions, abrités sous un compte codé, dans une banque privée, dans un paradis fiscal européen.

 

 

ELLE N’AVAIT PAS DIVORCE

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

 

 

Madame vient me chercher à la gare. J’ai peur de m’emporter dit-elle, je suis comme mon père. 

S’il vous plaît, restez calme. Mais ne vous empêchez cependant pas de parler.

Dites le fonds de votre pensée. Il faut vider son sac pour pouvoir passer à autre chose après. Mais s’il m’appelle « ma petite », je n’y survivrais pas. C’est plutôt gentil de la part d’un père. Non c’est pour me rabaisser, il cherche à m’humilier. Ce qu’il lui faut, je saurai la guérir. Mais le père laissait juste le temps passer. Il se croyait sans doute immortel. Il a réussi à tuer la mère. Elle a révoqué la donation entre époux, a engagé une procédure de divorce, puis a abandonné par crainte de voir les vivres coupés. Elle avait juste omis de priver son époux de tous droits dans sa succession. Ou plutôt elle est allée voir le notaire du mari pour le faire, ce qui lui a posé quelques soucis. (à suivre)

 

* * *

 

UN CAMARADE DE CLASSE

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Ma fille reçoit un courrier écrit à l’encre bleue des mers du sud. En quelques mots joliment tournés, un jeune amoureux évoque son penchant pour sa beauté, cite une chanson de TOKIO HOTEL, et l’invite à sortir avec lui. Ma fille, émue par cette déclaration mais gênée par sa non-réciprocité, remercie à l’encre violette du compliment, mais engage le jeune homme à rechercher ailleurs l’âme sœur. Je retrouve trois jours après les essuie-glaces de ma voiture retournés. Ma fille le soupçonne, l’ayant vu s’éloigner de mon véhicule sans avoir remarqué ce léger détail. Je la laisse parler de ce personnage. Très étrange pour elle, très intelligent, il avait subtilisé sa copie au lycée, pour vérifier le style et la compétence de sa potentielle future petite amie. Mais le professeur l’avait remarqué et avait mis en garde ma fille. Celle-ci au cours d’une conversation lui avait demandé ce qu’il comptait faire plus tard. Il avait répondu que son père étant un très important ingénieur, il n’avait aucune ambition car il ne pourrait faire mieux. Il ne cherchait donc pas une formation longue mais un C.A.P. ou un B.E.P. 

Ma fille ne comprit absolument les raisonnements étranges et butés de son camarade de classe et bien qu’il soit charmant et intelligent, elle refusait catégoriquement d’approcher de près ou de loin de ce garçon. Deux ans plus tard le père de ce jeune homme me charge du règlement de la succession de son épouse. Sa mère était dépressive depuis de nombreuses années, ayant appris qu’elle était atteinte d’un cancer, elle s’est suicidée ; Son fils lui fait confiance. Il ne se déplacera pas il signera une procuration. La succession se passera très simplement très facilement, je ne verrai jamais l’unique héritier. La succession se composera d’une maison et d’un peu de placement financiers.

Deux ans plus tard, le père décède, le fils me rend visite pour me charger du dossier. Il vend tout, et s’installe en campagne, achète une licence IV et ouvre son bar. Il a décidé de ne plus travailler, et de ne vivre que des intérêts du prix de vente de la maison et des comptes. Il est toujours célibataire, vit chichement sur l ‘héritage des parents. Ils ont travaillé toute leur vie pour me laisser un héritage. Il est normal que je m’en serve pour vivre.

 

Sa mère faisait partie d’une secte qui interdit toute transplantation, et transfusion. Aussi, quand elle a appris sa maladie, elle  su qu’elle était perdue, son mari étant déjà décédé quelques années auparavant pour avoir refusé de se soigner par ces voies.. Elle fait tout pour être arrêtée et accompagnée de ses enfants, elle part vivre ses derniers jours dans un pays lointain, ensoleillé, où la mer lèche les pieds des passants. Ils vivent tranquillement, sans école, sans attache, utilisant les économies, et les prestations maladie puis longue maladie, pour se loger et se nourrir. Lorsque la mère meurt un matin, sur la plage, au soleil, les enfants sont rapatriés dans leur village d’origine et hébergés chez leur oncle. Celui ci déménage, pour habiter chez la mère, donc chez les enfants. Etant lui même de la même secte, les préceptes d’éducation seront sauvegardés me disent les membres du conseil de famille. Lorsque l’aîné devint adulte, un  an après la mort, il décida de vendre la maison. Plusieurs prétextes me sont avancés : conserver cette maison n’est pas utile, elle coûte de l’argent. l’oncle l’utilise gratuitement, c’est injuste. J’ai besoin de mon héritage pour démarrer dans la vie, c’est la seule chose que m’a laissée ma mère. J’ai besoin de fonds je veux faire une formation de maître chien. Pour mon petit frère, ce sera bien, on demandera au juge un bon placement pour qu’il ait le capital et les intérêts à sa majorité. Mon oncle l’hébergera chez lui, c’est un juste retour des choses. Malgré mes atermoiements, la maison fut vendue, l’aîné s’acheta une voiture de sport extrêmement chère, finit sa formation de maître chien, avança qu’il ne trouvait pas de travail, acheta une licence IV et ouvrit un bar en Savoie. Il perdit sa belle voiture dans un accident, confondit les comptes du bar avec ses comptes personnels, et la cave avec son gosier, fut saisi et je n’entendis plus jamais parler de lui.

LETTRE AU CLERC.

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Monsieur X

Maître Y

PAMPARIGOUSTE, le …

 

Maître,

 

Je vous prie de bien vouloir annuler notre rendez-vous du 5 juillet, car je suis incapable de produire les documents demandés. J’ai en effet été spolié de ceux-ci ainsi que des photos et de tout souvenir par ma sœur avec la complicité de son mari.

Ma sœur m’avait fait une promesse formelle de me les envoyer après le décès de feu notre père. Hélas, un n plus tard, elle ne m’a confié qu’un échantillon sans aucune valeur sentimentale que j’ai dû rejeter.

Ces turpitudes ne sont pas nouvelles, toute ma vie, j’ai dû subir un diktat et une attitude hostile, profitant de la différence d’âge entre elle et moi, et des crises de nerfs pour que tout Lui soit dû et permis.

Depuis plusieurs années, je me heurte à des difficultés que vous n’imaginez pas. Ma sœur seule doit savoir quels sont ces murs qui se dressent devant moi.

Depuis plusieurs dizaines d’années, son seul moteur est l’argent, il lui suffit d’éructer quelques diatribes pour que, hissés sur un piédestal, tout leur appartienne. Mélangeant à loisir leurs mensonges et désirs, leurs vanités et délires, elle applique les leçons de totalitarisme de sa jeunesse.

Ma sœur est une victime congénitale. C’est avec patience que j’attends TOUS les documents qui me furent soustraits. De cette engeance, je ne peux me contenter d’un os déjà rongé.

Si la délation est choisie, il serait utile de lire les plaques apposées sur les façades des écoles. 

Je vous prie d’excuser ce contre-temps et vous prie d’agréer, Maître, l’expression de ma parfaite considération.

 

Signature.

 

* * *

 

LES RICHES MEURENT AUSSI.

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

 

Les riches ne peuvent acheter le privilège de mourir vieux.

 Euripide - Phéniciennes. 

Elle avait une vingtaine de personnes à son service, plusieurs résidences au gré de ses envies, une à la montagne, une à PARIS, une dans notre petite ville, une à la mer et enfin une grande propriété agricole, sylvicole, et viticole. Elle voyageait de lieu en lieu, selon ses désirs, et chaque endroit était prêt à la recevoir, chauffé, avec des domestiques prêts à ouvrir la maison, faire le repas, ouvrir le lit.

Elle avait le choix des crèmes de beauté, des produits de maquillage, l’accès à toutes les chirurgies esthétiques possibles., des vêtements de haute couture ou de prêt à porter chic, des chaussures confortables. Elle était très élégante et peu ridée.

Elle avait de beaux meubles, de beaux tableaux sur les murs, une literie confortable. Tout était cosy chez elle.

Elle mangeait équilibré, bio, des mets agréables, goûteux, et bon pour la santé. Elle était mince.

Mais elle n’avait pas la santé. Les médecins se pressaient autour d’elle, elle fréquentait activement les meilleures cliniques, les mailleurs cabinets. 

Elle avait toutes les voyants et autres devins à ses pieds. Miroir, dis-moi combien de temps vais-je vivre encore ? 

Elle avait tous les dieux pour elle, y croyait elle ? Cherchait-elle à se gagner un paradis ? Cherchait-elle à gagner son paradis sur terre.

Elle avait tous les notaires, tous les avocats, tous les conseillers financiers. Elle avait signé tous les contrats, fait tous les testaments, consenti tous les dons. Sa générosité était vantée dans tous les médias.

Mais enfin, la maladie la rejointe, l’a vaincue, elle est décédée, comme les autres humains, comme tout être vivant, lorsqu’elle a fait son temps.

Ses héritiers se sont demandé un moment : qui de nous a eu plus d’avantages, de dons, d’assurances vie, de prêts, d’aide de sa part. Qui de nous a été le plus près d’elle, qui l’a aidé le plus ? 

Puis, l’appât du gain aidant, et la réflexion, celui qui a été le plus près a eu le plus, celui qui s’est écarté pour tenter de vivre sa propre vie a eu moins, celui qui papillonnait papillonnera toujours.  Enfin, les héritiers se partagèrent le magot, et furent également atteints par la maladie de la richesse. 

 

 

Mort des parents

ACHILLE #SUCCESSIONS DE DECEPTIONS

LE SOUPER.

ACHILLE #moi

 

Elle me traîne hors de mon bureau. Nous passons le pont. La ville change de ce côté. Les entrepôts et bâtiments divers prennent des allures de l’essor industriel fin dix-neuvième. De moins en moins d’habitations.

J’ai une petite idée de l’endroit où elle m’emmène. J’ai vraiment l’air bête d’avoir réservé dans la brasserie à côté de l’Étude.

Veut-elle fêter son divorce avec moi ? Veut-elle se faire un clerc ? Suis-je moi-même en train de faire un pas de clerc ?

Je prends pleinement conscience de cette situation inattendue et inespérée. Je jouis de chaque mouvement de son manteau qui m’effleure le bras, de chacun de ses sourires, de ses cheveux aux vents.

Il fait un peu froid ce soir, ce n’est pas plus mal. Nous entrons dans un petit entrepôt d’où sortent de sourds accents de jazz régional.

Comment ai-je pu me passer de cela pendant si longtemps ! L’ambiance est cependant différente d’avant. Aucun nuage de fumée âcre n'envahit mes poumons ni ne flotte devant les projecteurs. Mais une grosse poussière, une odeur de transpiration et de bière.

Nous nous asseyons à une petite table. Nous commandons. Cette fois-ci, je prends les choses en main et commande deux krieks cerise. Me demandant pourquoi, j’ai toujours pensé qu’il devait y avoir un lien avec ses joues rouges de jeune fille de bonne famille. Proust aussi aimait les joues roses, c’était pour lui un gage de séduction.

Elle semble contente, sirote le breuvage en tendant l’oreille. J’aimerais inventer des paroles sucrées sur ces musiques qui se poseraient sur ses lèvres, qu’elle me chanterait. Voici que je m’emballe.

J’apprécie son allure d’éternelle adolescente. Ses cheveux ont bien poussé depuis notre tout premier rendez-vous à l’Étude. Carrée, raisonnée, si Monsieur n’avait pas tenté insidieusement de sous-évaluer la pharmacie, et avait omis de la licencier sans indemnités, nous nous serions rencontrés deux fois en tout et pour tout, l’une pour l’ouverture du dossier, et l’autre pour la signature. Je lui aurais adressé son titre et son solde de compte par la poste et j’aurais fantasmé sur ses joues colorées.

Sa position n’a pas changé d’un yotta. Elle la maison, lui la pharmacie, et encore, elle était gentille, estimait-elle ! C’est ainsi que nous avons signé un état liquidatif sous réserve de l’homologation du juge. Elle la maison, plus une prestation compensatoire en guise de préjudice moral et indemnités de licenciement, lui la pharmacie.

Pour le reste, notamment les comptes bancaires, elle n’a jamais chipoté. Il voulait une date de jouissance divise deux ans plus tôt, elle a obtempéré. Il voulait qu’elle règle les frais et ses impôts, elle les a réglés. Il ne voulait plus la voir, il ne l’a pas vu. 

Il est venu avec sa nouvelle compagne se renseigner pour un contrat de mariage. Je n’ai jamais compris pourquoi tous ces époux à peine décollés, se recollent comme une étiquette sur un nouveau support. Sans doute en souvenir de ce fameux personnage grec mythique avec deux têtes et deux corps, dont chaque moitié détachée cherche sa jumelle éternellement. Il est un fait que Mesdames jurent plus souvent qu’on ne les y prendra plus, alors que les Messieurs tombent avec délectation dans l’abandon de la nouvelle union. Une de mes clientes me disait : « C’est normal, il vous faut une repasseuse ». 

Des rimes idiotes traversent mon esprit.

Je me garde bien de livrer ces rimes pauvres à cette inconnue même si je forme le vœu qu’elle me devienne familière.

Elle commande le plat du jour.

Moi aussi. Elle a lu la carte, pas moi. Elle a lu le menu, pas moi, je n’arrive même pas à déchiffrer l’ardoise qui affiche le tout juste en face de moi.

Mal m’en prend.

Nous voyons arriver deux énormes pénis jaunes roussis, nageant dans une sauce aux spermatozoïdes noirs et ronds, le tout accompagné de quelques frites et d’une petite laitue.

- Sympa, cette petite andouillette, non ? et copieuse !

- Oui, oui, très copieuse en effet.

Je n’ai jamais mangé ce mets, on ne peut moins délicat, en face d’une femme que je désire. C’est terriblement angoissant. Dois-je découper le prépuce, attaquer par le gland ? Puis-je le crever au milieu, ou le fendre de part et d’autre ?

Je décide de la regarder faire. 

Elle ôte délicatement la peau en fendant l’andouillette, trempe chacun des morceaux dans la sauce à la moutarde ancienne, s’en délecte, accompagnée d’une feuille de salade qu’elle prend du petit bol à côté d’elle et qu’elle plie dans son assiette.

On m’avait aussi appris à ne pas couper la salade, je dois dire que cet exercice est pour moi bien difficile, recevant souvent une goutte de vinaigrette dans l’œil lors du pliage un peu trop brutal.

Je m’exécute cependant, tout devient plus facile. Elle rit, parle affectueusement. Je ne sais même pas si j’écoute, je la dévore des yeux.

Elle me tient, elle m’enferme, je sens ses mains, blanches et froides, enserrer mes mains, pataudes et moites. Je réponds béatement par un sourire. Il faut me réveiller, j’ai trop dormi, j’ai dû éclater l’oreiller. Je sens son regard, je sens son souffle, je ferme les yeux, je ne comprends pas ce qui m’arrive, les plaques rouges vont apparaître c’est sûr, elle va fuir, elle va courir en tous sens, je ne la reverrai jamais. Je sens ses lèvres, je…, je tente de me dégager, je balbutie, je…, je crois que je vais être ridicule, je…, je cède à la tentation, à l’ivresse, au rêve, même si elle est trop bien pour moi… comme disent mes collègues.

- Maître GASTON, j’ai l’honneur de ne pas vous demander votre main. Ne nous marions pas pour ne pas avoir à divorcer, voulez-vous ?

* * *

 

MANIPULATIONS.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

- Cher Maître, que pensez-vous de l’image du couple de nos jours ? Quelle impression retirez-vous de vos vingt ans d’expérience ?

- C’est pour me demander cela que vous m’avez invité à déjeuner, cher Monsieur ?

- Pas spécialement, n’aviez-vous pas envie de discuter un peu ? Vous avez accepté de partager ce repas, c’est bien pour échanger des idées, non ?

- Le couple de nos jours… Qu’attendez-vous de moi, un jugement de valeur, des anecdotes, une morale, une théorie psy quelconque ?

- Je n’attends rien, j’ai moi-même ma petite idée, peut-être souhaiterais-je que nous collationnions ensemble nos théories sur le couple.

- Je suis pour la paix des ménages.

- Moi aussi.

- Soit, essayons. Vous avez connaissance que je suis divorcé et vis seul. Je ne m’occupe que de la rupture de mes semblables, et de leurs divisions patrimoniales, la plupart de mes clients n’abordent pas dans mon bureau leurs problèmes affectifs. Je n’ai connaissance des causes profondes de la séparation, qu’une fois sur dix en moyenne. Toutefois, selon ma modeste expérience, la manipulation est le désastre du couple et de la société.

- Manipulation ? Vous y allez fort, Maître !

- Non, regardez vous par exemple ! Votre couple supportait la loi du pouvoir. Lequel de vous deux avait choisi la maison, les meubles, les tapis, la décoration ; lequel avait choisi les lieux de vacances, les dates mêmes ? Lequel cherchait à imposer sa marque sur les enfants ?

- Si cela peut vous rassurer ce n’est pas moi. J’ai toujours mis un point d’honneur à ce que toute décision soit collective.

- Je me souviens de votre élégance en la matière lorsque vous m’écriviez : « Je vous propose une réunion de préparation de notre rendez-vous final qui décidera de la résolution à adopter. Nous pourrons à cette occasion explorer de vastes champs d'investigations qui nous permettrons, au regard de la diversité des opinions susceptibles de s'exprimer, d'établir un document de synthèse permettant de fournir une base de réflexion aux parties et à leurs conseils. Notre décision, et, paradoxalement, votre réponse, n'en sera que plus riche. »

- Quelle mémoire, vous n’aviez pas apprécié mon humour. Mais n’est-ce pas le vrai déroulement de la démocratie ?

- La démocratie à l’intérieur d’un couple, c’est de la manipulation.

- Mais que voulez-vous dire ?

- Comment obtenir une majorité quand on est deux ? Comment décider ? Trois choix seulement s’offrent à vous : aucun des deux n’est pas d’accord, chacun est d’accord, l’un n’a pas la même opinion que l’autre.

- Oui mais cette dernière branche se subdivise en de nombreuses possibilités.

- Je n’en vois que deux, l’un convainc l’autre ou l’un est convaincu par l’autre.

- Pas du tout, vous avez aussi : L’un et l’autre optent pour une troisième alternative. L’un et l’autre ne prennent pas de décision. L’un et l’autre décident de faire les deux choses ensemble. L’un et l’autre décident de faire ce qu’ils ont chacun décidé, séparément.

- Ce ne sont encore que des subdivisions, et il existe de toute façon une déception dans toutes ces ramifications.

- Peut-être, mais cela n’a rien à voir avec la manipulation.

- Cela dépend de la manière dont cette décision soi-disant collective a été induite.

- Que voulez-vous dire ?

- Imaginons que vous émettez une proposition en culpabilisant l’autre préventivement, sur son choix. Au nom du lien familial, de l'amour par exemple, vous vous démettez de votre propre responsabilité au cas d’un choix différent du vôtre, en faisant croire à l’autre qu'il doit être parfait, jusque dans cette réponse anodine. Vous insinuez que d’habitude il répond immédiatement aux demandes et aux questions de manière remarquable et que là vous ne comprendriez pas pourquoi il changerait. Vous mettez en doute la compétence ou la personnalité de l’autre en le critiquant, ou en dévalorisant sa réponse, mais très finement, bien entendu. Vous le menacez, mais ce chantage est à peine perceptible, car la victime est consentante, elle-même se reproche déjà ce que vous accentuez juste. Les psychologues diront que votre conjoint s’étant engagé de multiples manières, il ne peut plus reculer. En se mariant, il a épousé vos idées, vos volontés. Vous êtes censé en avoir fait de même, mais à ce jeu vous avez été le plus fort, toujours en manipulant, jamais ouvertement. Vous évitez le face-à-face, utilisez un intermédiaire. Par exemple dans le divorce, vous faites passer vos messages par l’avocat ou le notaire, ou vous téléphonez ou laissez un courriel, un sms, une note écrite. Le notaire et l’avocat deviennent des acteurs inconscients de votre jeu. Ils sont ravis de servir, pensent que l’intermédiaire évitera le feu, mais en fait, l’avocat ou le notaire a alors le rôle que vous leur assignez, d’amplificateur de votre proposition, en vue de culpabiliser l’autre dans son déni. Vous créez parfois la suspicion, quitte à vous contredire en niant la parole antérieure. Vous utilisez tout le répertoire des bons sentiments, la menace d’être ou non un bon parent, l’appel à la générosité, et par là même la critique d’être mesquin. Lorsque vous sentez le vent tourner, vous êtes soudain aux petits soins, tant avec l’avocat et le notaire qu’avec le conjoint, lâchant un peu de lest, mais juste ce qu’il faut. Pour cela vous allez jusqu’à être de mauvaise foi, hypocrite, voire menteur. S’il le faut, vous devenez la victime du bourreau que vous cherchez à atteindre. Vous utilisez une technique de diversion, qu’on appelle technique de la crainte puis soulagement, vous attendez le dernier moment pour faire agir votre conjoint selon votre décision préalable.

- Mais de qui parlez-vous ?

- Le seul moyen de dépister la manipulation, est de vous contrer sur vos défauts. En effet, vous changez souvent de sujet, coupez court à une conversation qui sans doute devient gênante, vous ne supportez pas la critique, cherchez par tous moyens à faire preuve de votre supériorité, soit intellectuelle, soit professionnelle, soit affective, soit physique, et même si vous êtes mis en échec, vous allez jusqu’à ignorer l’évidence. Car votre égocentricité vous cache parfois à vous-même vos agissements. Certes, votre discours paraît logique, ce qui convient parfaitement à un avocat ou un notaire normalement constitués, mais rapidement, avec un peu d’attention on s’aperçoit que vos actes ou votre refus obstiné d’une proposition parfaitement correcte répondent au schéma opposé à celui que vous nous avez énoncé. Ceci génère chez nous un état de malaise, comme si nous étions enferrés dans un piège posé par vous à notre insu. À ce moment, souvent, le professionnel du droit devient mauvais selon votre regard, et vous le quittez. On vous retrouve plus tard avec un autre avocat, un autre notaire, vous valsez parmi les professionnels, incapable de fidélité car n’ayant foi qu’en vous-même, et n’ayant besoin que d’esclaves à votre service.

- Vous êtes fou, je ne suis pas comme cela.

- Vous me demandiez l’image que j’avais du couple, je vous la transcris.

- Non, vous me transcrivez l’image de quelqu’un qui manipule l’autre. Ce n’est pas le cas à chaque fois tout de même. 

- Dans votre couple, qui manipule qui ? 

- Cela dépend des moments.

- Tiens, vous avez changé d’avis, au début vous me parliez de démocratie.

- Je ne pensais pas que ce déjeuner allât vous délier la langue à ce point Maître. Ce qui me déconcerte c’est que vous semblez penser que cette attitude n’est qu’un des travers de la vie en couple, mais c’est la caractéristique de toute relation humaine. Il y a toujours un dominant et un dominé. Je le vis complètement dans mon travail.

- Si vous me permettez, je le vis également dans mon travail, je ne suis pas en train de vous raconter mon couple, je vous relate mes relations professionnelles avec les couples, dont le vôtre. Dominer peut signifier imposer son point de vue à l’autre, mais aussi plus rusé, amener l’autre à adopter en pleine liberté le choix du dominant sans même avoir l’impression d’avoir été guidé vers ce choix. Le dominant n’agit jamais, il est même capable de dire que la situation qu’il vit, lui a toujours été imposée. J’ajouterais, à la défense du dominant que ce n’est pas toujours celui que l'on croit et qu’il ne sait parfois même pas lui-même qu’il est un prédateur.

- Un prédateur ?

- Vous avez vos cibles, vos proies, et parfois vous les utilisez comme des marionnettes contre d’autres proies, pour faire d’autres victimes.

- Vraiment ?

- Vous n’aimez pas l’avocat de votre conjoint. Vous ne le lui dites pas ouvertement, si vous êtes un bon manipulateur, vous le suggérez doucement, sournoisement, et vous vous débrouillez auprès de votre avocat, pour que celui-ci le rende ridicule aux yeux de sa cliente. Le tour est joué.

- Tout cela est très rare.

- Cet exemple n’est pas rare. Celui qui a été manipulé pendant des années est encore sous influence au moment de son divorce, et même après. Si vous dites ouvertement, ton avocat est nul, vous renforcez à coup sûr la crédibilité de ce défenseur auprès de votre conjoint. La persuasion franche, brutale, a des effets négatifs, inverses. L’homme est délicat. Son cerveau biodégradable et son esprit modelable sont emplis de failles, toujours en quête de modèles à suivre, pas toujours les meilleurs. Monsieur dit : « Si nous allions voir tel match de football. Cela me ferait tellement plaisir. Tu fais comme tu veux, tu es libre de ne pas m’accompagner Chérie. » Madame se sentira coupable de ne pas accompagner son époux. Elle l’accompagne donc. Là-bas, plusieurs anciens camarades proposent à Monsieur de boire une bière, Monsieur refuse poliment, devant Madame, précisant que celle-ci, qui a eu l’extrême gentillesse de sortir avec lui, ne souhaite pas le voir rentrer pochtron. Madame, interloquée, en rougit. Les camarades insistent bien entendu, mais pas auprès de Monsieur, uniquement auprès de Madame, qui se laisse convaincre, et sera seule à supporter l’haleine fétide et la gueule de bois de son cher et tendre époux.

- Vous appelez cela de la manipulation ?

- Madame se vengera. Elle utilisera pour cela le porte-monnaie du ménage, sujet sensible s’il en est. Plusieurs fois, elle regrettera, particulièrement en présence de la famille ou des amis de Monsieur, et pourquoi pas, de ses camarades de match, de n’avoir plus rien à se mettre, ou de n’être jamais partie en vacances à l’étranger, la faute à qui ? À Monsieur, toujours empêtré dans les aléas de sa carrière nébuleuse, qui ne songe pas à sa douce épouse. Elle aurait ainsi fait passer son mari pour un pingre et un raté.

- Tout cela n’est en rien prémédité.

- Heureusement. En cas de préméditation, cela devient une manipulation destructrice. En effet, mais le résultat n’est-il pas le même ? Comment le couple tiendra-t-il à coup d’argumentaires de ce genre ? Les enfants apprennent très vite la leçon auprès des parents. L’enfant qui a vu que le caprice dans le magasin ne fonctionnait pas, saura dès le lendemain, rétorquer de manière plus efficace : « Dommage que vous ne gagniez pas assez bien votre vie pour nous élever correctement, sinon vous auriez pu nous acheter telle ou telle chose comme l’ont fait tels parents de nos copains, mais c’est trop cher pour vous ». Vous serez sans doute outré par ce qui sera dit, vous nierez en bloc ces allégations. Pourtant, tôt ou tard, vous achèterez lesdites babioles.

- Vous me coupez l’appétit.

« Vous avez érigé la manipulation au rang de sport national. » J’aurais bien voulu prononcer cette dernière phrase, mais je me suis tu. Cet homme, face à moi, est le portrait craché du manipulateur que j’expose depuis tout à l’heure. Va-t-il lâcher deux mots, continuera-t-il à se taire, ou ne le fait-il pas exprès, ne s’en rend-il absolument pas compte ? Silence. Nous mastiquons quelques feuilles de salade.

- Je m’interroge sur la perception que vous avez de votre métier.

- Quant à moi, je m’interroge sur la perception que les gens ont de leur attitude, notamment lors de la séparation. Se maquillent-ils tous la vérité, sont-ils sûrs au fond d’eux, qu’ils ont raison de continuer à s’entretuer, ou à pressuriser l’autre ? Vous concernant par exemple, tout le monde en ville parle de votre divorce. Chacun de nos concitoyens prend parti pour l’un ou l’autre, ou feint outrancièrement de n’être d’aucun bord. Était-ce bien nécessaire de tout raconter à tout le monde, de chercher l’approbation de tiers sur votre point de vue ?

- Mon épouse a fait de même. Elle me fait passer pour un monstre auprès de ses amies, alors que j’ai toujours été correct, la laissant décider de ce qui était bien pour elle, la laissant prendre en main son destin. Mal m’en a pris d’ailleurs, elle a trompé ma confiance.

- Les personnes faibles ne peuvent se révolter seules, elles n’ont de force que collective, un compagnon d’infortune leur permet de soulever des montagnes.

- Vous prenez parti pour elle.

- Que nenni… Vous la pensez faible, influençable.

- Je n’ai pas dit cela. Qu'importe l’inclination du moment, notre dossier est maintenant fini, et j’ai gagné.

- Vous n’avez pas nié mon affirmation. Votre influence sur elle a été tangible pendant plusieurs années, il me semble.

- Je ne vous le fais pas dire. Je ne comprends pas qu’elle n’ait pas compris que sans moi elle n’est rien.

- Je constate que vous avez été victime de votre propre piège. 

- Je ne comprends pas ce que vous insinuez. Notre divorce a été franc, efficace. Vous ne m’impressionnez pas, vous n’avez d’ailleurs pas été très énergique. Lent, tatillon, trouvant toujours quelque chose à redire à mes décisions, ne les défendant pas auprès de mon épouse, je n’ai pas vu en vous le trait de génie que j’attendais d’un bon notaire. Maître GASTON sur un arbre perché, vous feriez bien d’en descendre pour affronter le monde et augmenter votre compétitivité.

- Le manipulateur manie l’ironie et la suspicion comme deux coutelas. Il s’arroge le droit de tout savoir mieux que les professionnels, puisqu’il choisit des craintifs, des personnes en échec pour ses proies. Mis lui-même en échec, il affiche une assurance à toute épreuve, tente d’écraser l’adversaire à tout prix, même en transgressant la loi s’il le faut. S’élevant en victime de l’incompétence, s’appropriant l’efficacité et les idées des autres, le manipulateur a toujours raison.

- Je ne sais pas pourquoi vous dites cela.

- Je ne sais pas pourquoi vous m’avez invité.

- Cela me faisait plaisir.

- Cela me fait également plaisir.

- Bon, restons en là, voulez-vous ? Un café ?

- Volontiers.

Le sucre fond dans ma tasse, je regarde le rectangle devenir une masse brunâtre puis disparaître petit à petit, se rappelant par un crissement de la cuillère dans le liquide.

- Maître, vous sentez-vous manipulé parfois, l’avez-vous ressenti lors de nos entretiens ? N’avez-vous jamais été accusé de manipulation alors que vous en étiez la proie comme vous le prétendez ? Qu'en pensez-vous ? Selon moi, chacun tente de manipuler l'autre dès qu'il le peut, c'est humain.

- Pourquoi accuser ? Pourquoi humilier ? Je vous entends : « Sans moi tu n’es plus rien, tu ne pourras jamais faire cela… Crois-tu en être capable ? Non, tu vois bien, je te l’avais dit. » Pourquoi douter des autres ? « Ton amie, ah oui, celle qui a raté sa vie. Veux-tu devenir comme elle en restant amie avec elle ? Mais comment peux-tu supporter ses jérémiades ? Et l’autre, elles se valent bien toutes les deux »… Pourquoi toujours voir le côté vide du verre ? Ma tante un jour était très fière d’avoir tout nettoyé dans sa maison. Le soir, elle met au défi mon oncle de trouver de la poussière. Il soulève un tableau et pose le doigt sur la rainure intérieure, qui ressort tout gris. N’aurait-il pu s’extasier avec son épouse sur sa dextérité plutôt que de s’offrir le plaisir de la dévaloriser et de gâcher leur soirée, pour ne pas dire leur vie ? Chaque effort est réduit à néant, chaque désir, nié.

- Mon épouse me reprochait souvent de ne pas écurer la lame de la tondeuse après usage. Mais elle n’avait pas un mot de remerciement d’avoir tondu notre pelouse. Quelque chose n’allait pas dans notre relation. Elle cherchait tout le temps à me rabaisser, et comme mon amour propre était au plus bas, je n’avais pas la force de répondre. Je prenais tout à cœur et ne pouvais faire la part des choses. Pourtant nous nous aimions très fort. Elle savait si bien préparer la choucroute. Elle la faisait avec un vin blanc fruité, un peu sucré, genre muscat, et c'était délicieux, le chou avait un petit goût de caramel. Vous savez comme l’Alsace me manque. Elle pouvait me faire oublier toutes mes frustrations, notre relation était si intense.

- Je croyais que vous vous plaigniez de sa faiblesse de caractère. 

- Je ne le ressentais pas, c’est depuis qu’elle se laisse influencer par son loulou qu’elle ne va plus bien dans sa tête. Mais pourquoi donc dois-je vous raconter tout cela ?

Tentative de réconciliation initiée par le manipulateur. Monsieur essaie de rattraper son faux pas de tout à l’heure. Il vient peut-être de réaliser qu’il peut avoir encore besoin de moi.

- Maître, je sens bien que vous pensiez que je me servais de mon épouse, mais elle se servait tout autant de moi, nous étions chacun le faire-valoir de l’autre. Parfois, je me demandais, suis-je vraiment l’homme merveilleux qu’elle dit aimer ou le fainéant qui ne s’occupe de rien ? Je sais qu’elle m’a accusé de violence conjugale. Vous l’avez lu dans les attendus du jugement. Mais j’essayais juste de me défendre. Ce n’était que des paroles violentes, soit, mais en réponse à sa violence. Je me suis retenu souvent, je vous assure. Elle me disait : « Frappe, frappe si tu l’oses, j’en ferai un certificat médical pour le dossier. Et si tu ne frappes pas, je me cognerai le visage sur le mur et je dirai que c’est toi qui m’a battu. Frappe, frappe, vas-y, pas de témoins, qu’est-ce qui t’embête ! » j’étais dépassé. Je ne savais plus comment lui montrer son amour.

- Vous évoquez la fin de votre relation, c’était trop tard. Une femme ne part pas sur un coup de tête. Lorsqu’elle décide que c’est fini, rien ne peut la faire revenir sur sa décision. Les agressions physiques ou les menaces dans le couple n'arrivent pas soudainement. Quel événement, quel changement est à l’origine de cette escalade de violence, quel est le fait générateur de cette dégradation ?

- Je ne sais pas, j’ai tout donné à mon épouse, mon amour, mon aide morale, physique et financière, même avant notre mariage. Je la protégeais. Puis, je ne sais pas pourquoi, elle n’a plus été aussi aimante. Elle ne faisait plus attention à elle. Elle n’aimait plus faire la cuisine comme avant. Elle avait des idées idiotes. Elle croyait qu’elle pourrait gagner sa vie en fabriquant des bijoux, je l’en ai naturellement découragée. Elle fréquentait des gens idiots, sans intérêt, j’ai réussi à la changer de milieu. Elle ne peut que me remercier. Elle n’était pas sûre d’elle-même, très influençable. Je lui ai donné de bonnes bases de réflexion. Nous avions les mêmes pensées. Je lui proposais quelque chose, elle acceptait en toute liberté, parce qu’elle savait que c’était pour son bien. Nous étions heureux, sauf lorsque son passé remontait à la surface. Je n’ai pas compris qu’elle ait pu me tromper ainsi. Elle nous a tous trompés Maître GASTON, en se faisant passer pour une victime. C’est elle qui nous tyrannisait !

- Permettez-moi d’élever de sérieux doutes sur ce point, Monsieur ! Ce repas était délicieux, et je vous souhaite de rencontrer l’âme sœur, avec laquelle vous pourrez avoir enfin une relation d’égal à égale.

- Maître GASTON, vous avez le biais pour dire des choses aimables. Entre nous, vous n’y connaissez rien, mais on ne vous en veut pas, du moment que vous ne faites que le partage de nos biens.

En alternant la séduction puis la menace, le manipulateur parvient à ses fins, la confusion mentale de son partenaire, et l’état de dépendance dans lequel va se trouver le manipulé envers le manipulateur. Dans le couple, instinctivement, l’un culpabilise l'autre, il arrive que le plus sensible en perde son esprit critique et cherche tout le temps l’assentiment de l’autre pour se permettre d’avoir une opinion. Pourtant il se sent encore libre, puisque cette gymnastique ne lui a pas été imposée, il se l’est imposé lui-même. Il s’est engagé à toujours solliciter l’avis de l’autre, ne vivre que par l’autre. Cette relation peut prospérer si la dépendance est parallèle, on le remarque parfois dans les vieux couples notamment. Il peut y avoir aussi une relation de conflit permanent, gênante pour les tiers, mais qui ne vise dans le couple qu’à combattre cette addiction à l’autre, ou à créer un changement, un intérêt à poursuivre la relation de couple.

Le manipulateur a besoin d’une cour, qui peut se réduire néanmoins au manipulé s’il faut en passer par la phase d’isolement pour bien canaliser la dépendance du soumis. Le manipulateur est extrêmement adaptable. Il se sert d’ailleurs de la société et des autres pour forger ses armes. Étant séducteur dans tous les domaines, généralement, il est très aimé et apprécié par son entourage. On ne croirait pas un mot de ce qui se passe à l’intérieur du couple. Le manipulateur connaît les points faibles de ses interlocuteurs, il est très psychologue, sauf pour lui-même, car il se voile la face.

 Il est important que les parents apprennent à leurs enfants à avoir confiance en eux, afin d’éviter d’être vulnérable aux stratégies des bidouilleurs. Il faut apprendre aux enfants à dire non, à ne pas chercher toujours à faire plaisir à l’autre si cela ne leur plaît pas, pour ne pas tomber dans le piège de cette perversité.

Je rentre chez moi, dépité, fatigué. Qu’ai-je réussi pendant ce déjeuner, à part me faire un ennemi ? Je voulais lui donner une leçon, mais je n’ai ni ce droit, ni ce devoir. Pour qui osais-je me prendre ? Après tout, je suis moi-même totalement manipulateur, mon client a raison. Comment faire autrement, pour convaincre les époux de cesser leur guerre inutile. Vivement demain soir, j’ai un rendez-vous autrement important.

* * *

 

 

LE DIVORCE DES PAS MARIES V

ACHILLE #un peu de technique

Le dépacsage ou la répudiation.

Quelques clients m’ont demandé de préparer un contrat de PACTE CIVIL DE SOLIDARITÉ.

Quelques clients m’ont demandé de procéder au partage des biens qu’ils avaient acquis pendant la durée de leur PACS.

Le PACS est attractif, proposant les avantages du mariage sans les contraintes. Cependant, il lui est reproché d’institutionnaliser la répudiation.

Selon des statistiques trouvées sur internet, cent deux mille douze PACS auraient été signés en deux mille sept pendant que deux cent soixante-six mille cinq cents mariages auraient été célébrés. 

Il semblerait que seules cinq virgule un pour cent des dissolutions soient des ruptures unilatérales.

Le PACS n’en est qu’à son enfance, il est utilisé pour le moment par des gens plutôt jeunes. Je pense tout de même que cette répudiation permettra de plus en plus ce que l’on entend actuellement par "fast-love" ou "Kleenex-love". Le compagnon vieux et malade sera peut-être jeté plus rapidement, la formalité étant si simple et peu coûteuse. 

J’entends aussi des clients conseiller à leurs enfants de se pacser, juste pour la fiscalité avantageuse. Vous pourrez vous quitter simplement, en ayant tout de même pu bénéficier de réductions d'impôt jusqu’à la rupture.

Ma crainte est que, tandis que les époux bénéficient du « droit du conjoint survivant » protection en cas de décès, les pacsés, eux n’héritent pas l’un de l’autre. Nous allons donc nous retrouver comme avant la loi de protection du conjoint survivant avec des compagnes ou compagnons se retrouvant face à des enfants qui héritent, mettent le parent à la rue, ou à défaut d’enfant, face à des parents, frères ou sœurs qui font de même.

Ceci que le couple soit homosexuel ou non d’ailleurs. Juridiquement, j’ai toujours été d’accord pour assimiler, si la société en exprimait le besoin, les couples homosexuels aux autres.

J’ai exprimé ce point de vue à un de mes clients qui m’a recommandé les paroles de l'apôtre Paul dans le premier chapitre de l'Épître aux Romains . Cet apôtre établirait un rapprochement, sur le plan symbolique, entre homosexualité et idolâtrie. Selon lui, l’homosexualité est l’amour de son semblable, le refus, la peur de l’autre, du narcissisme.

Mon client me demande de comprendre que si l’homosexualité doit être acceptée et comprise, elle ne doit pas devenir un modèle de relation sociale comme l’est le mariage. Je n’ai pas beaucoup d’idée sur ce point. Mes clients qui reconnaissent ouvertement être homosexuels sont relativement rares, car nombreuses encore, surtout en province, sont les familles qui refusent d’entendre parler d’homosexualité en leur sein. Les couples refusent donc de paraître au grand jour, ou vont dans une très grande ville signer les contrats et autres documents afin que l’on ne l’apprenne pas de gens mal attentionnés. Certains refusent d’ailleurs de se pacser car les PACS sont inscrits en marge de l’acte de naissance des partenaires comme les mariages.

* * *

 

 

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