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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

#la comedie du divorce

ACCUSATIONS Dans mon bureau

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         Nous sommes venus tous deux chercher des renseignements.

-         Je ne pourrai vous donner rien de plus. Votre mère en qualité d’épouse commune en biens a choisi le notaire chargé du règlement de la succession.

-         Notre mère peut-elle refuser la succession de son époux ?

-         Bien entendu, cependant elle aurait intérêt à l’accepter.

-         Si elle veut la guerre avec nous.

-         Tout notaire ou avocat normalement constitué lui conseillerait d’accepter la succession de son époux, celle-ci étant bénéficiaire. Il n’y a aucune restriction concernant un époux en instance de divorce, sauf si lui-même a fait un testament privant son conjoint de ses droits dans sa succession.

-         Ce qui n’est pas le cas, n’est-ce pas ?

-         Oui, Mademoiselle.

-         Pourquoi refuserait-elle quelque chose qui lui vient tout cuit alors que papa s’est tué au travail pour constituer ce patrimoine.

-         C’est votre mère. Elle a sûrement participé à la carrière de son époux.

-         Si vous voulez mon avis, ce fut un frein, et particulièrement depuis cinq ans.

-         Précédemment, c’était une hystérique qu’on ne pouvait jamais satisfaire. Puis lorsqu’elle a enfin pu faire sortir de sa gorge, son besoin de prendre du champ, elle n’eut de cesse de demander à mon père d’organiser leur séparation, alors qu’il en était malheureux comme les pierres.

-         Et il l’a fait, ne reviens pas sur le passé. Nous n’en sommes plus là.

-         Nous allons pourtant devoir faire tout ce qu’ils n’ont pas fait.

-         Si je puis me permettre, ce décès brutal est tout aussi lourd pour votre mère que pour vous deux, ne prolongez pas le divorce. Vous êtes trois maintenant, pas deux contre un.

-         Ni un contre deux, Maître.

-         Tu n’en sais rien, tu n’as pas encore eu l’occasion d’en parler avec maman depuis le décès.

-         Si, je lui ai parlé. Elle a réclamé son dû !

-         Et alors, tu n’as pas tué ton père pour hériter, tu ne vas pas tuer ta mère pour qu’elle n’hérite pas !

-         Toi aussi, tu es contre moi. Ce n’est pas grave. Papa aurait voulu que je poursuive le combat.

-         Non, il aurait fait un testament, il t’aurait donné des armes s’il avait voulu que tu poursuives un quelconque combat.

-         Mais il n’en a pas eu le temps, il en a été empêché par maman.

-         Permettez-moi d’insister, votre père de son vivant, souhaitait avec les fonds qu’il toucherait, acheter une maison à la mer, un voilier, vous acheter chacun un appartement et vivre tranquillement avec son épouse. Il pensait, comme nous en connaissons tous des exemples, qu’ils allaient divorcer et qu’ils seraient alors plus proches, puisque libérés de toute contrainte. Il pensait que le juge allait accorder à Madame la moitié de ce que les époux possédaient au jour de leur séparation, et trois cent mille euros à titre de prestation compensatoire, ce qui lui ferait en tout huit cent mille euros, et qu’il pourrait disposer du reste pour faire les acquisitions envisagées, parce que le juge se rendrait bien compte que c’est depuis son départ que votre père avait gagné beaucoup d’argent.

-         Parce qu’elle était un boulet.

-         Preuve qu’il s’est donné plus dans son travail quand les plaisirs familiaux lui étaient refusés.

-         Ne divorcez pas de votre mère.

-         C’est trop tard, je repars en Afrique.

-         Je pars en Inde, justement pour ne plus avoir de conflit avec elle. Elle fait ce qu’elle veut, sans nous.

* * *

ACCUSATIONS. Après l’enterrement.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

-         C’est toi qui l’as tuée, hein, maintenant tu es heureuse ! Tu t’y attendais, tu savais que son cœur ne tiendrait pas, tu t’es acharnée !

-         Ne dis pas de bêtises, je n’avais aucune idée qu’il avait des problèmes de cœur, absolument aucune idée. Quand nous nous sommes quittés, il n’avait aucun trouble de santé.

-         Voyons ne dis pas le contraire, plutôt que de divorcer tranquillement, lors de votre séparation, il y a quatre ans, tu as attendu exprès qu’il fasse fortune pour réclamer ton dû ! Mais mon frère et moi, nous ne te laisserons pas faire …

-         Bien entendu c’est ma part ! Tu ne crois tout de même pas que de vivre avec ton père était une sinécure ! J’en ai bavé, ma fille, et plus que tu ne peux le croire ou le comprendre. Je ne vois pas pourquoi, j’aurais tiré les marrons du feu sans en profiter ! C’est bien grâce à moi qu’il a eu cette carrière !

-         Ah oui, c’est toi qui as fait ces hautes écoles, toi qui as passé tous ses diplômes, toi qui lui as trouvé ses emplois, toi qui rentrais tard et ne prenais pas de vacances !

-         Non c’est moi qui me suis écrasée, qui ai élevé, toute seule, les enfants, fait les courses, le ménage, qui ai sacrifié ma carrière pour être présente quand il ne l’était pas.

-         Oui, c’est vrai que la femme de ménage n’avait plus qu’à se faire un thé… et que tes études approfondies des fonds de classe t’auraient sans souci permise d’être Président Directeur Général si tu avais voulu !

-         C’est facile pour toi d’en rendre compte maintenant, mais tu oublies les débuts difficiles, tu oublies les soirées gâchées, les vacances gâchées, ses absences à répétition et son ton dictatorial lorsqu’il rentrait. J’ai toujours raison, je suis le plus fort, les autres ne valent rien. Mon épouse non plus, pas capable de faire autre chose que des enfants… Tu n’as pas tout connu et tu as bien vite oublié, on dirait.

-         Tu parles comme une petite fille, des soirées gâchées, des vacances gâchées, et les ouvriers qui n’ont pas deux sous pour mettre dans une soirée, ou dans des vacances, tu y penses ? Tu avais un train de vie de luxe, tu te payais ce que tu voulais. C’est toi qui as arrêté en te séparant de lui, alors pourquoi vouloir lui pomper son argent. Papa avait dit un quart chacun, et tu n’as pas voulu, tu voulais quoi encore ?

-         Je voulais la moitié, tout simplement, ce qui me revient de droit dans la communauté comme me l’avait expliqué mon avocat, et une prestation compensatoire en plus, pour vivre bien, malgré la séparation, tout simplement, mon dû, comme tu dis si bien. Mon dû. Un point c’est tout.

-         Que tu reçoives la moitié du patrimoine au jour de votre séparation, pas de soucis, d’ailleurs c’est ce que tu avais conclu avec papa sur un coin de table, sur ce papier que tu as conservé et que tu refuses de montrer.

-         Je ne l’ai pas conservé, ou plutôt il n’y a jamais eu de papier en ce sens, je n’aurais jamais accepté.

-         Si maman, tu as signé comme lui ce papier, il ne nous aurait pas menti sur ce point, et papa t’a acheté un appartement pour que tu vives en paix avec ton gigolo suite à cette signature, il t’a fait confiance et tu as trahi sa confiance.

-         Je ne te permets pas de parler en ces termes.

-         N’empêche, tu as laissé papa tout seul.

-         Mais je n’en pouvais plus de lui, de ses humeurs, j’avais envie de fraîcheur, de vitalité, mais aussi de calme, j’étais lassé des excitations, des excès en tout genre.

-         C’est pourtant ce qui t’avait séduite, son infatigabilité.

-         Peut-être, mais maintenant il me fatigue.

-         Tu t’écoutes un peu, tu parles comme s’il était vivant, tu n’as aucun respect pour sa mémoire, tu es ravie qu’il ait cassé sa pipe, à toi le tiroir-caisse bien rempli ! Vénale, tu me dégoûtes, tu as le sang aux commissures des lèvres. Comment as-tu pu faire cela à papa ?

-         Ma fille, tu parles de moi, mais regarde-toi, la perspective de cette perte financière t’enlaidit. Tu n’auras pas ton quart tant convoité.

-         Si bien sûr, de quoi parles-tu ? J’aurais ma part dans la succession, mais toi tu ne l’emporteras pas au paradis.

-         Tu n’auras que de la nue-propriété.

-         J’ai bien compris que tu me ferais un coup bas mais peut-être que papa a laissé un testament.

-         Non, il n’en a pas fait si tu veux le savoir. Il a dit au notaire que s’il décédait avant le divorce, il trouvait normal que j’hérite de lui car il considérait que j’étais encore sa femme, que je reviendrais puisqu’il m’aimait et qu’il saurait me le démontrer.

-         Je rêve… Tu t’en vantes, comment a-t-il pu dire ou penser une chose pareille !

-         Demande-lui.

-         Tu veux ma mort ?

-         Ce n’est pas ce que je voulais dire.

-         Il doit se retourner dans sa tombe maintenant qu’il voit à quel point tu n’en avais rien à faire de lui, de ses états d’âme, de ses bleus au cœur. Il doit se mordre les doigts.

-         C’est plutôt toi qui te mords les doigts de ne pas avoir tout, tout de suite, ma belle.

-         Tu dis n’importe quoi, je n’attendais pas après la mort de papa moi.

-         Je n’ai jamais attendu après non plus, son décès me fait beaucoup de peine contrairement à ce que tu as l’air de penser. J’éprouvais encore une grande admiration et de l’amitié pour ton père. Je t’ai dit que je croyais même que c’était un coup monté quand tous ses avocats et fiscalistes se sont précipités sur moi et qu’il n’était même pas là.

-         Il était en train de lutter en vain contre la mort par ta faute.

-         Arrête de tenter de me culpabiliser, tu n’y arriveras pas.

-         Avoue que c’est troublant, tu joues l’abjecte, tu deviens vulgaire devant ses avocats, criant au guet-apens, alors qu’il se meurt d’une crise cardiaque, dans l’entrée de l’appartement, sa sacoche à la main, et l'on met trois jours à le retrouver. Tu ne t’es même pas demandée s’il avait un malaise. Peut-être était-ce du cinéma ?

-         Je te dis que je pensais qu’il se moquait de moi, me laissant face à ses charognards.

-         C’est bien ce que je comprends, tu n’as même pas eu une seconde d’inquiétude, de pitié.

-         Qu’est-ce que tu racontes, pourquoi aurais-je éprouvé de la pitié ? Toi aussi, tu aurais pu y penser.

-         Oui, c’est sûr, à cinq mille kilomètres de là, j’aurais dû sentir le malaise de mon père. Désolée, maman, je n’ai pas le don d’ubiquité.

-         Tu ne comprends pas, quand j'ai téléphoné pour t’informer qu’il avait disparu, toi non plus, tu n’as pas pensé tout de suite qu’il avait pu mourir chez lui.

-         À cette distance, un père de cinquante ans, une histoire aussi étrange, non, effectivement, ce n’est pas la première chose qui m’est venue à l’idée. D’autant que je n’imaginais pas que tu aies pu me dire qu’il avait disparu avant d’avoir visité son appartement. La première pensée qui me vint fut pourtant le suicide.

-         Ton père n’aurait jamais fait cela.

-         Maman, tu n’as pas idée de la profonde dépression dans laquelle ton indifférence l’a plongée. Il aurait préféré que tu le détestes. Il aurait eu au moins un sentiment à combattre. Mais une personne indifférente qui se révèle de plus uniquement intéressée par l’argent, comme s’il était devenu ton banquier, cela fait gerber comme il disait.

-         Je ne te permets pas. Il n’aurait jamais parlé ainsi de moi.

-         Tu devrais renoncer à la succession si tu avais un peu d’amour propre.

-         Je n’en ai pas. Là, tu es contente ? Je veux être autonome financièrement et son décès est une opportunité pour moi.

-         De là à penser que tu y as gravement contribué, il n’y a qu’un pas.

-         Contribué à quoi ?

-         TU L’AS TUE. Ou tu l’as fait mourir, si tu préfères.

-         Tu peux tout tenter, tu n’y arriveras pas. Je ne suis pas coupable, je ne suis pour rien dans son décès et il le sait très bien. Sinon, il aurait fait un testament et il n’aurait pas dit ce qu’il a dit au Notaire.

-         Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd. Tu as toujours vécu à ses crochets. Tu vas hériter des fruits de son labeur, de son sacrifice pour sa famille. Et sa famille, ce n’était plus TOI !

-         Arrête enfin. Cette discussion n’a que trop duré. C’est clos. Je ne veux plus entendre cela, plus jamais.

-         Pourtant ce n’est qu’un début, on aura ta peau.

-         Tu deviens folle ! La rage t’égare !

-         Mon frère et moi, on n’oubliera pas le mal que tu as fait à papa.

-         Ne mêle pas ton frère à tes obsessions. Il n’a sûrement pas la même opinion que toi. Il n’était pas sans cesse à l’autre bout du monde à aider ses semblables plutôt que sa famille, lui…

-         Comme tu voudras, mais je pense que tu seras déçue.

* * *

Celui qui veut divorcer à l'amiable

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Bonjour toi

 

Ce petit message à l’écart des avocats, pour te souhaiter une bonne année que tu es en train de me gâcher. 

En fait, je ne comprends pas l’orientation que tu es en train de prendre dans notre divorce. c'était notre fait, notre chose, nous menions tout à bien ensemble, que ce passe-t-il désormais ? 

Il m’avait toujours semblé,  et même si nous nous sommes souvent heurtés, que nous le faisions en toute transparence, sans crainte du dialogue.  Cette manière de fonctionner nous a toujours permis d’avancer, calmement, sans arrière pensée, sans coup bas. 

Tu sais aussi que financièrement, c’est très compliqué pour moi en cette période de crise, ce qui ne veut pas dire que c’est facile pour toi, mais je ne sais plus comment payer mes employés, le comprends-tu ? Toi tu touches ta pension, ce qui est plus simple. 

Tu envies ma situation de libéral parce que tu ne la connais pas. Je ne me paie plus, si je licencie, je n'ai plus personne pour faire le travail, donc je n'ai plus de moyen de me payer. Si je ne paie plus mes fournisseurs, je n'ai plus de matière à donner à mes salariés. Si je ne paie plus mes impôts, je suis persécuté par le fisc qui vient saisir ce qui reste de cette tragédie. Si je te paie un devoir de secours plus important, je dois avoir un revenu, mais je n'en ai plus en ce moment, et les fonds que tu sais être sur mon compte sont pour les impôts, pour l'avocat que tu ne pouvais pas régler, pour le notaire, pour la liquidation. Que faire ?

Je ne veux pas prendre un autre chemin que celui que nous avons suivi jusque là, je veux poursuivre dans le consentement mutuel, comme nous avions commencé judicieusement. J’ai trop de respect pour les valeurs et les fruits de notre mariage. Tu as nié notre avocat commun et pris un avocat, c'est ton choix. Je ne prendrai pas d’avocat. Les avocats ne feraient que déclencher une guerre civile. Je ne veux pas de guerre et je n’en n’ai jamais voulu. Tu nous imagines aller collecter des informations, des témoignages, des preuves dans nos familles, chez nos amis, auprès de nos enfants ? et au final pourquoi ? nous n’en sommes plus, depuis longtemps, à nous quereller pour la faute de l'un ou de l'autre. notre amour s'est usé, rien de plus, de ton côté comme du mien, ces dernières années ont été révélatrice de cette évolution. 

Les seuls qui s’enrichiraient de tout remettre en cause, ce sont les avocats…

 Je ne veux pas qu’on nous oblige à nous haïr… je ne veux pas de haine dans notre divorce. Il n’y en a jamais eu dans notre mariage. Tout ce que je souhaite, c’est que notre divorce se termine amicalement et que nous puissions envisager de rester bons amis. Et je sais que tu sais.

La balle est dans ton camp.

 Je t'embrasse.

 

CELUI QUI VEUT REVENIR EN ARRIERE

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Ma très chère âme,

Permets moi une réponse à tes rodomontades qui ne soit ni vulgaire ni désordonnée comme le sont tes messages que mon cœur lit avec inquiétude.

Vraiment tu me lis peiné, même affligé, enfin consterné par ton apostrophe vénéneuse et cavalière qui me heurte pour qualifier le père de tes enfants.

Tu me réduis à deux initiales sans fond ni chaleur, je ne suis plus pour toi que deux lettres de l'alphabet sans plus d'intérêt. Crois m'en navré.

Pourtant mon amour n'est point flétri c'est sans doute une épreuve que tu me soumets. Notre merveilleuse progéniture, fruit de nos nuits d'ivresse et de ce sentiment inaltérable qui nous unit à jamais, en sont la preuve.

Malgré ton abandon de notre foyer, tu ne pourras arracher cet amour qui unit notre petite famille comme les doigts de la main.

Tu ne peux renier cet enracinement, tu ne peux nier notre culture, nos valeurs ancestrales. Ce divorce est une aberration, une excommunication, je ne peux le concevoir. Pense à notre couple, pense à nos enfants.

Ce serait une banalité de répéter comme d'aucuns que les enfants ne doivent en aucun cas se retrouver les otages consentants de leurs parents, les victimes collatérales, les objets d'un chantage odieux. Ils ne doivent en aucun cas  subir les différends entre leurs géniteurs ni même en être les témoins. Ta décision unilatérale de fuir le navire - mais réversible à tout instant, tu le sais pertinemment -  les place de facto en position d'orphelins de cette famille que nous avions fondée.

Ton énergie n'est pas constructive. Tu déploies  depuis quelque temps, désormais trop régulièrement des talents de poissonnière, employant des mots acérés voire grossiers à mon égard. ma famille est heurtée, et je soupçonne que la tienne le soit aussi, connaissant la gentillesse qu'ils démontraient à mon égard. De plus, ces propos dénigrants se portent jusqu'aux oreilles de nos enfants. Ceci est insoutenable.

De sang-froid,  mais inlassablement, je te prie de contenir tes interjections acariâtres que tu lances comme des jets de fiel sur qui veut bien les recevoir, et nous épargner tes sautes d'humeur disconvenantes.

Je prends à mon compte le poids de l'épreuve que volontairement, tu nous fais traverser, mais cette déraison passionnelle et nauséabonde entrave notre amour sain, mettant en péril notre avenir commun.

Comme dirait notre notaire qui rédige des actes du même nom, gardons entre nos mains l'authenticité de notre relation, ne gaspillons pas la beauté de cette vie éternelle qui nous était offerte. Solennellement, je te prie d'avoir l'obligeance et la lucidité de revenir sur ton choix de me quitter pour te montrer avec d'autres hommes.

Dieu ou la raison m'en ayant donné la force, mon pardon t'est, en cette période de vœux, acquis d'avance, 

Ton bien fidèle mari qui ne connait que toi.


Nid d'amour ou nid pervers ?

ACHILLE #La Comédie du Divorce

"Chère Marie

Permettez moi de vous appeler Marie. Nous nous connaissons par l'intermédiaire de Joseph, mon ami de coeur que vous fréquentiez lorsque vous étiez mariée avec lui.

Nous avons tout en commun, je le sens, je le sais. Deux femmes qui ont subi le même amour ne peuvent que ce comprendre. Ce qui ne veut pas dire s'apprécier, car je sais que vous ne m'appréciez pas, je sais que vous me désapprouvez, mais vous ne l'emporterez pas au paradis, Dieu saura chatier votre ingratitude.

Heureusement, mes parents sont près de moi, ils me soutiennent moralement. Financièrement, ils soutiennent à bon escient mon train de vie et celui de nos enfants.Le juge a parlé de désinvolture dans la procédure qui m'oppose à mon époux pour notre séparation de corps, je ne comprends pas ce terme. En effet, je suis au contraire d'une grande responsabilité de susciter ces versements réguliers de mes parents pour nous aider, et vous aider indirectement également car c'est gràce à eux que mon Joseph vous verse la pension qui revient à vos enfants. Qu'ils sont adorables ces bambins ! Qu'ils sont charmants !

Ce n'est pas mon piteux époux qui pourrait le faire, il est au chômage, et ses maigres revenus portés sur le compte joint ne suffisent même pas à régler le prêt pour l'appartement et les impôts. Comment vivrait-on sans mes parents ! Je me dois de préserver ma jeunesse, vos enfants le comprennent si bien, eux qui me trouvent plus jolie que vous, leur propre mère.

Mon époux dissimule sûrement des revenus, il ne peut vivre de rien depuis notre séparation. Il gagne donc sa vie autrement, et il me tarde de le savoir. Il m'accuse ignominieusement de ce que je lui reproche, c'est l'hopital qui se moque de la charité, croyez moi. D'ailleurs, je le laisse à sa petite vie minable, se débattre avec ses crédits, qui sont des revenus, n'est ce pas, et ses agios sur ses comptes débiteurs. De mon côté, je n'ai pas de compte, juste la carte bleue que m'a confiée papa, c'est tellement plus simple. je n'ai d'ailleurs jamais pu regarder un relevé de compte en face, c'est comme si je devais lire les excipients d'une de mes crèmes de jour.

Mon époux n'a jamais pu gérer seul. Par exemple, il m'a toujours demandé l'autorisation pour la moindre chose, c'est d'un mesquin ! Aucune prise de risque, aucune responsabilité, et maintenant, il m'accuse injustement. Oui, figurez vous, il n'a pas pu donner congé à temps, et paie seul le logement bien trop grand pour lui seul. Je me permets cette répétition pour vous faire comprendre à quel point il est "alone" comme diraient les anglais. Vous, ma chère, et moi, nous avons tant de choses à faire, de gens à voir, notre vie est si différente. Nous avons nos enfants. Je sais ce que c'est, ne me cachez rien.

Ne vous sentez vous pas plus femme, lorsque votre utérus croit au fil de la semence qui y a été déposée un soir de folie ?  je ne pourrai jamais arrêter d'avoir des enfants, je ne me sentirai plus femme, féminine. C'est bien entendu, hors de portée de toutes ces génitrices dont le ventre plie sous le poids de la grossesse, dont les seins s'affolent puis s'affaissent, dont la panse touche le sol. Nous avons cette facilité de pondre que nous envient les stars.

Nous sommes des stars à notre manière, notre rareté fait notre prix.

J'ai confié notre nid d'amour à mon ami de coeur. C'est ce qu'avec dédain le juge nomme la résidence secondaire. Quand je pense que mon époux en demande la jouissance ou la vente, juste pour me contrer !

Le juge n'a pas semblé comprendre quand je lui ai demandé les revenus de l'assurance vie pour régler le prêt, mais il faut conprendre, je ne peux pas régler ce prêt, je n'ai pas les moyens. Je n'ose pas demander plus à mes braves parents, il ne me reste plus que cela pour financer mon nid, notre nid à tous deux. Votre époux est un amant fatal, il serait si heureux là bas, il a besoin de prendre un peu le large, comprenez le bien. ici, le soleil lui tourne la tête. Là bas, il fait plus frais, il sera bien, il sera à moi. Vous savez qu'il est si sauvage, qu'il en arrive à arracher les rideux, j'en ais des frissons partout.

Mon époux m'a fait tant subir, des toc et des toc, tout devait être propre, propret, chaque chose à sa place, chaque jour sa tâche, chaque week end ses occupations, tout idéalement régulier, intemporel. Je n'en pouvais plus, votre époux est lui une tornade, qui retourne tout ce qui lui passe entre les mains si vous voyez ce que je veux dire.

Je ne comprends pas que mon époux s'insurge lorsque je loge mon amant dans notre nid d'amour. Cela n'a jamais été son nid d'amour à lui, alors qu'en ferait-il ? Rien ,il veut le vendre. Moi, je ne veux pas, je veux vivre encore et encore des jours et des nuits enfermées dans cette petite cabane abandonnée dans la forêt, et croire aux nymphes, à la fée, aux elfes, aux sorciers, Dieu me pardonne.

Non, je fais mon chemin de croix. Oui, c'est cela, je fais mon chemin de croix. je veux ramener mon amant sur le droit chemin, lui montrer la lumière qui l'illuminera s'il croit.

Soit, je sais le calvaire que vous avez fait endurer à mon amant, en établissant sans cesse des mains courantes injustifiées, en l'accusant de tous les meaux, violence, pornographie, pédophilie. Mon époux me les fait aujourd'hui endurer, mais je lui rend bien. Moi seule suis la possession des enfants et réciproquement. J'ai droit de vie et de mort sur eux. Ils me comprennent, ils savent que je ne peux plus vivre avec leur père. D'ailleurs il n'est plus leur père, seulement leur géniteur, puisqu'il ne sera bientôt plus mon époux. Il se bat pour les avoir, mais c'est un homme, il peut me reprocher ce qu'il veut, il ne pourra jamais avoir leur garde. Les juges sont faits de telle façon, qu'ils ou elles ne font confiance qu'en une femme pour garder les enfants, qu'en la mère des enfants. Et puis, je lui laisse volontiers les enfants quand je me réfugie dans mon nid d'amour. Aussi, de quoi se mèle-t-il ?

Je l'ai chassé. Oui je l'ai fait devant les enfants. Je voulais que ce soit transparent, qu'ils sachent, qu'ils vioinet la lacheté de leur père qui est parti avec sa valise.

C'est ainsi.

Et je ne supporte plus ces témoignages qu'il fait écrire sans cesse à tous, y compris aux enfants. Il n'a qu'à se statifaire des miens. Je ne vois pas pourquoi il joue toujours la surenchère. Franchement, il est lourd comme diraient les enfants.

Je vis donc avec votre mari et j'en viens aux faits. Je ne comprends pas la procédure que vous engagez contre lui. c'est ignoble, et je voudrais que vous cessiez ceci, car cette procédure apparait en transparence dans ma séparation de corps. Oui, vous avez contacté mon mari, c'est certain, je l'imagnie, je le sens. Il vous a rendu cruelle à l'égard de votre mari. pourtant il n'a rien pour vous faire tomber en pamoison.

Il ne peut continuer à accuser Joseph de pédophilie. Joseph aime ses enfants, comme il aime les miens, en toute communion, cans tabous ni détours, d'un amour propre et beau, comme de mon côté j'aimes vos enfants comme les miens. Je ne comprends pas ces accusations injustifiées. Ce ne sont pas quelques images fantasmées qui peuvent rendre malade un homme de sa constitution. Vous savez parfaitement que ces images nous permettent d'atteindre le paradis, ce que ne pourra jamais atteindre mon époux. Vous seule le savez. Cessez s'il vous plait,

Vous savez combien vos enfants m'aiment et me complimentent, presque autant que les miens. Vous savez que je ne pourrai jamais leur faire du mal, ni Joseph, nous ne cherchons qu'à faire leur bien.

S'il vous plait, aidez nous, Joseph ne vous importunera plus, puisqu'il m'a moi désormais.

S'il vous plait, Marie, ma chère, il n'existe aucune pathologie, aucun trouble que je ne puisse abattre en ouvrant les bras.

Croyez en mon amour, nous irons extirper le vilain qui est en mon époux ensemble et out ira pour le mieux, mes parents paieront, ne vous inquiétez pas."

 

- Maître GASTON, qu'en pensez vous ? Que dois-je faire ?

- cela, Monsieur, n'est pas du ressort du notaire, je me sens bien incapable de vous répondre. Il appartient à un psychiatre de décrypter tout ce charabia pour vérifier ce qui tient de la démence et du risque pour les enfants, mais parlez en à votre avocat, et à l'expert nommé pour faire l'enquête familiale.

- mais si j'en parle, on va encore croire que j'ai piraté la boite internet de ma femme.

- mais si vous n'en parlez pas, que ce passera-t-il ?

- Un massacre Maître, un massacre.

- Vous m'avez bien dit qu'elle avait eu la garde ?

- Oui, malgré tout ce qu'a dit l'avocat dans ses conclusions, cela n'a rien fait.

- Reparlez en à l'avocat, voyez comment traiter ce point. Ce n'est hélas pas du ressort du notariat.  et bon courage Monsieur.

- Merci, j'ai envie de me suicider.

- je ne crois pas que ce soit le moment. Vos enfants ont plus que jamais besoin de votre présence attentive et attentionnée.

 

 

 

 

 

ACCUSATIONS Lettre à mes enfants.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Mes petits,

Comment pouvez-vous juger vos parents de manière aussi abrupte, sans appel ?

Comment pouvez-vous vous ériger en petits dictateurs !

Le décès de votre père vous a vite fait oublier les tensions à la maison, la violence des propos, les excès de toutes sortes, les jugements hâtifs à votre encontre.

Ne me dites pas que vous n’appréciez pas la paix depuis que nous vivions chacun de notre côté. Ne dites pas que vous n’étiez pas vous-mêmes heureux de ne voir votre père qu’un week-end sur deux.

Son décès vous ôte de l’ombre, et vous craignez le soleil, mais regardez-vous en face, vous reproduisez son obscurantisme à mon encontre.

Soit, j’ai beaucoup profité de l’extrême intelligence de votre père, de son sens de l’organisation, de sa position sociale, de sa fortune tardive. Mais il s’est aussi appuyé sur moi pour se dresser contre l’adversité, pour asseoir sa carrière. Je ne méritais pas qu’il fasse sur moi une pression financière pour que je revienne vivre avec lui, alors que lui-même ne s’est jamais remis en cause.

Je vous laisse du temps, tout le temps qu’il faudra, car il va vous falloir vieillir hélas, pour comprendre ma position et m’acquitter, ou au moins me laisser le bénéfice du doute.

Je vous aime profondément, et j’aimais votre père profondément. Mais ce mot n’a jamais signifié harmonie, entente mutuelle, abnégation, fidélité éternelle.

J’ai fait mon temps auprès de lui. Ce ne sont que son amour propre et son honneur qui lui ont paru touchés, lorsque je l’ai quitté. Je ne suis pas sûre qu’il ne se soit pas fait une fête de me reprendre pour se faire un plaisir de me lâcher.

Je fais le vœu que vous rencontriez le conjoint parfait qui ne vous tourmentera ni par sa présence ni par son absence.

Aimez-moi, de loin si vous voulez, mais aimez-moi, comme je vous aime.

Votre mère désespérée. »

* * *

ACCUSATIONS Lettre à Maman

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Maman,

Je t’écris pour te dire adieu. Je ne pourrai plus jamais te parler. Cette certitude s’étend en moi comme une coulée de boue froide.

Depuis l’enterrement, tu as été absolument parfaite en veuve éplorée. Tellement merveilleuse, que je t’aurais pardonnée toute défaillance, mais tu n’en as eu aucune, tout était trop bien huilé, ton scénario trop bien rodé.

De vieille future ex-divorcée, tu es passée au statut de jeune veuve argentée, parfait pour toi.

Te voyant ainsi comblée par le destin, j’ai décidé de m’en aller m’occuper de mes semblables, ma famille n’ayant plus besoin de moi.

Ma sœur a choisi l’Afrique, tu as choisi le fric, je choisis l’Inde.

Je regrette la mère qui m’a élevé, qui m’a chéri, je la cherche en vain dans tes traits, dans ta voix, je l’ai perdue. Je regrette le père qui m’a quitté. Il t’aimait par-dessus tout, et toi tu le tournais en ridicule.

Je ne sais si je pourrai moi-même grandir de tout ce gâchis. Je ne pense pas que tu auras le loisir d’avoir des petits enfants. Je ne tiens pas à reproduire un tel massacre.

Soit heureuse avec la fortune de papa.

Ne me cherche pas, tu ne me retrouverais plus.

Je ne suis plus que le fils de mon père. »

* * *

DIVORCE RADIN.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

 

" La peste soit de l’avarice et des avaricieux. "

MOLIÈRE.

Cher Maître,

Je sais bien que vous devez être impartial, qu’il ne faut donc pas que je vous livre mon témoignage, qu’il faut que je garde cela pour mon avocat et les plaidoiries, soit.

Maître, je n’en peux plus.

L’avez-vous entendu hier vous dire que vous coûtiez la peau des fesses ? Qu’il ne divorcerait pas si c’est comme cela, que je n’ai qu’à payer si je veux jeter de l’argent par les fenêtres ? Que toute ma vie, j’étais une fille entêtée, idiote et prodigue. Qu’il aurait fallu me mettre sous tutelle, qu’il regrette bien de ne pas avoir osé le faire, car il m’aimait ?

L’avez-vous entendu discuter le moindre centime ? Vous avez eu beaucoup de patience Maître, vraiment, je vous admire.

Nous n’en sommes pas à la fin Maître, car mon mari me cachait ses comptes en banque, je suis sûre qu’il n’a pas que ce compte chèque à la Poste qu’il revendique tout le temps. Je suis sûre qu’il a de l’argent en Suisse. Il voulait tout le temps y aller en week-end prolongé. Il est trop radin pour avoir caché là une maîtresse. Connaissez-vous l’avarice, Maître ? Mon mari est avare. Avare concernant son travail, nos loisirs, les enfants, la maison, même son propre plaisir. Mon mari est avare aussi concernant le rire ou les sentiments.

La Saint-Valentin ? " Une fête commerciale ! " La fête des mères ? " Une fête commerciale ! " Noël ! " Une fête commerciale ! " Un anniversaire ? " Prendre une année, ce n’est pas agréable, je ne vais pas te le rappeler avec un cadeau en plus. " Il n’a même jamais accepté que je lui dise que justement c’était pour me consoler de prendre une année ou une ride que j’avais besoin d’un présent, d’un geste quoi. " Le romantisme, la sensiblerie ne passeront pas par moi. "

Peste soit de l’avarice et des avaricieux. Vous avez vu sa manière de faire les additions avant même que votre calculette n’ait donné le résultat. Je pense qu’il n’est pas architecte pour rien, je ne voudrais pas acheter les maisons qu’il construit. Si j’ai bien compris, il risque chaque jour de vendre quelque chose qui ne tient pas sur la durée, faute d’avoir mis autant de matériaux de qualité qu’il faut.

Je pense très sincèrement que c’est lui qui a un trouble pathologique, pas moi. Vous devez croire que je vous écris pour cela, pour tordre le cou à cette phrase assassine, vouloir me mettre sous tutelle, remettre en cause ma capacité à gérer ma propre vie. Je vous assure qu’il n’y en a qu’un comme lui :

Il n’achète jamais de cerises, trop chères, il les vole sur les arbres.

Il se fait inviter partout où il peut, mange comme quatre, demande des doggy bags.

Il entre dans une boutique, en ressort après avoir vu le prix des articles qui l’intéressent en hurlant " bande de voleurs, rigolos ".

Quand il se perd en voiture, il pousse des hurlements à cause, non du temps perdu mais de l’argent perdu. Oui, bien entendu, l’essence qui aurait pu servir à aller ailleurs.

Il nous demande à tous de ne pas utiliser plus de trois feuillets de papier toilette de marque minimarge, qui fait mal quand on s’essuie.

Quand par hasard dans la campagne, on voit des pommes tombées sur la route, on s’arrête, l'on ramasse tout, on secoue l’arbre et l’on fait des horribles compotes acides qu’on mange jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. Il ne faut pas mettre trop de sucre parce que c’est mauvais pour les dents, après il faut payer le dentiste…

Il fait croire à nos voisins qui sont si gentils, qu’il a une panne d’électricité pour mettre une rallonge chez lui quand il a un gros appareil à utiliser (qu’il se fait prêter sur un chantier).

Son père est pareil, il a un potager pour ne plus acheter de légumes. Sa mère me disait que les années qui " donnent ", elle doit inventer toutes les recettes du monde pour varier les plaisirs car on ne mange que cela pour ne pas perdre. Sans compter que c’est inimaginable d’en donner aux voisins, c’est si bon, si naturel, qu’il faut en profiter pour soi. Les années qui ne donnent pas, on ne mange pas de légumes, juste des pâtes ou les légumes que sa mère se fait donner des voisins quand ils en ont un peu.

Revenons à mon mari. Il adore pourtant faire les courses, car c’est là que s’exerce son remarquable talent de calculateur. Il revient avec des trucs immangeables, ou même périmés, achetés à prix cassés, que nous devons tout de même déguster en disant : c’est sûr, ce n’était pas cher !

Au tout début de notre vie ensemble, il m’a offert une robe : "  Soldée soixante-dix pour cent, trente francs, tu t’imagines ? J’ai fait une bonne affaire non ? "

Et moi je trouvais cela merveilleux, car il n’avait pas mauvais goût à l’époque.

Devant ma mère, il m’a offert pour nos fiançailles un parfum qu’il avait pu avoir sur le marché. " Tu sais c’est " Truc ", le parfum si cher ! Eh bien je l’ai eu quinze francs. C’est normal que ce ne soit pas le même emballage ni la même bouteille tu sais, ce sont des ersatz, cela sent pareil, pourtant c’est moins cher, formidable, non ? "

J’étais époustouflée, ravie. Ma mère m’a regardé en pleurant, elle me dit qu’elle regrette maintenant de ne pas m’avoir mise en garde. Je le trouvais tellement malin, intelligent. Il est rusé, mesquin, calculateur.

Défendez-moi jusqu’au bout Maître GASTON, je sais bien que ce n’est pas vous, mais j’ai besoin de soutien. Même si je préfère laisser des plumes plutôt que continuer ce cauchemar.

Savez-vous Maître, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Monsieur mon époux a emprunté le costume de son père pour mettre le jour de notre mariage, puis s’en est vanté récemment auprès de nos meilleurs amis. Au même moment, mon alliance a laissé une trace verte tout autour de mon doigt. Je suis allée chez le bijoutier. Je pensais à une malfaçon. J’ai découvert que c’est du plaqué or, du toc ! Notre mariage est-il du plaqué, Maître ? Je suis une femme au rabais pour qu’il m’ait épousée. Aidez-moi ! Quand pourrez-vous écrire aux banques pour tout savoir ?

Je vous prie d’agréer, Maître, l’expression de ma plus haute considération.

Signé : Madame.

* * *

SERVITUDE

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Ce soir, dans l’autocar, trop fatigué pour rentrer à pied, oubliant les formules de politesse alambiquées et les paroles éthérées, accumulées dans la journée, je me retrouve coincé contre une barre d’appui, le nez au milieu d’autres visages. Une odeur d’oignon s’insinue dans mes pensées. Une main de vieille femme, rougie, luisante, gonflée de douleur et du travail d’une vie, essaie de s’accrocher à cette tige de métal. Cette main pendue à dix centimètres de mon nez fleure bon la cuisine. La femme est petite, grisonnante, ridée, sans âge, habillée de noir, les cheveux courts avec un fichu sur la tête. Elle a dû éplucher tous les légumes d’un restaurant pour avoir les doigts entaillés à ce point et les yeux enfoncés dans leurs orbites. Elle rentre dans son logement, épuisée mais satisfaite de l’œuvre accomplie. Elle baisse les paupières parfois, se laissant bercer par les soubresauts de la conduite. Elle sourit, et je comprends sa satisfaction. De même, j’ai fini mon ouvrage, bien qu’il en reste toujours pour le lendemain. Une collègue me dit un jour : « Je travaillais chez des avocats avant de rejoindre le notariat. On me déposait ce que j’avais à faire le matin. Je le rendais le soir. Je ne le revoyais pas. Chez les notaires, on n’a jamais fini ». C’est un travail de longue haleine. Aujourd’hui j’ai reçu deux partages, une donation entre époux, des personnes venues sans rendez-vous pour des renseignements et environ une vingtaine d’appels téléphoniques. J’ai ouvert un nouveau dossier de constitution de servitude. Beurk ! je déteste les servitudes. Les gens ne peuvent-ils s’entendre en bonne harmonie plutôt que de requérir la rédaction d’actes tristes comme la mort ! Ne serait-ce que le mot « servitudes »[1]! A-t-on pensé à la douleur d’en être réduit à constater des servitudes ? Mon patron hurlerait s'il me lisait. C’est vrai qu'au contraire ces actes servent à définir les droits et obligations de tous les contractants de manière à ce qu’aucun n’empiète sur le territoire de l’autre. Une constitution de servitude est donc un acte très utile pour la paix du voisinage.

* * *



[1] charge qui grève un bien immeuble au profit d'une autre bien immeuble (servitude de passage, de voirie, d'écoulement des eaux, etc.).

L'ETUDE DU NOTAIRE

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Notaire : arrive souvent au dernier acte. »

            Tristan BERNARD, définition de mots-croisés.

 

Du fond du ciel, essaient de transpercer quelques lueurs qui ambrent la pierre des maisons et réchauffent les tuiles. Les cumulus prennent des couleurs jaunâtres. Une déchirure azur laisse passer une frange de rayons roses qui enrubanne le liseré des nuages. Je marche le nez en l’air, ne prenant pas garde aux déjections canines. De toute façon, je ne suis pas chanceux, je ne risque rien. La rue où j’habite est vide, l’air circule entre les immeubles, il fait frais. Les affiches sont rouge et or, le musée, les expositions, les concerts, je n’avais pas remarqué jusqu’ici toutes ces réclames pour l’art ou les spectacles. Après tout, ce sont devenus des produits de consommation comme les autres. J’aurais souhaité vivre à une époque antérieure, sans propagande. Non, l’eau courante et l’automobile m’auraient trop manqué. Il est d’ailleurs certain que je n'aurais pas survécu longtemps, ayant grand besoin de la médecine.

La plaque blasonnée indiquant l’office du notaire, brille comme un sou neuf. Sans son bonnet phrygien, la République assise et couronnée de soleil sur le sceau de l’État me fait un clin d’œil tous les matins. L’étude se situe dans un immeuble ancien, plus large que haut, comportant un porche et une porte cochère avec un renfoncement pour les amoureux. Quand on entre, le calme surprend, comparé au vacarme des véhicules non loin sur le pont. Puis vient l’entrée, la salle d’attente, toujours au calme. Le standard est plus bruyant. Ma collègue qui le tient est toutefois libérée par l’oreillette qui lui évite d’avoir à tenir sans cesse le combiné. Nous recevons environ quatre cents appels par jour. Quand j’étais jeune, la standardiste avait le temps d’accueillir les clients, de taper des courriers à la machine, classer différents documents et même se mettre du vernis à ongles. De nos jours, je la plains beaucoup car elle n’a plus une minute à elle, et reçoit tant les récriminations des clients qui n’ont pas leur réponse dans la minute qui suit, que les soupirs et mots grossiers des notaires, clercs, secrétaires, formalistes et comptables qui ne peuvent plus se plonger dans un dossier ou recevoir un client sans être dérangés toutes les trente secondes. Antérieurement, les gens prenaient leur plume pour expliquer leur cas, et souvent c’était salutaire tant pour eux-mêmes que pour le notaire. En effet, le temps d’exposer clairement leur problème par écrit, ils réfléchissaient et trouvaient d’eux-mêmes une idée lumineuse pour résoudre ce qu’ils pensaient être une difficulté. Combien de fois m’appelle-t-on actuellement pour me poser une question dont la réponse est un peu plus loin dans le courrier que j’ai envoyé, qui n’a pas été lu en entier, ou dans le projet d’acte que mes clients se sont bien gardés de feuilleter. Les anciens notaires étaient d’ailleurs effarés du nombre de soldes de compte qu’ils adressaient à leur client avec leur titre de propriété, dont les enveloppes n’étaient pas ouvertes, alors même qu’elles contenaient un chèque. Certains clients ou leurs héritiers doivent nous redemander un nouveau titre de paiement, le précédent étant périmé depuis longtemps. Cependant, nous sommes en pleine évolution. Alors qu’auparavant, les clients préféraient que ce soit le notaire qui conserve leurs titres, ils souhaitent désormais avoir en main leur contrat le plus vite possible et s’intéressent à leur solde de compte. Les notaires de leur côté tendent à répondre positivement aux normes européennes, donc à améliorer la rapidité du service. Cependant, le courrier du notaire fait toujours peur ou agresse, je ne sais pourquoi. De même, écrire au notaire, signifie lui faire part de son animosité et de ses récriminations. Lorsqu’une pièce, un document m’est envoyé, ou même un chèque, souvent, aucune lettre d’accompagnement n’est jointe. Au mieux ai-je droit à un pense-bête avec les références du dossier. Je cherche en vain depuis mes débuts ce qui peut rendre cette profession aussi antipathique. J’en ai fait part récemment à une cliente âgée, qui m’a répondu :

-         Il est vrai que l’on vous voit souvent comme un aigrefin, un financier qui connaît les ficelles pour duper les clients, mais nous avons le même sentiment à propos des avocats et des banquiers ; ma foi, je ne sais pas pourquoi vous avez si mauvaise presse, car au fond, personne ne sait vraiment ce qu’est votre métier.

Je rétorque :

-         Pourquoi nous comparer aux avocats ?

-         Il me semblait que vous étiez tous deux des hommes de loi, et qu’au surplus, le gouvernement envisagerait que tous les hommes de loi soient englobés pour ne plus former qu’une seule profession. Vous rédigez tous deux des contrats. L’avocat, de plus, plaide au tribunal, il me semble.

-         Et le notaire rédige des actes authentiques[1].

-         Peut-être, mais je ne vois pas la différence entre un acte authentique et un contrat signé par les clients d’un avocat. Vous ne pouvez pas dire qu’on ne revient pas sur un acte authentique, puisque nous avons tous des exemples en tête de contrats de notaires qui ont dû être annulés ou modifiés.

Nous avons discouru longtemps, passant de ces questions d’actualité aux points épineux de son affaire. J’ai clôturé l’entretien par une réflexion sur sa fraîcheur d’esprit. Il semble que ça l’ait touchée, je ne l’ai pas fait exprès. Je le pense vraiment. D’ailleurs je pense tout ce que je dis. Je ne dis pas tout ce que je pense, c’est tout. Nous avons étudié son dossier. Je lui ai expliqué la suite à donner… Je rédige de nombreux courriers chaque jour, exposant « la marche à suivre concernant le dossier sus référencé », contenant une flopée de formules figées : « Je vous serais reconnaissant de bien vouloir », « je vous serais très obligé », « je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de ma considération distinguée ». Il est même arrivé qu’un juge m’ait répondu vertement, outré par le ton « comminatoire[2] » de ma correspondance, parce que j’avais osé, pensant faire simple, lui écrire un courrier contenant la phrase « vous voudrez bien m’adresser l’ordonnance… » Mon patron avait même vérifié le sens du mot comminatoire dans le dictionnaire. Nous n’en revenions pas.

* * *



[1] Acte authentique, acte émanant d'un officier public, accompagné de formalités et devant faire foi jusqu'à inscription de faux.

[2] Qui contient une menace pour intimider.

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