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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

#la comedie du divorce

LA PEINE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         Hier nous avons fait l’amour. C’était bien.

Dimanche matin, en rentrant du marché, entre deux tomates cerise :

-         Il faut que je te dise. J’ai mûrement réfléchi. J’ai décidé de te quitter. Tu sais que je n’ai pas l’habitude de raconter mes sentiments et tout le tralala mais il fallait que je te donne le résultat de mes recherches. Je te le devais.

-         Tu rigoles, excuse-moi, mais nous ne sommes pas le premier avril.

-         Non, je suis sérieux.

-         Mais pourquoi ? Pour quelle raison ? Qu’ai-je fait qui ne te convient plus ?

-         Rien du tout, bien au contraire, je t’aime et je ne veux pas te faire de mal alors je m’en vais.

-         Mais qu’est ce que tu racontes, tu n’es pas un espion ou un tueur à gage.

-         Ce n’est pas ça, c’est drôle que tu penses cela, je ne parlais pas de te mettre en danger. Tu m’as dit un jour qu’on était ensemble du début à la fin pareillement, qu’on se devait fidélité etc. Alors je m’en vais.

-         Attends un peu toi, tu me trompes ? Tu en aimes une autre ?

-         Je ne sais pas si je l’aime, je suis tombé amoureux d’elle, elle m’intéresse, elle me plaît.

-         Mais si tu m’aimes, tu n’as pas envie de lutter pour oublier cette envie ? de continuer avec moi ? Qui est cette fille ?

-         Cela fait des mois que cela dure. Elle m’attire et je l’attire aussi, j’ai envie d’en savoir plus, alors je m’en vais.

-         Mais c’est de la lâcheté, juste par curiosité, tu nous quittes ? La maison, les enfants, moi, le chien, cela ne va pas ?

-         Calme-toi. Je suis lâche si tu le vois à ta façon. De mon côté, je trouve que je suis passablement courageux d’avoir attendu des mois malgré ce qui me tenaillait, et de tout quitter sans avoir essayé, juste pour ne pas te tromper, te mentir. Ne pleure pas, cela ne fait que rendre les choses plus difficiles.

-         Plus difficiles pour qui ? Es-tu en train de me faire découvrir ton côté inhumain ?

-         Arrête s’il te plaît. On en reparlera plus tard. Je fais le repas.

-         Mais tu crois que tu vas y échapper comme ça. Qu’est-ce que c’est que cette histoire à dormir debout ?

-         Tu m’as toujours demandé d’être honnête, je le suis et tu hurles. Cela me conforte dans mon opinion, il faut que je parte.

-         Mais as-tu pensé à ton fils ?

-         Oui, bien entendu. C’est à cause de lui aussi que j’ai tant attendu mais je ne peux plus, je lui ferais du mal, je lui en voudrais de me prendre ma liberté, il ne serait pas heureux, il le sentirait. Je comprends que ce n’est pas à toi d’assumer, je te fais assez de mal comme cela. Je peux garder notre fils si tu veux. Dis-moi ce que tu désires.

-         Je te veux, toi.

-         Mais tu m’as. On sera toujours amis, peut-être même qu’on sera encore amoureux si je reviens et que tu veux de moi, mais là, il faut que je parte.

-         Tu as besoin de faire ta crise d’adolescence. Expérimenter une nouvelle vie, sans enfants, sans contraintes, c’est ça.

-         Pas du tout. Peux-tu arrêter de fumer ?

-         Non. Mais pourquoi me demandes-tu cela ? C’est à cause de …

-         Non, ce que je veux dire, c’est que je dois aller vers elle comme toi tu te dois à la cigarette.

-         Ce n’est pas de l’amour !

-         Pour l’instant non, juste de la curiosité, une curiosité insatiable.

-         Tu nous quittes juste pour satisfaire ta curiosité.

-         Si tu veux, tu peux simplifier le débat, la curiosité est un vilain défaut.

-         Mais tu n’as jamais été curieux de moi.

-         C’est l’idée que tu t’en fais. Je connais tout de toi, c’est vrai, je n’éprouve plus cette curiosité, mais j’ai mis quelques années pour faire ta découverte et je t’en remercie, même si je ne partage pas tous tes goûts. Dorénavant, c’est d’elle que je suis curieux. Je veux connaître le poids de sa chevelure, le grain de sa peau, son parfum, ses dessous, la lourdeur de ses paupières, ses meubles, ses idées, ses lectures…

-         Arrête. Ne dis pas que tu ne connais pas déjà le goût de ses lèvres.

-         Je te jure que non. J’ai lutté, je t’assure. Car je t’aime, toi je te connais par cœur, je connais ton rire, tes clins d’œil, la réaction tactile de tes seins, les sons gutturaux de ton plaisir, ta musique, c’est agréable aussi, surtout confortable. C’est extraordinairement doux de savoir qu’on peut compter sur quelqu’un qui nous aime et qu’on aime, sur son âme, son corps, ses pensées. Je te remercie mille fois. Et je ne te remercierai jamais assez de tout ce qu’on s’est donné et de tout ce que l’on a reçu, justement je ne veux pas salir cela. Je ne vais pas me mettre au bromure comme les moines ou m’enfermer dans l’atelier tout le reste de ma vie. Comment faire ? J’ai retourné le problème dans tous les sens, je ne vois pas d’autres solutions. Qu’en penses-tu ?

-         Déménageons, change de travail.

-         Je n’ai pas envie du tout, j’aime mon travail, ma vie ici, je n’ai rien à fuir. Et elle ne déménagera pas.

-         Mais si, tu peux la fuir. Je t’y aiderai.

-         J’ai bien peur de penser à elle jusqu’à la folie si j’en suis privé.

-         Je vais la tuer !

-         Ne te fais pas plus méchante que tu n’es. Ne donne pas cette moue aigrie à ta jolie bouche.

-         Prends encore un peu de temps, réfléchis encore, on ne sait jamais, elle n’est peut-être pas si bien que cela.

-         Te rends-tu compte que tu me pousses à l’adultère !

-         Tu ne me trompes pas puisque tu me dis que tu m’aimes et que l’on ne se cache rien.

-         Tu en seras malade et je te dégoûterai.

-         Non je ne crois pas, et si cela arrivait, ce serait un bon moyen pour que finalement, je vois d’un bon œil cette séparation.

-         Je pense qu’en plus tu deviendrais jalouse.

-         Non.

-         Si bien entendu.

-         Mais comment s’en sortir alors !

-         J’ai vu une psy qui m’a dit de te tromper. Un autre m’a dit de te quitter. Une autre m’a donné des médicaments qui n’ont fait aucun effet. Une dernière m’a dit de tout te dire. Finalement, je te dis tout et je te quitte. J’ai terriblement peur que tout ceci soit irréversible. Mais je me sens déjà mieux de te parler, de ne plus te mentir.

-         Tu veux dire que tu restes, attends un peu, cela va changer encore dans tes pensées, maintenant que tu t’es ouvert à moi de ton fantasme.

-         Je voulais juste dire que je suis un peu moins malheureux. En tout cas, ce n’est pas un fantasme, c’est une réalité.

-         Tant que tu n’as pas essayé c’est un fantasme. Vraiment, tu ne veux pas essayer avec cette fille avant de partir ?

-         Tu te rends compte…

-         Oui, je me rends compte et alors ? C’est entre nous, cela ne regarde personne.

-         Essaie d’imaginer, je ne rentre pas lundi soir, et je reviens mardi à l’heure du dîner. Tu me feras l’amour comme si de rien n’était ? Tu iras vers moi spontanément ? Et puis cela la regarde aussi, je n’ai pas non plus envie de la tromper elle, et je n’ai pas envie de paraître un lourdaud qui veut tirer un coup. Tu imagines, notre peine à tous les trois ?

-         Mon dieu, mon dieu, laisse-moi un peu de temps s’il te plaît ! Il y a sûrement une solution.

-         Cela fait des mois que je cherche. Il n’y en a pas d’autres.

-         Mais c’est enfantin de réagir comme cela, selon ses pulsions.

-         Enfantin ? Soit. Cependant, la critique est aisée, l’art est difficile. Essaie s’il te plaît quelques minutes de te mettre à ma place. Que ferais-tu ?

-         Je ne sais pas ce que je ferais si j’étais toi, mais ce que je sais c’est que là tout de suite, j’ai envie de casser quelque chose.

* * *

FRANCHISE OU HYPOCRISIE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Madame me rend visite accompagnée de sa mère. Une ancienne expérience me rend cette accompagnatrice suspecte. Mes réticences ne sont pas confirmées. Madame m’expose dans un premier temps qu’elle ne veut pas divorcer, ce serait un échec qu’elle ne veut pas assumer, elle aime ses enfants, et respecte le père de ses enfants, mais plus rien ne les réunit intellectuellement et spirituellement. Monsieur souhaiterait vivre à la campagne alors qu’elle rêve de PARIS, de créer son entreprise. Pour réaliser ce vœu, il est nécessaire de vendre la maison commune et partager le prix de vente entre les deux époux. Or, lui ne veut pas vendre ce qu’il considère être la résidence de la famille. Il pense que le désir officiel de son épouse cache la volonté de divorcer. Situation très courante. Souvent les époux sont d’accord pour vendre et acheter ailleurs, puis, entre la promesse de vente et la vente tout dégénère et le Notaire finit par remettre sa part sur le prix à chacun dans le cadre d’une procédure de divorce. Monsieur semble plus fin, refusant la vente, pour avoir les moyens de refuser le divorce, criant à qui veut l’entendre, surtout à ses enfants qu’il est amoureux de leur mère, ce qui les ravit. Les enfants ne se lassent pas de l’entendre. Que faire ? Je m’enquiers de diverses informations pour compléter le tableau. Ne peut-elle interroger son époux sur ses désirs profonds ?

Il veut me conserver pour lui, nous irons vivre à la campagne et j’arrêterai de travailler. C’est hors de question.

J’ai bien compris.

Ne peut-elle convaincre son époux que si chacun passe la semaine sur les lieux de son travail et retrouve un nid douillet à la campagne pour tous les quatre, parents et enfants, ce serait le meilleur des mondes ?

Je lui ai toujours dit, ajoute sa mère.

Le souci est que Madame a déjà fait un lourd travail de sape depuis plusieurs années. Les époux font chambre à part. Elle dort dans la chambre de sa fille car son époux ronfle et qu’elle ne peut dormir auprès de lui. J’insiste cependant.

Je suis bien d’accord avec vous, appuie sa mère.

Mais c’est très difficile, je lui ai dit qu’il me détruisait à force de refuser que je prenne mon élan professionnel.

Bien évidemment, mais vous focalisez votre vie sur ce point professionnel, de ce fait, Monsieur n’a plus que cela pour vous atteindre. Il n’a pas de meilleure arme.

Je lui dis aussi…

Alors que faire ?

Reprendre à zéro, prendre du temps pendant les vacances pour s’expliquer, remettre à plat, et le séduire, le convaincre que vraiment vous ne souhaitez pas divorcer, car il est actuellement plus que convaincu que c’est votre désir le plus cher.

C’est ce que je n’arrête pas de lui dire…

Mais je suis trop franche, je ne peux pas louvoyer.

Donc vous souhaitez divorcer ?

Non, je voulais juste me séparer, mais évidemment sur la durée, cette rupture aurait dégénéré en divorce.

Si vous avez cette idée dans la tête, soit vous exécutez votre décision franchement et c’est la guerre, qu’il ne veut pas. Soit vous continuez comme avant, mais avec le cœur.

Vous avez raison de lui dire…

Je n’ai pas le cœur à cela, pourtant je ne ressens plus rien pour mon mari.

Dans ce cas divorcez.

Non je ne peux pas, je suis malade à l’idée de lui faire du mal.

Donc vous avez encore de l’affection pour lui.

Je n’y avais pas pensé ainsi.

Je me trompe peut-être, Madame, je ne suis pas psy.

C’est peut-être un psy qu’il nous aurait fallu.

Effectivement. Réfléchissez.

Je ne peux lui dire que je veux divorcer, j’ai peur qu’il ait une crise cardiaque quand il emmène ma fille en voiture à la campagne.

Seulement à ce moment-là ?

Non bien entendu, j’ai peur qu’il lui arrive malheur. Je disais cela comme ça…

* * *

Deux ans plus tard, ma cliente revient me conter ses difficultés pour faire comprendre à son mari ses desideratas.

Elle est accompagnée d’un homme qui m’est présenté comme étant un ami de la famille. Mais je finis bien involontairement par comprendre qu’il s’agit de l’amant de Madame. Celui-ci me semble partagé. En effet, il souhaiterait que sa maîtresse divorce, peut-être pour l’avoir tout à lui, mais sûrement pour qu’elle ne lui casse plus les oreilles avec ses histoires de scènes de ménage abominables. D’un autre côté, je sens qu’il n’est pas si pressé, pour deux raisons : Madame divorcée serait à entretenir, et pire encore, pourrait devenir un poids encombrant pour lui.

* * *

Il existe des gens qui sont heureux, des gens qui ne divorcent pas.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Il y a des gens qui sont heureux, des gens qui ne divorcent pas. C'est d'eux dont je voudrais parler. Parler de ceux qui n'ont pas assez de mots pour s'exprimer ou qui n'ont pas réussi à former des phrases pour l'expliquer. D'ailleurs ont-ils envie de l'expliquer. Peut-être même veulent-ils conserver le secret, garder la formule magique. C'est sûrement cela d'ailleurs. Ils sont heureux et ne veulent pas partager la recette sinon tout le monde serait heureux et la vie serait trop triste, trop mièvre. Alors je viens, je m'immisce, je m'insère et. .. Je dérobe la clé, la formule, la recette. Je prends, je copie. Cela ne fonctionne  pas. 

Je recommence avec d'autres. Cela ne fonctionne toujours pas.  
 
Finalement, faute de pouvoir mettre en pratique, je décide de raconter ce que je vois des gens heureux.
 
L'alchimie n'est pas dans le paraitre, pas dans l'attitude. Elle est ailleurs, là où justement je ne puis entrer. Dans la tête, l'âme, dans l'intimité du couple. Je raconte ce que je sais, je vous le fais partager. Si cela vous convient, merci de me le dire en retour. J'aurai eu l'impression que mes observations ne sont pas inutiles.
Le premier couple se vouvoie. Il a quatre-vingt ans. Elle en a soixante-dix. Ils sont bavards tous les deux. Elle ne comprend pas toutes ses inventions. Il invente, il n'arrête pas. Il dit qu'elle n'a pas de matière grise si elle ne comprend pas les tenants et aboutissants de ses recherches. Mais elle ne le prend pas mal. Elle lui répond qu'elle comprend d'autres choses que lui ne saisit pas. Il acquiesce, il regrette ses mots, pense avoir été trop dur dans l'expression mais il l'aime, il veut donc qu'elle soit au coeur de ses découvertes, qu'elle saisisse la substantifique moelle de tout, jusque le fin fond de sa pensée. 
Il n'a plus un sou. Il a tout dépensé pour ses inventions. Elle lui a prêté ses maigres économies. Il les a toutes mangées. Mais ce n'est pas grave. Ils vivent au jour le jour, trouvent toujours une solution, l'argent ne semble pouvoir être un élément de discorde. J'ai vraiment du mal à comprendre cela. D'habitude l'argent, le train de vie de la famille sont des éléments moteur de la dégradation du couple. 
 Elle a élevé les enfants de son compagnon. Sa première femme les ayant abandonnés pour vivre avec son amant. Les enfants sont adultes et parents à leur tour depuis bien longtemps. Pourtant, ils essaient de lui pomper de l'argent. ils ne se rendent absolument pas compte des graves problèmes des parents qui ne les montrent pas. Ils ne voient pas les huissiers, les recommandés des créanciers. 
Ensemble, ils ont eu un enfant handicapé. Ils l'ont élevé de leur mieux, et tentent de lui permettre une certaine autonomie car ils savent qu'il ne pourra compter sur ses frères et sœurs lorsque les parents seront décédés.
Mais ce n'est pas grave, ce sont des enfants. A leur âge, ils pourraient un peu ouvrir les yeux, mais le papa dit que ce n'est pas grave. Et l'épouse dit qu'on verra bien. " Ils ne peuvent pas être si méchants, ils ne peuvent nous manger la laine sur le dos. On va vendre notre maison, pour payer les dettes, les impôts, on verra bien. Ce dont j'ai le plus peur c'est qu'il lui arrive malheur" dit l'épouse en regardant tendrement son vieil époux. "J'ai si peur, je n'y survivrai pas, je veux que ses inventions soient reconnues de son vivant. Il le mérite, il est si intelligent, je l'aime. " C'est si beau de pouvoir se dire je vous aime, toujours et encore. Je vous aime. 
Il est aussi laid qu'elle est belle, aussi petit qu'elle est grande., aussi négligé qu'elle est soignée. Je veux dire propre, lavée, avec un bon savon de Marseille. Lui ne sait plus se raser, mais quand il parle, il n'arrête pas, il saoule, il enivre, il est entêtant, comme un alcool fort, un parfum envoutant. Est-ce cela sa recette? Je ne sais... Ce que je sais, c'est qu'elle l'aime.
Ce n'est ni pour l'argent ni pour la bagatelle, ni pour le pouvoir, ni pour la situation qui est cauchemardesque, alors pourquoi ?
 
Dites moi ce que vous en pensez...

MEURTRE OU DIVORCE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 Un instant, j’ai troqué le costume cravate contre le maillot, baskets du touriste, me voici dans un bar, accoudé au comptoir, tentant de recueillir, quelques brèves en buvant une bière bien froide. Il fait chaud, je n’en crois pas mes oreilles.

Dans le pays de Monsieur, on ne divorce pas. Le divorce est interdit par la loi.

Dans le pays de Monsieur, on meurt d’amour, on meurt de ne pas être aimé.

Monsieur me jure que dans son pays, on ne tue pas.

Le fait est pourtant là. Madame a été tuée par Monsieur, de plusieurs coups de couteau, dans sa cuisine, la veille de l’audience.

Monsieur qui s’est livré, a été condamné et emprisonné. Monsieur a fait son temps, sorti avant la fin de la peine pour bonne conduite, c’est courant en matière de crime passionnel. J’apprends.

Monsieur me raconte son histoire sans fin, sa femme qu’il croyait amoureuse, soumise, qui se révèle hypocrite, intéressée et infidèle.

Monsieur qui lui fait des crises se doutant de quelque chose.

Madame qui lui fait boire des breuvages pour l’endormir.

Madame qui l’ensorcelle au lieu de le calmer.

Et Monsieur qui la tue par les armes qu’elle emploie, par le poison qu’il a dans le sang, qui le fait agir contre son gré.

Le jury aurait pu comprendre.

Monsieur me dit qu’il ne voulait pas divorcer, partager les biens, se séparer d’elle.

C’est fait.

Monsieur relate. Il n’aurait jamais tué Madame, s’il n’avait pas été empoisonné, petit à petit, comme Napoléon Ier à l’arsenic, sauf que lui, il en est sûr, c’étaient des philtres d’amour, pas d’endormissement.

La preuve, me dit Monsieur, cette cure de désintoxication qu’il a dû entamer en prison pour éviter de se taper la tête contre les murs.

Un avocat, premier avocat pénaliste que je rencontre, m’explique qu’il n’y a rien de plus banal que le crime passionnel. Que nombreux sont les hommes, les femmes qui tuent leur conjoint ou tentent de le tuer, apprenant leur demande en divorce. Que nombreux sont les hommes, les femmes qui empoisonnent leur conjoint, mais que ce n’est pas toujours réussi, et que nombreux sont ceux qui croient à toutes les balivernes des marabouts, gourous ou autres sorciers en tout genre pour tenter de sauver leur couple.

La violence conjugale est un fait de société qui va jusqu’à la mise à mort. Le domicile conjugal est une arène.

* * *

 

L’INCARTADE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

L’INCARTADE.

Un scandinave me dit qu’il ne comprend pas les Français se vantant de leurs cachotteries, leurs jeux de dupes, leurs tromperies. Il ne comprend d’autant pas les Françaises prenant la mouche à la moindre incartade.

Il ajoute que pour les scandinaves, qu'importe ce qui a pu se passer, peut importe la façon dont c’est dit, si c’est dit, ce n’est plus une tromperie.

Il évoque les liaisons extraconjugales comme si de rien n’était, avec une facilité déconcertante : Une liaison pour un couple, c’est dangereux, car c’est peut-être sérieux, mais dix, vingt, trente, c'est bien moins important, c’est même bon pour la santé !

Le conjoint sait qu’il a la priorité, qu’il est aimé, puisque l’autre revient toujours, ou plus précisément, ne part jamais.

Avouer qu’on a eu une liaison, n’est pas une incartade. Tout dévoiler gomme le fait même de tromperie. Si chacun des conjoints consent, tout dépend des accords réels ou tacites du couple, il n’y a plus que vie harmonieuse et équilibrée.

J’aimerais bien que mes clients pensent la même chose, même si cela me donnerait moins de travail.

Cependant, si je suis enclin au pardon, il y a tout de même des limites, une incartade n’est pas une liaison qui dure des années, une incartade n’est pas non plus trente liaisons, je ne sais si mon petit amour-propre ne serait pas atteint.

* * *

LA VIOLENCE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« La violence sucrée de l'imaginaire console tant bien que mal de la violence amère du réel. »

Roland TOPOR

 

Aujourd’hui, c’est le silence. Dans l’Étude, on n’entend plus que le feulement de la photocopieuse.

Même pour converser, nous murmurons.

C’est étrange cette connivence entre nous lorsqu'une chose importante se dessine.

Cet après-midi, mon patron signe un partage après divorce.

Non pas que le montant soit élevé, ou que l’affaire soit compliquée.

La difficulté de ce dossier tient uniquement à la personnalité des protagonistes.

Le rendez-vous est fixé depuis longtemps, à un quart d’heure de différence pour l’une et l’autre des parties.

Cela fait quinze ans que mon patron a le dossier en main. Cette fois-ci, il y croit.

C’est sûr, on tient le bon bout. Ils vont signer, impossible d’imaginer un nouvel obstacle si ce n'est les sautes d’humeur de nos clients.

Chacun définit son rôle dans la pièce.

Il y a ceux qui restent en coulisse et ceux qui apparaîtront sur le devant de la scène.

On a préparé le décor également : Un bureau en bas, juste à côté de l’accueil, l’autre au premier étage. L’un est chargé de guetter l’arrivée du premier, qu’il accompagnera immédiatement, sans un mot dans l’escalier, jusqu’au bureau du haut. Quelqu'un fera le guet pour qu’il n’en sorte pas. Un autre attend l’arrivée du second pour l’installer dans le bureau du bas. Aucun autre rendez-vous n’a été pris pendant le même temps, pour ne pas risquer des perturbations intempestives, ne pas gêner les acteurs.

Mon patron reçoit Madame en bas. De mon côté, je suis en haut avec Monsieur.

L’arrivée d’une secrétaire avec une bouteille d’eau et des verres signifie : Ils négocient encore.

L’arrivée de la secrétaire avec un sous dossier : elle refuse de signer.

L’arrivée de la même secrétaire sans rien dans les mains : elle a signé.

Les secrétaires veulent bien toutes entrer dans le bureau du haut, aucune ne veut attendre devant le bureau du bas. Finalement on la joua à la courte paille et le sort tomba sur la plus jeune.

On a même prévu les commodités. Elles seront gardées par le petit clerc, ne pourront y pénétrer qu’une personne à la fois. On pense que sa stature est assez convaincante pour qu’il soit renoncé à toute tentative.

À l’entrée du sous-sol, où se situent les archives, un clerc aussi a été choisi pour son gabarit.

À la caisse, taxateur, aide-comptable se tiennent prêts à parer à toute éventualité.

Le souci est que la porte les séparant de l’accueil est en verre. On ne va tout de même pas en venir à mettre devant des sacs de sables comme à la guerre !

Nous avons hésité à fermer le standard, tout de même, il ne faut pas exagérer.

La standardiste a seulement ordre de ne passer aucun appel aux acteurs pour quelque raison que ce soit, afin de ne pas les déconcentrer.

Ier acte : Tout se passe comme prévu.

Madame entre en premier. Mon patron pourtant pas un nain, semble fluet à côté de cette "matrone hystérique".

IIème acte : Je fais vite monter Monsieur dans le bureau, chaque marche me semble une éternité devant son pas pesant. Il entre finalement. Je le prie de s’asseoir. Il s’affaisse dans le fauteuil.

Je n’en crois pas mes yeux. Je ne l’avais jamais vu de près, c’est toujours mon patron qui s’occupait d’eux. Je suis trop jeune pour m’occuper de dossiers sensibles me dit-il toujours. Il ne parle que de ce dossier-là. Dans notre jargon, les vieux dossiers insolubles sont appelés les dinosaures. On sabre le champagne quand on en résout un.

Il tremble de tous ses membres. De joie me dit-il. C’est un homme usé, abîmé, éteint. Des traces de brûlure de cigarette, d’autres cicatrices que je sais être des morsures, un bras cassé, un œil de verre, sont les souvenirs physiques qui lui resteront de son union ou plutôt de sa désunion. Je ne connais pas le quart des violences orales. Les procès verbaux ne retracent pas la guerre des mots, des gestes, le chantage aux enfants, les moqueries sordides, l’humiliation.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait dans la peau pour accepter tout cela pendant si longtemps.

Je n’ai jamais rien compris aux relations sadomasochistes. Je suis bien trop douillet pour cela, à la limite de la sensiblerie même.

De grands éclats de voix se font entendre, puis s’apaisent.

Je fais la énième lecture de l’acte à Monsieur.

Pendant cette procédure, avant, après le divorce, des dizaines d’avocats se sont épuisés de part et d’autre.

Il fallait oser défendre Madame sans risquer sa peau, défendre Monsieur contre lui-même.

Plus personne finalement ne s’est présenté, les frais d’avocats ont été si élevés que les quelques liquidités communes ont fondu comme peau de chagrin.

Mon patron a écouté Monsieur lui dire qu’il voulait tout abandonner pour avoir enfin la paix, partir au loin dans un pays étranger, disparaître, changer d’identité.

Puis mon patron a entendu Monsieur affirmer qu’une fois dans sa vie, il fallait qu’il ne fût point un lâche.

Madame de son côté jouait également à la girouette, tenant tête à tous, contredisant chacun, même lorsque la parole prononcée allait dans son sens.

Reprochant à Monsieur des sévices qu’elle lui infligeait. Demandant force procès verbaux de difficultés, allant, revenant maintes fois du Tribunal, ou de la Cour d’Appel, même, on ne sait jamais, de la Cour de Cassation. Tant sur le prononcé du divorce, que sur le partage, tantôt sur la maison, tantôt sur un soit-disant lingot qui n’a sûrement existé que dans sa tête. Parfois sur la garde des enfants, même majeurs, qui ne tente rien n’a rien.

Madame refusait même chaque chose qui aurait pu être faite pour son bien.

Le bien de Madame, c’était Monsieur.

Elle avait trouvé le punching-ball idéal. Celui qui dit « frappe-moi », qui aime cela.

La tête de turc formidable, une vraie pâte à modeler qu’elle pouvait malaxer selon ses goûts.

Le souffre-douleur qui dit « non je ne souffre pas, c’est ma femme qui est malheureuse. »

La secrétaire entre sans même frapper, les larmes aux yeux. Je pense aussitôt à un drame. Heureusement, elle est suivie de mon patron qui entre en courant dans le bureau, la minute en main, pour la faire signer à notre client.

Vite, je descends dans le bureau du bas pour ne pas laisser plus d’une minute Madame toute seule. Les transferts de fonds s’effectuent avec la rapidité de l’éclair. Longtemps encore après, je rappelais à notre comptable combien il pouvait aller vite quand il fallait pour établir un mouvement comptable et deux chèques. S’il avait pu faire pareil dans tous les dossiers, nous n’attendrions pas trois heures pour délivrer les prix de vente à nos clients.

IIIème acte : Madame sort très vite de l’Étude, sans mot dire.

Nous pensons qu’elle est lassée, qu’elle capitule enfin.

La standardiste regarde par la fenêtre, cachée par les rideaux, regarde traverser Madame, la voit fouiller dans son grand sac. Elle est de dos. Que fait-elle ? Elle reste plantée là.

Le troisième acte semble compromis.

Enfin, l’impatience aidant, elle se met à bouger un peu, se tourne de côté, laissant apparaître l’instrument de torture qu’elle a dans les mains.

« Une chaîne de vélo ! » Crie-t-elle à la cantonade !

La cantonade m’appelle.

Je me charge de Monsieur qui descend avec moi à la cave. Je me fais accompagner du guetteur des sous-sols. Nous traversons les archives, aboutissons dans le garage.

Là, nous prenons la porte de derrière, destinée plus habituellement aux poubelles, que nous avons affublé pourtant de ce nom pompeux, ô combien exact aujourd’hui, de « porte de secours ».

Monsieur se traîne avec nous au commissariat pour la énième fois.

Les agents de police, dix minutes plus tard, l’air de rien, accostent Madame, l’interrogeant sur la destination de l’instrument qu’elle a dans les mains.

Madame rétorque tout simplement qu’elle attend Monsieur pour lui demander s’il peut l’aider à graisser la magnifique chaîne de la bicyclette de son fils…

* * *

DIVORCE BOURGEOIS

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

Si elle ne l’avait pas épousé pour sa situation, il se trouve qu’il était financièrement très à l’aise. De son côté, des ascendants ruraux lui avaient légué les pieds sur terre, mais pas de fortune en main. Oubli majeur, aucun contrat de mariage ne fut conclu, les tourtereaux étaient unis pour le meilleur et pour le pire sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts.

Le couple devint propriétaire d’un petit château et d’une chasse. Divers emprunts avaient été contractés pour permettre la rénovation de la toiture, des nombreuses fenêtres, des vantaux, des grilles, du chauffage central, des chambres, pour permettre aux princes orientaux de venir chasser, mais ils ne sont jamais venus. Les princes arabes vont en Sologne, pas dans notre région. Il y fait pourtant chaud, mais ils préfèrent le vert qui leur manque tant aux prairies sèches. Les époux finirent pourtant par attirer une autre clientèle, celle de leurs semblables, les bourgeois provinciaux. Monsieur était l’heureux propriétaire d’un beau 4x4 noir, avec des jantes dorées ; Madame se contentait d’un monospace pratique pour aller chercher les enfants à l’école ou faire les courses. Jamais le luxueux véhicule de Monsieur et son contenu, la famille sur son trente et un, ne manquaient l’examen du dimanche matin, la messe. Madame y montrait ses beaux atours, son dernier chapeau, Monsieur avait une double occupation, reluquer et se faire pardonner, si toutefois Dieu existait, quelque péché non mortel. Tout était fait pour montrer l’aisance et la solidité du couple, afin de renforcer l’envie des potentiels clients.

Une incartade, une bêtise, une histoire sans conséquence, un coup de canif, bref une bagatelle fut répandue et amplifiée comme des perles d’un collier cassé sur le parquet du salon. Un malentendu, une bévue, un impair de la part d’une collaboratrice de Monsieur furent à l’origine de la découverte par Madame de ce qu’elle appela une trahison. Monsieur l’entendait tout autrement, ne trouvant rien d’affolant, et pensant naïvement que Madame s’habituerait, au prix de l’achat de beaux et conséquents bijoux, à la perte de la conviction d’être la seule au monde à être aimée de Monsieur.

Personne n’y vu goutte. La semaine, Monsieur partait travailler, Madame vaquait à ses occupations. Le week-end, les chasses occupaient le couple, les hôtes ne devant s’apercevoir de rien. Mais de lourds silences en disaient long sur l’effondrement des certitudes de chacun. Le soir, moment pernicieux du tête-à-tête sur l’oreiller, qui permettait aux époux de se confier ce qu’ils ne pouvaient de se dire dans la journée, devenait la crainte permanente de Monsieur et l’exutoire de Madame. Un jour vint où ces moments ne suffirent plus, Monsieur décida de faire chambre à part, ce qui calma momentanément Madame, mais la cocotte-minute était lancée, elle explosa vite, laissant la vapeur dépasser les chambres à coucher.

Madame osa se mêler aux conversations de son mari avec ses riches clients et amis chasseurs. Tout était prétexte pour évoquer le gibier à touffe, chasse préférée de Monsieur selon Madame. Le repas qu’elle confectionnait d’ordinaire avec amour pâtissait de cette situation. Elle trouvait un petit goût de faisandé à tous les plats, une odeur de bouchon à tous les vins. Les clients ne comprenaient plus ce petit brin de femme encore guilleret quelques mois plus tôt, qui s’égosillait maintenant et s’évertuait à devenir plus vulgaire que la " poule " de Monsieur.

Monsieur envisagea de chasser Madame. " Tu repartiras en petite culotte, comme tu es venue ", criait-il dans mon bureau. " Tu cracheras au bassinet, ma pension, ma prestation et tes dents en or ! " répondait-elle.

Monsieur estimait que tout lui appartenait. Le patrimoine commun se résumait pour lui aux ustensiles de cuisine et aux horribles coussins du salon. Il se serait bien débarrassé du chat également.

L’assignation reçue, il dût se rendre à l évidence, après moult explications des experts-comptables, avocat, conseiller financier, banquier, et enfin notaire. Il fallait bien se résoudre à partager la communauté. Pour le reste, il n’avait pas de dents en or.

La crise se profilait à l’horizon. Ayant déjà connu quelques revers, il fut convenu d’un commun accord de vendre la propriété. Le passage d’une petite annonce pleine page dans une revue très chic, de nombreuses annonces dans les journaux nationaux, permirent de visiter à de nombreux intéressés. Le hasard se fixa sur le rival de toujours, le voisin, qui rêvait, bavant devant le charisme de Monsieur et croyant que la terre d’à côté valait trois fois la sienne. Le château et ses petites douves en étaient la cause. Ce client vint en mon étude signer la promesse de vente du siècle. Mon patron en déboucha une bouteille de champagne, ce qui était bien rare, lui qui préférait l’anisette. Nous savions tous que l’acquéreur assouvissait par là une douce vengeance.

Madame ayant lancé la procédure, n’avait pu qu’accepter pareille offre, pour d’autres raisons encore. Déduction faite des prêts, la somme restait rondelette et elle ne savait à quels saints se vouer pour la faire fructifier. Soudain, les agents d’assurance et banquiers de notre ville lui parurent tels filous et charognards n’en voulant qu’à son capital.

La procédure se poursuivit à l’amiable, exit le notaire, en l’absence de biens immobiliers. Monsieur qui avait enfin appris comment profiter de ce divorce pour défiscaliser partie de ses revenus, proposa de lui-même une belle pension alimentaire pour ses enfants. Il accomplit cependant son devoir de secours au minimum, ce qui mit Madame en colère. Hors de question pour notre épouse de puiser dans le capital pour régler ses factures de coiffeur, habillement, club de gym, théâtres, portable, psy et autres, encore moins la nounou de chacun de ses enfants, leurs professeurs particuliers pour piano, anglais, mathématiques et les vacances au soleil ! Monsieur estimait pourtant qu’il faut bien se serrer la ceinture quand on est une épouse divorcée et que la pension alimentaire était largement suffisante pour couvrir entretien, éducation et petits extras en tous genres des enfants. Il refusa catégoriquement par la voix de son avocat de parler prestation compensatoire. La procédure amiable fit donc long feu.

L’avocat sut parfaitement rétablir la situation en évoquant devant le juge le chèque que l’épouse avait encaissé dans la vente de la propriété et le fait que Monsieur n’avait plus qu’un " simple emploi de cadre supérieur ". Madame eut beau crier à tue tête que ce chèque était le fruit de son labeur auprès de son mari pendant toutes ces longues années de mariage, Monsieur sut rétorquer que l’acquéreur était l’amant de Madame.

C’en fut trop pour le pauvre juge. Même si ceci ne constitue pas une faute, de nombreux zéros sur un chèque ainsi que la confirmation que Madame vit encore dans le bien vendu en ayant séduit l’acquéreur, firent tomber toutes velléités de prestation compensatoire.

La morale de cette histoire est qu’il faut penser droit de partage lorsqu’on reçoit des fonds, car deux ans plus tard, nos époux reçurent une proposition de rectification de la part de l’administration fiscale, fondée sur les chiffres énoncés dans le jugement de divorce qui faisaient clairement apparaître le partage du prix de vente et la somme attribuée à Madame, malgré la classique petite phrase de l’avocat : " Les époux n’ayant aucun bien en commun, il n’y a pas lieu à liquidation et partage de leur régime matrimonial ". Des époux mariés en communauté doivent régler un droit de partage sur l’actif net de leur communauté au jour de leur divorce s’ils établissent le partage de leurs biens. Sinon ils encourent les foudres de l’administration. Et c’est également le cas pour les époux en séparation des biens qui disposent de biens indivis : comptes joints, mobilier, biens immobiliers.

* * *

LE MATRIARCAT.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

“C’est fini. Le charme est rompu.

Et tu ressembles à ta mère.”

Paul Géraldy

 

-         Madame, permettez-moi d’être franc. Votre époux a sa fierté. Vous avez été mariée vingt ans. Vous avez donc une grande expérience. Vous savez que nous, les hommes, sommes orgueilleux, que nous n’entendons pas nous voir rabaisser dans un conflit. Il est donc très important que vous respectiez son statut d’homme si vous tenez à ce que le divorce se passe bien. Il ne faut pas à mon sens, chercher à le mettre en défaut, à l’humilier. Il serait plus utile de le brosser dans le sens du poil. L’ennemi doit être estimé.

-         Je n’ai jamais considéré mon époux comme un homme. Ce sont même les derniers mots que je lui ai dits quand nous nous sommes quittés : « Tu n’es pas un homme ». Comprenez-moi, je suis maintenant attirée par des hommes plus virils. Je ne lui pardonnerai jamais le dernier enfant qu’il m’a fait.

-         Pardon, je ne comprends pas.

-         Lui seul voulait trois enfants, je n’en désirais que deux. Il l’a fait exprès.

-         Il me semblait qu’il fallait être deux pour faire les enfants.

-         Dois-je vous faire un dessin ? Il ne s’est pas retenu…

-         … A votre âge, je pensais que la pilule…

-         Jamais je ne prendrai de saletés chimiques pour le plaisir de Monsieur.

-         Pardonnez-moi, une épouse castratrice, une belle-famille envahissante, vous avez dû rendre votre époux bien malheureux.

-         Sans doute. Qu’importe, maintenant je veux vivre autre chose.

-         J’en suis ravi. J’ai effectivement l’impression que vous avez effacé votre passé et que vous vous projetez dans l’avenir. Gardez vous de reproduire le même schéma avec votre nouveau compagnon.

-         Je ne vois pas ce que le modèle de notre famille a qui puisse déplaire. Au contraire, tout le monde voudrait faire partie d’une telle communion d’amour. Vous ne connaissez pas ce bonheur Maître.

Il me semble cependant que vous ne vous investissez pas beaucoup dans ce divorce, que vous laissez votre mère prendre la parole et agir à votre place. Attention aux enfants, s’ils supportent l’influence d’une mère castratrice mais qui ne s’implique pas dans la vie réelle, la survolant, ils devront lutter contre votre égocentrisme forcené ou se faire happer et devenir de petits eunuques.

Je n’ai pas dit ces dernières phrases. Je les pensais très fortement. Je lui ai juste dit : « Attention aux enfants ». Elle a répondu « oui », d’un air grave, et a fait mine d’écrire sur une feuille de papier cet avertissement. J’ai essayé à mots couverts de lui expliquer que ce n’est pas en cherchant dans les astres, la numérologie, le marc de café, en attendant un dieu, un gourou, en s’inventant une vie antérieure, en buvant, en se droguant, en changeant de partenaire tous les soirs qu’on se trouve ou qu’on se retrouve. On ne fait que se perdre un peu plus chaque jour. Ce n’est qu’une illusion de la liberté. À mon avis, on ne peut se trouver que dans le futur, en se prenant en main, en agissant, en se respectant et en respectant l’autre. En tout cas, c’est ma conclusion en voyant mes clients qui ont réussi à se sortir de ce guêpier.

* * *

-         Maître, comprenez-moi, j’ai cru un moment faire partie intégrante de leur famille, y avoir ma place, mais je me suis vidé, j’ai été annihilé, castré. Je ne voulais pas divorcer. Ç’aurait été un dernier aveu d’impuissance. Il existe encore en quelques coins reculés du monde, des familles matriarcales, gouvernées par des femmes, pour des femmes. Je me suis fait happer par l’une d’elles. Je n’avais pas le droit à la parole. J’ai fini par prendre l’habitude de faire systématiquement le contraire de ce qu’elles décidaient entre elles. Oh, vous allez penser que je suis de mauvaise foi. J’étais effectivement consulté, mais seulement pour la forme ; pas question de penser le contraire, ne serait-ce que tenter d’émettre une opinion personnelle. Voyez-vous, j’étais trop jeune, j’ai mis vingt ans à tâtonner sans savoir comment m’affirmer dans cette famille, et maintenant, je suis rejeté car je me rebelle. Je demande seulement que mon état d’homme soit respecté. Je ne parle pas de mon état d’âme, Maître, j’évoque mon état d’homme. Je suis un homme, j’ai ma fierté et il faut m’en laisser un tout petit peu. Si nous ne trouvons pas un juste arrangement, je ruerai dans les brancards. Je ne peux pas accepter d’être mené à la baguette par des hyènes qui m’ont toujours pris pour une charogne et qui veulent encore maintenant me ronger les os.

-         Je comprends bien votre situation, mais toutes les armes sont en face. Votre épouse n’est pas pressée, elle n’a pas besoin de se reloger, pas d’investissement à faire. Vous savez bien que les épouses ont repris le pouvoir par la faute de leurs pères. Ils leur ont donné les terres côtières, les plus mauvaises, abandonnées aux marais salants et aux moustiques, au paludisme, réservant les terres arables aux mâles de la famille. Les marais ont été asséchés, le paludisme éradiqué, les terres côtières vendues un prix mirobolant pour la construction de superbes villas. Les hommes eux se sont retrouvés propriétaires de terres dont personne ne veut. La culture n’intéresse plus personne et ces champs ou prés à l’intérieur des terres sont inconstructibles. Maintenant, les femmes sont riches. Votre épouse peut rester ainsi sans fin. Sans compromis de part et d’autre, nous n’y arriverons pas. Je me répète mais le dicton « il vaut mieux un mauvais arrangement qu’un bon procès » n’est pas dénué de sens.

-         Je ne veux pas d’un procès qui mêlerait les enfants, les enquêtes sociales, psychologiques, etc. Des amis ont subi ce genre d’inquisition. Cela a duré une année, et ils n’arrivaient plus à s’en débarrasser.

-         Ils avaient sans doute quelque chose à cacher.

-         Non, je vous assure. Cette personne croyait au départ se venger en répandant tous les défauts de la terre sur son époux. Mais l’enquête sociale s’est également retournée contre elle.

-         Ce serait peut-être la même chose cette fois-ci.

-         C’est moi pour le moment qui fait des reproches à mon épouse.

-         Je ne peux me mêler de votre couple, je ne suis pas juge. Je ne peux évoquer que le partage inéquitable qui est demandé. Madame réclame deux tiers du bien, alors que vous faites valoir que vous avez toujours travaillé pour le financer et pas elle.

-         Elle a toujours été instable. Elle était à son compte et c’était bien ainsi. Elle travaillait quand elle allait bien, mais n’a jamais fait l’effort de valoriser sa société. Ce sont ses parents ou plutôt sa mère qui se sont toujours occupés de ses affaires pour elle. Elle dit que c’est grâce à elle si nous avons ce que nous possédons, mais ce n’est pas si simple. Elle visitait les appartements, éliminait les biens qui n’auraient pas convenu. Puis elle m’appelait et nous visitions une seconde fois ensemble. Il est un fait que son premier choix était souvent le bon. Mais elle avait le temps que je n’avais pas, ma charge était de faire bouillir la marmite. Elle l’oublie facilement. Son train de vie était sans commune mesure avec mes salaires. Elle conservait ses revenus pour son propre compte, je ne peux le prouver, les documents sont chez sa mère. C’est moi qui supervisais les travaux, moi qui payais les entrepreneurs. Elle s’occupait de la décoration et du mobilier. Encore, la brocante est ma passion. Je dénichais aussi de petits trésors.

-         Monsieur, rien ne sert de vous torturer ainsi. La séparation des biens a ce tort que chacun au bout du compte recherche toutes les créances qu’il peut avoir contre son conjoint, pour se venger, ou dans le but d’effacer les années de mariage. Il me semble que les époux font œuvre commune, non ? Légalement, il n’est pas possible de se prévaloir du travail manuel effectué par chacun pour générer une créance entre époux. En fait, il est dangereux de laisser s’installer une situation bancale, et pourtant bien banale : Le mari paie les impôts, les factures, les emprunts. L’épouse de son côté ne travaille pas et utilise l’argent de son conjoint. Si cette formule convient au couple pendant le mariage, il faut en accepter la règle du jeu jusqu’au bout, c'est-à-dire jusqu’au divorce et au partage des biens indivis. Le salaire, seule source de revenus du ménage devient alors la contribution aux charges du mariage. La dépendance de l’épouse étant totale, les devoirs de l’époux sont totaux. Seules les économies faites sur les salaires du mari, portées sur des comptes ou placements à son seul nom, lui sont personnelles. Si tout le salaire est dépensé au bénéfice de la vie commune, il ne peut être réclamé de créances par ledit mari. Quand les gens se mariaient sous le régime de la séparation des biens, aux époques passées, c’était pour que chacun puisse utiliser son argent comme il l’entend. Ceci signifie que si seul Monsieur a des revenus, la maison est acquise par lui seul pour son seul profit. Lorsque le mari souhaite faire un cadeau à sa femme, il achète un bien à son nom à elle ou aux deux noms, il sait alors qu’il ne pourra réclamer quoi que ce soit sur la part de Madame. Si son activité est audacieuse, le mari aura tendance à tout mettre au nom de l’épouse. Il sait ce qu’il risque en agissant de la sorte. Mon père connaissait ce genre de problème à régler à ses débuts. Les créances entre époux à déterminer se limitaient souvent à ce genre d’exercice. L’épouse, sentant le vent venir, faisait tout « disparaître » ou partait avec la « caisse ». Parfois en sens inverse, le mari abusait de la compétence professionnelle de sa femme, sans jamais la rémunérer. De nos jours, je ne comprends toujours pas ces gens qui n’auront jamais d’activité à risque, qui souhaitent tout partager, et qui pourtant entendent signer un contrat de mariage de séparation des biens. En communauté, il n’y a pas ce souci. En l’absence de biens ou de deniers propres, la totalité du patrimoine est partagée égalitairement entre les époux. C’est simple. Selon moi, si on choisit la séparation des biens, mais qu’on décide de vivre en mettant tout en commun, on doit liquider son régime matrimonial comme une communauté, mais ne pas compter sur une prestation compensatoire en sus. C’est une question de philosophie, mais aussi de respect de soi et de l’autre. J’ai le sentiment que chacun cherche à récupérer toutes ses « billes », mais également à gagner les billes de l’autre. Les histoires de divorces entre étrangers richissimes y sont à mon avis pour quelque chose, de même que la société de consommation. Chacun à son niveau veut gommer ce qu’il a fabriqué à l’aide de l’autre, ou a contrario le surévaluer s’il a l’intention de ne pas le conserver. Un couple est composé de deux personnes. Chacun a contribué à sa manière à la famille, au patrimoine. Je ne cesse de le répéter à mes clients.

-         Il y en a toujours un qui fait plus que l’autre.

-         Je ne crois pas que ce soit une généralité. Chacun créé, agit à sa manière.

-         Vous savez très bien que professionnellement il y a ceux qui sont toujours dans les couloirs, toujours à côté de la machine à café, toujours à brasser de l’air. On les voit beaucoup, on les entend beaucoup, mais ils ne sont pas très efficaces.

-         Ils participent tout de même à l’entreprise. On s’ennuierait si l’on n’avait pas de bouc émissaire.

-         Je ne tiens pas à être le bouc émissaire.

-         Vous êtes celui qui bat de l’air autour de la machine à café ?

-         Non, alors que c’est bien moi qui ai financé le niveau de vie de la famille, je suis le seul homme à qui on met un tablier, à qui on fait faire la vaisselle après le repas, derrière la machine à café.

-         Je ne trouve pas cela ingrat si le repas était bon.

-         Vous avez toujours toutes les indulgences.

-         Je n’ai pas vécu dans une société matriarcale.

* * *

QUAND LES BEAUX PARENTS S’EN MÊLENT.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Un mari, c’est le gars qui vous soutient dans tous les problèmes que vous n’auriez pas eus si vous ne l’aviez pas épousé ».

Caroline AMMERLAAN

 

Beau-père UN ne voulait pas de Madame pour bru. Rassurez-vous, Belle-mère DEUX ne voulait pas de Monsieur pour gendre.

Les voici tous six réunis dans mon bureau : Madame, Monsieur, Beau-père et Belle-mère UN, parents de Monsieur, Beau-père et Belle-mère DEUX, parents de Madame.

Chacun évoque les qualités de sa descendance, les défauts de l’engeance d’en face. Chacun relate par le menu détail les mouvements de fonds qui ont permis aux époux de se constituer UN PATRIMOINE. Avez-vous remarqué ce mot à la mode ? Vient-il du mot père ? Comme patriarcal ? Que penser du matrimoine ? Nous en avons un exemple cruel devant nous.

C’est exaspérant, si l’on écoute et poursuit le raisonnement jusqu’à son comble, mes clients n’ont rien fait, rien créé, juste mangé le pain de leurs parents, travaillé dans l’entreprise de leurs parents, vécu dans l’appartement de leurs parents, etc. (À ce point, la discussion est vigoureuse afin de déterminer qui a apporté plus de cadeaux que l’autre pour rendre l’habitation des futurs ex-tourtereaux la plus belle possible) …

À première vue, Beau-père UN est fatigué de Belle-mère UN, son épouse, qui elle-même reporte son affection sur mon client, tout en haïssant sa bru de lui avoir soustrait son enfant chéri. Beau-père UN ne supporte pas l’amour sans borne de belle-mère UN sur son fils qu’il pense être un naïf. Il supporte encore moins l’autonomie que son fils a cru bon tenter d’acquérir en épousant ma cliente contre le gré de tous. Beau-père UN pense que Monsieur s’est fait avoir par sa belle-famille. Belle-mère UN entend coûte que coûte récupérer l’appartement, on se demande presque si c’est pour elle-même ou pour son fils.

Belle-mère DEUX de son côté déteste franchement son époux, mais plus encore sa fille, qu’elle jalouse de s’être amourachée d’un fils à papa nanti, alors qu’elle-même a dû trimer sang et eau pour constituer ce qu’elle aurait aimé appeler sa fortune, si ce mot n’avait pas une connotation triviale de nos jours. Belle-mère DEUX n’a aucune envie de laisser transparaître un quelconque signe extérieur de richesse de manière à ce que la prestation compensatoire revenant à sa fille soit la plus élevée possible.

Grand jeu de poker menteur.

Seul, Beau-père DEUX ne dit rien. Un peu trivial parmi tous ces gens qui se disent de bonne compagnie, il aime sa fille, sa femme, son gendre, avait un bon métier qu’il a poursuivi avec constance jusqu’à la retraite, ne voyant pas l’utilité d’accumuler toujours plus. Autant dire que cette discussion animée lui passe au-dessus de la tête, même s’il fait tout pour se sentir impliqué.

Soit, il avait donné un peu d’argent à sa fille unique, à quoi bon chercher plus loin.

Je dois dire que j’ai toujours pensé de même façon.

On relate le patrimoine commun, on relate les sommes recueillies par donation, succession ou legs. Si ces sommes ont servi à l’acquisition ou à l’amélioration du bien commun, on réévalue, pas toujours à la hausse. Voici en accéléré ce que dit le Code civil. Parents et beaux-parents ne l’entendent pas de cette oreille.

-         Maître GASTON, vous ne semblez pas comprendre, de grosses sommes sont en jeu. Ma bru nous a aspirés comme un pastis du bout de sa paille. Elle n’a même pas laissé les glaçons.

Madame a pourtant un salaire, depuis toujours, qui n’est inférieur que de très peu à celui de Monsieur. D’autre part, les époux sont mariés en communauté.

-         La belle affaire, justement, parlons-en, la faute à un notaire encore !

J’aime ce « encore ». Il me semble qu’il signifie que je suis en train de commettre la même faute que ce notaire sans même m’en rendre compte. Soudain, je réalise qu’aucun avocat n’assiste à ce débat. Point n’est encore nécessaire, les époux en sont aux prémisses, me dit-on. Un avocat, c’est très cher, veut-on dire. Peut-être aussi cherche-t-on finalement à trouver un terrain d’entente rapide.

Cependant un autre drame se joue dans le bureau.

On jurerait que c’est Belle-mère UN et Beau-père UN qui divorcent. Les phrases assassines pleuvent.

-         Pourquoi as-tu embauché ta bru ?

-         Elle n’était pas ma belle-fille quand je l’ai employée !

-         Tu n’aurais pas dû la garder.

-         Professionnellement je n’ai rien à dire. 

-         Pourquoi la payes-tu autant !

-         Pas plus qu’une autre.

Mes clients sont tous deux outrés des procédés de la mère de Monsieur. Enfin ils semblent d’accord sur ce point. En fait, ils semblent d’accord sur à peu près tout, remuant du groin comme deux petits porcelets roses en poussant quelques grognements.

Belle-mère DEUX explose lorsque sa progéniture est mise en cause concernant ses compétences professionnelles, c’est comme si on lui disait qu’elle-même est une bonne à rien.

Je tente de revenir au seul sujet du jour, le partage de la communauté de mes clients.

Seul, Beau-père DEUX fait silence, les épaules rentrées, terrassé par on ne sait quelle pensée, dont je doute fort qu’elle soit agréable.

Je parviens à reprendre le contrôle.

-         Permettez-moi maintenant de suspendre ce rendez-vous. Je ne pense pas qu’il fût de bon augure et de bon usage d’inviter au moment du divorce les mêmes convives qu’au repas de noces. Je souhaiterais ne recevoir les époux qu’accompagnés de leurs avocats, ou seuls la prochaine fois !

J’ai réglé en toute sérénité le divorce de mes clients, puis celui de Beau-père et Belle-mère UN, et enfin même celui de Beau-père et Belle-mère DEUX, chacun séparément, refusant tant que possible les entremêlements familiaux.

* * *

LA VENGEANCE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ; la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »

Graham GREEN

 

Monsieur est très curieux, méthodique, calculateur, il saisit tout très vite, sans qu’on puisse le saisir. Monsieur est non violent. Mais pas pour autant dénué de toute perversité.

Quand Madame a réussi à partir, après avoir subi pendant de très longues années toutes les tortures morales imaginables, Monsieur a finalement abandonné le logement familial afin que Madame puisse revenir s’y installer.

Pourquoi ?

Madame a retrouvé ses sous-vêtements découpés aux ciseaux en confettis.

Chaque planche des armoires a été soigneusement dévissée, ou on lui aura consciencieusement ôté les mortaises, un peu, mais pas trop, de manière qu’elle ne s’écroule que sous le poids des affaires ou vêtements de Madame, ou lorsque Madame en ouvre la porte.

Chaque robinet, bonde, d’évier ou lavabo, même les toilettes ont été libérés de leurs joints, de manière que tout fuit, petit à petit, sournoisement.

De plus, Monsieur, ne pouvant permettre à son épouse de récupérer ses archives, a laissé pendant plusieurs heures les robinets de la maison ouverts, en l’absence de Madame, de manière que le sous-sol où se trouvaient les cartons, soit totalement inondé, les classeurs totalement imbibés. Mais ce n’est qu’une fois les documents secs et collés irrémédiablement entre eux, en une pâte à papier feuilletée, que Madame s’en est rendu compte, l’odeur de moisi l’ayant poussé à une inspection en règle du sous-sol.

Madame n’a certainement pas dit son dernier mot, la vengeance est un plat qui se mange froid.

* * *

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