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Le blog de ACHILLE - Chroniques Notariales
un clerc divorcé qui se noie dans les problèmes de divorce de ses clients

#la comedie du divorce

LA MALADIE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

« Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. »

René CHAR.

Noble de cœur, bien de sa personne, nom à rallonge, Monsieur de. a épousé tardivement une belle, jeune italienne fougueuse aux yeux verts, aux longs cheveux blonds vénitiens. Mariage rapide, sans penser au notaire. Un enfant naît, un fils, qui grandit dans le sillage de sa mère.

Monsieur achète avec les deniers de sa maman et à l’aide d’un prêt bancaire un bien, sans déclaration d’emploi, sans rien dire au notaire, un bel appartement pour loger femme et enfant. Cet appartement est commun bien entendu, Monsieur l’entend de cette oreille.

Puis vient le malheur, la maladie génétique qui se révèle, la maladie orpheline, celle qu’on ne connaît pas, dont on doute toujours malgré quelques antécédents dans la famille, celle qui a eu la discrétion de sauter quelques générations. Celle-ci s’appelle la rétinite pigmentaire.

Cette maladie atteint les yeux, à tout âge. Il se trouve que cette maladie a laissé tranquille Monsieur quarante ans, puis la dégénérescence de ses rétines a été très brusque. Monsieur, courageux s’est mis immédiatement au braille, ne pouvant concevoir de ne plus lire, de ne plus s’informer.

Madame se détourne peu à peu de Monsieur. Encore jeune et beau, Madame décide de rester dans l’appartement pendant que Monsieur doit aller chaque semaine à PARIS pour des soins particuliers.

Monsieur ne comprend pas cet éloignement de Madame alors qu’il est dans la détresse. Monsieur en veut beaucoup à Madame.

Madame non plus ne comprend pas que Monsieur ne lui rende pas sa liberté comme on dit.

Après quelques tentatives de vie à deux, le couple implose. Madame part pour vivre avec quelqu’un, emmenant l’enfant.

Monsieur de son côté ne peut rester seul, rencontre une grenouille de bénitier, avec de vraies pattes palmées, et une bêtise crâne.

Monsieur tente de s’en accommoder, la nouvelle compagne est gentille, attentionnée, chante bien à l’église, fait bien la cuisine.

Madame demande le divorce, refuse à Monsieur de voir son fils.

De toute façon Monsieur ne peut plus le voir depuis quelque temps. C’est vrai qu’il ne pourrait plus s’occuper de lui, ses yeux ne le lui permettent plus.

Il ne peut plus faire grand-chose, il voit flou devant lui, un peu plus net sur les côtés. Il ne peut corriger les devoirs, il ne peut plus lire l’écriture de son fils. En revanche, il peut lui écrire, il peut l’aimer, le couver, le dorloter.

Il se place en haut à gauche d’une feuille blanche, il ferme les yeux. Il imagine qu’il est comme avant, il écrit en grosses lettres qu’il ne relit pas. Je reconnais tout de suite ses courriers dans le flot qui m’arrive chaque jour.

Monsieur ne veut pas verser deux cent mille euros à titre de prestation compensatoire, à celle qu’il appelle encore sa femme. Il ne comprend pas, il pense qu’elle n’était qu’intéressée quand elle l’a épousé, qu’elle le prouve maintenant.

Madame, de son côté, ne peut plus voir son époux. Plus il perd la vue, plus elle est aveugle. Elle ne le reconnaît plus, c’est un étranger, un handicapé.

Le mot est dit.

Handicapé.

Et alors ?

Monsieur porte encore beau, Monsieur est très intelligent, a une grande culture. Monsieur ne travaille plus, il est disponible tout le temps. Monsieur vit de ses rentes, il touche quelque pension en sa qualité d’handicapé. L’assurance de la banque rembourse toute seule le prêt, sans aucun souci. Une chance pour le couple, plus que cinq ans à tenir. Madame n’en peut plus, Madame pourrait faire tout gâcher. Si on vend, on perd, l’assurance s’arrêtera, l’on devra rembourser le solde du prêt sur le prix qu’on recevra. Madame ne veut rien entendre. Monsieur est prêt à reprendre l’appartement et la charge du prêt, puisque de toute façon, l’assurance paierait. Ce n’est pas sûr pourtant, n’y a-t-il pas cette petite clause qui énonce comme cas d’exigibilité anticipée, la non-information de la banque en cas de changement de propriétaire.

Monsieur me dit qu’il va en appel, Monsieur se bat, tant que cela fait passer le temps, pas de souci, il dispose de l’aide judiciaire. Il n’a pas à payer son avocat, lui écrit toutes ses conclusions sur de nombreuses feuilles couvertes de sa grosse écriture enfantine.

Monsieur est condamné à verser cent mille euros à son épouse. Pourquoi ? Parce qu’il est rentier grâce à une maladie génétique ? Monsieur ne comprend pas. Il oublie un peu vite maman qui lui a donné de l’argent, pas mal d’argent comme dirait son épouse. Monsieur m’a demandé de faire un projet chiffré de liquidation de son régime matrimonial. En reprenant tout ce que maman a versé à Monsieur son fils, il ne reste plus rien dans la communauté, seulement les échéances qui seront remboursées au fur et à mesure par l’assurance groupe de la banque, brave caisse nationale de prévoyance, avec sa jolie musique, ses jolies publicités. Monsieur en rit, il aime bien cette musique, n’a pas eu le temps de voir les pubs, si, la première. Depuis, il ne les reconnaît qu’à leur musique, les remercie chaque fois.

Le juge, ou la juge, dans sa grande mansuétude, a décidé que condamner Monsieur alors qu’il était déjà condamné par la médecine était bien, parce qu’après Monsieur, il faudra bien que Madame vive, même si elle a rencontré chaussure à son pied et demeure maintenant à l’étranger. Le juge ne l’a pas cru quand il a crié ceci : Vous me tuez, c’est cela que vous voulez, me tuer à petit feu ?

Maman ne paiera pas, maman ne veut pas payer. Elle déteste sa belle fille, trop belle, trop apprêtée, trop exubérante. Maman est protestante. Du coup Monsieur son fils est catholique. Ce n’est pas qu’il n’aime pas maman, il l’a bien utilisée, usée, il en a bien abusé.

Tout de même, il faut gagner son indépendance.

Son enfant devrait faire pareil, se dégager des jupes de sa mère. Son fils demain va avoir dix-huit ans, le bel âge.

La procédure aura duré six ans.

Monsieur vient d’apprendre que la rétinite pigmentaire qui lui obstrue les yeux se complète allègrement d’un syndrome d'USHER ;

Monsieur, à plus ou moins long terme, va perdre l’ouïe.

Il a vu à l’hôpital des enfants de six ans, atteints de cette dégénérescence, il n’a plus la force d’en passer par là.

Il pense aux souliers rouges. Que lui resterait-il ? Le toucher ? L’odorat ? Le goût ?

Le toucher ne lui sert plus à rien depuis qu’il n’a plus la peau de son épouse à disposition.

Il ne pourra plus mettre sa tête dans sa chevelure, sentir la lourdeur des cheveux, leur grâce.

L’odorat non plus, il ne sentira plus l’odeur vanillée de sa peau, plus ambrée au creux de la nuque.

Le goût ? Depuis qu’il est seul, il ne fait plus de bons petits plats, sa compagne lui en fait, qui n’ont pas le goût salé des huîtres qu’il dégustait avec Madame à la nuit tombée sur le bassin d’ARCACHON. C’est bête, comme il était naïf à l’époque de prendre ARCACHON pour VENISE et son amour pour Juliette. Il est resté seul, Roméo.

Sa compagne est grumeleuse comme un crapaud, sent le savon de MARSEILLE. Cela sent bon le savon, hélas, il est trop tard pour fantasmer sur cette odeur.

Ce matin, il fait tiède, un peu humide, un léger vent ôte les feuilles des arbres. Il faut qu’il prenne ce train, il a envie de voir une dernière fois ARCACHON, de sentir une dernière fois l’odeur de la mer, l’odeur des embruns, la sensation sur sa joue. Il prend le car : on l’a accompagné jusqu’à l’arrêt, une gentille personne, ma foi.

Le conducteur se lève, l’aide à monter, voyant sa canne blanche, lui indique l’arrêt, l’aide à descendre. Ce n’est pas dans les grandes villes qu’il aurait le temps de faire cela, il est très serviable, ce conducteur, il sent la savonnette, comme sa compagne, mais un peu plus musquée. Il a les mains moites.

Il déguste une douzaine d’huîtres, les prend parfois avec les doigts pour être sûr de ne pas en oublier, il n'entend plus bien, déjà les bruits dans la salle à manger du restaurant s’estompent.

Peut-être est-ce aussi le plaisir d’être ici, de se remémorer des temps anciens, immémoriaux, seul, comme toujours il a été, jamais accompagné.

Il est tard, il sent la fumée des cigarettes, les clients en sont au café, c’est si bon accompagné d’une tige. Cela vous remue les tripes tout cela.

Le divorce, l’amertume, le handicap, la cécité, la surdité, non.

Il fait maintenant noir. Monsieur n’a pas réservé de chambre à l’hôtel, il n’est jamais trop tard. Monsieur se dirige tant bien que mal vers l’accueil, cherche des mains la sonnette où l’on appuyait lorsqu’il y était allé, il y a quelques dizaines d’années. Il appelle. Personne.

 Monsieur ouvre le cadran de sa montre, touche délicatement les aiguilles, neuf heures trente. Une petite promenade lui fera du bien. Il ne va tout de même pas se coucher avec les poules.

Au hasard des coups portés par sa cane, Monsieur marche, se délasse, il y a longtemps, très longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi calme, déterminé. Il n’en finit pas de marcher. Il se sent moins vieux. Il n’est pas vieux.

Sous ses pieds, une matière douce, comme un tapis, pas du tout tranquille pour un pas de malvoyant.

Monsieur continue sa promenade.

Il s’assoit à même le sable, ôte ses chaussures, ses chaussettes.

Quand il était jeune, il marchait pieds nus, c’était la liberté. La liberté.

De nombreux coquillages attaquent sa voûte plantaire. Dans son jeune temps, cela signifiait que la mer n’était pas loin.

Une sensation très fraîche envahit un de ses pieds, puis les deux, c’est vraiment froid. Puis à peine cette sensation parvenue jusqu’à la moelle épinière, une autre sensation de mouvance, un léger courant d’air froid sèche ses pieds. Il marche encore, cela recommence, c’est amusant de jouer avec le flux, le reflux. On n’en finit pas. Monsieur a de l’eau jusqu’aux genoux, rit comme un enfant, courant en tous sens, laissant tomber sa cane, se laissant tomber brusquement.

Dans le courrier d’aujourd’hui, j’ai trouvé cette enveloppe aux grosses lettres portant mon nom et l’adresse de l’étude.

L’ouvrant, je trouve une carte postale d’ARCACHON, station balnéaire, son bassin, ses huîtres.

Les grosses lettres dessinent peu de mots :

« Mon Cher Maître,

Vous avez raison, les temps sont durs. »

Suivis d’une énorme signature en forme de poisson, je n’avais jamais remarqué à quel point sa signature ressemblait à un poisson.

J’emporte cette jolie carte, la fais tenir sur mon réfrigérateur avec un aimant en forme de grenouille.

Trois semaines plus tard, mon patron me donne une coupure de journal, je reconnais la rubrique nécrologique. Monsieur de. est décédé, c’est son épouse et son fils qui remercient les témoignages des gens ayant assisté à l’enterrement.

Son épouse n’est plus son épouse, ils sont divorcés ! On ne dirait pas à la lecture de cette petite annonce.

Je n’y étais pas, j’ai regretté. Pourtant je n’aime pas les enterrements. La grenouille a-t-elle rencontré Juliette ? Laquelle a pleuré plus fort que l’autre ?

-         -Je ne savais pas qu’il était mort. Sa maladie génétique était-elle mortelle ?

-         Mortelle, oui, en quelque sorte – me dit mon patron – il s’est noyé à la marée montante. Il paraît qu’il ne l’a pas vu arriver. 

-         Vous croyez qu’elle vient au galop à ARCACHON ?

-         -Je ne sais pas GASTON, je ne sais pas.

Quand il m’appelle comme cela, je me demande tout le temps s’il veut dire le prénom GASTON, ou le nom de famille GASTON. J’ai toujours l’impression que ce n’est pas moi qu’il nomme, mais un autre, un tiers comme on dit en langage notarial.

Je conserve la carte postale pour moi.

* * *

 

DIVORCER OU PAS.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

DIVORCER OU PAS.

Quatre ans après son divorce, Monsieur me rend visite pour une autre affaire. J’en profite pour lui demander des nouvelles de ses enfants qui doivent avoir bien grandi maintenant, je tente d’obtenir également des nouvelles de son ex-épouse.

-         Tout va bien, les relations sont normalisées, cependant dans sa tête, mon épouse n’a pas encore divorcé.

-         Hier, j’ai vu une cliente à la fin d’une âpre discussion de plusieurs heures, prendre la tête de son futur ex-mari entre ses mains, lui déposant deux vigoureux baisers sur les joues. Quand il s’en est allé, je m’étonne qu’elle puisse manifester tant d’amitié pour lui malgré ce qu’ils se disent d’odieux lors des rendez-vous. « Mais c’est mon homme, me rétorque-t-elle, parfois j’oublie qu’il m’a quitté, je l’embrasse sur la bouche ». Une autre cliente, au cours d’une consultation, qui comprend plus de deux fois par phrases l’expression « le mari », pas « mon mari », m’apprend qu’il s’agit en fait de son ex-époux. Lors du règlement d’une succession, Monsieur, ex-mari de Madame l’accompagne soi-disant pour lui traduire en français courant mes arguties juridiques. Tous ces gens n’ont pas réellement divorcé.

-         On panse ses plaies comme on peut, par une fausse amitié, un service qu’on rend ou qu’on demande. On refuse de s’avouer divorcé, comme si, finalement c’était une tare. Tout le monde divorce, c’est la mode, la loi des séries, l’entraînement, les moutons de Panurge, je ne sais. Toujours est-il que le résultat n’est pas nécessairement probant pour tous.

-         Au fait, connaissez-vous le principe des masses critiques ? Vous allez au restaurant, deux personnes sortent rapidement, vous pensez qu’elles ont fini de dîner. Quatre ou cinq personnes aussi, mais dix, cela vous paraît suspect. Même s’il n’y a pas le feu, si tout est comestible, vous vous sentez mal, très mal, de plus en plus mal de ne pas faire comme les autres. Généralement, vous finissez par faire comme tout le monde, quitte à le regretter après.

-         Cela me rappelle ma fille. N’avait-elle pas juré qu’elle ne se percerait jamais le nez ni la paupière, c’est si laid, si laid… Finalement, un petit diamant, c’est assez sympa, « ô, elle est tellement jolie ma copine avec son petit piercing ». Jusqu’à quand a-t-elle résisté ?  À trois copines elle a craqué.

-         Je peux vous dire de même avec les pantalons trop longs. Mon ex-épouse était sûre qu’elle irait toujours les faire retoucher. « C’est tellement laid ces bas de pantalon qui traînent, finissent par se déchirer ». La mode dure un peu plus longtemps que prévu, finalement cela fait économiser le retoucheur, cela évite les feux de planchers, après tout, c’est bien laid un pantalon trop court….Divorcer, pourquoi, j’aime mon conjoint, enfin il y a des hauts et des bas. Cela coûte cher, l’avocat, le notaire, j’irais où, je ferais quoi ? Finalement, en ce moment, ce n’est pas terrible, tous les divorcés autour de moi s’amusent bien plus que moi. C’est vrai, en y pensant, je suis encore jeune, je n’ai pas eu la belle vie que j’attendais, c’est usant, plutôt laminant le mariage. Je suis allé me renseigner, on me le fait pour pas trop cher, je pourrai avoir l’aide au logement, on aura la garde partagée. Au moins une semaine sur deux je pourrai sortir autant que je veux….

-         C’est ce que vous vous étiez dit ?

-         Non, c’est ce que je perçois à mon travail depuis que j’ai divorcé, mon oreille est plus acérée. Ici, je n’ai pas encore entendu parler de ces « divorce parties » à l’américaine, sorte de fêtes où l'on déterre sa vie de célibataire pour faire semblant de ressusciter après le divorce. Mais cela ne tardera pas, à mon avis

-         Selon mon esprit étriqué, l’origine de cette flambée des divorces express est due aux feuilletons américains, aux films, à la télévision, que sais-je, à une certaine mode de la superficialité. Une sorte de fast-love comme je dis toujours, qui pour moi voudrait dire : « Je te prends vite fait, bien fait et au revoir ». Or l’autre fois, un client a évoqué un tout autre aspect de ce divorce rapide. Selon lui, les exigences des personnes se multiplient professionnellement, sociétalement, donc affectivement, on veut absolument le prince charmant, la belle au bois dormant. On choisit son partenaire, beau, intelligent, talentueux, bon amant, ami sincère, fidèle, en tout point bon parent. En tout cas, c’est ce que l’on pense. Les aspirations étant si élevées, si idylliques, que cela ne peut passer au quotidien, car personne n’est parfait, même soi-même. Le paradoxe est que les relations avec les autres sont vécues comme une denrée hautement périssable. Or, la recherche du bonheur, de nos jours, est une recherche de l’amour fusion, d’une fidélité à des principes qui ne sont d'ailleurs pas nécessairement les mêmes pour les deux partenaires, d’une fidélité jusque dans les actes. La mode est au refus, même au dégoût du mensonge, de la tromperie. Hélas, comme le disait mon client, c’est à notre avis une utopie. Nous avons besoin de construire notre monde secret pour exister, que ce soit en fantasmes, virtuellement, ou que ce soit réellement pour certaines personnes, ces personnes-là ont aussi le droit de vivre en couple. D’ailleurs il faut compter sur la durée, car on évolue. Même si on dit que sur tel ou tel point on ne changera pas, c’est à mon avis aussi une utopie de penser cela. On progresse, tant mieux, même si ce n’est pas toujours dans le bon sens. Je ne suis pas pour les relations Kleenex.

-         Vous évoquez par ce terme de « relations Kleenex », des attitudes du style « je te prends, je te jette après usage ». Or, je dois vous arrêter. Ce n’est pas la bonne définition. La relation Kleenex est la relation qu’a une personne avec son partenaire lorsqu’elle lui fait croire qu’elle est avec lui ou elle pour la vie, alors que cette personne n’a pas encore réussi à faire le deuil de sa relation précédente. Le souci, dans cette relation, est que l’autre ne sait pas nécessairement que c’est perdu d’avance. Il y aurait même deux possibilités de « mensonge » : soit l’un sait qu’il lui faut du temps, y croit lui-même car il pense qu’il est peut-être enfin tombé sur la bonne personne ; soit l’autre se comporte en allumeur ou allumeuse sans même voir qu’elle est passée à côté de la bonne personne. Mon psy m’a expliqué qu’il tente désespérément d’expliquer à ses clients qu’il faut fuir le coup de foudre qui finit souvent par être décevant, pour forcer la relation difficile, par l’apprentissage de l’autre.

-         Ce que font les « vieux couples » qui se renouvellent toujours mine de rien, sans qu’on le voie de l’extérieur, qui se surprennent à se dire qu’ils ont l’autre dans la peau.

-         Le couple est un fusible pour la société. On ne s’entend plus parce que l’on n’écoute plus. La société met trop de bruit partout pour que l’on puisse se concentrer sur son être plutôt que sur son avoir. Hop, le couple saute car la société, elle, est en mutation, mais ne saute pas.

-         Le partenaire est l’exutoire de nos insatisfactions sociétales. Nombres de couples battent de l’aile dès que la réussite professionnelle de l’un flanche, dès que les finances baissent, dès que les époux ne se trouvent plus conformes au modèle publicitaire. Cela me rappelle encore une anecdote : Je demande à une cliente son état civil. Elle me décline son identité, affirme être célibataire. Mais sur ses papiers, je m’aperçois qu’elle est divorcée. Je l’interroge, elle me répond qu’aux États-Unis, on n’est pas divorcé, on est juste marié ou célibataire. Je n’ai pas cru bon lui dire que nous étions en France. Peu de temps après cette même cliente revient pour faire un contrat de mariage. Elle se remarie… avec le même.

* * *

LA RÉBELLION.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Elle avait des larmes plein le corps. Quand on la secouait, il en pleuvait de partout.

Elle avait des courants d’air plein la tête. Ça lui rafraîchissait les idées disait-elle.

Qu’on lui parle d’art, elle racontait :

-         Chez nous, on ne dit pas trop ce mot-là, on dit plutôt du lard ou du cochon.

-         Chez nous, les expositions, on n y va pas.

-         On a les torchons avec des images de calendrier sur le fil ou les mouches collées sur la plaquette ou encore la Vénus de Milo en plâtre sur la télévision, l’Angélus de Millet sur le papier peint à fleurs de la salle à manger.

Elle avait des larmes plein le corps.

Quand on la secouait, on était tout mouillé.

Qu’on lui parle de politique, elle répondait :

-         La politique, c’est comme les ascenseurs, pour monter faut bien qu’y en ait un qui descende à ton étage, mais va savoir pourquoi, y sont tous en panne !

Elle en avait plein le dos, disait-elle, quand on la secouait, elle tanguait comme un bateau.

« CONTEMPORAIN », elle disait qu’elle ne savait même pas ce que cela voulait dire, elle ne savait même pas pour qui elle pourrait être contente.

-         Je ne suis contente pour personne moi !

Elle avait tellement de larmes, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Elle découpait des bouts de journaux, elle les tressait, les collait, les coloriait avec les feutres de ses enfants.

Elle avait des larmes plein les oreilles, quand elle se taisait, on entendait la mer.

Elle n’osait pas punaiser ses œuvres au mur, à côté de l'angélus ou du puzzle cinq cents pièces de son mari. Plus cela venait, plus elle lisait ce qu’elle découpait, disait elle, faisant attention à ne pas couper certaines phrases.

Elle les soulignait selon leur importance, de différentes couleurs.

Elle ne savait plus quoi faire de ses arlequines de papier.

Un jour, un de ses gamins l’a raconté à l’instituteur, puis c’est venu aux oreilles du maire, puis, -Ya un marchand bien intentionné qu’est venu – la rencontrer.

Ça lui picotait les yeux, ça lui faisait des poches toutes rouges tellement elle ne pouvait plus retenir ses larmes.

Quand ce type lui a expliqué en gros qu’elle faisait partie sans le savoir d’un mouvement contemporain dénommé « art brut », qu’un autre type qui s’appelait BOURDIEU disait « d’elle » que l’art brut était « non cultivé »…. « À la façon d’un Iliade écrit par un singe dactylographe » !

Elle a « tout foutu à la cheminée, direct » !

Elle, une brute ?

C’est peut-être cela qui a fait déborder le vase.

Ça l’a secouée :

« Un singe, ça n’a pas des larmes plein le corps ».

Monsieur n’a pas compris. Tout de même, elle aurait pu en vendre. On lui proposait un bon prix.

Elle a quitté son mari, la vénus, la ferme, les enfants, l’angélus, les torchons à motifs.

Elle a divorcé.

* * *

NOTAIRES CÉLÈBRES.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

NOTAIRES CÉLÈBRES.

Elle a mis ses boucles d’oreilles bleues. De petits carrés de pâte de verre outremer enchâssés dans un métal sombre. Elle porte le collier assorti. La perle du milieu tourne toujours, j’ai l’envie effrontée de lui remettre droit, toucher cette perle, toucher sa nuque, toucher sa peau. Je l’ai vue acheter ce collier, la semaine dernière, au marché. Je l’ai dévorée des yeux pendant qu’elle essayait ces fantaisies. Elle semblait arrêtée sur la forme, mais pas sur la couleur. Je la vois souvent en noir et blanc. Elle aurait pu choisir le rouge. Mais elle essaya toutes les teintes, sauf le rouge. Si je lui avais fait ce cadeau, je me serais trompé. Puis-je avoir un jour la bonne intuition ! Pourquoi n’aime-t-elle pas le rouge ? Elle en porte de temps en temps, pourtant. Enfin, il me semble lui avoir déjà remarqué des accessoires rouges.

Si on me demandait d’aligner des mots pour la couleur rouge, ce serait : Révolution, sang, révolte, gagnant, feu, stop, attention, chaud, cerises au sirop. Finalement, elle a eu raison de prendre les bleues. Elles s’harmoniseront avec ses yeux. Bleus ? Sont-ils bleus ?

Je la scrute en pensée. Je n’ose plus la regarder de face, ces derniers temps. Elle doit penser que je ne suis pas franc. En fait, elle me fait perdre mes moyens. C’est malheureux à mon âge, d’en être réduit à subir sa libido. Je succombe dès qu’elle m’adresse la parole. Serai-je à la hauteur ?

-         J’ai vu une toile qui parlait de vous. D’accord, le notaire n’est pas très ressemblant, mais il fait partie intégrante du tableau. Il s’agit de « l’Accordée du Village » de Greuze, dont Diderot a fait un commentaire du notaire représenté.

-         Connaissez-vous GOUPILLEAU de FONTENAY, notaire conventionnel et régicide, CHARRIER, notaire royaliste ?

-         Saviez-vous que le royaliste CADOUDAL était clerc de notaire ?

-         Qui pouvaient être les rédacteurs des cahiers des charges présentés aux États Généraux de mil sept cent quatre vingt-neuf, si ce ne sont des notaires et clercs pour une bonne partie ?

-         Étienne CLEMENTEL et MARCHAND tous deux ministres étaient également notaires, et ma foi écrivains et peintres...

-         Honoré de BALZAC, dans sa « Comédie Humaine » a dépeint plus de quarante notaires en majorité sympathiques.

-         Guy de MAUPASSANT a écrit une nouvelle intitulée « Divorce » qui évoque un notaire qui se rend chez un avocat pour divorcer.

-         Maître BOULARD, notaire à PARIS avait collectionné environ six cent mille livres tout au long de sa vie au début du dix-neuvième siècle.

-         Inconnu celui-là.

-         Maître DUCLOS DUFRESNOY, notaire, fut à l’initiative de la création de la Caisse d’Escompte, ancêtre de la Caisse des Dépôts et Consignations, établissement public où les fonds des clients des notaires sont obligatoirement déposés. Maître DUCLOS DUFRESNOY possédait une collection de toiles de Maîtres fort renommée et visitée.

-         Édouard CORNIGLION-MOLINIER , ministre de la Justice sous la quatrième République, était notaire à MENTON, héros de la guerre de mil neuf cent quatorze, résistant, puis déporté pendant la seconde guerre mondiale. Pilote, il avait conduit pendant l’entre-deux-guerres l’avion emportant André MALRAUX explorer l’Éthiopie.

-         Franck FERNANDEL était clerc de notaire, à ce qu’on dit.

-         Le fils de FERNANDEL ?

-         Mais comment se fait-il que vous ayez une telle connaissance des notaires, vous, une épouse de pharmacien.

-         Ex-épouse.

-         Future ex-épouse.

* * *

CONVERSATIONS AUTOUR D’UN CENDRIER.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

mes clientsCONVERSATIONS AUTOUR D’UN CENDRIER.

 

« Souvent la jeune mariée est embarrassée lorsqu’il s’agit de désigner des beaux-parents. On peut trancher la difficulté en leur donnant le nom de « papa » et de « maman », gardant pour les parents véritables ceux de père et de mère, ou inversement. On peut aussi dire « beau-papa » et belle-maman », ou « maman Jeanne », « papa Pierre ». Certaines personnes conservent l’appellation de monsieur et madame, désignation bien froide et bien sévère qu’il faudra tout au moins adoucir en y ajoutant un palliatif affectueux. »

LISELOTTE – Le Guide des Convenances.

 

-         JE N’EN PEUX PLUS, JE VAIS DIVORCER !

Ce cri en provenance du cendrier de la porte sur la rue m’arrête net dans ma course. La confraternité des fumeurs gît ci-devant, agglutinés sur le trottoir devant l’Étude, dans le froid du petit matin, sous la pluie à midi, au soleil du tantôt, dans l’obscurité du crépuscule. Ces toxicomanes, souffreteux, proscrits, torturés, portant dans leur sang le venin de la civilisation se gaussent et jasent, se défoulent, vagissent, un pied contre le mur, un arabica trop sucré dans une main, une cigarette dans l’autre, les doigts jaunis par les remords et la fumée, les lèvres pincées par la manie et la honte.

 

-         Hier, le primate que j’ai eu le malheur d’épouser, a eu l'extrême obligeance de dire à sa môman chérie qu’elle ne faisait plus de choucroute depuis qu’ils n’habitent plus en Alsace. Cela m’a retourné. Qu’il ait l’outrecuidance de lui demander à elle, de faire la cuisine, je n’en reviens pas. Je lui ai fait remarquer vertement. « Bê, ça alors, tu aurais pu me dire que tu voulais de la choucroute. Je vais t’en faire, ne t'inquiètes pas. » Pour alléger la discussion, je demande à belle-môman si elle a une recette spéciale. « Que non », me dit-elle. J’oublie évidemment cette remarque, et j’oublie complètement de passer chez le charcutier. Le lendemain, la voilà qui s’amène avec sa choucroute garnie dans son Tupperware[1], son sylvaner et tutti quanti dans sa hotte de Mère-Noël. Là je me suis mise en colère !

-         Ah, pourquoi donc ? Ça t'évite de préparer un repas !

-         Tu ne comprends rien. Elle le fait exprès, la matrone !

-         Je ne vois pas pourquoi. Moi, je dis vive moche maman dans ces cas-là !

-         Comment tu l’appelles ?

-         Moche maman, c’est pour changer. Elle n’est pas vraiment jolie si tu vois ce que je veux dire…

-         Chez moi, quand ma belle-mère nous fait à manger, on se régale.

-         Moi j’aimerais bien qu’elle fasse un jour quelque chose pour nous, tu parles…

-         J'ai sûrement de la chance, comme vous dites. Je ne sais pas, mais cela m’exaspère, j’ai des envies de meurtre dans ces moments-là, ou de divorcer.

-         Tu ne crois pas que tu es jalouse ?

-         Oui, tu ne te sens pas un peu en concurrence avec elle ?

-         Ce n'est pas que je me sens en concurrence avec elle, mais ma devise est chacun chez soi, c'est tout. Déjà qu'elle nous mette sous le nez de la choucroute toute faite, ça me rend malade. Mais qu'en plus elle ait pris soin d’apporter les saucisses, le travers de porc, le saucisson et même la moutarde, non là vraiment c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de nuit.

Ni une ni deux, je me précipite dans la salle de signature, ouvre la bibliothèque, emprunte ce trésor de désuétude. Je cours jusqu’au cendrier essoufflé, et commence à mes collègues la lecture d’un vieux guide[2] :

“ Lorsque dans une réunion se trouvent à la fois parents et beaux-parents, c’est à ces derniers que revient la première place. À table, le gendre aura sa belle-mère à sa droite, sa mère à gauche ; la belle fille, son beau-père à sa droite, son père à sa gauche.

Il est facile, avec du tact, de l’application, de la bonne volonté, de calmer les jalousies et les susceptibilités et d’arriver à établir entre les beaux-parents et les enfants d’agréables et affectueux rapports, mais à condition que les efforts soient égaux et parallèles..”

 

-         C’est clair que nous avons toutes des jalousies ou susceptibilités face aux anciens. Face à ma mère aussi, elle voulait toujours m’expliquer comment repasser les chemises de mon mari et moi, je voulais qu’il le fasse lui-même, c’était un comble ça !

-         Chez moi, la cuisine, ça m’assomme de la faire… alors quand la famille pense à nous, ça nous fait très plaisir, ça nous change des plats tout préparés, ils ont tous le même goût à force. Mais qu’as-tu contre ta belle-mère ? C’est parce qu’elle ne l’a pas fait elle-même la choucroute ?

-         Tu parles, si, bien sûr, elle l’a faite maison en plus. Rien n’est trop excellent pour son fils chéri. Elle en rapporte chaque fois trop pour nous deux, mais tout de même pas assez pour les enfants. Elle croit qu’ils ne mangent que des pâtes et du jambon, mais je leur ai appris à manger comme nous…

-         Dans les dossiers, je le vois bien, certaines mamans sont incapables de couper le cordon ombilical, elles parlent de leurs enfants comme si c’étaient encore des petits bambins, elles ne supportent pas trop qu’ils soient papas eux-mêmes. Parfois même, elles veulent s’approprier les petits enfants.

-         C’est vrai ce que tu dis. Tu sais, quand j’ai eu le premier, elle est venue avec tout le matériel de bébé et de ménage. Elle insistait pour que je me repose, tu parles, c’était pour s’occuper de tout ! Repas, ménage, courses parce que je n’achetais pas de bonnes choses. Elle voulait donner les biberons, changer bébé, elle se levait même les nuits quand il pleurait. J’ai fini par piquer une crise de nerfs, je l’ai renvoyée dans ses pénates. Elle est tombée en pleurs. J’ai apprécié l’intervention de mon mari pour une fois. Il lui a précisé qu’elle empiétait sur nos plates-bandes. Elle a raconté que sa mère s’était sacrifiée de la même façon pour elle et ainsi elle voulait nous rendre la pareille. Il s’est enquis de la manière dont elle l’avait acceptée. Ne s’était-elle pas un peu sentie dépossédée de sa maison, de son bébé ? Alors, elle a avoué que si, et que d’une certaine manière, elle compensait maintenant, se faisant plaisir tout en nous épargnant du travail. En plus Beau-papa s’y mettait aussi, pour eux si bébé était magnifique c’était uniquement grâce aux spermatozoïdes de leur fils, moi j’étais comme une mère porteuse, juste un ventre, une couveuse.

-         Je comprends, c'est la guerre froide, mais heureusement elles ne sont pas toutes comme ça, et puis un peu d’aide c’est quand même gentil, ça ne t’a pas fait bizarre toi de n’avoir plus une seconde à toi ?

-         Oui, ce sont surtout les grasses matinées qui m’ont manquées.

-         N’empêche, je ne lui ai rien demandé et je n’ai pas besoin d'elle pour sustenter mon abruti d'homme, qui n’est pas fichu de me défendre…

-         Mais c’est sa mère !

-         Et moi, JE SUIS SON ÉPOUSE ! Maintenant c'est à moi que revient la tâche de m'occuper de lui !

-         Bê, dis donc, je n'y comprends rien.

-         Je ne vais pas m'occuper de son mari donc elle ne doit pas venir soigner le mien, c’est aussi simple que ça, même si c’est son bébé chéri ! Je ne veux pas qu’elle s’incruste.

-         Moi, ma belle-doche, elle vient sans se faire inviter avec une bouteille, elle pose son derrière sur le canapé et boit tout son saoul jusqu’à ce que la bouteille soit vide, en me donnant des conseils pour tenir mon mari et mon ménage. Elle me donne même des conseils pour élever mes enfants alors que les siens, ils n’ont pas dépassé le brevet.

-         Faut vraiment qu'on déménage ! Je n’ai pas eu de chance au tirage au sort des belles-doches c'est tout.

-         Elle aurait pu vous inviter le week-end pour la manger cette choucroute, tu n’aurais pas eu à en faire une maladie.

-         Mais tu n’as pas remarqué ? On déjeune chez eux tous les week-ends et quelquefois deux fois dans le week-end quand elle dit à mon mari, « Maman a fait de la tête de veau rien que pour toi »… Il craque le pauvre, et moi j'ai mauvaise conscience de lui laisser sa nourriture sur les bras.

Je poursuis ma lecture :

 Ajouterai-je encore qu’il convient, pour établir un courant agréable de vie, de craindre des relations trop fréquentes, des visites régulières à heures fixées, visites auxquelles on ne saurait manquer sans froisser ceux qui vous attendent. Il faut aussi que la jeune mariée ne se montre pas trop autoritaire et laisse son mari libre d’aller voir souvent sa mère : au contraire, la mère de la jeune fille évitera d’être constamment chez sa fille, d’encombrer le ménage et de le fatiguer par ses conseils et avis. Cette retenue discrète de part et d’autre facilite les rapports entre les nouvelles familles..”

-         Mais quand les gens viennent sans prévenir, on ne va pas leur fermer la porte au nez, ou les refouler comme de vulgaires représentants.

-         Mais que mes beaux-parents viennent, ce n’est pas un souci. Je ne supporte pas que ma belle-mère vienne chez moi nourrir son fils, je suis seule reine en ma demeure. Chez elle, elle fait ce qu’elle veut, et si elle veut s’incruster à la maison et me laisser faire à manger tous les week-ends, pourquoi pas. D’abord, il faut toujours qu’elle fasse le plat qui fera plus plaisir à mon homme que celui que je lui fais. Heureusement, je suis bonne cuisinière.

-         Oui, parce que moi, je ne pourrais pas lutter, et puis de toute manière, j’en profite aussi, je n’ai aucun amour propre à ce sujet.

-         Tu sais qu’un jour elle m’a piqué ma propre recette de tarte à la rhubarbe pour lui en faire ? C’est bien qu’elle veut me battre sur mon propre terrain !

-         Tu as raison.

-         Je ne sais pas.

-         Moi, j’aimerais bien cuisiner comme toi.

-         Je lui laisse le clafoutis, qu’elle ne vienne pas me piquer mes secrets. Je ne lui pique pas les siens, je ne veux même pas les connaître, j’aimerais juste qu’elle les apprenne aux enfants. C’est tout. Hélas, elle ne sait même pas transmettre, juste piquer c’est tout.

-         Ils sont encore jeunes, tu ne peux rien dire.

-         Si, je peux dire, elle s’enferme dans sa cuisine. Et puis, vous ne savez pas, sur la tarte, je lui dis «  il faudra que je vous montre une astuce pour la décoration ». Elle ose me répondre toute vexée « ce n'est pas la peine, la déco je la fais toujours comme ça », tu parles, elle n’en avait jamais fait, cela fait quinze ans qu’on se connaît. Heureusement qu’ils ont cassé le moule, parce que je n’aimerais pas que mes gamins aient une belle-doche comme ça.

-         On restera toujours les enfants de nos parents, on préfère toujours nos parents à ceux de notre compagnon, c’est normal, vous ne croyez pas ? En tout cas, la cuisine de ma maman sera toujours la meilleure.

-         Tout de même, il y a la façon. Ma mère par exemple, est super-envahissante, elle crie tout le temps, sait tout sur tout, a toujours tout vu. Elle seule sait diriger nos vies, nous empêcher de partir en vacances au soleil parce que c’est trop cher, nous enterrer à POUZZOULE-LES-BAINS parce qu’il n’y pleut que trois cents jours par an, c’est moins cher. Je n’en peux plus. Elle s’immisce partout, elle monte nos enfants contre nous. Pourtant, elle passe son temps à dire qu’elle n’est pas là pour critiquer, qu’elle ne nous juge pas, qu’on a le droit d’avoir notre propre vie. Cela dit, elle ajoute toujours qu’elle ne nous laissera pas gâcher notre vie par notre inconscience, cela veut tout dire.

-         Tu sais, pour avoir perdu ma mère il y a quelques années déjà, je me dis que malgré tout, c’est bien une famille. Alors j'essaye d'accepter au mieux les mauvais côtés.

-         C’est sûrement vrai, mais moi je reconnais que ma mère, elle est rudement casse-pieds et que si un jour je divorce, ce sera de sa faute. Par exemple, je ne déjeune plus chez elle, parce que mon mari ne supporte pas qu’elle fasse à manger avec les animaux à côté, en caressant le chat et le chien entre deux épluchures.

-         Qu'est-ce que j'aimerais ça qu'on m'apporte un repas tout prêt, moi, je suis comme Monsieur GASTON, je n’ai pas beaucoup de famille. Être isolée, c'est souvent difficile...

-         Tu sais, si ça se trouve Monsieur GASTON, il a divorcé à cause de sa belle-famille…

-         Non, non rassurez-vous, ce n’est pas pour cela.

-         C’est pourquoi alors ?

-         Je ne sais plus.

-         Je crois qu'à partir d'un certain degré, on devient paranoïaque. C’est mon psy qui me l’a dit. Un jour, je me suis mise à penser que tout le monde était contre moi, et cela a commencé par ma belle-mère. Il paraît que j’ai mal interprété ses intentions.

-         Il faut prendre sur soi...

-         En fait, je prenais pour de la jalousie ses histoires de nourriture, comme tu le fais aussi, d’ailleurs, sauf que c’est toi qui es jalouse, pas ta belle-mère. Tu vois, elle n’a plus que ça pour lui faire plaisir, et elle veut encore lui montrer qu’il existe, qu’il est son fils chéri. D’abord, ma mère fait pareil avec moi, ce n'est pas qu’une histoire de fils ou de mari.

-         N’empêche, moi je lui prenais son fils unique, tu n’imagines pas. "Viens chez ta vieille maman, mon garçon, je t'ai fait une gamelle pour tous les midis de la semaine, ça soulagera ta petite femme". "Tu vois comme ta maman sait bien faire ce que tu aimes, mon grand loup !"..."Oh, comment peux-tu avoir faim ? On ne te donne pas à manger dans ta nouvelle maison ? Tu ne t'inquiètes pas, maman est là pour ça, j'ai fait le marché… Tu peux tout y remporter chez toi". Il a fallu que je comprenne et le psy m’a bien aidé. Maintenant, j’ai appris à ne dénigrer personne, parce que cela n’arrange rien, et à prendre avec plaisir tout ce qu’on me donne, ou qu’on donne à mon homme. Ça va tellement mieux qu’elle cherche aussi à me faire plaisir, et ce n’est pas de refus.

-         Je n’y arriverai jamais.

Je rajoute un petit couplet :

 Pour que l’harmonie existe entre gendre, bru, beaux-parents, il est indispensable que règne entre ces nouveaux membres de la famille une réelle affection. Il faut vouloir aimer ses beaux-parents et il faut que, de leur côté, ceux-ci veuillent aimer leurs beaux-enfants. De la sorte, on évite des discussions, des blâmes directs ou indirects, on est indulgent aux défauts les uns des autres, les enfants acceptant les manies, les habitudes des gens âgés : les gens âgés étant indulgents aux erreurs, aux fautes, aux emballements de leurs enfants...”

-         C’est tout à fait vrai, il faut juste avoir le cœur ouvert, apprendre à faire des concessions. En plus ça sert aussi avec le mari... Et puis on instaure des règles et on s’y tient. Tu sais c’est difficile à dire, mais s’il le faut, il vaut mieux s’exprimer plutôt que de ruminer. Tu dis : « S’il vous plaît, jamais de visites à l'improviste, que ce soit vis-à-vis des uns ou des autres ». Tu ajoutes : « On a envie de se voir tous les quinze jours, mais je vous en prie, ne nous en voulez pas, on a des parents chacun, si on partage un week-end pour l’un et un week-end pour l’autre, on n’a plus de dimanche pour nous. Alors rien ne peut être systématique et il ne faut pas nous en vouloir pour cela… » Le principal, c’est qu’ils comprennent que nos histoires de couple et d’enfants ne regardent que nous : « On ne vous pose pas de questions sur les vôtres, merci de ne pas poser de questions sur les nôtres si on n'aborde pas le sujet ».

-         Tu as parfaitement raison, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est le respect de part et d’autre. Chacun chez soi.

-         C’est bien ce que je disais.

-         Non, parce que toi, tu la laisses empiéter et tu rumines. Alors, tu ne la respectes plus, tu te moques, elle te « court sur le haricot ». Tu n’es pas franche, finalement.

-         C’est peut-être parce que je l’aime bien que je ne veux pas lui faire de peine.

-         Alors ne parle pas comme cela.

-         Et ça va, toi, la donneuse de leçons !

-         Moi, c’est avec mon frangin que j’ai des soucis, on ne se voit plus.

-         Ah bon, pourquoi ?

-         Bê, un jour, il m’a reproché de ne pas venir chez lui. Je lui ai rétorqué : je viens quand tu m’invites. Il a répondu : S’il faut que je t'invite, alors tu peux courir. Du coup, je n’y vais plus parce qu’il ne m’invite pas. Je sais bien qu’il voulait dire que la porte m’est ouverte, mais comme tu dis, la maison des autres et la sienne, ne doivent pas être un moulin. On se convie, c’est la moindre des choses. On s’appelle, on se demande quand est-ce qu’on se voit, quoi… Sinon la famille de l’un débarque et l’autre se sent exclu. Au bout du compte, c’est mauvais pour le couple.

-         À moins que tu en aies un comme le mien. Il a toujours besoin d’une cour, alors il aime bien que mes frères et sœur soient là ainsi que mes cousins. Il se fait admirer, et tout, et tout. De ce fait, c’est moi qui passe pour une cruche, j’en ai marre, on dit que je suis ronchon. Je vois que ce n’est pas le mieux pour tout le monde dans nos couples mesdames.

-         Oh il y a des hauts et des bas, c’est tout. Ce n’est pas tout rose, mais tout le monde le sait, le mariage c’est l’aliénation.

-         Tu trouves ?

-         Oui.

-         Moi qui croyais que c’était l'amour, le nid…

-         Les oiseaux changent de partenaire tous les ans.

-         Ça dépend desquels.

-         Bê, comme les hommes…

-         Moi, ce qui me pèse le plus c'est la proximité… Quand on vivait dans un autre village que ma belle-mère, c'était tout de même plus facile. Tu vois, j’avais un nid comme tu dis. Maintenant, on est tous pas loin d’ici, c’est vrai que cela m’a rapproché de mon travail, mais ce n'est plus possible ! Elle passe tous les jours devant chez moi, j’ai l’impression qu’elle m’épie !

-         La mienne, elle nous a prêté des fonds pour acquérir la maison, c’est sympathique. Désormais, elle nous fait sentir qu’on est chez elle. Quand on se permet de lui faire remarquer qu’on rembourse des prêts à n’en plus finir à cause d’elle, elle se met à pleurer pour qu’on la console. C’est insupportable. D’abord, elle a voulu qu’on fasse des investissements ! Elle nous a tout préparé, elle trouvait un petit appartement cossu occupé par une vieille dame, et hop, elle la convainquait de nous le vendre en viager. On en a eu trois sur le dos comme cela. C’est sûr, c’est un placement, mais bon il y a des limites. On finissait par ne plus pouvoir les payer, d'autant plus qu’on voulait vivre, nous, sans trop se priver. Mais nos salaires n’y suffisaient plus. Alors les beaux-parents nous ont trouvé des rentes pour payer les rentes, vous imaginez la cavalerie ! On n’en pouvait plus. C’était trop au-dessus de nos moyens. On ne s’en rendait pas compte, au début, car elle était toujours là quand ça n’allait pas. Elle allait voir les vieilles, les banques, elle les faisait patienter ; payait une échéance pour calmer les choses. Puis ils nous ont trouvé de nouveaux emprunts. On a fini par vendre les appartements pour pouvoir acheter notre maison, enfin ne plus être locataires. Mais les rentes, ce n’est pas comme les crédits. On ne les rembourse pas quand on vend. On doit continuer même quand on n’a plus le bien. C’est très rare de trouver des gens qui prennent le bien avec la charge de la rente. Ils préfèrent emprunter à la banque. Un jour j'en ai eu marre, j’ai dit à mon mari tu es une larve, tu suis toujours ta maman, tu exécutes ses quatre volontés, tu te laisses mener par le bout du nez. Il a répondu : Oui, mais c’est pour notre bien, regarde ce que l’on a grâce à elle. Un exemple, tu ne crois pas qu’on serait encore locataire ? moi je suis sûr. On s’est fâché parce que je lui ai dit qu’on aurait peut-être plus petit, mais à nous complètement et pas moitié à eux. À force, il est devenu bête, il m’a pris en grippe, et moi, du coup, j’ai pris en grippe ses parents. Chaque fois qu’ils me disaient : « Tout de même avec ce que vous gagnez, vous pourriez payer les crédits et les rentes », je leur rétorquais que je n’étais pas la fourmi de la fable. C’est vrai, quoi, on a bien le droit de vivre, et les enfants coûtent cher, et les loisirs aussi. Ce n’est pas de ma faute si dans ma belle-famille, ils sont tous des fourmis. Chez moi, on vivait au jour le jour, avec juste ce que l’on avait. On n’avait pas de crédit à n’en plus finir, on n’avait pas non plus tant d’astreinte. C’est tout de même agaçant, nous gagnons bien notre vie tous les deux, mais tout passe dans les rentes. Il ne nous reste plus rien après. Nous avons pris des crédits revolving. C’est l’engrenage, on ne peut pas s’en sortir. Il me reproche sans cesse la moindre dépense. Il dépense pourtant autant que moi. Il n’y a plus qu’une solution, vendre et se séparer. Je n’en peux plus. Je veux divorcer.

-         Mais ça ne te rendra pas tes sous.

-         Si, on partagerait le prix de la maison, cela me ferait un apport et je pourrais avoir un tout petit chez moi qui m'appartiendrait, puisque c’est comme cela.

-         Mais tu as encore les rentes sur le dos ?

-         Pas pour longtemps, j’espère. Elles sont bien âgées déjà ces dames.

-         Je n’aime pas les viagers. C’est cruel de désirer la mort des gens pour des histoires d’argent.

-         Je ne partage pas tes scrupules, parce que je suis amie avec nos crédirentières et qu’elles sont très gentilles, ça leur fait un complément de pension. Elles en ont vraiment besoin, et nous aussi on en avait besoin. C’est une bonne entraide. Elles sont conscientes qu’elles nous ont aidés, et nous sommes conscients qu’il faut les soutenir jusqu’à la fin.

-         Et si elles vivent jusqu’à cent-vingt ans comme Jeanne Calment ? Il me semble qu’elle avait accordé un viager à un notaire. Son débirentier est mort avant elle, non ?

-         Oui, c’est exact. Un notaire lui avait acheté son bien. Il savait ce qu’il faisait. Une fois, mon patron avait fait cela aussi, mais les héritiers l’ont poursuivi parce que la crédirentière était décédée seulement dix ans après et qu’ils trouvaient qu’il avait fait une bonne affaire. Heureusement ils ont perdu. Je connaissais cette dame. Elle disait toujours qu’elle n’avait pas de famille en plus, parce que personne ne venait jamais la voir. Elle était très contente de toucher cette rente. Elle me disait aussi qu’elle avait demandé à la banque si elle vendait le bien et qu’elle plaçait les fonds, combien ils lui donneraient en rente, et que c’était deux fois moins que le calcul du notaire. Elle se faisait des petits extras, c’était la veuve du boulanger, elle avait vendu du pain toute sa vie. Elle en avait une hernie discale. Elle s’achetait des religieuses au café et au chocolat depuis qu’elle avait perdu son mari et elle les dégustait sur le banc, près de la fontaine.

 

-         Je sais, ça vous énerve que je revienne toujours sur le sujet, mais dès que je nettoie ma cour, quand je jardine, ou si je peins ma grille, si je suis allongée dans mon gazon, c’est plus fort qu'elle, ma belle-mère vient faire le contrôleur des travaux finis. Elle sort une chaise, s’assoit, commence à me conseiller... Je n’ai plus d’intimité, je n'en peux plus, on DOIT déménager sinon on finira par divorcer. Je préfère prendre l’autobus que d’être dans la même ville qu’elle.

Comme c’est appréciable de ne pas rentrer le soir chez soi en sentant la cigarette, ne pas avoir l’odeur du tabac froid sur son costume le lendemain, ne pas avoir les poumons noirs de goudron. Quelle jubilation de profiter de nouveau de toute la diversité des effluves, y compris les odeurs corporelles, que couvrent à peine le parfum et les déodorants divers. Lorsque je quitte mon bureau pour aller faire une copie et que je reviens, j’ai l’impression d’être asphyxié par un concentré de transpiration. Enfin, quel bonheur de découvrir que la communication n’a pas de fin autour d’un cendrier, sur le trottoir, dans la rue. La pause-café n’a plus du tout la même ambiance.

* * *



[1] marque de boite en plastique hermétique.

[2] LISELOTTE – « Le Guide des Convenances. »

AUTODIDACTE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Êtes-vous autodidacte, Maître GASTON ?

Pourquoi me demandez-vous cela ? Trouvez-vous que j’ai l’élégance du hérisson ? Est-ce ma barbe hirsute qui vous fait penser cela ? Je ne suis pas piquant à l’intérieur, savez-vous ? Bien moins lettré, c’est visible, je m’exprime de manière infiniment plus béotienne que la concierge de l’auteur.

Je sais bien que vous êtes gentil, Maître GASTON, je voulais juste savoir quels sont vos diplômes. 

Dites, il me semble que gentil ou brave signifie également niais… Contestez-vous ma compétence ? Les diplômes ne suffisent pas, l’expérience compte majoritairement dans le drôle de boulot que je fais. J’ai mon CAP de notaire si vous tenez à le savoir.

Votre CAP ? 

Oui, mon certificat d’aptitude aux fonctions de notaire.

Ce qui signifie que vous auriez pu devenir notaire.

Comme vous auriez pu être pharmacienne.

Je sens bien que je vous ai vexé.

Mais pas du tout, je vous en prie.

Depuis quand exercez-vous ? 

Depuis bientôt trente et un ans. J’ai commencé à vingt ans, j’en suis à mon quatrième poste. Je pense finir ma carrière dans cette Étude, si Dieu me prête vie, si mon patron ne me licencie pas. 

Pourquoi le ferait-il ? 

Il est responsable sur ses biens personnels que ce soit de ses erreurs ou des miennes. Ce qui n’est pas le cas dans bien des métiers. Si je fais une grosse erreur, il est normal que j’en paie le prix, même si lui le paiera aussi. Le souci est que la plupart du temps, ce n’est pas tout de suite que l’on se rend compte que le choix ou l’acte a été une erreur. C’est d’ailleurs souvent un enchaînement de circonstances. Des suites qui n’auraient pas été prévues à l’origine. Le notaire a pratiquement une obligation de résultat, donc moi aussi par conséquent. Si vous voulez mon avis, je trouve cela anormal, on ne peut avoir plus qu’une obligation de moyens, je suis sans doute peu objectif. Je rappelle tous les jours notre responsabilité à mes secrétaires qui ont tendance à se défausser de leur responsabilité : " J’ai fait une erreur, alors, c’est humain ". Non, quand c’est une obligation de résultat c’est inadmissible. Juridiquement, l’erreur ou la faute, suivie d’un préjudice, joints par un lien de causalité, entraînent des dommages et intérêts. Mes secrétaires ne l’entendent pas de cette oreille. Cependant, à tous niveaux nous devons être vigilants.

Les hommes politiques aussi font des erreurs. 

Vous élargissez le débat, là nous glissons en terra incognita.

* * *

 

AUTODIDACTE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

Êtes-vous autodidacte, Maître GASTON ?

Pourquoi me demandez-vous cela ? Trouvez-vous que j’ai l’élégance du hérisson ? Est-ce ma barbe hirsute qui vous fait penser cela ? Je ne suis pas piquant à l’intérieur, savez-vous ? Bien moins lettré, c’est visible, je m’exprime de manière infiniment plus béotienne que la concierge de l’auteur.

Je sais bien que vous êtes gentil, Maître GASTON, je voulais juste savoir quels sont vos diplômes. 

Dites, il me semble que gentil ou brave signifie également niais… Contestez-vous ma compétence ? Les diplômes ne suffisent pas, l’expérience compte majoritairement dans le drôle de boulot que je fais. J’ai mon CAP de notaire si vous tenez à le savoir.

Votre CAP ? 

Oui, mon certificat d’aptitude aux fonctions de notaire.

Ce qui signifie que vous auriez pu devenir notaire.

Comme vous auriez pu être pharmacienne.

Je sens bien que je vous ai vexé.

Mais pas du tout, je vous en prie.

Depuis quand exercez-vous ? 

Depuis bientôt trente et un ans. J’ai commencé à vingt ans, j’en suis à mon quatrième poste. Je pense finir ma carrière dans cette Étude, si Dieu me prête vie, si mon patron ne me licencie pas. 

Pourquoi le ferait-il ? 

Il est responsable sur ses biens personnels que ce soit de ses erreurs ou des miennes. Ce qui n’est pas le cas dans bien des métiers. Si je fais une grosse erreur, il est normal que j’en paie le prix, même si lui le paiera aussi. Le souci est que la plupart du temps, ce n’est pas tout de suite que l’on se rend compte que le choix ou l’acte a été une erreur. C’est d’ailleurs souvent un enchaînement de circonstances. Des suites qui n’auraient pas été prévues à l’origine. Le notaire a pratiquement une obligation de résultat, donc moi aussi par conséquent. Si vous voulez mon avis, je trouve cela anormal, on ne peut avoir plus qu’une obligation de moyens, je suis sans doute peu objectif. Je rappelle tous les jours notre responsabilité à mes secrétaires qui ont tendance à se défausser de leur responsabilité : " J’ai fait une erreur, alors, c’est humain ". Non, quand c’est une obligation de résultat c’est inadmissible. Juridiquement, l’erreur ou la faute, suivie d’un préjudice, joints par un lien de causalité, entraînent des dommages et intérêts. Mes secrétaires ne l’entendent pas de cette oreille. Cependant, à tous niveaux nous devons être vigilants.

Les hommes politiques aussi font des erreurs. 

Vous élargissez le débat, là nous glissons en terra incognita.

* * *

 

LA MAIN A LA PÂTE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

LA MAIN A LA PÂTE.

Monsieur et Madame avaient déménagé une dizaine de fois en vingt ans, vendant et achetant à chaque fois un nouveau logement, de plus en plus grand, de plus en plus bourgeois.

Madame était décoratrice. Facile, donc pour elle, d’acquérir " à rafraîchir " puis de vendre " décoré par un architecte d’intérieur ". Monsieur était heureux de la plus-value que ne manquait pas de créer sa fée du logis. Les époux ont fini par avoir les yeux plus gros que le ventre, le dernier pavillon était trop lourd à l’achat, l’emprunt trop important, sciait la branche sur laquelle Magicien et Fée s’étaient assis.

Plus haut est l’arbre, plus dure est la chute. Monsieur n’a pu rembourser le prêt, a donc vendu et racheté plus petit, beaucoup plus petit, jurant qu’on ne l’y prendrait plus. Madame est allée chercher plus riche que Monsieur, hors de question de ne plus déménager tous les deux ans, de ne plus satisfaire son génie créateur.

Madame n’a cependant pu récupérer le " coût de la main d’œuvre ", les juges n’ont fait qu’appliquer le Code civil.

* * *

 

Un autre client aimait tondre la pelouse. Son épouse, de son côté, jardinait à merveille, donnant beaucoup d’huile de coude pour que le jardin ressemble à une première page de " Maisons et jardins ".

Monsieur a perdu son emploi, Madame n’a pas voulu reprendre un emploi, ni pu d’ailleurs, quand on ne veut pas, on ne peut pas.

Monsieur a refait une formation, changé d’emploi, plus loin de chez lui, moins bien payé. Aigri du train de vie de Madame qui ne changeait pas, du peu de tendresse qu’elle lui accordait pendant cette période difficile, il est parti. Madame est restée toute seule, dans la grande maison, à continuer son jardinage.

Devant l’expert nommé par le Tribunal, Madame a demandé que lui soit tenu compte tout ce labeur accompli depuis tant de temps, désherbage de précision, semis et plantations d’exception.

Hélas, l’expert n’a pu légalement comptabiliser ce travail.

De son côté, Monsieur avait engagé un jardinier, pour tondre la pelouse, dont les factures furent prises en compte dans son compte d’administration…

* * *

 

 

PROBLÈME DE GARDE PARTAGÉE.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

PROBLÈME DE GARDE PARTAGÉE.

Monsieur et Madame ont six filles. Le garçon, ce personnage mythique, tant attendu, n’a jamais montré le bout de son nez.

Monsieur aurait bien tenté le septième, Monsieur est très pratiquant.

Il n’y a plus de place dans l’appartement, dit Madame, qui trouve bientôt meilleure chaussure à son pied.

Monsieur et Madame ont organisé la garde partagée des enfants. Une semaine dans l’appartement de l’un, une semaine dans l’appartement de l’autre.

Le domicile conjugal a été vendu, chacun a trouvé une location à cent mètres du domicile de l’ex-conjoint.

Le divorce se passe donc bien. Le notaire de Madame me dit tout le temps : " Vous savez, il faut se méfier des hommes bien sous tout rapport, ils cachent quelque chose. "

Monsieur en tout cas est heureux, il accepte de voir son ex autant qu’il le faut, règle tout pour l’entretien des enfants, malgré la garde partagée, pour le bonheur, semble-t-il, de tous.

Une année passe.

Le nouveau compagnon de Madame avait demandé sa mutation à l’extrémité du pays, avant de rencontrer Madame, et l’en avait informé. Il y tient. Madame partira. Elle le savait dès le début de la procédure. Elle avait même fait porter cette petite clause avec son avocat dans la convention, que Monsieur n’avait pas bien lue. " En cas de déplacement de l’un des parents, Madame recouvrera la garde complète des enfants, le conjoint aura un droit de visite un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires ".

Monsieur était tellement sûr qu’il ne bougerait pas pour l’équilibre des enfants, qu’il n’avait pas pensé que le déplacement du conjoint pouvait concerner Madame.

Son ex-épouse ayant la garde de ses six filles, les installe donc dans une jolie villa à plus de six cents kilomètres de leur père, qui peut toujours s’il veut, s’il en a les moyens, payer l’avion pour voir ses filles un week-end sur deux.

Monsieur se retrouve seul dans son grand appartement. À part le manque de papa, les filles sont heureuses, bronzées, baignées, lavandées.

Madame et son compagnon ont un fils, comment s’appelle-t-il ?

Désiré !

Monsieur n’aura jamais de fils.

* * *

 

RES JUDICATA PRO VERITATE HABETUR.

ACHILLE #La Comédie du Divorce

livres anciens" Une maman doit s’abstenir de parler de certaines choses devant ses enfants : détails de santé, hitoires terrifiantes ou scandaleuses ; elle ne doit pas leur rapporter les médisances, les "on-dit" facheux ; elle ménagera leur sensibilité en présence d’évenements pénibles. Elle ne les initiera pas aux querelles familiales, aux brouilles. Enfin elle évitera, en général, de leur faire des confidences personnelles. "

LISELOTTE - Le Guide des Convenances.

 

Quelle serait cette nouvelle mode d’accuser son conjoint d’attentat à la pudeur sur ses enfants ou plus si affinités. Je sais le sujet très sensible, on me répondra que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, on aura raison. On va m'imputer un manque de compétence pour me permettre de juger, je l’accepte tout à fait, n’ayant, je le rappelle qu’une simple formation juridique. Tout de même, bien des épouses, tranquilles mais en mal d’aventures, imaginent soudain que leur époux se promène un peu trop souvent nu dans l’appartement familial, ou regarde d’une drôle de façon les enfants. Ces mêmes épouses qui couvent leurs enfants de manière égoïste ne sachant partager la tache de parent. Bien des époux, faute de moyen de défense, se retrouvent sans le droit de visite des gamins pour cette raison alors que le petit ami de Madame est en province, et qu’organiser un droit de visite aurait été la croix et la bannière. Cela ne se dit pas, mais ça se vit. Tel cet écrivain qui relate son histoire, celle d’un homme qui se voit interdire d’approcher ses enfants par décision de justice et les sent s’éloigner de lui. Il s’agit d’une réflexion sur l’échec d’un mariage, la douleur du divorce.

Même si effectivement cela ne regarde pas le petit clerc de notaire, j’aimerais tout de même bien savoir comment les juges arrivent à prendre des décisions en matière de divorce et de garde d’enfant. Je salue leur abnégation, car le récit de cet écrivain est sans doute l’exception. Un juge d’instruction me disait que la plupart des cas qu’ils ont à traiter concernent effectivement des affaires d’inceste ou autres troubles sexuels dommageables pour les familles, et ce quel que soit le milieu socioculturel.

En sens contraire, quelques papas et mamans m’avouent qu’ils se prennent à dormir un peu trop souvent avec leurs enfants à l’occasion du divorce. Sous de fallacieux prétextes :

Pas de chambre d’amis, pas de canapé ou trop inconfortable,

On ne sait jamais ce qu’il ou elle peut te faire…

On ne sait jamais ce qu’il ou elle peut me faire…

En fait, le seul, l’unique prétexte est bien la plupart du temps : Je ne veux pas dormir tout (e) seul (e) ! 

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