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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

#la comedie du divorce

Qu'en pensez vous ?

ACHILLE #La Comédie du Divorce

TROP TARD

ACHILLE #La Comédie du Divorce
« Le mariage, tel qu'il existe aujourd'hui, est le plus odieux de tous les mensonges, la forme suprême de l'égoïsme. »
Léon TOLSTOÏ, La sonate à Kreutzer.

 

Le journal arrive le matin, remis par le petit clerc à mon patron. Celui-ci lit d’abord les pages des sports ainsi que la rubrique nécrologique. Le moral du comptable est calqué sur l’indice du CAC quarante ; la bourse est sa page favorite. Ma secrétaire prend les recettes de cuisine, la standardiste les mots croisés ou les sudokus. La « clérette[1] » lit son horoscope. La plupart de mes collègues lisent les faits divers. De mon côté, je m’en tiendrais à la page de politique internationale et à la page culturelle, si toutefois j’arrivais à les lire jusqu’au bout. Aussi, n’ai-je pas compris ce soir quand ils m’ont tous assailli de questions après la visite d’une nouvelle cliente.

-         Alors, raconte-nous tout.

-         Qu’est-ce qu’elle voulait ?

-         Comment le prend-elle ?

-         Lui as-tu remonté le moral ?

-         Dis, tu l’as consolée, tu ne lui as pas raconté toutes tes horribles anecdotes ?

-         Elle était en rage, non ?

-         Elle sait des choses ?

-         Elle t’a raconté les détails ?

-         Non, je ne sais pas, de quoi parlez-vous ? Comment la connaissez-vous ?

-         Oh arrête, ne fait pas ton crâneur, dis-nous.

-         Qu’est-ce qu’elle voulait ?

-         Elle voulait divorcer post mortem.

-         Elle voulait quoi ?

-         Elle voulait savoir s’il existe un divorce posthume de même qu’il existe un mariage posthume, c’est tout. 

-         Ah oui je comprends. Elle craque. 

-         Je ne sais pas, elle ne m’a rien dit du tout. Qu’avez-vous, tous, pourquoi avez-vous l’air aussi déçu ? Que devait-elle me dire de si mystérieux, si important ? 

-         Rien, rien… 

-         Alors pourquoi vous attendiez-vous à quelques détails croustillants ? Comment cela se fait-il que vous vous intéressiez à elle ? Moi, je ne la connais pas. 

-         Bê, on voulait en savoir un peu plus que ce qui est marqué dans le journal.

-         Qu’est-ce qui est marqué dans le journal ? 

-         Tu ne l’as pas lu ? 

-         Son mari a tué sa maîtresse puis s’est suicidé, en haut de la tour du centre-ville, dans l’ascenseur, entre le troisième et le quatrième étage. 

-         Vous avez donc les détails, de quoi vous plaignez-vous ? 

-         Dis-nous quand même, tu l’as consolé, que lui as-tu dit ? 

-         Rien d’intéressant.

Je lui ai dit que j’étais désolé mais qu’il n’existe rien de tel, on ne peut divorcer de son mari décédé, que quoi qu’il en soit, elle n’avait pas intérêt à divorcer avec ses enfants mineurs, elle avait au contraire intérêt à faire valoir tous ses droits. Heureusement, je ne connaissais pas son histoire, je ne suis pas sûr que j’eus réussi à être naturel. La journée a été longue. Il est tard, je suis vraiment usé, j’ai les yeux bordés d’anchois. Je rentre, j’ai envie d’un bon bouquin. Comme disait mon père, demain sera un jour nouveau.

* * *



[1] Il n’existe pas de mot pour désigner un clerc de notaire au féminin.

eva et tony

ACHILLE #La Comédie du Divorce

LE VIDE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

poisson qui tourne dans son bocal

« Le temps n’endort pas les grandes douleurs, mais il les assoupit. »

Georges SAND.

Monsieur n’accepte plus que Madame se lève tous les matins tôt pour aller travailler. Quand Madame revient, il a condamné toutes les portes et fenêtres l’empêchant de pénétrer dans la maison.

Ou Madame doucereuse dépose un gros baiser amoureux sur les lèvres de son époux, lui souhaite une bonne journée, agrémentée d’un « à ce soir » fermant le chapelet de paroles sucrées.

À peine Monsieur a-t-il tourné les talons et pris son train que Madame, comme dans un film américain, commande aux déménageurs d’emporter la moitié du mobilier commun ainsi que tout ce qui lui appartient personnellement.

Monsieur, rentrant le soir, pense à un cambriolage, puis il doit se faire une raison, pas d’effraction, pas d’épouse, pas de chat, pas d’enfant.

En bon "mec macho", je me dis, comment peut-on faire ceci, tout en se sentant honnête ? Comment ne pas s’étonner qu’après ces péripéties, ce soit la guerre ouverte et que toutes les armes soient permises ?

Je n’arrive pas à créer en mon bureau, un No Man’s Land, lorsque tout a été détruit de pareille manière, lorsque la douleur rôde.

* * *


Attention aux collectionneurs

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Photo-0025Une bouteille de champagne dans votre bureau, Maître GASTON ! Qu’avez-vous donc fêté ?

Je viens de recevoir une médaille pour mes trente ans d’ancienneté[1] en tant qu’employé, ce qu’on appelle un grouillot, un scribouillard, un clerc.

Maître GASTON, ne vous sous-estimez pas. Je suis heureuse que vous m’assistiez face à mon époux.

Un avocat aurait pu le faire.

Peut-être, mais le mien ne l’a pas fait, il a eu la sagesse de me remettre entre vos mains. Vous avez en charge la liquidation[2] de mon régime matrimonial et vous voyez mieux que quiconque où se situe le déséquilibre entre mon époux et moi-même.

Ce matin un nouveau dossier m’a confirmé que l’inégalité pouvait se placer également dans les meubles et objets mobiliers que l’on néglige souvent dans le cadre du divorce. L’époux, très malin, n’avait jamais accroché aux murs du domicile conjugal les œuvres d’art qu’il collectionnait, mais les entreposait dans un hangar, ailleurs, dont il était le seul à avoir les clés. Madame ne voyait pas l’utilité de se préoccuper de ce point, n’appréciant pas beaucoup l’art contemporain, laissant son époux spéculer s’il en était amusé, ne sachant d’ailleurs pas vraiment ce qu’il cachait. Si l’avocat futé de notre cliente n’avait pas ordonné à un huissier de se rendre sur les lieux, à l’heure qu’il est, Madame aurait la moitié de rien et Monsieur serait à la tête d’un petit musée d’art contemporain.

Heureusement, mon époux ne collectionne pas les œuvres d’art.

Est-il collectionneur ?

Non, à part les contraventions non réglées, les stocks de médicaments, ou plus largement sa pharmacie, je ne lui connais aucun autre trouble obsessionnel compulsif.

* * *




[1] Cette médaille porte l’emblème du notariat, un cadran solaire appelé le Gnomon entouré de la devise des notaires : «  Lex est quodcumque notamus Est » : « Loi ce que nous consignons ».

[2] Détermination de l'actif et du passif d'une communauté de biens entre époux dissoute. Par extension liquidation des biens indivis des époux.

DIVORCE AU PARFUM.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

jeunesseDIVORCE AU PARFUM.

« C'est puer que de sentir bon. »

Michel de MONTAIGNE, Essais.

 

Monsieur et Madame divorcent par consentement mutuel après plus de quarante ans de vie commune. Ils n’en ont jamais invoqué les raisons. Je ne les ai pas demandées.

Après d’âpres hostilités, les époux sont enfin d’accord sur les termes du partage. Madame prendra l’appartement, où tous deux habitent encore ensemble. Monsieur se verra attribuer les deux studios d’une valeur bien inférieure. La différence formera la prestation compensatoire. Monsieur est même d’accord pour verser une rente viagère à Madame pour qu’elle soit à l’abri de tout.

Monsieur et Madame signent l’état liquidatif. Aucun souci. Nous attendrons le jugement. J’explique que je rédigerai alors son acte de dépôt au rang de mes minutes, publierai le tout au bureau des hypothèques compétent. J’adresserai à chacun sa copie authentique, tout sera fini, définitivement. On me le demande plusieurs fois, je l’assure.

Monsieur déménagera bientôt. Il a donné congé au locataire d’un des studios pour reprendre le logement pour y vivre, tout est organisé pour que les dates coïncident.

Monsieur doit se présenter ce mardi à quatorze heures. Il n’a plus souvenir de la salle où l’audience doit avoir lieu. Il traverse à grands pas la Cour du Palais de Justice, grimpe quatre à quatre les marches du grand escalier. Il pense soudain au Festival de CANNES, à toutes ces vedettes qui montent au bras de leur compagne du moment, cela le fait sourire. Il monte vers la victoire, lui aussi, il monte seul et redescendra tout à l’heure, encore plus seul. C’est sa volonté.

Il a peur d’arriver en retard. Si le juge était absent, si un empêchement survenait. Il faut qu’il soit à l’heure. C’est une question de respect, d’amour-propre. 

Dans son élan, Monsieur rate une marche, s’écroule lourdement. Sa tête heurte le sol en un claquement. 

Lui, qui ne voulait penser qu’à son avenir, qu’à sa vie future, qu’à après, voilà qu’il pense à son épouse, maintenant. Pourquoi ? Elle se penche sur lui, non ce n’est pas possible. Ne dit-on pas qu’on revoit le film de sa vie en accéléré avant le grand moment ? Alors pourquoi voit-il encore sa femme, pourquoi ne voit-il qu’elle ?

Non c’est faux, Madame n’est pas toute sa vie, il y a eu d’autres moments, de bons moments, d’autres rencontres, d’autres personnes. 

La tête de Madame dans le ciel ne s’efface pas. Ses cheveux pendent sur lui, effleurant son visage. Elle est là, c’est vrai, ce n’est pas une image. Appellera-t-elle les secours pour le sauver ? Pourtant Monsieur hésite, il ne sent pas son parfum. 

Ce parfum capiteux, sucré, vanillé, ambré, fort, lourd, fumé, cuiré, qui lui donne la nausée. Il lui demande tout le temps de l’ôter. 

Combien de parfums lui a-t-il offerts pour changer ? Pour essayer ? Aucun ne lui convenait. Des plus frais, des plus subtils aux plus classiques, aux plus chers, Monsieur tentait, en vain.

Madame restait fidèle à ce parfum, floral, épicé, à peine rafraîchi par une note de tête Cologne, un petit bouton de rose et ce jasmin poivré qu’on vend en petit bouquets à quatre sous dans les pays méditerranéens.

Ce parfum, je le reconnaîtrai entre mille. Le parfum préféré de ma mère lui allait si bien.

À premier nez, l’impression est étrange, plutôt ambiance encaustique. Peut-être l’odeur qu’on penserait émaner de l’œuvre « les cireurs de parquets » de CAILLEBOTTE. 

Se présente alors le galbanum, le lentisque, aux tanins forts, terreux, végétaux, résineux même, comme leur origine (ce sont des gommes ou résines que l’on extrait de la racine d’une plante, ou en incisant l’écorce d’un arbrisseau). Suit une tonalité de cuir que l’on rencontre dans certains parfums masculins. On se croirait dans une sellerie, près de l’écurie même.

Puis, les notes de fond ravissent mes narines, le petit-grain bigaradier, qu’on pourrait penser volatile se révèle alors, suave, floral, fruité, de manière si discrète que l’on pourrait lui trouver un air d’un autre parfum, son cadet, chez le parfumeur.

On pense aux joues poudrées des grands-mères, au patchouli, à la vanille.

Oui, à un cornet glacé dégusté lors d’une promenade avec ma mère dans l’arrière-pays, sous les orangers.

« Le parfum le plus tenace au monde » m’a laissé un souvenir olfactif impérissable.

Mon père tentait de m’endormir. Je ne pouvais pas sans ma Toutoune. Ma Toutoune, c’était mon doudou, comme j’entends mes clientes le nommer. Ce bout de tissu moite, ou cette peluche infâme que traînent les enfants, censé représenter maman, papa, le foyer et tutti quanti pour les psychologues.

Il me manquait donc mon foyer pour dormir. Maman l’avait lavée ; Toutoune était décidément trop sale. Dans un élan pathétique, mon père m’en confie une seconde, toute pareille à la première, mais toute propre, toute blanche, toute rêche, revêche, sans goût aucun. Je refuse catégoriquement. Maman gesticule en tous sens. 

- Que lui manque-t-il ? 

- Une étiquette. 

- Soit. 

On me coud un bout de ruban blanc en Nylon. Je caresse cette étiquette du bout de mon nez, mais rien. Il ne se passe rien. Je refuse toujours, droit comme un I, assis dans mon lit.

- Et maintenant que lui manque-t-il ?

- Du goût. 

- Quel goût ? Tu ne vas pas apprécier ce goût de vieux, de sale, que traînait ce lange en coton ?

- Que dire, je suis très jeune, deux, trois ans. Je ne sais pas exprimer les odeurs avec des mots.

Soudain ma mère a une idée de génie. Elle prend ce tissu, le caresse, le frotte sur son visage, sur son corps, le malaxe, le moleste, le passe sous ses bras, entoure le cou de papa avec, qui l’embrasse, enfin embrasse elle-même l’étiquette, et me la rends.

Étonné par tant de sollicitude pour ma Toutoune, je la porte à mon nez, je suis emporté par cette odeur de cuir, de poudre, de cire, de vanille. Je note les traces de rouge à lèvres sur l’étiquette. Je m’entoure à mon tour de ma Toutoune et m’endors aussitôt.

Pourquoi diable mon client ne supportait-il pas ce parfum ? Celui-là même que je trouvais envoûtant, sensuel même, celui de ma mère, de mes amies. Celui qui me ravissait. 

Si je connais les ingrédients de ce parfum, ce n’est pas de les avoir cherchés, quêtant une information presque clinique auprès des vendeuses en parfumerie. Mon client qui me les a cités, il les connaissait tous, dans l’ordre des notes, et dans les proportions. Ne pouvant pas supporter ce parfum, il cherchait le coupable, l’ingrédient idoine, qui, exclu du lot, lui aurait permis de vivre des heures émouvantes auprès de son épouse, réconcilié avec son odeur. Madame mettait du parfum au réveil, après la douche et le soir avant de s’endormir. Monsieur n’en dormait pas. Monsieur hantait chaque pièce de l’appartement, cherchant un endroit où elle n’était pas passée auparavant, pour s’y poser. Si Madame se relevait la nuit, Monsieur retournait vite se reposer près d’elle, afin d’éviter qu’elle ne trouble le nid sans odeur qu’il s’était ménagé. Puis il attendait, sagement, qu’elle s’endorme pour quitter le lit et retourner vers ce nid. Nous étions de connivence. Ce sujet était maintenant son obsession. De mon côté, moi qui n’y avais jamais prêté attention auparavant, je commençais à m’étonner de mes recherches olfactives. J’arpentais les wagons et les autobus avec la ferme intention de rencontrer une porteuse de cette fragrance orientale, tandis qu’il me racontait ses recherches laborantines.

Monsieur est décédé à quatorze heures, sur la dernière marche du palais de Justice. On dit que Madame était là, ce n'est pas transcrit sur le constat de décès.

Madame me rend visite. Sans une larme. Je suis étonné, je ne retrouve plus cette odeur entêtante. Madame m’annonce qu’en mémoire de son époux, elle ne mettra plus jamais ce parfum qu’il n’aimait pas. Elle a bien assez de parfums qu’il lui a offerts, pour finir ses jours parfumée par son mari. Devant ma surprise, Madame me confie que Monsieur était sûrement fétichiste, puisqu’il faisait collection de parfums de femmes.

Madame me charge d’ouvrir le dossier de la succession de son époux, puisque le divorce n’est pas prononcé…

Madame sera usufruitière des biens de la succession.

* * *

 

Avortement (fin )

ACHILLE #La Comédie du Divorce

(...) Et ma collègue, sans en parler, comme cela, tout doucement, fit comme si de rien n'était et tomba enceinte le mois d'après, trop rapidement à mon goût. je le compris quand je la vis traumatisée par mon eau de cologne.

 

Elle n'osa pas me le dire de suite, et n'osa semble-t-il pas le dire à son époux. Toujours est-il que nous ne parlions pas de cela. Au restaurant, elle s'éclipsait de temps en temps, revenait tranquillement. - Aucun souci, tout va bien, un peu barbouillée.

Ce sont mes autres collègues qui ont mis les pieds dans le plat. Ils lui ont dit que cela se voyait comme le nez au milieu de la figure.

 

Ils lui ont demandé, question d'usage, si le papa était content. Mais elle ne répondit pas.

Plusieurs jours plus tard, elle revint me voir en me demandant si vraiment cela se voyait. Je voulus la rassurer :

- Si vous ne vomissiez pas tous les matins et tous les midis, nous ne nous en serions pas rendu compte. Dites moi, alors, il s'y fait ? 

 

- Je n'ose pas lui avouer, il croit que j'ai une gastro.

- Faites un test et montrez lui, c'est comme cela qu'a fait ma femme avec moi.

- Oui vous avez raison, c'est une bonne idée, le test parlera pour moi. J'ai la gorge nouée quand je rentre. 

- Vous n'êtes pas contente d'attendre un bébé ? 

- Si, mais comment n'a-t-il pas pu s'en rendre compte ? 

- C'est tout nouveau, et peut être ne vous évanouissez vous pas à  la maison en sentant mon eau de cologne.

- C'est vrai, mon époux ne met pas de parfums et je n'en mets plus.

 

Le lendemain, je m'en suis voulu à mort et je m'en veux toujours.

Ma collègue est entrée dans l'Etude avec des lunettes de soleil, les yeux tellement rouges que je ne savais s'il l'avait battu ou si elle avait pleuré toutes les larmes de son coeur. Sans doute les deux.

- Il a compris que c'était un accident, il ne m'en veut pas m'a-t-il dit, mais il a pris rendez vous lundi prochain en clinique pour un IVG.

- un quoi ?

- une interruption volontaire de grossesse.

- Je n'ai pas bien compris...

- Il ne m'a pas laissé le choix, sinon je dormais sous les platanes cette nuit.

- Mais c'est un monstre ! Et que comptez vous faire ?

- Je ne sais pas.

- Il n'a pas le droit de vous dicter votre vie.

- Je sais, cependant, je lui ai forcé la main, je n'ai pas le droit non plus de contrecarrer ses projets.

- Et quels sont ses projets ?

- Je ne sais pas, je disais cela comme cela.

- Vous voulez que je vous dise moi, quels étaient ses projets ? Vous garder, comme sa mascotte, comme son fantasme préféré, comme son objet sexuel et de luxure, vous garder jusqu'à ce que les corsets ne suffisent plus à contenir la chair et que cela déborde, jusqu'à ce que le rouge à lèvres coule dans les ridules, jusqu'à ce que les seins tombent et que les fesses s'affaissent en goutte d'huile, et après, vous jeter comme une vieille chaussette trouée.

Il ne vous aime pas, il ne vous supporte que comme objet du désir, et vous entretenez ce mythe. Il ne vous aime pas comme femme, épouse, mère, amie, confidente, partenaire, il ne vous aime pas pour vous même, pour ce que vous êtes. Il va jusqu'à vouloir purger vos entrailles de ce qu'il voit comme une souillure. Il ne supporterait pas de voir votre ventre s'arrondir, votre taille s'épaissir, je le savais, ce type est malsain, pervers, je le savais, j'en suis sûr !

 

(silence)

- Vous avez raison, j'ai fini par comprendre cela. Mais je vais avorter. Je ne peux garder en moi un enfant qui est issu de la haine et non plus de l'amour. Je ne l'aime plus. Tout s'est arrêté d'un coup, je l'ai vu en entier, dans son regard, comme décharné par la rancoeur, la haine, le dégoût. Vous aviez raison, ce n'est pas pour cause de risque qu'il ne voulait pas d'enfant. Il ne peut être père. Mais vous ne pouviez me mettre en garde, je n'aurais pas entendue.

Je regrette d'être obligée d'en arriver là.

- C'est de ma faute.

- Non bien entendu.

- Je n'aurais pas du vous conseiller de faire semblant d'avoir vomi votre pilule.

- Si, vous avez bien fait, il ne m'a pas tué. Je ne sais pas s'il n'aurait pas été plus violent s'il avait appris que je voulais vraiment cet enfant; Mais je n'irai pas avec lui, j'irai seule faire cet IVG. Je suis punie, prise à mon propre piège. C'est ma sanction. Et je divorce.

 

Ce n'est pas moi qui l'ai déménagée. Quand elle lui a dit qu'elle divorçait, elle a dû trouver un hébergement d'urgence. une collègue l'a prise chez elle un moment.

Mes collègues l'ont aidé à enlever ses quelques meubles et affaires. Il était au milieu de la pièce, prostré dans un grand fauteuil club, et ne bougeait pas. Il les a laissé prendre les affaires sans faire un geste, sans aider, sans prononcer un mot. Il n'a plus prononcé un mot en notre présence. On ne l'a plus jamais revu dans notre région.

 

Je sais depuis peu qu'elle est mariée, notaire et qu'elle a de beaux enfants.



Avortement (suite2)

ACHILLE #La Comédie du Divorce

(....) Seulement il y a un hic, mon mari ne veut pas d'enfant... Il faut que vous m'aidiez.

 

Comment aider ? 

- Vous êtes sûr qu'il ne veut pas ?

- Certaine.

- Il ne peut ou ne veut pas ?

- C'est pareil, enfin, non, il peut avoir un enfant si c'est ce que vous me demandez, question santé tout va bien pour lui, mais il ne veut pas avoir d'enfant, pour des raisons de sécurité. Il dit qu'il ne veut pas laisser un orphelin. 

- Et une veuve, cela ne le gêne pas ?

- Il dit que je pourrai refaire ma vie, mais qu'un enfant orphelin c'est le pire de tout.

- et vous qu'en pensez vous ? Un enfant qui a encore sa mère mais plus son père ne peut pas survivre, vivre et fonder une famille ? Mon père était une pupille de la nation. je vais bien merci.

- Pardon Achille, ne vous vexez pas, vous avez raison, cela ne tient pas debout. Je lui en parle. Mon enfant m'aura moi, je suis prête à tout supporter avec lui. 

- Vous ne l'avez pas encore.

- Mais je le sens déjà !

- Vous attendez un bébé ?

- Non, bien entendu, c'est une image. Je me sens prête à être mère. Je suis sûre que mon époux sera bien obligé de prendre des missions plus tranquilles et donc nous aurons moins de risques de le perdre. Je lui en parle dès ce soir.

Le lendemain, ma collègue est déconfite.

- Que ce passe-t-il ? Vous avez des yeux de lapin qui a eu la mixomatose.

- J'ai pleuré toute la nuit, il m'a dit de ne plus jamais lui en parler, qu'il ne voulait absolument pas risquer la vie de l'enfant, la mienne, pour des raisons de sécurité. Je lui ai demandé s'il était sur une affaire particulière, mais non, il n'a pas pu me dire que c'était une mission hyper dangereuse. Non il a seulement dit qu'on était bien comme cela et que ce serait dommage de tout gâcher s'il arrivait quelque chose.

- Quelque chose ?

- Oui, un danger, son décès, etc...

- Mais je me répète, s'il décède, cela gâchera tout, que ce soit pour le gamin et pour vous, je ne vois pas bien ce que cela change. Les orphelins de la police nationale existent, ce n'est pas pour rien.

- Je ne sais pas, il s'est mis en colère, je ne sais plus quoi faire.

- Mais lui avez vous dit que pour vous avoir un enfant était une question de survie ?

- Non, je n'ose pas, quand il me prend dans ses bras, qu'il me dit - on est bien comme cela - je n'ose le contredire. 

- Dites lui, trouvez la force, qu'il comprenne ou croie qu'il vous perdra si vous ne pouvez être mère d'un enfant de lui.

Même déconfiture le lendemain.

- Il me dit qu'il a peur, qu'il ne veut pas de mal à cet enfant, ni à moi d'ailleurs, qu'il veut mon bien et que notre bonheur est de rester tels que nous sommes.

- Il a peur d'être papa, je le comprends, moi aussi, avant d'être père j'avais peur. Mais tout naturellement quand l'enfant est paru, ce fut une révolution, tout à changer dans ma vie, jusqu'à ma façon de voir cette foutue vie.

- On ne va tout de même pas le mettre dur le fait accompli.

- Mais si bien entendu ma chère amie, vous allez avoir votre bébé, et quand il saura que vous êtes enceinte, il sera angoissé mais ravi. et quand il sera né tout ceci sera oublié.

- Mais comment ? je prends ma pilule tous les jours. 

- Bien ne la prenez plus.

- Je ne veux pas faire comme cela.

Mais dans un film, j'ai vu une femme qui s'était cassé les deux poignets et son mari qui s'occupait d'elle lui a donné des comprimés de fluor au lieu de sa pilule pour qu'elle tombe enceinte car il voulait absolument un enfant. Prenez d'autres cachets.

- Non cela se verra.

- Mon second gamin est né parce que ma femme a eu la gastro, elle a vomi la pilule sans s'en rendre compte, et plouf, un bébé dans le tiroir. Nous étions ravis, un peu trop tôt à notre goût, mais après tout, la surprise, cela a du bon.

- C'est cela que je vais faire, en plus, j'ai vomi hier matin, super, vous m'avez donné une idée formidable Achille, merci. Ainsi ce ne sera pas de ma faute, un accident c'est tout, et ce sera parfait, il ne pourra pas m'en vouloir. Je vous embrasse.

- Je vous en prie, le tuyau n'en vaut pas tant.

 

Et ma collègue, sans en parler, comme cela, tout doucement, fit comme si de rien n'était et tomba enceinte le mois d'après, trop rapidement à mon goût. je le compris quand je la vis traumatisée par mon eau de cologne.

(à suivre)

 


 

avortement (suite)

ACHILLE #La Comédie du Divorce

(...) Un jour cependant, ma collègue, au cours d'un déjeuner entre nous, émis le souhait d'avoir un enfant.

 

Ma première réaction fut une réaction de stupeur. Comment ce corps pourrait-il être meurtri et déformé, c'était impossible ! Je ne pouvais concevoir que cette taille s'épaississe, que cette poitrine pigeonnante bonnet D, parfaitement galbée se remplisse de lait sucré et rance, gonfle et se déforme, qu'on puisse y lire la carte routière, et que le petit 85D devienne un 95E voire un 110F;

Je ne voulais pas imaginer des vergetures sur ce ventre blanc, ces cuisses parfaites, et ce fessier ferme et rebondi, sans compter les dents qui se déchaussent, le masque de grossesse, etc...

Mais je me repris, la raison me revint peu à peu, je vis l'enfant, fermait ma bouche bée et j'acquiesçais, d'un air entendu. 

Un enfant scelle l'amour d'un couple, me suis-je écouter dire.

Expression la plupart du temps contredite par la réalité de faits et le blues de la femme enceinte.

Elle opinait du chef, me retraçait en menus détails leur rencontre, lorsqu'ils avaient 15 ans tous deux. Elle avait su tout de suite que c'était l'amour de sa vie. Il avait su tout de suite qu'elle était l'amour de sa vie. Depuis leur histoire était fusionnelle. Pourtant, Les parents ne voulaient pas du gendre si jeune, il s'engagea donc, et j'eus droit à la description exhaustive de toutes les chaudes permissions qu'ils s'accordaient.

Depuis, tout était rentré dans l'ordre, le mariage, à la vie à la mort, le désir fou, la passion, etc... j'en passe et des meilleures.

Je ne sais pourquoi, je n'en croyais pas un traitre mot.

Sans doute n'étais-je qu'un jaloux obscène, un vicieux voyeur,  voilà pourquoi je ne voyais pas cette maternité.

Non après reflexion c'est lui que je ne voyais pas en père.

Je l'avais croisé plusieurs fois alors qu'il venait la chercher furtivement, et je ne pensais pas qu'il serait un jour un père, c'était impossible, mais pourquoi m'étais-je mis cette idée idiote dans la tête.

 

J'en étais à cette réflexion lorsque ma collègue ajouta :

- Seulement il y a un hic, mon mari ne veut pas d'enfant... Il faut que vous m'aidiez.

(à suivre)

 

Avortement

ACHILLE #La Comédie du Divorce

C'est une histoire ancienne, de celles dont on ne connait pas la fin.

Cela remonte à quinze ans, peut être plus...

 J'en ai cependant connu l'aboutissement il y a quelques jours. Aussi, après une période de murissement (comme les bananes) c'est sorti tout seul de la plume de mon stylo.

J'avais moins de cinquante ans à l'époque, mais j'étais déjà un vieux clerc, même pour mes collègues.

Son mari travaillait dans un Service avec des initiales qui font penser aux espions, aux kidnappeurs ou aux terroristes. Quelque chose comme CIA, KGB, FBI, CNYS, DST, ou que sais-je encore.

Ses couvertures étaient grillées parce qu'on avait vu sa figure à la télévision, sans sa cagoule, sans doute une bourde d'un journaliste facétieux. Le résultat fut que le couple dut s'éclipser à l'ombre de nos platanes.

Puis, finalement, Madame trouva du travail à l'Etude en qualité de clerc aux ventes. Les jours se passaient sans soucis. Ma collègue était discrète, mais sociable, d'un abord agréable.

Lui travaillait à se faire une nouvelle couverture. Ils dormaient dans le même lit avec une arme sous l'oreiller.

Un matin, elle se plaignit à moi du manque de commerce local. Je lui proposais alors de la transporter dans mon véhicule vers un centre commercial voisin ce qu'elle accepta volontiers. Je me doutais qu'il existait des boutiques de dégriffés qui lui conviendraient et dont certaines, par chance, étaient ouvertes entre midi et deux, notre pose déjeuner.

Nous nous y rendîmes donc.

Ma collègue était locace dans la voiture, et charmante ; de ces femmes un peu secrètes et si finement intelligentes. Elle avait les cheveux blonds presque platine, et un trait d'eye liner noir sur les paupières lui faisait les yeux de la première barbie. Elle portait de jolis tailleurs style Chanel, ou de stricts tailleurs pantalons agrémentés d'un fin sous-pull à col roulé et d'un collier de perle. Elle peignait sa bouche d'un rouge torride et mettait toujours un petit foulard autour de son cou lorsqu'elle sortait, emmitouflée dans  son manteau de tweed. Elle était fidèle à son parfum mais je n'ai jamais osé lui demander son nom.

Nous naviguions dans les allées du Centre, repérant les boutiques, fouinant à la recherche des objets de sa liste de courses. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque ma jolie collègue m'enjoint de force d'entrer dans une boutique de sous-vêtements féminins pour l'y aider à faire son choix ! Je refusai catégoriquement.

Je n'avais jamais mis les pieds dans ces magasins, même au cours de mon mariage pour acheter un soutien gorge d'allaitement. J'avais demandé à la soeur de mon épouse de le faire pour moi.

Je n'allais pas céder maintenant, face aux caprices d'une parisienne !

Elle entra seule finalement, mais ressortit quelque temps plus tard les bras chargés de vêtements affriolants, accrochés à de petits cintres roses ou transparents. Au regard des étiquettes, le prix était inversement proportionnel à la quantité de tissu utilisée. L'alarme s'était déclenchée et le bruit était assourdissant. Elle n'était pas démontée pour autant et me montrait avec douceur et quantité de détails, chacun des modèles, pour que je puisse être en mesure de faire "mon choix".  

- Mais je n'ai rien à choisir, je ne porterai pas ces vêtements !

Elle voulait, dans la galerie, avoir mon avis...

Son époux aurait été mieux placé que moi, mais jamais elle ne faisait ses courses avec lui, répondait-elle, pour des raisons de sécurité.

Rouge de honte, au milieu de l'allée, je finis par m'extirper de ma gêne et entrer à reculons dans la boutique. Elle rentra, vainqueur, et le bruit de l'alarme cessa aussitôt, remplacé par les rires et chuchotements des vendeuses.

J'eus alors droit à un dernier supplice, l'essayage.

Nous choisîmes trois modèles de lingerie, et ma collègue entra dans la cabine pour déterminer celle dans laquelle elle se sentirait le mieux.

J'attendais, sagement assis sur un tabouret mis à ma disposition par les vendeuses, ne pouvant m'empêcher de tenter d'imaginer le corps de ma collègue carapaçonné dans ces guêpières aux tissus soyeux et aux baleines revêches.  

 De longues minutes passaient, lorsque ma collègue sortit, in situ, vêtue d'un seul corset de satin noir, bordé de dentelle rouge, que nous avions trouvé très sexy, et qui avait fait l'objet de notre second choix et d'un string. 

Je m'étouffais. Je suais à grosses gouttes, je mourrais, je suffoquais.

Elle avait accroché ses bas aux jarretières, et remis ses escarpins, "pour bien se rendre compte de l'effet", et tournait, se regardant dans la glace de tous côtés. 

Je me levai, regardai dans la cabine, une glace en pied s'y trouvait. Il n'y avait aucune utilité à ce qu'elle se promène ainsi déshabillée dans la boutique. Les vendeuses se pressèrent autour d'elle, commentant les courbes, les rubans, et les colifichets.

Je tentais de regarder ailleurs, vainement, mon regard étant toujours attiré par ses cheveux brillants, ce satin brillant, cette peau nacrée, cette bouche, ces hanches, cette taille. Mon dieu, je n'avais jamais vu une taille aussi fine, à part la danseuse dans les dessins animés avec le loup de Tex Avery. D'ailleurs, je me sentais un peu comme ce loup. J'aurais aimé être accoudé à un bar, pouvoir hurler à la mort ou à l'amour, et boire cul sec un ou plusieurs verres de wisky. Mais je me trouvais là, dans cette boutique embaumée de son parfum, à minauder et à donner mon avis sur une cambrure, ou un rebondis.

Elle rentra dans la cabine comme si de rien n'était, et en sortit quelques minutes plus tard, cerclée de tendres et vaporeuses dentelles transparentes. J'ignore à combien battait mon pouls, mais cette taille, j'aurais pu l'enserrer de mes deux mains.

Après quelques réflexions, elle entra enfin dans la cabine pour ressortir avec le troisième choix. La guêpière était bordeaux, nous convînmes que la première était plus belle et plus sexy, elle  régla rapidement la note après s'être rhabillée de pied en cape, et nous nous éclipsâmes, de retour dans la voiture, vers l'Etude, pour une après-midi de travail, sans avoir mangé, au cours de laquelle j'eus un mal fou à me concentrer.

Tout redevint normal. Le soir, j'étais naturellement seul dans mon petit appartement, encore essoufflé de la journée passée. Le lendemain,  ma collègue me dit que son mari trouvait que j'avais bon goût. Je rougis jusqu'aux cheveux, puis, plus rien, plus un mot de tout cela. Nous déjeunions ensemble de temps en temps, comme avant, évoquant des points de droit, quelques problème locaux ou des considérations de politique de comptoir, comme nos autres concitoyens.

Je me sentais vaguement soulagé, oui, heureux et soulagé. J'avais fait une bonne oeuvre, c'est cela, je m'étais bien comporté en apportant du peps dans la vie de ce couple, moi qui avait contribué à choisir une lingerie que je n'aurais jamais pu voir porter sur ma propre épouse. Pourquoi ? Aurait-elle été laide dans cet accoutrement ? Non, bien entendu, et cela m'aurait plu, mais j'aurais tout de même été fort gêné de voir mon épouse dans un costume de scène. Ce genre de chose, c'est pour les danseuses du Lido, pensais-je, ou du Crazy horse, oui c'est cela. Ce n'est pas pour les gens ordinaires.

Ma collègue elle-même était bien ordinaire. J'ignorais qu'elle mettait des bas, mais je savais bien qu'elle ne ne portait pas ces sous-vêtements tous les jours. Ce n'était pas pratique selon moi. Je cherchais tout de même vaguement du regard sa taille si fine, mais cela n'apparaissait absolument pas à travers toutes les épaisseurs de tissu, pull, jupe, veste de tailleur.

Un jour cependant, un collègue me bouscula sans le faire exprès (il tenait une imposante machine à écrire qu'il devait porter à réparer)  et je me heurtais à ma collègue qui passait près de la photocopieuse juste à ce moment là. C'est alors que je sentis. Oui, je sentis sa taille, dure, enserrée dans de multiples baleines et renforts. Je n'en cru pas mes doigts. Ma collègue portait matin, midi et soir ces froufrous que nous avions choisi ensemble.

Dès ce jour, je ne pus m'empêcher de scruter ses gestes, ses attitudes, ses mouvements, je tentais de voir la guêpière agrippée à son corps à travers ses vêtements. Ce devint presque un fantasme. Ma collègue à la guêpière.

Que cette lingerie serve à la libido du jeune couple ne m'avait donné aucune idée, mais que cet objet de luxure repose tous les jours sur cette peau délicieuse me donnait des frissons glacés.

 Deux mois plus tard, ma collègue me proposa de faire un nouveau détour vers le centre commercial. Je détournais son regard, changeais de conversation, m'éloignais en titubant mais rien n'y fit, elle insistait à perdre haleine. Je refusai toujours lorsqu'elle me dit qu'elle avait besoin d'un moule à charlotte pour faire un gâteau délicieux pour ses amis ce week-end, et qu'elle ne le trouverait que là. J'aurais droit à une part du gâteau. Vous connaissez ma gourmandise légendaire.

Nous primes donc la voiture. Elle acheta son moule et nous repassions devant le magasin de la tentation lorsqu'elle y entra sans détour.

je m'éloignais et me dirigeais vers le parking lorsque j'entendis l'alarme se déclencher comme la dernière fois. Je revins sur mes pas et choisis avec elle une guêpière adorable (ma préférée), jaune poussin, avec de la dentelle et un peu de duvet d'oie, comme les boas des danseuses du Crazy horse, mais le style aurait plutôt été Folies Bergères, French Cancan, ou quelque chose comme cela. C'était très bien fait, quelques petites pressions discrètes permettaient d'ôter la plume pour mettre au lavage, ou pour porter tous les jours. A cette occasion, j'ai pu contempler la lingerie qu'elle avait mis le matin, un ensemble guêpière et string en satin couleur chair recouvert de dentelle noire sur les côtés, avec balconnets noirs ampliformes à armatures. Ses bas avait une ligne derrière, je n'avais pas remarqué quand elle était en tailleur, mais presque nue, tous les détails me sautaient aux yeux. 

Comme la fois précédente, je respirais mal tout l'après midi, mais les jours suivants, ce fut comme si de rien n'était. Je dirais presque que j'oubliais. Parfois tout de même, je me demandais comment ma jeune collègue me considérait : comme un ami, comme une amie, comme un gay, comme un papa, une maman ? Tout de même pas comme un vieux collègue ! Mais finalement je n'étais peut être qu'un vieux chauffeur de taxi.

Je m'habituais à ce rôle indéterminé, et caché de tous, de conseiller en lingerie. Nous entrâmes souvent dans la boutique, je n'éprouvais plus cette sensation d'étouffement, je pouffais avec les vendeuses qui semblaient m'apprécier, nous formions sûrement un couple étrange, moi qui choisissais et elle qui payait ! Elle ne posèrent jamais aucune question.

Lorsque je dis caché, je n'en suis pas si sûr, car quelques fois je surprenais des regards, ou je croyais percevoir des allusions dans certaines conversations avec mes autres collègues. Mais peut-être que ma situation me rendait un peu paranoïaque.

Un jour cependant, ma collègue, au cours d'un déjeuner entre nous, émis le souhait d'avoir un enfant. (à suivre...) 



  



 


 



 


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